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Mais si le voyage donne aux sots une instruction qui augmente leur sottise, il peut donner aux autres une autre instruction qui agisse en sens contraire, Car chaque homme tire des faits et des choses un suc qui est le produit non des faits et des choses, mais de sa Propre nature, Or, toutes les natures sont affectées diversement par les influences extérieures. Ce qui ruine l’un enrichit l’autre, Ce qui perd un homme sauve son voisin. Tout ce qui arrive à un sot aug- | mente sa sottise. Tout ce qui arrive à un homme vaniteux augmente sa vanité.
Le voyage surtout, par la multiplicité et la flexibilité des éléments qui le composent, se prête avec souplesse aux impressions que l’homme est apte À recevoir, Que cent mille hommes fassent le même voyage, aucun d'eux n'aura fait le même voyage que son voisin; aucun d’eux n'aura vu, ni fait, ni senti, ni compris, ni cherché, ni trouvé, ni aimé, ni haï, ni admiré les mêmes choses.
S'ils sont arrivés tous ensemble sur le bord de la mer, plusieurs auront immédiatement baissé la tête, et consacré à la recherche immédiate des petits coquillages leurs regards effarouchés par l'étendue de l'Océan. Il y a des yeux et des esprits qui se détournent instinctivement, en face de la grandeur, et qui cherchent à se rassurer en cherchant l’autre aspect du tableau, l'aspect des petites choses, considérées
isolément, Il y a des hommes qui demandent au brin d'herbe un q secours contre le cèdre du Liban, et au caillou du rivage une consolation contre la grandeur gênante de la mer, au é lieu de les admirer du même regard. | h Le premier regard de ces hommes est toujours consacré c au détail, Suivez bien ce regard qui fuit le ciel et la mer c et qui cherche un microscope pour étudier le brin d’herbe | el
qui pousse près du rocher. Ce regard-là, quand l’homme qui le possède sera revenu à Paris, regardera, en face du génie, , la forme d’un chapeau, et, dans les œuvres du génie, comp-
ce
tera les virgules, avec l'espérance qu’il y en manque une, pc | re
Il est certain que la grandeur de l’espace est la figure d’une ch
autre grandeur. Car il est certain que le sommet d’une
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montagne, par l’h . délivrance, De là, notre émotion. Cette émoti si elle portait seulement Sur une plus apcrçue. Elle n'est pas stupide, recule oblige les murs de no notre joie est profonde, fonde, parce qu'elle est symbolique, N l'immense, et notre âme se dilate qu grandissent devant nos yeux. Cette g si elle était toute seule; mais elle n voilà le mérite de l'espace. Ainsi, parlent de l'éternité, et voilà le mé L'horizon nous parle de ce qui le mérite de l'horizon.
Le voyage est une chass le mérite du voyage.
rändeur ne serait rien, OUs parle de l’autre, ct les ruines séculaires nous rite du temps.
n'a pas de borne, et voilà
e à travers les horizons: et voilà
L'horizon porte sur la stupidité humaine une condamnation que je voudrais rendre claire.
Les sots craignent toujours de s'occuper des choses sérieuses, dans la crainte de se fatiguer; et ils se fatiguent horriblement en songeant à des riens, Ils s’épuisent en efforts Continuels et stériles, et comme ces efforts portent sur des choses insignifiantes, ils ne les redoutent pas. Si les mêmes efforts avaient un grand but, les hommes dont je parle se détourneraient en disant: € Cel: ne me regarde pas.» Ils s'imposent volontiers des supplices terribles, ces supplices soient en même t Pourvu qu'il s'agisse de leur coin du feu repas, des querelles qu'ont eue chambre et ja Cuisinière, pourvu et de dispute, pourvu qu'il s’ag
orizon qu'il nous découvre, nous parle de la on serait stupide grande masse de terre Parce que l'horizon qui tre prison à reculer avec lui, ct en face de l'étendue. Elle est proous Sommes faits nour and le ciel et la mer
consent à se fatiguer démesurément, Pourvu que le chez soi soit le théâtre de sa lutte imbécile; il mourrait à la peine, Pourvu que le chez soi fût le théâtre de son agonie,
Et il refuserait de faire vingt pas, s’il s'agissait de rendre service à quelqu'un ou à quelque chose.
L'imbécile craindrait de se fatiguer, lui qui porte jour et nuit, sans se lasser jamais, le plus terrible des jougs, — son propre joug.
Or, voici ce que dit l'horizon :
L'œil de l’homme est fait pour l'espace. Placez un objet tout près de l'œil, l'œil ne voit pas, il ne peut distinguer
Gravissez une montagne: le repos de votre œil augmente avec le panorama qui se découvre, Enfin regardez la mer: même malgré Vous, votre œil se tranquillise et s’épure; il jouit profondément de la limite reculée: Je ciel et la mer lui imposent le repos.
Voilà ce que dit l’horizon,
Tout près, l'objet regardé aveugle l'œil; trop près, il le fatigue ; lointain, il le repose; immense, il Je ravit,
Et la vue physique est l’image de l’autre.
C'est la portée du regard qui le fait beau, qui le fait calme, qui le fait Souverain et qui le fait pur.
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