Comptes rendue de VAcadémie des sciences, 24 juin
fermant encore des traces de cendres el de charbon, était placée tout auprès du crâne. Le sol était mêlé de nombreuses parcelles de charbon et de quelques pierres calcinées.
Nous ne raconterons pas quels soins minutieux présidèrent & Tenlëvement de cette pièce remarquable. Plus de huit jours de travaux furent nécessaires pour soulever tout d'un bloc et transporter sans secousse dangereuse cet objet précieux, qui était enfoui au milieu des cendres du foyer de la caverne, selon l'usage des antiques peuplades. Lorsque, après mille soins et précautions, le squelette, reposant toujours sur son lit de cendres, put être placé sur une table de bois de sapin et tiré hors de la grotte, il fallut s'occu[)er de son transport par le chemin de fer. Les difficultés étaient nombreuses et les dangers sérieux; mais tout fut heureusement conjuré. La table supportant le troglodyte était suspendue par (piatre cordes au plafond du wagon, et M. E. Rivière ne cessa pas de surveiller, pendant tout le voyage, l'état de son précieux colis.
Gn\ce t\ ces précautions, tout arriva en parfait état, et le Muséum d'histoire naturelle, auquel il appartient désormais, put installer dans ses galeries ce vétéran de l'humanité. Chacun peut aujourd'hui lui rendre visite. H se trouve dans la galerie d'anthropologie. Le dessin (pK» nous donnons (lig. 49) a été fait d'apn*s une pliofograpiiie prise dans la caverne nïi^me de Menton, avant renlèvcmenl du squeletlt».
Les (liv(Tses espèct^s animales dont les débris entourent le squelette fixent Tépotiue à la(|uello cet homme a vécu. Or, il se trouve, parmi ces espèces, des os ou d«'s dents de grand ours {UrsHH .^iH'lnnis'] , de grand chîd {lù'lis sprI;ous)y de Rhinocéros tirltorfthin.^ et (\'IIi/n?na sy>e/a»<f, tontes (*spèe(»s qui caractérisent répocpie du grand ours et du niamnioulh. Kn outre, il n'y a pas trace d'ossements de renne*: (Milin les sih^x (pii sont placés près du corps sont tous Inillés et non polis.
Voici, du reste, connnent Tautenr décrit les espèces animales dont il a recueilli les débris dans le voisinage le plus immédiat du sipielette :
a 1'» Carnassiers : Ft7/,s* s^>(7,rri,i)!iisiours])lialan^es; f-'v^iis spelœvs, phalan^ro inciniTcc; l'rsns de petite taillo, probablement V('r8U,^arctis; Canis lujjns, «le ji:rando taille: Kvinareus, maxillaire inférieur.
« 2" Pacljyilermes : Rhinocéros, frafxmtints de dent molaire; Equus^ dent molaire; iSt<6' scrofa, plusieurs dents.
c 3« Ruminants :Bo8pKmt^enittô, plusieurs dents molaires et incisives et des ossements; Cervus alces^ une première molaire supérieure droite; Cer- VU8 elaphus, des fragments de mâchoire, des dents et des ossements, un fragment de bois incinéré ; Cervus canadensis (lequel ne diffère de l*Ëlaphc que par des dimensions plus grandes), des fragments de mâchoires, des dents et des ossements brisés; un Cerous plus petit que TËlaphe et qui pourrait être le Cerf de Corse, des dents et des mâchoires brisées; le Cervus capreoluSy dents et ossements; une grande Chèvre, Capra primigenia *, des dents et des fragments de mâchoire en très grand nombre, ainsi que des ossements brisés; Antilope rupicapra ou Chamois, un astragale et deux fragments de mâchoires présentant une troisième molaire à trois collines.
« k* Rongeurs : Lepus, une mâchoire inférieure avec ses dents.
« Parmi les divers animaux dont je viens de faire Ténumération, trois surtout, par leur présence autour du squelette, et à des niveaux supérieurs . à lui, le grand Felis, VUrsus spelœus et le Rhinocéros, dont j'avais déjà trouvé, et antérieurement à Thomme, des débris osseux, indiquent Tépoque à laquelle Thomme do Menton a vécu*.
(c Quant au Renne, il n*exisle pas dans les cavernes de Menton ; il paraît également faire défaut dans toutes les cavernes de Tltalie.
f Parmi les divers objels trouvés auprès du squelette, je citerai principalement deux lames de couU^au en silex, Tépingle en os taillée dans un radius de cerf, les nassa nerilea du crâne et du jambelet, et les vingt-deux canines de cerf perforées, tous objets qui présentent la coloration rougeâtre que j'ai signalée sur toutes les pièces du squelette et principalement sur la tète. Cette coloration est due au peroxyde de fer, peroxyde formé par l'hydratation du fer oligiste, dont toute la surface du corps avait été recouverte après la mort, et indique une inhumation.
c Cette inhumation a eu lieu, mais sans aucun déplacement ; en effet, Tattitude du squelette indique parfaitement que Thomme est mort pendant son sommeil, au lieu et place où je l'ai découvert, c'est-à-dire sur un sol formé de cendres, de charbon et de pierres calcinées, et au milieu des détritus de la vie de chaque jour, et sans aucune trace d'éboulemcnt. »
Nous donnons ici (Qg. 50), d'après le Mémoire de M. E. Rivière, le dessin exact des espèces animales et des restes divers qui accompagnaient le squelette de Thomme des cavernes de Menton. La légende qui accompagne cette ligure donne le nom de chacun des objets que Ton y voit représentés \
Ainsi, il n'existe pas {ïhomnie fossile, si Ton entend par ce mot un homme qui diffère, par son organisation et sa structure, de Thomme contemporain. On entend en général, par espèce ani-
]. Nom donné par M. le professeur Gcrvais & une chôvre plus grande et plus trapue qoe la chèvre actuelle.
?. M. E. Rivière a trouvé également à un niveau supérieur à l'homme, non seulement des dents d^Hysena spelxa, dont quelques-unes ont subi Taction du feu, mais encore des coprolithes du même animal.
3. Nous ne devons pas omettre de mentionner ici que les naturalistes sont disposés
Fig. 60. Objet! trouvés
<«■ PoÎEDarit CD <M 3. rfading» du
ir du squelette de l'homme primitif de Menton
IL était ippliqaé
['li>ltng« du Canii lupuê — S. Hldioir* inférieure d'une grand* chèirc [Caont prinioenl PbaUnge de Ftti* «pdim. — i. Fnummi d'un* deot de rliiDOcénie. ~ a. Coquilla de «m
ïnBrîeur» d* l'Antilope rupieapra, on chiinoii. — 10, 11. PoincoDa en oa. — il. Prtmiira in__ rieur* droila du CVrvui atat (l-.lan). — i3. Méchoira iortriapra d* l'Eritucni europsu (llti 11. DbdU tHinM d* cerf parfarén, <|ui laluient partie de la' partira du ertos. — |4. Coqnili< rttriua) prrfortfipar L'bi)iiiBa.tl qni fajaaiinl 'eilameat pirtia de 11 parire da crlnt. — il. iknL Bolair* ioférieara d'an* grand* cUir* (Cappa pHmiçtnia). — tl, 30. Phalunt uni rOan daa caienin {I/rim tptbnu). — ut. Otnthn noUiri du a»t lerofa (Tnl*).
mafe /bs8»7e une espèce éteinte, dont les représentants ne se retrouvent plus aujourd'hui. L'homme n'est point dans ce cas, puisque notre ancêtre troglodyte nous ressemble encore extraordinairement, et ne saurait dès lors être qualifié d'homme fossile. Seulement il a existé un hoinmè primitifs c'est-à-dire un être humain qui fut contemporain des grands mammifères aujourd'hui disparus du globe, du mammouth, du grand ours, (lu grand tigre, du grand cerf, etc., et qui a vécu pendant une longue suite de générations successives, à une époque bien antérieure à toute civilisation, c'est-à-dire à Ynge du grand ours, à Vâge de la pierre ou à Y(ige des métaux,
aujourd'hui à rapporter le squelette des groltcs de Menton à Pépoque du renne. Nous n'osons pas prendre un parti entre les deux opinions , jusqu'à plus ample informé, iiirtoul quand nous considérons qu'on n'a trouvé aucun osscment de renne parmi les TWtes qui ont été recueillis autour du s(iuelette.
L^nOHME PRIMITIF. 8