‹ L'homme: la vie--la science--l'artChapitre 38 sur 47 · L'UNITÉ · texte numérisé non relu

L'UNITÉ

Lamort^ sous toutes ses formes, c'est la séparation. La mort morale sépare l'homme de la vérité, qui «si son centre. La mort physique sépare le corps de l'âme : celui qui a du goût pour la mort — son inventeur, te diable — est celui qui s'est séparé et celui qui sépare. Le malheureux ! — il n'aime pas ! Le malkeurûuœ^ il sépare/ aurait pu dire sainte Thérèse ; et ces deux exclamations sont synonymes.

Qu'est-ce que Famour, sinon la vie? et qu'est-ce que la vie, sinon rUnité? Dieu est wn, l'Église est une^ unum baptisma, una fides; l'humanité est une; chaque nation est uney parce qu'elle représente une des faces de l'humanité.

Celui qui vit est celui qui aime ; il est réuni et réunit.

Celui qui ne vit pas n'aime pas ; il est séparé et il sépare.

La Vie, l'Amour, l'Unité se tiennent donc, ou plutôt ne fontqu'un.

La mort, rindifférence et la sépawition sont trois mots synonymes.

Que faut-il donc pour séparer ? que doit faire le séparé

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par excellence, — le séparateur par excellence, Balan, qui n'aime pas?

Il doit tenter chacun suivant son caractère, ses habitudes, son tempérament; aussi ne soulève-t-il des haines violentes que chez certaines natures exceptionnelles.

En général, il frappe à la porte qui s'ouvre le plus facilement: c'est la porte de la paresse. Cette porte ouverte, l'homme ordinaire ne se donne pas la peine de haïr, car la haine est une fatigue, mais il ne se donne pas non plus la peine d'aimer, car l'amour est un repos laborieux.

Alors il se persuade que le bien est un état négatif; qu'il sufQt pourfaire le bien, de ne rien faire; que ceuxlà seuls sont coupables qui ont l'énergie du.mai et son initiative passionnée.

Ils arrivent ainsi à admettre, au moins implicitement, que le mal est l'action; que le bien, c'est Tabstention, le sommeil, la négation pratique, la limite du mal en un mot.

Ainsi Satan se moque d'eux au point de leur persuader que c'est lui qui est l'Acte pur, et que Dieu est une restriction.

L'homme, chez qur le diable a infusé- cette manière de voir, ou plutôt cette manière de ne pas voir, cett« habitude d'esprit, cet aveuglement tranquille qui se croit sage et ne se repent pa», cette foire douce qui permet à la mort d'entrer sans fracas, par une porte ouverte, sous une forme aimable, comme une bonne personne, qui ne dérangera pas les habitudes de la maison, qui servira le dîner à l'heure dite, qui n'exigera aucun sacrifice, qui ne prononcera aucun mot effrayant, cet homme-là est supérieurement privé de vie et d'amour.

il est supérieurement séparé ; car il est séparé doucement, sans agitation, sans terreur, sans remords: il a le silence du tombeau, qui est la parodie de la paix.

Mais si jamais cette mort calme, profonde, enracinée, tranquille et inexpugnable, est le triomphe du diable, cela est ainsi surtout dans un temps comme le nôtre, dans ce siècle armé, où Tesprit du bien et l'esprit du mal, en face Tun de l'autre, toujours sur le champ de bataille, dans l'attitude solennelle des moments décisifs, interrogent, comptent et appellent leurs soldais. Ils les interrogent, les comptent et les appellent ; mais l'esprit du bien les éveille, et l'esprit du mal les endort.

L'esprit du bien dit : « Laisse les morts ensevelir leurs morts, prends ton grabat, lève-toi et marche! »

L'esprit du mal dit: « Repose-toi. Que ferais-tu dans la mêlée? Assez d'autres combattront. Toi qui es sage, ne dérange pas tes habitudes. Le mal, continue le diable, a toujours existé et existera toujours dans les mômes proportions. Les fous qui veulent le combattre ne gagnent rien et perdent leur repos. Toi qui es sage, fais la part à chaque chose et ne déclare à rien la guerre. Il est impossible d'éclairer les hommes. Pourquoi donc le tenter ? Fais la paix avec les opinions qui ne sont pas les tiennes. Ne sont-elles pas toutes également légitimes? »

Ainsi parle le diable ; et l'homme séparé de la vérité, parce qu'il a peur d'elle, qui est l'Acte pur, l'homme, insensiblement et à son insu, s'unit à l'erreur, qui ne demande rien, — rien que le Néant, — pour vous recevoir dans ses bras caressants et mortels! Elle vous dit : c Laisse-toi bercer; ne fais rien, n'aime rien, et tu seras uni à moi, car je suis le Rien »

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