INTRODUCTION XV
il est exagéré; il est excessif; il parle un idiome incompréhensible : c'est un barbare ; c'est l'ennemi.
Pour comprendre Hello, il faut être soi-même, J par quelque côté, en dehors de cette bourgeoisie intellectuelle. Au moins par certaines aspirations, par la passion ardente de la vérité, par le manque de toute crainte dans l'ordre des idées, par l'indépendance entière et les hardiesses de l'intelligence, par la générosité de sa nature, par le dédain des choses viles, il faut appartenir à l'aristocratie ^ humaine. Le génie d'Hello a je ne sais quoi de royal ; \ et pour vivre dans sa familiarité, il faut avoir dans j l'âme, dans l'esprit, dans le cœur, quelques quar- J tiers de noblesse.
Aussi le public d'Ernest Hello est-il rare, rare comme tout ce qui est exquis. Incompris de la foule vulgaire, haineusement repoussé par la puissante caste des médiocrités ; c'est seulement parmi les hommes d'élite que le génie d'Hello est pleinement reconnu. Là, il exerce sa suprématie ; là, on reconnaît sa supériorité et sa grandeur: il est maître parmi les maîtres. Là, on aime à lire et à relire, dans ses oeuvres, certaines pages incomparables que nul autre que lui n'est capable d'écrire, Là, on s'inspire surtout de la hauteur de ses points de vue.
Je cannais des écrivains très remarquables qui aimeraient mieux jeter au feu tous leurs manuscrits que de publier quoi que ce soit qui pût provoquer
chez Hello ce jugement suprême et sommaire quHl a coutume de formuler d'une façon souveraine, absolue, hors de toute contradiction : « Cela est bas. » En telles matières Hello ne discute pas; il prononce ; et son verdict s'impose irrésistiblement. Je me souviens qu'un jour je lui lus quelques vers d'un de nos grands poètes, Corneille : c'était une petite pièce intitulée, je crois. Stances à une marquise. Ces vers d'une très fière allure m'avaient charmé. Hello m'écouta, puis il me regarda et dit ce seul mot : « Cela est bas ! » Et il avait raison. Et, à ma honte, je n'avais pas vu, sous la splendeur castillane de la forme, ce que le fond même du sentiment avait do peu élevé. Ce me fut une lumière, presqu'une révélation. Hello avait d'un seul coup haussé d'un degré considérable le point de vue de mon iu^ement.
Si la médiocrité méconnaît et déteste Hello, Hello, à son tour, a pour la médiocrité une exécration qui va parfois, à mon avis, un peu au-delà de ia justice. La haine de l'homme médiocre ins- J pire tous ses écrits, et cette haine ne connaît pas la pitié. Habitué à vivre familièrement sur les sommets, Hello semble croire à une culpabilité manifeste, à une mauvaise volonté évidente chez l'homme médiocre, qui demeure dans la vallée, et