INTRODUCTION TU
vallée, on la voit d^antant mieux (pi*on la voit de plus haut. On voit quelle pente suivent ses ruisseaux, vers quel océan se précipitent ses fleuves, à quelle frontière conduisent ses chemins. Le regard embrasse du même coup d'œil et la source et l'embouchure, et le point de départ et le lieu d'arrivée, et le principe et la conséquence. Il y a dix ans, Hello disait : « Les barbares sont en route. Attila est en retard. Les Tuileries vont brûler. »
Et cependant, faut-il le dire? on se fatigue en ces sommets. Le pied se lasse de toujours monter, de marcher sans cesse, en dehors des sentiers frayés, de parcourir indéfiniment des escarpements inexplorés. La poitrine finit par être mal à l'aise dans ce trop pur éther, et appelle, toute haletante, l'air épais de la terre. L'ceil se trouble à l'aspect inaccoutumé de ces masses énormes et de ôes horizons sans limites. L'être tout entier est épuisé par le contact prolongé du sublime.
Et monté sur le faite, il aspire à descendre.
On va sur la Montagne : ou la parcourt dans tous les sens, on frémit d'admiration devant ses grandeurs formidables, on respire avec délices le sauvage parfum de ses fleurs inconnues, on goûte dans le creux de la main la saveur de ses sources ; mais
vin L*HOMMe
on n'y bâtit point sa demeure et on redescenddu Thabor.03 voyage dans la Montagne ; on y revient quand on Ta quittée ; on y fait des excursions sans nombre : on ne l'habite pas.
Mais si on ne l'habite point, le souvenir des horizons qu'il découvre et des merveilles qu'elle recèle ne s'efiFace jamais de l'esprit. Et quand la pensée, pour regarder les choses, est montée une fois sur les cimes immobiles de ces Himalayas, il est rare qu'elle n'en garde point une impression éternelle. Il est rare aussi, si elle est vraiment virile et douée de quelque vigueur, qu'elle ne se passionne point pour ces puissants sommets, et qu'elle ne retourne souvent, jusques au soir de la vie, gravir au hasard de la course ces escaliers de géants. En revanche, les natures faibles, les poitrinaires, les rachitiques, les fiévreux, les ramollis, les yeux malades, les gens de la foule, prennent enhorreur, j'allais dire en terreur, toutes ces masses vertigineuses.
Pourquoi monter, quand il est si doux de descendre, ou si commode de demeurer chez soi?
Pourquoi chercher des horizons, quand la myopie réduit tout horizon aune enceinte de basse-cour? Plus sage encore que le sage Bias, qui ne portait que sa fortune, le myope porte son horizon avec lui. Qu'on le fasse monter sur la plus grande des Cordillères, ou qu'on l'assoie, à sa place, dans le fauteuil de cuir d'un bureau, son horizon ne