‹ L'homme, précédé d'une introdChapitre 3 sur 68 · INTRODUCTION. VII · texte numérisé non relu

INTRODUCTION. VII

définîment des esearpeqfient^ inexplorés. La poitrine finit par être mal à l'aise dans ce trop pur éther, et appelle, toute haletante, l'air épais de la terr^. L'oeil se trouble à l'aspect inaccoutumé de ces masses énormes et de ces horizons sans limites. L'être tout entier est épuisé par le contact prolongé du sublime.

Et monté sur le faîte, il aspire à descendre.

On ^va sur la Montagne : on la parcourt dans tous les sens, on frémit d'admiration devant ses grandeurs formidables, on respire avec délice le sauvage parfum de ses fleurs inconnues^ on goûte dans le creux de la main la saveur de ses sources; mais on n'y bâtit point sa demeure, et on redescend du Thabor. On voyage dans la Montagne; on y revient quand on l'a quittée ; on y fait des excursions sans nombre : on ne l'habite pas.

Mais si on ne l'habite point, le souvenir des horizons qu'elle découvre et des merveilles qu'elle recèle ne i^efface jamais de l'esprit. Et quand la pensée, pour regarder les choses, est montée une fois sur les cimes immobiles de ces Himalayas, il est rare qu'elle n'en garde point une im* pression éternelle. Il est rare aussi, si elle est vraiment virile et douée de quelque vigueur, qu'elle ne se passionne point pour ces puissants sonojnets, et qu'elle ne retourne souvent, jusques au soir de la vie, gravir au hasard de la course ces escaliers de géants. En revanche, les natures faibles, les poitrinaires, les rachitiques, les fiévreux, les ramollis, les yeux malades, les gens de la foule, prennent

Vm INTRODUCTION.

en horrear, j'allais dire en terreur, tontes ces masses ver-* tigineuses..

Pourquoi monter quand il est si doux de descendre, ou si commode de demeurer chez soi ? Pourquoi chercher des horizons quand la myopie réduit tout horizon à une enceinte de basse-cour? Plus sage encore que le sage BiaSy qui ne portait que sa ifortune, le myope porte son horizon avec lui. Qu'on le fasse monter sur la plus grande des Cordillères ou qu'on Tassoie, à sa place, dans le fauteuil de cuir d'un bureau, son horizon ne changera pas, et il verra toujours la même chose, et de la même hauteur. Omnia fnecum porto.

Je viens d'analyser et de faire comprendre avec ezacti«» tade, je crois, la nature du génie d'Hello. Je viens de dire ce qu'il est en lui-même et de faire pressentir aussi ce qu'il peut être au regard des hommes.

Hello est admiré avec enthousiasme par plusieurs écri* vains, sur lesquels son influence a passé; et je m'honore d'être de ceux-là. Depuis plus de dix ans, je lis tous ses travaux; et je crois que ce n'est point sans grand profit pour moi-même, pour mon esprit, et, ce qui est mieux, pour mon caractère et pour mon âme, que j'ai fait de fréquents voyages dans les profondeurs et sur les cimes de ce génie. J'en suis toujours revenu plus fort, plus éclairé et meilleur, ou, si vous exigez de moi des termes rigoureux,

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