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De la Théologie mystique, traduction de Mgr. Darboy

LA gCXBNGE. 215

sion. C'est la passion d'associer le Christianisme et le passé.

Dire que le Ghristianisme a été bon, mais qu'il ne l'est plus ; l'ucir, dans la pensée de l'homme, aux vieilleries, aux abus, aux préjugés à tout ce que l'humanité déteste légitimement ; voilà le Paradis de l'ignorance.

Car, remarquons-le bien, cette humanité, idolâtre du passé, reconnaît en même temps, dans un lieu plus élevé de son esprit, que ce passé contient des choses détestables, qu'en outre il ^st le passée et que par conséquent quiconque s'attache à lui est mort et bien mort.

L'humanité sent prof<!>ndément que quiconque, ayant mis la main à la charrue, regarde en arriéré, n'est pas apte au royaume de Dieu.

L'humanité, quoique idolâtre de ses morts, par une de ces contradictions qui lui sont familières, réclame ardemment la vie, et laisse les morts ensevelir leurs morts.

L'humanité sent que toute doctrine qui aurait la marque du passé seul, aurait la marque contraire à la marque divine : car Dieu s'appelle Jehovah, Celui qui a été, qui est et qui sera.

Aussi l'ignorance qui déteste le Christianisme, sent que la meilleure mapjère de le ruiner dans l'homme, c'est de le présenter à l'homme comme l'attribut du ipassé.

Quand l'ignorance a fôit ce tour de force, voici ce qui arrive :

L'homme, qui adore le passé en même temps qu'il le 4éte&te, déteinte le Ghristianisme de toute la haine qu'il

ai6 L'HOMME.

a pour le passée mais ne l'adore pas de toute l'adoration qu'il a pour ce môme passé.

Le Christianisme partage avec le passé la haine de l'homme; mais il ne partage avec le passé l'idolâtrie de ce même homme.

Le Christianisme est confondu par Tesprit humain avec le passé, non pas en tant que le passé contient le germe de Tayenir, mais en tant qu'il est passé.

Un des procédés de l'esprit humain vis-à-vis du Christianisme, c'est de le reléguer dans les domaines dont il n'est pas question au moment où Ton parle.

L'homme, parce qu'il est le centre du monde, est exposé aux coups de la création tout entière. Il est exposé par son cœur, par son esprit, par son flme, par son corps. Une mauvaise parole peut le corrompre. Une tuile qui tombe d'une maison peut l'écraser. L'universalité des relations qu'il soutient avec toutes les créatures, constitue pour lui une multitude immense de dangers. Les animaux peuvent lui faire mal: car ils ont prise sur lui. L'air qu'il respire peut l'empoisonner» Son ami peut le tromper. Un livre qu'il lit ou un aliment qu'il mange peuvent introduire en lui la mort. Sa position centrale l'expose à tous les coups.

Il se passe, à propos du Christianisme, un fait différent, mais analogue.

Les Livres Saints parlent de beaucoup de choses. Le Christianisme, rétablissant les rapports de Dieu et de l'homme, remue toute la création. Les étoiles et les animaux sont à chaque page mentionnés dans l'Ecriture. De là résulte que, pour attaquer rEcriture, le coup peut partir de tous les points dû monde. L'ignorance peut se livrer à mille exercices variés et attaquer de

mille côtéd l'enDemi commun. LMgnorance scientifique et rignorance philosophique peuvent lancer mille traits» qui directement ou indirectement se tournent contre le Christianisme.

On a longtemps cru, faute de connaître la création et spécialement la géologie, que le récit de Moïse était incomp atible avec les découvertes de la Science. Il se trouve^ quand ces découvertes prennent certaiDs développements et sont placées dans la lumière, qu'elles rendent témoignage au récit de Moïse. Le point précis où la Science aime à contredire l'Ecriture Sainte, c'est le moment où la Science n'existe pas encore et se révolte déjà, pour faire croire à -sa force. Ainsi ferait un enfant trop faible pour se conduire et trop révolté pour se laisser conduire. Dès que la Science se forme, se constitue, s'organise, dès qu'elle existe, elle revient à l'Ecriture Sainte. Quel serait donc, tant qu'elle n'est pas formée, quel serait son intérêt et quel serait son devoir?

Ce serait la Foi.

La Foi serait son salut, même dans l'ordre naturel.

Ainsi s'accomplirait la parole de Jésus-Christ :

Cherchez d'abord le royaume de Dieu et sa justice, et le reste vous sera donné par surcroit.

Il y a dans la vie de l'homme et dans la vie de l'humanité des moments où la raison se trouble.

L'ignorance philosophique intervient et grandit au point d'étonner l'ignorance vulgaire. L'ignorance philosophique prend des proportions invraisemblabfes, et, pour un moment, l'humanité ressemble à un homme qui, dans un grand trouble d'esprit, aurait oublié son nom. Notre époque connaît ce mal. C'est ce^

mal qui a sucé les forces vives de rAlIemagne, et, quand il a passé le Rhin, en perdant sa grandeur apparente, il n'a pas perdu son danger réel. La raison humaine, troublée dans ses profondeurs, furieuse C(mtre elle-même et contre la Foi, a essayé alternativemoDt d'une apothéose et d'un suicide. Quand elle se rétablira, elle se verra à sa place, et retrouvera sa lumière en reconnaissant ses crimes. Mais, en attendant, quel eût été, pendant la tempête, son salut et sa sauvegarde?

La Foi.

Quand la Raison menace ruine, quelle ressource lui reste-t-il ?

La Foi.

Ainsi s'accomplirait la parole de Jésus-Christ :

Cherchez d'abord le royaume de Dieu et sa justice, et le reste vous sera donné par surcroit.

n y a une foi naturelle. Celle-là est le fondement de la Science. L'absurdité de Descartes ett le triomphe de l'ignorance.

La Foi étant avec la Science dans une si iiitime relation et une si profonde intimité, n*est»il pas frappant et étrange d'entendre à chaque instant l'ignorance attaquer le Christianisme au nom de la Science? n'est- il pas étrange d'entendre les hommes qui ne connaissent ni l'ordre naturel ni Perdre surnaturel, les opposer l'un à l'autre et invoquer le premier contre le second, comme s'ils avaient scruté, des deux côtés, toutes les profondeurs po sibles?

Un homme qui ignore tout à fait le Christianisme et qui nerougit pas de l'ignorer, rougirait s'il ignorait au même point l'histoire de Scipion, et rougirait encore

bien davantage s'il ignorait les bruits qui courent dans le monde où il vit, les faits sur lesquels roule la causerie de ses voisins; et ces faits sont la plupart du temps inférieurs en importance à l'histoire de Scipion. On dirait qu'il y a une correspondance entre la vanité des personnes et la vanité des choses, correspondance en vertu de laquelle Thomnoe vain est d'autant plus fier de savoir, que la chose dont il s'agit est plus vaine. L'amour-propre aime les petites choses, il vit de petites proies. Plus l'aliment qu'on lui sert est nul, plus cetaliment est à son goût. L'amour-propre se nourrit du vent. Quand il s'agit de choses substantielles, l'amourpropre ne souffre plus de son ignorance, et s'il s'agit de choses sublimes, Tamour-propre devient fier de son ignorance. L'homme vain aime à savoir le premier une nouvelle, une nouvelle indifférente. Il aime à savoir le premier un commérage. En revanche, il ne tient pas du tout à connaître la Vérité,, et plus il s'agit d'une haute vérité) moins il tient à la connaître.

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