VI INTRODUCTION
le fond. Des blocs erratiques laissés sur la pente des monts par quelque catastrophe contemporaine des six jours de Dieu ; des rocs de granit fendus comme par une hache ou coupés à pic par des cataclysmes inconnus ; des fleuves qui tombent comme une poussière d'argent du haut des cimes inexplorables; des végétations énormes ; des arbres prodigieux que le déluge a baignés de ses eaux; et puis, sous le pied du passant^ des herbes parfumées, de petites ûeurs exquises qui refusent d'habiter dans les jardins dont rhomme est le maître, et qui s'épanouissent librement dans ces déserts voisins du ciel ; de grands espaces arides et effrayants; des oasis; des nappes de lave solide que brûle le midi, des sources fraîches et jaillissantes ; et, pardessus toutes choses, la solitude, Timmensité, le silence, je ne sais quoi de terrible : telle est la Montagne, tel est Hello. .
De ces alpestres régions on domine Thumaine vallée, on la voit d'autant mieux qu'on la voit de plus haut. On voit quelle pente suivent ses ruisseaux, vers quel océan se précipitent ses fleuves, à quelle frontière conduisent ses chemins. Le regard embrasse du même coup d'oeil et la source et Tembouchure, et le point de départ et le lieu d'arrivée, et le principe et la conséquence. Il y a dix ans Hello disait : « Les Barbares sont en route. Attila est en retard. Les Tuileries vont brûler. »
Et cependant, faut-il le dire ? on se fatigue en ces sommets. Le pied se lasse de toujours monter,, de marcher sans cesse, en dehors des sentiers frayés, de parcourir in-