INTRODUCTION IX
changera pas : il verra toujours la même chose, et de la même hauteur. Omnia meciim porto.
Je viens d'analyser et de faire comprendre avec exactitude, je crois, la nature du génie d*Hello. Je viens de dire ce qu'il est en lui-même et de faire pressentir aussi ce qu'il peut être au regard des hommes.
Hello est admiré avec enthousiasme par plusieurs écrivains, sur lesquels son influence a passé ; et je m'honore d'être de ceux-là^ Depuis plus de dix ans, je lis tous ses travaux ; et je crois que ce n'est point sans grand profit pour moi-même, pour mon esprit, et, ce qui est mieux, pour mon caractère et pour mon âme, que j'ai fait de fréquents voyages dans les protondeurs et sur les cimes de ce génie. J'en suis toujours revenu plus fort, plus éclairé et meilleur, ou, si vous exigez de moi des termes rigoureux, moins faible, moins ténébreux, moins mauvais. Rien n'est pur comme l'air qu'on y respire ; rien n'est clair comme cette lumière ; rien n'est limpide et vivifiant comme ces sources ; rien surtout n'est élevé comme cet horizon.
^élévation est l e caractère le plus frappant, le caractère général et essentiel d'Ernest Hello. Tout est ?levé: même les plaines, qui ne sont que le plateau des altitudes ; même les gorges ombreuses*
qui ne sont que des vallées supérieures et l'entredeux des Grandes Montagnes. Partout on se sent au-dessus de la couche souillée que piétine la foule humaine. Il y a des neiges et des glacés ; il y a de vastes étendues pierreuses où le pied se déchire ; il y a des espaces arides et désolés ; il y a des éboulements formidables et des torrents roulant au fond des ravins : il n'y a pas de boue. La fange est absente.
La fange est absente ! Première et étrange raison de Fimpopulariié d'Hello.
On raconte qu'un jour, vers les derniers temps du premier Empire, le 1" janvier 1815, je crois, il y avait fête et réception dans ce palais des Tuileries que vient de brûler naguère la fureur aveugle des hommes et la colère clairvoyante de Dieu. Aux murs de la salle étaient appendus les chefs-d'œuvre de Michel- Ange, d'Angelico ou de Raphaël. Formidables, superbes et doux, allaient, venaient, parlaient, ces hommes de bronze qui avaient vaincu l'Europe et contre lesquels l'Europe se levait. Parmi eux rayonnait d'un feu sombre la figure césarienne et terrible de Napoléon. On causait, bt <*ye aui s'agitait dans cette causerie, c'était le sort même du monde. Sur im vaste tapis qu'avaieat brodé les mains exquises de l'Art, entouré