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phrases, mais ils évitent aussi de grosses erreurs en s'occupant seulement de l'observation des phénomènes et de la recherche de leur déterminisme. Voila l'objet spécial de la physiologie expérimentale dont les conquêtes sont déjà si merveilleuses quoique bien incomplètes encore. Ce n'est pas le lieu d'énumérer ces conquêtes, qu'il nous sufiise de dire que la découverte de l'irritabilité, par ïîaller a été l'une dos plus fécondes. La Metlrie nous l'exposera ciaprès *, avant Haller lui-même, comme il sera l'un des premiers à tirer de l'examen des mouvements réflexes des conclusions générales-, que nous demandons la permission de généraliser plus encore.
Si les mouvements qui sont le modèle plus ordinaire de traduction externe des sensations étaient sons la dépendance d'un principe vital, quel qu'il fût, ils obéiraient d'abord a ce principe et ce principe, si on veut lui reconnaître une existence propre, si on en fait une entité, pourra en certains cas se trouver en contradiction avec les organes, refuser de les diriger convenablement et amener le désordre dans l'organisme entiei-. C'est l'a en effet la conclusion des vitalistes et des animistes. La maladie, ou trouble des fonctions, dépend pour eux de la résistance du principe vital ou de l'àme aux sollicitations des organes : ils n'en administrent pas moins quelque tisane au principe vital. En
^ Voir p. 112.
2 Voir p. 119.
prouvant que les organes sont parfailement indépendants et jouissent au moins d'une parcelle de vie propre, ne ferait-on pas un grand pas vers la solution du problème? En prouvant que le mouvement, par exemple, n'obéit pas a un commandement moral, mais a une incitation physique, qu'il n'est pas volontaire, mais mécanique dans son action et sa réaction , ne sera-t-on pas tout près de la preuve déliniiive qu'on .veut faire de la suffisance de la matière? C'est à quoi se sont évertués les pliysiologislos, c'est ce qu'avait tenté La Meltrie avant Prochaska. Il est démontré, aujourd'hui, qu'un muscle conserve son irritabilité lonù,temps après avoir été séparé du corps, c'est-a-dire parfaitement soustrait a l'influence du princii»e vital *, qu'un nerf conserve sa motricité pendant quatre jours et ne la perd que par suite de l'altération de sa substance, altération qui est la conséquence naturelle du manque de nutrition du nerf coupée II est démontré que l'encéphale peut être débité en tranches et que chacune de ces tranches emporte avec elle une des propriétés du prétendu principe vital, qui la vue, qui l'intelligence , qui la régularité des mouvements ^.
^ Irritabilité hallerienne, aujourd'hui contractilité.
2 Vulpjan, Physiologie comparée du système nerveux.
3 Flourens, De la vie et derintelligence. — Cette localisation des facultés ne doit pas être prise dans un sens trop absolu. Quelques-uns des points ci-dessus
Voila un principe immatériel qui ne se conduit pas mieux qu'un corps purement matériel et se laisse bien mal a propos diviser. Il est démontré encore que l'absence totale du cerveau n'est pas incompatible avec la vie dans les autres parties du corps, vie au moins momentanée chez les animaux supérieurs, trèsprolongée chez ceux qui respirent par la peau et enfin que l'on pont reproduire tous les mouvements prétendus volontaires alors que le siège de la volonté esl absent.
Nous voyons un enfant dont le crâne a été broyé parle céphalotribe pousser quelques minutes après, des cris et mouvoir les bras et les jambes^; nous voyons une grenouille décapitée, nager, repousser de ses pattes l'instrument qui la pique, frotter la partie piquée, revenir à son attitude normale; nous voyons l'homme reproduire, par l'application de certaines excitations électriques à la racine des nerfs, les caractères extérieurs ordinaires des passions les plus diverses ^ En un mot nous pouvons, en examinant une à une toutes les actions de l'animal et en les reproduisant toutes sans l'intermédiaire de sa volonté et même en opposition avec elle, conclure que ce mot
sont encore en litige, entre antrG> la localisation du sens de lap irole dans le lobe antérieur droit du cerveau, qui a donné lien à de longues discussions, cette année môme.
1 Fait observé par Beyer.
2 Eîectrisation localisée de M. Duchenne (de Boulogne).
de volonlé est abusif et qu'il n'existe pas d'autres mouvements, d'autres actions que des mouvements automatiques, que des actions réflexes.
C'est bien ce que Descartes avait enseigné îi l'égard des animaux. Aussi La Mettrie ne se fait-il pas faute de ranger Descartes au nombre de ses autorités. Cette malice est permise. Il n'y a qu'un moyen de répondre a Descarles, c'est de lui remontrer que rien, absolument rien, ne différencie l'homme de l'animal. Je ne dirai pas qu'il faille exhausser l'animal jusqu'à l'homme*, ni, comme parlent les théologiens, ravaler l'homme jusqu'à la brute : ces formules préjugent la question ; je dirai seulement que la supériorité de l'homme vis à vis des bêtes ne le rend pas d'une nature diflérente, et qu'elle suffit à peine à faire de lui une espèce parfaitement distincte et déterminée.
Je pourrais ici renvoyer à I'Homme Machine et à la comparaison que La Mettrie fait entre l'homme et le singe; quelles que soient les raisons qui militent en faveur de l'opinion qui fait de l'homme et du singe deux proches parents, je n'insisterai pas sur ce point. Il est aussi possible que l'homme vienne du singe et réciproquement, qu'il est possible que l'homme vienne d'une espèce différente et perdue, contemporaine des grands enfantements de notre globe. Darwin après Lamarck peut conduire à la première de ces deux
» La Fontaine a réagi à sa façon contre l'automatisme de Descurtes. Il relève l'animal.
hypothèses, non par des voies assez sûres pour qu'on s'y engage sans hésitation ; mais c'est une hypothèse aussi que la seconde de ces deux opinions, et il faut réserver notre jugement pour autre chose que des hypothèses.
J'aime mieux m'arrêter sur un autre objet et chicaner La Mettrie sur l'usage qu'il croit devoir faire du To lvop[j.cL)v d'Hippocrate^. Kaau Boerhaave^ venait de faire paraître une dissertation sur ce mot^ qui peut se rendre par mouvement impulsif. La Mettrie s'empara de l'idée et la souda aux siennes sans s'apercevoir qu'il s'égarait et qu'il ne faisait par là que se rattacher au stahliauisme. Cette inconséquence est compréhensible quand on sait combien il est difficile de se débarrasser à point nommé de tous les germes reçus dans une éducation purement spiritualiste, il en reste toujours des traces, alors même qu'on fait tous ses efforts pour les extirper. Ou bien par faiblesse on se bornera à remplacer une entité par une autre qui paraîtra plus satisfaisante; ou bien par excès de réaction, on matérialisera cette même entité, Ces deux erreurs se trouvent réunies chez La Mettrie, alors qu'il lui faut le mouvement impulsif d'Hippocrate
1 Voi r pages 120 et 128 ci-après.
2 Nevou du célèbre professeur de Leyde.
' Impetum faciens dictum Hippocraii per corpus consentiens, philologice et physiologice illustralum : Lugdvini Batavorum, 17^5. — Il y en a une analyse étendue dans la Bibliothèque Raisonnes, vol.xxxvi, p. 126.
pour mettre en mouvement tous les rouages de sa machine, comme alors qu'il s'évertue k faire de l'âme, un de ces rouages même et qu'il veut, à son tour, lui trouver un logis.
Il lui manquait d'avoir pu étudier la vie à son début, d'avoir pu la considérer dans sa manifestation la plus simple. Il s'appuie quelque part sur la singulière reproductiou du polype; il fallait descendre plus bas que le polype et ne pas craindre de trouver au dernier degré de l'éclielle, autre chose que ce que nous voyons au sommet. La vie est la même partout, et c'est par la comparaison des êtres les plus distants de formes comme d'aptitudes, qu'on en peut deviner l'essence. Qu'est-ce que cette goutte d'eau où rien ne paraît et qui va s'épuisa nt? Laissez-là caresser doucement par l'air : elle abandonnera des cristaux dont la régularité vous frappera. Qu'est-ce que ce grain informe de mucilage? Ilumeclez-le, il sera bientôt peuplé d'une multitude immense d'iiabitants? L'air a-t-il apporté au cristal la forme qu'il revêt, l'eau a-t-elle apporté dans le mucilage le souffle de vie, le mouvement impulsif qui crée le monde? Ils ont, chacun, par leur présence complété les conditions nécessaires, l'un à la cristallisation, l'autre à l'apparition de la vie. La vie naît comme le cristal. Elle est une conséquence avant de deveuir une cause. Mais, de même que celte cause ne produit pas d'effets différents de ceux que la physique, la chimie et la mécanique nous apprennent a connaître, de même, elle n'est la conséquence que de