INTRODUCTION. XI
— Tout cela, c'est le Génie et la Gloire, dit TEmpe.reur.
— Tout cela m*ennuie, répéta l'enfant une tmsiëme fois en indiquant le cercle charmant de jeunes femmes au milieu desquelles il était placé.
— Tout celaj c'est la Beauté.... Que veux-tu donc, ambitieux terrible? fit alors le César tout-puissant en se penchant vers ce blond visage qui brillait de quelque désir inconnu.,
— Père, — dit l'enfant, en étendant son petit bras vers la fenêtre, — je voudrais, moi aussi* aller me rouler dans cel^ belle boue.
Hélas I combieii d'hommes, moins excusables que cet enfant qui n'avait autour de lui que des éclats factices, combien d'hommes sont insensibles à la Beauté, h l'Art et au Génie, et rêvent, au miUeu des splendeurs,, d'aller se rouler dans cette belle boue! L'immonde leur mafique; ils ont la nostalgie de la fange. Aussi des écrivains d'un incontestable génie comme, par exemple, en France, Victor ^ Hugo et bien d'autres, hélas I ont-ils jugé bon de mettre beaucoup de boue dans leurs œuvres, et de capter par là l'enthousiasme et la fidélité des viles multitudes. De Mais* tre, de !^onald, Hello n'ont pas mis de boue : ils ne seront jamais populaires. La foule les fuira; et ils ne seront fréquentés dé siècle en siède que par l'élite de l'esprit humain.
XII INTRODaCTION
Hello n'est point populaire, non-seolement parce qull manque absolument de ces scories qui plaisent à Tigno* minie des foules, mais aussi parce que ses qualités sont d'un ordre trop haut pour la moyenne des esprits, pour ce qui est déjà au-dessus de la plèbe, pour ce que j'appellerai, sans nulle mauvaise part, la bourgeoisie intellectuelle.
Cette bourgeoisie est instruite, diserte, savante; elle écrit des journaux; elle fait des livres; elle déploie, dans Tordre des affaires, des facultés remarquables ; elle administre ; elle gouverne : mais elle est entièrement privée du double et unique sentiment qu'Hello possède à un degré capital, je veux dire l'amour de tout ce qid est grand, l'horreur de tout ce qui est bas.
Elle n'a ni ce sentiment, ni même la notion de ce sentiment.
Absorbée en elle-même, prenant pour les bornes du monde l'enceinte étroite de son horizon, elle ressent une instinctive horreur pour tout oe qui dépasse son propre niveau et sa portée. Remarquable dans sa sphère, appréciant, dans cette limite, toutes les beautés, toutes les délicatesses, toutes les forces de l'intelligence humaine, admirant le talent, rendant même justice aux vertus modestes, elle perd toute conscience du vrai vis-à-vis de ce qui sort ^e'son cercle, de ses habitudes, du point ordinaire de son rayon visuel. Point méchante dans le cours vulgaire des
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choses, elle devient atroce; ne manquant ni d'esprit, ni de sagacité, ni de tact dans les affaires de son ressort, elle devient inepte, en présence de tout homme qui a jugé han d'enjamber ses frontières et de camper au delà. Celui-là, c'est l'ennemi, l'homme du dehors, Vhostis antique. On repousse sa personne et on ne comprend pas sa langue.
A cette race moyenne le démesuré fait pour. Le Génie lui semble démence. Assise dans ses aréopages et ses académies, cette bourgeoisie intellectuelle emprisonne Colomb, enferme comme insensé Salomon de Caus, hausse les épaules devant Fulton ; et, réduite enfin par la brutalité de l'expérience à admettre l'Amérique ou. la vapeur comme ' des vérités physiques, elle n'en demeure pas moins la même dans l'avenir : oubliant ses sottises de la veille, elle les continue sous une autre forme le lendemain. Si, pressée par les faits ou par la rigueur des mathématiques, elle' est en quelque sorte contrainte de pr(^resser malgré elle dans le domaine de la Science, elle est de tout temps demeurée stationnaire dans le domaine de l'Art, de la Philosophie, de la pensée pure. Lisez les discours des amis de Job et les articles du Siècle ou du Temps^ et vous verrez que c'est à peu près la même chose, sauf la forme, qui est en décadence.
Telle est la classe nombreuse et lettrée auprès de laquelle Hello ne sera jamais populaire. Il est au delà de sa mesure; il habite hors de ses f]*ontières; il est exagéré ; il est excessif; il parle un idiome incompréhensible : c'est un barbare; c'est l'ennemi.
Pour comprendre Hello, il faut être soi-même, par quel-
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que c6té, en dehors de cette bourgeoisie intellectuelle. An moins par certaines aspirations, par Tamour ardent de la véritë, par le manque de toute crainte dans Tordre des idées, par l'indépendance entière et les hardiesses de Tintellîgence, par la générosité de sa nature^ par le dédain des choses vilei», il faut appartenir à l'aristocratie humaine. Le génie J'Hello a je ne sais quoi de royal; et pour vivre dans sa familiarité, il faut avoir dans l'âme, dans Tesprit, dans le cœur, quelques quartiers de noblesse.
Aussi le public d'£rnest Heilo est-il rare, rare comme tout ce qui est exquis. Incompris de la foule vulgaire, haineusement repoussé par la puissante caste des médiocri^ësj; c'est seulement parmi les hommes d'élite que le génie' d'Hello est pleinement reconnu. Là, il exerce sa suprématie; là, on reconnaît sa supériorité et sa grandeur : il est maître parmi les maîtres. Là, on aime à lire et à relire, dans ses œuvres, certaines pages incomparables que nul autre que lui n'est capable d'écrire. Là, on s'inspire surtout de la hauteur de ses points de vue.
Je connais dés écrivains très-remarquables qui aimeraient mieux jeter au feu tous leurs manuscrits que de publier quoi que ce soit qui pût provoquer chez Helio ce ju> gement suprême et sommaire qu'il a coutume de formuler d'une façon souveraine, absolue, hors de toute contradiction : « Gela est bas. « En telles matières Hello ne discute pas : il prononce ; et son verdict s'impose irrésistiblement.
Je me souviens qu'un jour je lui lus quelques vers d'un de nos grands poètes. Corneille : c'était une petite pièce intitulée, je crois, Stances à une marquise. Ces vers d'une très-fière