‹ L'homme primitifChapitre 13 sur 54 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

Les populations liiimainesii l'époque du renne. — Habitation. — Alimentalion. — Vêtements. — Armes et ustensiles. — Industrie. — Ornements. - Naissance des arts. — Ooutumes funéraires. — Le cimetière de Solulré, dans le Mûconnais.

Xous voici arrives i\ cette subdivision de Va^e. de la pierre que nous désignons sous le nom (.VEpoqiœ du Benne, ou Epoque des animaux émifjréa. Bien des siècles se sont écoulés depuis le comuienceinent de répo([ue quaternaire. Les puissants animaux qui caractérisaient les commencements de cette époque géologique ont disparu ou sont sur le point de s'éteindre. Déjà le grand ours [Ursus .spelœus) et Tliyène des cavernes Jfyœna spe- /a?(ii ne foulent plus le sol de nos contrées. Quant au grand tigre FeUsspclœus), au manimouth [Elephas primigenius) et au rhinocéros i\ cloison osseuse (RIdnoceros tichorliiïius)^ leur dernière heure ne tardera pas à sonner. La nature s'amoindrit en se perfectionnant.

Le mammouth persiste encore au centre de TEurope, mais le nombre des individus diminue tous les jours. Il ne vit [)lus i)ar bandes nombreuses. Le géant des temps quaternaires se retire f>eu à peu vers les contrées du Nord, (Toù il finira par disparaître du monde. Môme aux confins du p(Me, il ne trouvera plus les conditions naturelles de son existence, et son espèce s'éteindra.

En revanche, de nombreux troupeaux de rennes habitent les forêts de l'Europe occidenlale. Dans cette partie de l'Europe qui s'appellera un jour la France, ils s'étendent jusqu'aux Pyrénées. Le renne trouve dans ces régions une mousse {hypnum diluvii)

analogue à celle qui existe aujourd'hui dans les régions polaires [mousse de Renne) et qui suffit à sa subsistance. A côté de ce précieux ruminant, vivent le cheval (Equuscaballus)^ qui ne diffère en rien de l'espèce actuelle, Taurochs [Biso europsaiis), Turus {Bos primigenius,) le bœuf musqué (Bosmosquatu8)j l'élan, le daim, le chamois, le bouquetin, le sanglier, et diverses espèces de rongeurs, entre autres le castor, le hamster, le lemming, le spermophile, etc.

Depuis les grands froids de la période glaciaire, la température s'est; sensiblement adoucie, mais elle est encore beaucoup plus basse qu'aujourd'hui, puisque le renne, animal des climats hyperboréens, s'y plaît et y pullule.

La composition générale de la faune que nous venons d'indiquer est une preuve frappante de la rigueur que présentait encore le climat du centre de l'Europe. Les animaux qui l'habitaient alors ne se rencontrent plus maintenant que dans les latitudes septentrionales des deux continents, à proximité des neiges et des glaces, ou sur les sommets élevés des grandes chaînes de montagnes. C'est là, comme on le sait, que se sont retirés de nos jours le renne, l'élan, le bœuf musqué, le chamois, le bouquetin, le hamster, le lemming, le spcrmopliile. Le castor lui-mt^me se trouve ù peu près exclusivement confiné aujourd'hui au Canada.

Le naturaliste anglais Christy a fait remarquer, avec beaucoup de sagacité, que les accumulations d'ossements et d'autres débris organiques dans les cavernes supposent un climat rigoureux. Sous l'influence d'une température mî^me simplement modérée, il se serait, en ofret, dégagé de ces accumulations d'ossements et de débris animaux beaucoup d'exhalaisons putrides, qui n'eussent permis à nul ôtre humain de vivre à côté de ces restes infects. Les Esquimaux vivent aujourd'hui, sous ce rapport, comme les peuples des temps primitifs, c'est-à-dire à côté des débris les plus fétides; mais ils ne pourraient le faire ailleurs que dans les régions glacées du Nord.

Quels progrès riiomrae de l'époque du renne a-t-il réalisés sur ses ancêtres ? C'est ce que nous allons examiner. Seulement nous devrons borner notre étude aux deux seules contrées où l'on ait encore recueilli un ensemble d'observations suffisant relativement à l'époque du renne. Nous voulons parler de cette partie de l'Europe qui forme aujourd'hui la France et la Belgique.

Nous allons considérer Thomme de cette époque sous le rapport de son habitation et de son alimentation.- Nous parlerons ensuite des productions de son industrie, ainsi que des premières ébauches de son esprit artistique. Enfin nous dirons quelques mots du type de son organisation physique.

Habitation. — Sous le rapport de Thabilation, Thomme de Tépoque du renne se confine le plus souvent dans des cavernes. 11 les occupe tout entières ou s'établit seulement à leur entrée, suivant leur profondeur et leur clarté. Vers le centre de la caverne, des plaques, composées de roches très résistantes, comme le grès ou Tardoise, recouvrent le sol, et forment le foyer destiné à la cuisson des viandes. C'est autour de ce foyer que la famille se réunit pendant les longs jours d'hiver.

Quelquefois, pour mieux s'abriter contre les surprises auxquelles il est exposé, il se choisit une caverne à entrée fort étroite, dans laquelle il ne peut s'introduire qu'en rampant.

La grotte, formée naturellement par les rochers et leurs anfractuosités profondes, fut, sous tous les climats, la première habitation de l'homme. Il fallait nécessairement trouver une retraite pour y passer la nuit dans les climats froids, ou pour se défendre contre la chaleur du jour dans les climats chauds. Mais ces demeures naturelles ne pouvaient exister que dans les pays où se rencontraient des rochers présentant des fentes ou des crevasses. Quand l'homme fixait sa demeure dans un pays de plaine, il était obligé de se préparer lui-môme un abri commode et sûr. Il se construisait une cabane de feuillage. S'il voulait un abri plus durable, il rassemblait des pierres traînées de toutes parts, et fabriquait alors une véritable caverne artificielle. Choisissant une anfractuosité naturelle, en surplomb du terrain, il augmentait du mieux qu'il pouvait celte toiture naturelle, et l'art venant ainsi en aide à la nature, l'homme se trouvait en possession d'une retraite commode.

Ajoutons que ce lieu dans lequel il établissait cette demeure était toujours dans le voisinage d'un cours d'eau.

Pour se faire une idée exacte des grottes qui servaient d'habitation à l'homme pendant l'époque du renne, il faut exposer les belles découvertes faites par M. Edouard Dupont en Belgique, découvertes dont nous avons parlé dans l'Introduction de ce volume et dans le chapitre consacré à l'époque du grand ours et du

mammouth. L'exploration des cavernes de la vallée de la Lesse, près de Dinant, fut faite de 1845 à 1850, par M. Edouard Dupont, . assisté d'un paléontologue et anatomiste i)elge, M. Van BenedoU. *

Ces fouilles avaient été ordonnées par le gouvernement du rbi Léo[)oId I*^, qui avait fourni les fonds nécessaires pour les pousser aussi loin que possible. Nous avons déjà parlé des caYcm^ habitées par Thomme à Tépoquc du grand ours et du mammouth, nous parlerons maintenant des cavernes habitées A l'époque du renne, et surtout de la caveime île ChaUux et diés grottes de Furfooz,

La caveime de CItaleux a été préservée de tout bouleversement ultérieur par Técroulement accidentel de son plafond, qui ensevelit et maintint en place, sous une masse de décombres, tous les objets qui s'y trouvaient. M. Dupont a recueilli dans cette caverne des ossements de mammifères, d'oiseaux et de poissons, des os et des bois de renne travaillés, des coquilles fossiles, venant de la Cliampagne, et qui servaient d'ornements, enQn et surtout des silex taillés, au nomltre d'au moins trente mille. Dans le foyer, placé au milieu de la caverne, on a rencontré une pierre portant des signes inexpliqués jusqu'à ce jour, et tout autour M. Dupont a ramassé environ dix kih)grammes d'ossements roussis ou l)nilés, appartenant au rat d'eau : ce qui montre qu'à défaut de pièces plus nobles et plus substantielles, les anciens habitants do ces pays savaient si^ contenter «le ces petits rongeurs.

Les ffvotU's de Furfooz sont au nombre de quatre, qui ont été désignées par M. Dupont sous les noms de Trou du Frontal, Trou Rotielte, Trou des Nuto}is et Trou Ri*viau ou de la Gatte d\)r.

Le Trou des Niilons oi le Trou du Frontal ont été bouleversés I)ar une violente irruption des eaux, car les débris qu'ils contenaient étaient mélangés, dans un désordre incroyable, à unt masse énorme de matières terreuses et de blocs calcaires amenés par l'inondation.

Dans le Trou des Nuloiis, situé à environ 50 mètres au-dessus du niveau de la Lesse, M. Van Boneden a reconnu de nombreux ossements du renne, de Turus et de beaucoup d'autres espèces encore vivantes, parmi lescpiels gisaient pélc-niéle des instruments en silex, principalement des couteaux, des os et des bois de renne travaillés de ditTérentes façons, des osselets de chèvre polis sur deux faces, un sifflet formé d'un tibia de chèvre et dont

on peut tirer encore des sons, des fragments de poterie fort grossière, des restes de foyer, etc.

Le Trou du Frontal fut ainsi nommé par M. Edouard Dupont parce que, le premier jour des fouilles, il y recueillit un os frontal humain. Cette découverte ne devait pas rester un fait isolé. Bientôt on se trouva en présence d'un grand nombre d'ossements (le renne et autres animaux, ainsi que d'outils de toutes sortes. M. Yan Beneden constata que les ossements se rapportaient à treize individus de tout dge ; quelques-uns appartenaient à des enfants d'un an à peine. Parmi eux se trouvaient deux crânes entiers, bien conservés, et très précieux en ce sens qu'ils ont pu fournir quelques inductions sur la conformation céphalique des peuplades primitives des bords de la Lesse.

M. Edouard Dupont pense que le Trou du Frontal a servi de sépulture. Il est probable que telle était, en effet, sa destination, car on y a retrouvé une large dalle, qui devait servir à en boucher l'ouverture et à mettre les corps à l'abri de la profanation. Dans ce cas, les ossements d'animaux épars çà et là seraient des débris de repas funéraires, comme en faisaient les peuplades de l'époque du grand ours et du mammouth.

11 est intéressant de constater une pareille similitude dans les coutumes d'hommes séparés par de vastes territoires et à une distance de plusieurs milliers d'années.

Immédiatement au-desdus du Trou du Frontal est une grotte, nommée Trou Rosette, dans laquelle on a également recueilli le8 ossements de trois individus d'âges divers, associés à des ossements du renne et du castor, ainsi (ju'à des morceaux d'une poterie noirâtre, creusée de sillons grossiers en guise d'ornements, et simplement durcie au feu. Selon M. Dupont, les trois hommes dont on a découvert les restes auraient été écrasés par des blocs de rochers, lors de la grande inondation qui a laissé des traces dans la vallée de la Lesse.

La planche 52 représente la caverne de Chaleux d'après le Mémoire de M. Dupont.

« La caverne de Chaleux présentait, dit M. Dupont, les conditions les plus favorables d'habitation. D'un accès facile, peu élevée au-dessus de la rivière, grande, bien couverte, bien éclairée, bien sèche, c'étaient des avantages qui ne pouvaient être dédaignés par les hommes dont les souterrains étaient la demeure.

t Le plancher de cette caverne est recouvert d'une épaisse couche d'argile

L'Boimi ranoTiF. 9

à racluro luisante, rouge ou jaune, alternant avec des sables, comme on Tobserve dan^ presque «toutes les cavernes de la rive droite de la Lesse» qur se trouve sur une ligne orientée 0. Sô*" N. et allant d*Ordenne (Auseremme) à Noisy (Celles). Elle était surmontée de limon stratifié, contenant des débris de VUrsus spelœus et des traces de Texistence de Thomme.

« Un grand amas de pierres écroulées de la voûte recouvrait ce limon à rentrée, où il formait un parapet d'un mètre environ de hauteur avec Taxe de la caverne et se réduisant à rien vers la droite.

a Ce fut sur ce sol formé de terres argilo-sableuses au fond et recouvert d*un amas de pierres à rentrée que Thomme du renne dut s'établir. »

Après avoir décrit une habitation de ITiomme de l'époque du renne, c'est-à-dire la grotte de Chalcux, M. Edouard Dupont va nous faire connaître une station humaine^ ou ce que l'on pourrait appeler un village à Vépoque du renne. Ce village resuite de la réunion des quatre cavernes que M. Dupont décrit comme il suit:

« Station humaine de Fuvfooz. — Nous devons étudier un groupe de cavernes, car nous n'avons plus seulement affaire à une habitation de Thomme du renne, mais encore à une sépulture qu'il établit dans ces lieux.

c Nous aurons en outre à examiner une caverne qui a présenté un grand nombre d'ossements humains, et une autre renfermant quelques débris du môme âge.

c Ce f^roupe se compose «lonc de quatre cavernes : les trous des Nutons, du Frontal, Hosetle et Hovitiu.

M Trou des yutoiis. — Le trou «les Nutons offrait ;i l'homme du renne les avantages que nous avons vus dans le trou de Chaleux {Mjur une habitation. Seulement il riait 1res liuniide, car une épaisse nappe do stalagmites s'y formait à l'entrée sur le limun stratifié.

'( Les peuplades hippophajres n'y firent qu'un séjour relativement court et à la fin même de cette époque géologique. En effet, si elles l'eussent fréquenté pendant la formation des stalagmites, leurs traces se verraient au milieu de cette nappe, et cela n'a pas lieu : la stalagmite était parfaitement homogène et pure, et, malgré l'attention particulière que j'y portai, elle n'a offert aucun «lébris qui dénotîU la présence de l'iiomme pendant son dépôt séculaire. Les ossements d'animaux et les restes de l'industrie se trouvaient au-dessus du plancher de stalagmite, et comme ils n'étaient pas protégés, ainsi (ju'ils le furent a Chaleux, contre l'action du phénomène qui recouvrit, à la fin de l'époiiue du reime, toute la contrée d'un manteau d'argile jaune à hlocaux et de lœss, tout ce que l'homme laissa dans cette caverne fut mélangé avec des blncaux à l'argile jaune.

i Ik'S Of^scmciits (Cduiviaux, — M. Van I>eneden a reconnu que ces ossements ^0 ra|>[»ortent principalement aux mammifères suivants : renne, sanglier, cerf comnuin, ours brun, chèvre, glouton, chamois, renard, bouquetin, blaireau, bœuf, lièvre, cheval, rat d'eau.

a C'est bien la faune de cette époque avec son mélange des principales espèces actuelles du pays et des espèces reléguées au nord ou sur les hauts sommets de l'iiurope occidentale.

Tran du NnloD*.

c Les ossements du trou des Nutons sont les restes des repas des habitants de cet antre. Les os fondus ou brûlés, les squelettes incomplets, etc., en sont les preuves.

c On y observait aussi des traces de foyers indiqués par des cendres, du charbon, de la terre ayant subi l'action du feu. Les silex taillés, les poteries, les plaques de psammites, les ornements, démontrent également Thabitation de la caverne à cette époque antérieure au dernier grand phénomène aqueux.

f TVoti du Frontal. — Sur la planche 53, on verra la disposition de cette caverne relativement au trou des Nutons, ou mieux la disposition delà sépulture de Thomme du renne relativement à son habitation; car le trou du Frontal fut la sépulture de la peuplade dont le trou des Nutons fut la demeure.

a Disposition de la caverne, — Son accès aussi bien que ses communications avec le trou des Nutons sont faciles. Elle offrait une première salle sous forme d'abri, par conséquent bien éclairée. A l'extrémité se trouve une anfractuosité d'un mètre vingt centimètres environ de largeur, d'un mètre en moyenne de hauteur, de deux mètres de profondeur. C'était la sépulture; l'abri extérieur était la salle du festin. Cette caverne, comme on le voit, est complètement analogue à la célèbre sépulture d'Aurignac, étudiée avec tant de sagacité par M. Lartet. Il su fût, en effet, d'appliquer à la sépulture de Furfooz l'interprétation de M. Lartet relative à la sépulture de l'Aquitaine, pour y expliquer facilement tous les faits observés.

a L'abri extérieur recelait, sous un épais amas d'argile à blocaux, des restes d'animaux de toute nature dans un état qui dénote à Tévidence des résidus de repas. Mille éclats de silex crétacé taillés dans les formes décrites et figurées plus haut, quelques os travaillés, des coquilles éocônes de la Champagne, de la fluorine, du jayet, etc., y ont également été trouvés. Je citerai aussi des fragments de cônes de stalactites, qui ont certainement dû y être importés sans doute du trou des Nutons ; le trou du Frontal n'a produit, et encore est-ce d'une manière rudimentaire, de la stalagmite que de nos jours, dans la cavité sépulcrale même et non dans l'abri extérieur.

< L'anfractuosité du fond contenait des ossements humains mélangés à la terre à blocaux, et se rapportant au moins à quatorze individus.

€ De la sépulture. — On vient de voir les dimensions de l'anfractuosité sépulcrale. Pour pouvoir y placer au moins quatorze cadavres d'enfants et d'adultes, il était nécessaire de les superposer, et encore devait-elle être comble. Cette disposition des squelettes se retrouvait à Aurignac, d'après les dernières observations de M. Lartet, et on l'a constatée dans des dolmens.

f Une urne, qui est peut-être le spécimen de céramique le plus ancien en notre possession, se trouvait à l'entrée et à la droite de la sépulture, réduite en de nombreux fragments; six cabochons, dont les trous sont dirigés du fond dans le col, permettaient d y passer des ligaments. La trace de l'usure produite par des ligaments est très visible. L'urne était sans doute suspendue dans la sépulture, car le fond, au lieu d'être plat, est arrondi comme la panse même du vase.

c Des silex taillés, bien réussis, auxquels des rebuts n'étaient pas mélangés, des coquilles éocènes perforées, de la fluorine, la plaque de grès sur laquelle des caractères sont gravés, étaient à l'entrée.

« Là gisait inclinée une grande dalle de dolomie dont les dimensions se

raccordent bien à celles de Touverlure de la cavité sépulcrale. De plus petites plaques dolomiliqucs étaient près do celle-lk, et ont pu servir aboucher les parties de rentrée que la grande dalle ne lermait pas. Cette dolomie est la même que celle du rocher formant les parois de la caverne.

a Je pense que la dalle a dû servir à fermer le caveau funèbre, et qu'elle a été déplact^e par les eaux dont nous venons de voir Taclion sur les ossements.

« Un foyer existait k gauche de Tabri, sur les couches môiues du limon ■ statifié qui formait alors le sol de la caverne. Il contenait des os et dei silex taillés qui avaient subi J'aclion du feu.

a Trmi Rosette, — La ftosilion du trou Rosette est indiquée sur laTue d'cnsrmble de rcscarpement de Furfooz (pi. 53). C'est un petit souterrain ' long do 5 mètres, présentant sur la gauche une petite salle parallèle et n-' tuée à 56 mètres au-dessus de la Lesse.

tt Trois mètres d'argile jaune à blocaux recouvraient son plancher calcaire.

tt Le premier couloir n*a pas offert d'ossements ; mais lorsque les ouTriera entamèrent Tarpri le jaune de Tautre couloir, il mirent à nu, sous Targile à blocaux, (le nombreux ossements humains. Je fus assez heureux pour en faire constater le giscmont par MM. d'OmaIius,Van Beneden, J. Jones, de Lavallée-Poussin etiPautros personnes. Ces ossements, étant empâtés dans Targile jaune à la base du dépôt, sont évidemment antérieurs à ce dépôt, et comme il est lui-même identique en tous points à Targile à blocaux ordi- . naire, qui marque chez nous le commencement du dernier grand phénomène quaternaire, ils sont au moins contemporains de ce phénomène; ils appartiennent donc au moins àTAge du renne. Mais ne sont-ils pas plus anciens que cet %o niônie?

« Uno quanlilé notable d'ossomontsd'animauxa été recueillie dans le même couloir do la caverne. Il en est de n^oentsjïrovenant de blaireaux, de renards, etc., qui so sont l(MTés dans ce dcpnt; leurs débris sont les plus nombreux.

« La disposition des ossoinonts liuniains contrastait beaucoup avec celle (jue nous venons do voir dans \e trou du Frontal. Ils étaient placés dans la partie la plus obsouro do la caverne, séparés du couloir extérieur par un avanceniont du roclK-r. Ils ôlaiont réunis sur un tW'S petit espace; les connexions nalunllcs dos os lonirs et do ijuelqucs autres parties du squelette étaient assez bien conservées. Tous se présentaient couune si les squelettes eussent encore été revêtus do leurs cliairs au moment du dép«Ude Targile à blocaux. Si ces ossomonts eussent été à l'état de squelette comme dans la séiiulluro voisine, leur disposition eût dû être tout autre, ainsi que nous avons vu qu'elle lélait dans le trou du Frontal.

tt Les ossements lunnains du trou Hosotle se rapportent à quatre individus au moins.

Deux fragments de poterie sont les seuls débris de Findustrie antique trouvés avoe ces ossenienis.

« Trnn lievino ou tU' la Cnitfc {/V>r. — L'escarpement dans lequel sont ouvertes les tiois cavernes île l'url'ooz dont nous venons de faire Fétude archéoloiritjue, forme le bord convexe et d'amont d'un dos grands méandres de la vallée de la Lesst».

« Fn ravin profond traverse suivant son axe ce méandre allongé; il passe au pied du village de Furfooz et il est appelé dans le pays Passe-aux -Veaux,

'. H. Tue de l'abri loiu roche de BroDiqDol, habilation de l'bomme & l'époque du lenne.

à cause d'une profonde excavation creusée dans le rocher, et où il y a toujours de Teau.

« C'est près de là que s'ouvre une petite caverne ou plutôt un abri naturel nommé trou Reviau. Il a fourni les fragments de pariétal et d'humérus humains mentionnés plus haut. Ces fragments étaient à la base du dépôt d'r^rgile jaune à blocaux, mélangés à des ossements se rapportant aux espèces suivantes : ours brun, renard, sanglier, renne, cheval, rat d'eau.

Ils indiquent les débris des repas de l'homme, comme ceux trouvés dans les autres cavernes*. »

Nous devons dire maintenant que pendant Tépoque du renne les hommes qui vivaient dans le centre de l'Europe n'habitaient plus exclusivement les cavernes naturelles, mais qu'ils savaient se créer, sous de grandes roches, des abris plus commodes. On a découvert dans diverses régions de la France, particulièrement dans le Périgord, de nombreuses stations humaines à ciel ouvert. Ce sont de simples abris, des refuges adossés sous de grands escarpements, et protégés contre les intempéries de l'air par des saillies plus ou moins considérables de rochers formant une sorte de toit. On a donné à ces demeures de l'homme primitif le nom d'abris sons roche.

C'est au fond des vallées, et à proximité des cours d'eau, qu'on rencontre ces rustiques retraites. Elles renferment, comme les cavernes, des dépôts très riches en ossements de mammifères, d'oiseaux et de poissons, et recèlent également des haches et des ustensiles de silex, d'os et de corne. On y retrouve aussi des traces de foyers.

Le plus remarquable de ces abris naturels, propres à l'époque du renne, a été découvert à Bruniquel, dans le département de Tam-et-Garonne, non loin de Montauban.

Sur la rive gauche de l'Aveyron, sous l'abri en surplomb de l'un des rochers les plus élevés de Bruniquel, à proximité d'un château dont les ruines pittoresques se dressent encore sur ces crêtes escarpées, on a découvert, en 1866, un foyer des temps préhistoriques, qui donne l'idée la plus complète des abris sous roche des populations de l'époque du renne.

Ce rocher, connu sous le nom de Montastrucy a une hauteur de trente mètres, et son surplomb atteint une longueur de quatorze et quinze mètres. Il couvre une superficie de deux cent cinquante

1. Notices préliminaires sur les fouilles exécutées sous les auspices du gouver^ nement belge dans les cavernes de la Belgique , par M. Edouard Dupont. Tome H, , in-S*. pages &0-67. Bruxelles, 1867.

mètres carrés. C'est là que M. V. Brun, directeur du Musée d'histoire naturelle de Montauban, a recueilli une foule d'objets divers, dont l'élude a fourni beaucoup de notions utiles à l'histoire de celle épociue de la primitive humanité.

En nous aidanl de vues photographiques de la station anléhistoriquede Bruniquel,(jue M. V. lîrun a bien voulu nous adresser, nous avons pu composer la vue que représente la figure 54, d'un ohri .so?^s roche, ou d'ime station humaine à ciel ouvert, de Tépoipie du renne.

Les grottes et les abris sous roche n'étaient pas les seules habitations de rhonnne à réi)oque du renne. M. Adrien Arcelin, & qui l'on doit des études approfondies sur les mœurs et coutumes de riiomme (jui vécut dans le MAconnais k l'époque du renne, a retrouvé des vestiges <le tentes, faites de peaux de renne. Sous cet abri i)rotecteiir campaient les antiques peuplades qui cliassaient le renne aux temps antéhistoriques.

M. Adrien Arcelin fait remar(|uer (|ue ce mode de campement n'a encore été ti*ouvé que dans la station de Solutré, et (|u'il ne faudrait pas, parconsé<iuent, trop généraliser cette donnée antéhistorique.

Les huttes ([ui ont servi (riiabilation à l'homme de Solutré sont, d'après M. Adrien Arcelin, enfoncées dans le sol d'un mètre environ. Leur forme est généralement circulaire ou ovale. Elles contiennent, au centre, une pierre qui formait l'àtrc du foyer. Autour «le cette pierre est une rangée irrégulière de bloc& de pierres brutes, (pii servaient de sièges à la famille.

M. Adrien Arcelin a trouvé dans le fond de toutes ces huttes des débris de repas accumulés sur plusieurs pieds d'épaisseur, connue cela se voit encore chez les Esquimaux.

La planche 55, dessinée d'ai)rès le croquis de M. Adrien Arcelin, représente l'intérieur d'une de ces huttes du Mclconnais préhistoriipie. {)n aperçoit, parla porte en Ir'ou verte, le profil de la roche de Solutré.

Alimentation. — Les hommes de l'époque du renne ne possédaient aucune notion d'agriculture. Us n'avaient encore asservi aucun animal, pour proliler de sa force, ou pour assurer leur alinKMilation. Ils étaient donc essenliell(»ment cbasseurs, comme leurs pères. Tls poursuivaient les animaux sauvages et les tuaient à coups de lance et de flèche. C'est surtout au renne qu'ils s'atta-

Fig. 50. iDtdrieur d'une bnlt« k l'époque du reuno.

138 AaE DE LA PIERR^.

mètres carrés. C'est là que M. V. Brun, directeur du Musée d'histoire naturelle de Montauban, a recueilli une foule d'objets divers, dont l'élude a fourni beaucoup de notions utiles à riiistoire de celte épocjue de la primitive humanité.

En nous aidant de vues photographiques de la station antéhis». tori(|uede Bruniquel,que M. Y. Brun a bien voulu nousadressei^i' nous avons pu composer la vue que représente la figure 54, d'un abri sous ruche, ou d'une station humaine à ciel ouvert, de répoque du renne.

Les grottes et les abris sous roche n'étaient pas les seules hftbitalions de l'hounne à I époque du renne. M. Adrien Arcelin, &• qui Ton doit des études approfondies sur les mœurs et coutumes de riiomme qui vécut dans le Maçonnais à l'époque du renne, a retrouvé des vestiges de tentes, faites de peaux de renne. Sous cet abri protecteur campaient les antiques peuplades qui chassaient le renne aux temps antéhistoriques.

M. Adrien Arcelin fait romaniuer que ce mode de campement n'a encore été trouvé que dans la station de Solutré, et qu'il ne faudrait pas, parconséipient, trop généraliser cette donnée antéhistorique.

Les hullos qui ont servi (l'habilalion à l'homme de Solutré sont, d'après M. Adrien Arcelin, enfoncées dans le sol d'un mètre environ. ïjuir forme est généralement circulaire ou ovale. Elles conliennenl, an contre, une pierre qui formait l'iUre du foyer- Autour (le cette i)ierre est une rangée irrégulière de blocs de pierres brutes, (jui servaient de sièges à la fannlle.

M. Adrien Arcelin a trouvé dans le fond de toutes ces huttes d(*s débris de repas accunuilés sur plusieurs pieds d'épaisseur, comme cela se voil encore chez les Ksquimaux.

La planche 55, dessinée d'après le croquis de M. Adrien Arcelin, représente l'intérieur d'une de ces huttes du Méconnais préhistori([ue. On aperçoit, parla porte entr'ouverte, le profil de la roche de Soluh'é.

Alimenlalkm, — Les hommes de l'époque du renne ne possédaient aucune notion (ragricullure. Ils n'avaient encore asservi aucun animal, i)our proliter de sa force, ou pour assurer leur alimentation. Ils élaient donc essenliellcnient chasseurs, comme leurs pères. Ils poursuivaient les animaux sauvages et les tuaient à coups de lance et de flèche. C'est surtout au renne qu'ils s'atta-

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quaieut. Ce mammifère, qui existait alors dans toute l'Europe, aussi bien au centre qu'au midi, et qui est aujourd'hui retiré ou émigré dans les régions de l'extrême nord, était pour eux ce qu'il est encore aujourd'hui pour les Lapons : le don le plus précieux de la nature. Ils se nourrissaient de sa chair, se couvraient de sa peau, utilisaient ses tendons comme fils dans la confection de leur costume; enfin ils fabriquaient avec ses os et ses bois toute espèce d'armes et d'instruments. Le bois du renne était la matière première de l'industrie de ces Ages reculés. Il était pour l'homme de cette époque ce qu'est pour nous le fer.

Le cheval, le bœuf, l'aurochs, l'élan, le bouquetin, le chamois entraient aussi, pour une bonne part, dans l'alimentation des hommes de cette époque. Ils brisaient les os longs et les crânes des animaux récemment immolés, pour en extraire la moelle et la cervelle, qu'ils mangeaient toute fumante encore de la chaleur de l'animal, comme le font, de nos jours, quelques peuples des régions arctiques. Quant à la viande de ces mômes animaux, ils la faisaient cuire à leurs foyers : ils ne la mangeaient point crue, comme l'ont avancé quelques naturalistes. Les ossements d'animaux que l'on trouve môles à ceux de l'homme, dans les cavernes de cette époque, portent des traces manifestes de l'action du feu.

De tous les animaux dont l'énumération vient d'ôtre donnée, le cheval parait être celui qui a contribué le plus à l'alimentation de l'homme à l'époque du renne, dans cette partie de notre pays qui forme le Maçonnais actuel. Nous verrons, quand nous parlerons plus loin de la précieuse station humaine de Solutré, près de Hâcon^ si admirablement étudiée et approfondie par MM. de Ferry et Arcelin^ que les ossements de chevaux existent par milliers dans ce gisement de l'époque du renne, et nous savons qu'il s'en trouvait aussi un nombre considérable dans les environs des grottes de la Belgique que nous avons signalées d'après M. Edouard Dupont. A quoi auraient pu servir les milliers de corps de chevaux qui se trouvent dans la station de Solutré, sinon à la nourriture des peuplades qui se réunissaient et vivaient en ce lieu ? On est donc forcé de conclure que le cheval entrait pour une pari considérable dans l'alimentation de l'homme à cette époque.

L'examen de la roche pittoresque et escarpée qui domine le clos du Charnier (Solutré) a conduit M. Adrien Arcelin à croire que pour faire la chasse aux chevaux, qui devaient constituer le

fond de leurs repas, les hommes du Maçonnais antéhisloriquo profitaient de la disposition étrange de cette éminence, qui se compose d'un roc escarpé, surplombant à pic le terrain inférieur. Il n'était pas dilUcile, en poursuivant les chevaux libres dans la plaine, ou aux environs de cette longue et abrupte éminence, de les pousser jusqu'aux bords de cet abtme naturel, et de les forcer à se précipiter eux-mêmes, par l'effet de la peur, au bas du rocher, où d'autres chasseurs apostés recevaient ou achevaient les malheureux herbivores après leur terrible chute.

C'est pour reproduire cette scène de la vie de l'homme primitif dans le Maçonnais que nous mettons sous les yeux du lecteur (ûg. 56] la poursuite des chevaux sur le roc de Soluiré, Cette planche a été exécutée d'après un croquis de M. Adrien Arcelin.

Aux proies terrestres dont il vient d'être parlé, les hommes de l'époque du renne ajoutaient de temps à autre quelques oiseaux, tels que le grand coq de bruyère, le tétras des saules, la chouette harfang, etc. Quand ce gibier leur manquait, ils se rabattaient sur le rat. M. Dupont a trouvé autour du foyer de la caverne de Chaleux plus de dix kilogrammes d'ossements de rats d'eau, à moitié brûlés.

Le poisson est un aliment que l'homme a toujours recherché. On devinerait donc, par la simple induction, que l'homme à l'époque du renne se nourrissait de poisson, en même temps que de la cliair des quadrupèdes, si des témoignages positifs ne venaient l'attester. Ces témoignages sont des débris d'ossements de poissons que l'on rencontre dans les cavernes de cette époque, mêlé aux ossements de mammifères, ainsi que des dessins représentant des parties de poisson, que l'on voit grossièrement tracés, sur un grand nombre de fragments d'outils en os ou en corne.

L'art de la pèche existait donc manifestement à l'époque du renne. 11 était inconnu à celle du grand ours et du mammouth; mais pour la période (jui nous occupe, aucun doute ne saurait être conçu.

On a trouvé divers engins de pèche dans les cavernes qui appartiennent k l'époque du renne. Le plus simple est une petite esquille d'os, longue de trois à quatre centimètres, droite, mince et appoinlie à ses deux bouts. On attachait ce petit fragment d'os ou de bois de renne par le milieu, et on le recouvrait de l'appdt.

;. âfi. I.a poursuite de» cbu'

Nouvelle-Calédonie el autres lieux recherchent encore la chair humaine ; enGn puisque dans le sud de l'Arrique on peut signaler la persistance jusqu'à nos Jours de celte coutume barbare. Maie il n'est nullement établi en ce qui concerne l'homme primitif; car dans les innombrables débris d'ossements trouvés dans les cavernes du Périgord, comme dans les ^scments de Solutré, il n'existait pas un seul osscmcnt humain. Les troglodytes de l'Age du renne n'étaient donc pas anthropophages.

On n'a trouvé dans aucune station de l'époque du renne la moindre trace de rongement des os d'animaux par des chiens. Ainsi l'homme n'avait pas encore réduit le chien en domesUcité.

Industrie. — Comment s'habillait Thomme de l'époque du renne? Il se couvrait des peaux des grands quadrupèdes qu'il tuait A la chasse, et spécialement de peaux de renne. Aucun doute ne peut exister à cet égard. Un grand nombre de bois de renne trouvés dans le Périgord portent à leur base certaines entailles, qui n'ont élé évidemment produites que pour écorcher l'animal.

Ce qui n'est pas moins positif, c'est que ces hommes savaient préparer les peaux d'animaux , les dépouiller de leurs poils, et qu'ils n'en étaient plus réduits, comme leurs ancêtres, à se couvrir des

Pig. bl. PoiocoD en *i- Fig. ht.

lei lervant t coudre Aiguille en

le« peaux de ri

trouTé dans la gcoiie Bervani i la rudcs peaux d'ours nou débarras-

(leiEyiies(Périgord). couture. j i i p i -

sées de leur fourrure. A quoi auraient servi les grottoira en silex qu'on rencontre partout si abondamment, si ce n'est à épiler les peaux de bétes fauves? Après les avoir ainsi privées de leurs poils, ils les assouplissaient en les imbibant de la moelle et de la cervelle extraites des os longs du renne. Puis ils les découpaient, suivant des formes très simples, mais qui nous sont toutefois inconnues. EnQn ils réunissaient les divers morceaux par une couture grossière.

Ce qui prouve que l'homme de cette époque savait coudre les peaux de renne pour s'en faire des vêtements, c'est qu'on a recueilli de nombreux spécimens des instruments qui lui ser-

Avalé par le poisson, il se fixait dans l'intérieur de son corps par Tune de ses pointes, et l'animal glouton se trouvait^retenu par la corde d'attache. Il existe au Musée de Saint-Germain plusieurs de ces hameçons provenant du gisement de Bruniquel.

Dans les grottes et abris de la Dordogne, Lartet et Ghristy ont trouvé des hameçons de Tépoque du renne. A côté de l'hameçon élémentaire dont nous parlions plus haut, Lartet et Christy ont trouvé des formes plus perfectionnées. Ce sont de petits fragments d'os ou de bois de renne, qui portent d'un côté de profondes et larges entailles, formant une succession, plus ou moins longue, de dents ou barbelures avancées et aiguës.

Ainsi, l'existence de l'art de la pêche <\ l'époque du renne ne saurait être mise en doute.

L'homme de cette époque ne se bornait pas à un régime exclusivement Carnivore, car la nourriture végétale est parfaitement en rapport avec l'organisation de notre espèce. Au moyen des fruits sauvages, des glands et des cbdlaignes, il devait jeter quelque variété dans son mode ordinaire d'alimentation.

C'est d'après les données qui précèdent qu'a été exécutée la planche qui sert de frontispice à ce volume : un repas à l'époque du renne. La scène est à Solutré, dans le Maçonnais, et le site est toujours le clos du Charnier. Sur ce dessin, que nous devons à M. Adrien Arcelin, on voit des hommes couverts de leurs vêtements en peaux d'ours, rangés autour d'un foyer. Ce foyer est composé d'une pierre plate, de trias. Ils sucent la moelle des os longs du renne, qu'ils ont fendus à coups de hache. Près de la pierre du foyer est un os de renne, ainsi qu'un marteau de porphyre brut.

L'homme primitif était-il anthropophage? Le cannibalisme était-il au nombre de ses coutumes? Cette question fut discutée au Congrès anthropologique tenu à Copenhague en 1868, et M. le docteur Garrigou a adressé sur ce sujet un Mémoire à l'Académie des sciences en 1870. M. Garrigou se prononce pour l'affirmative, d'après l'examen des foyers de la caverne de Montesquieu-Avantès (Ariège) qui contenaient des ossements humains cassés et carbonisés.

Le fait du cannibalisme chez quelques-uns de nos ancêtres n'aurait rien de surprenant, puisque la même affreuse coutume a régnfi longtemps parmi diverses tribus sauvages de l'Amérique et de TAustralie ; puisque les peuplades actuelles de la

L*BOKin PRIMITIF. 10

Nouvelle-Calédonie et autres lieux reclierchent encore la chair humaine; enfin puisque dans le sud de l'Afrique on peut signaler la persistance jusqu'à nos jours de cette coutume barbare. Mais il n'est nullement établi en ce qui concerne l'homme primitif; car dans les innombrables débris d'ossements trouvés dans les cavernes du Périgord, comme dans les gisements de Solutré, il n'existait pas un seul ossement humain. Les troglodytes de l'dge du renne n'étaient donc pas anthropophages.

On n'a trouvé dans aucune station de l'époque du renne la moindre trace de rongement des os d'animaux piu* des chiens. Ainsi l'homme n'avait pas encore réduit le chien en domesticité.

Induêlne. — Comment s'habillait l'homme de l'époque du renne? Il se couvrait des peaux des grands quadrupèdes qu'il tuait k la chasse, et spécialement de peaux de renne. Aucun doute ne peut exister k cet égard. Un grand nombre de bois de renne trouvés dans le Périgord portent h leur base certaines entailles, qui n'ont élé évidemment produites que pour écorcher l'animal.

Ce <(ui n'est )ias moins positif, c'est que ces hommes savaient préparer les peaux d'animaux , les dépouiller de leurs poils, et qu'ils n'en étaient plus réduits, comme leurs ancêtres, à se couvrir des trouvé Jans la gToUe servant à la rudos peaux d'ours non débarras-

(]eEE]zie«(Périg(irai. couture. , , i ^ i ■

sées de leur fourrure. A quoi auraient servi les grattoirs en silc\ qu'on rencontre partout si abondamment, si ce n'est k épiler les peaux de bétes fauves? Après les avoir ainsi privées de leurs poils, ils les assouplissaient en les imbibant de la moelle et de la cervelle extraites des os longs du renne. Puis ils les découpaient, suivant des formes très simples, mais qui nous sont toutefois inconnues. Enfin ils réunissaient les divers morceaux par une coulure grossitre.

Ce qui prouve que l'homme de cette époque savait coudre les peaux de renne pour s'en faire des vêtements, c'est qu'on a recueilli de nombreux spécimens des instruments qui lui ser-

Pig. 1)7. Poin(aa

vaient pour ce travail, el qui sont, chose remarquable, absolument les mêmes que ceux dont se servent aujourd'hui les Lapons pour le même usage. Ce sont des poinçons en silex ou en os [Ëg. S7j & l'aide desquels ils perçaient des trous dans les peaux, et des aiguilles très soigneusement Taçonnécs, la jilupart en os ,fig. 58) ou en corne.

L'inspection de certains ossements de renne a également permis de reconnaître que les hommes de ce temps utilisaient comme Gis les Ûbres tendineuses de cet animal. Ces ossements présentent en effet des entailles transversales, précisément k l'endroit où la section du tendon a dû être opérée.

11 faut que la race liuniaine possède à un bien haut degré le goCit de la parure, puisqu'on le retrouve aux temps les plus reculés de l'humanité et dans tous les pays. Les hommes et les femmes de l'époque du renne sacrifiaient aux Grdces. Au milieu de leur existence précaire, ils songeaient à se fabriquer des colliers, des bracelets, des pendeloques, soit avec des coquilles qu'ils perçaient au centre, jiourlcs enfiler en chapelet, soit avec des dents de divers animiiux.

qu'ilslrouaientdanslemême "ù.^ but, comme le ropri^sente la figure 59.

La partie cornée des os de l'oreille du cheval ou du bcEuf (flg 60) était également employée pour cet usage , c'est-à-dire comme objet de parure.

C'est d'après toutes les données qui précédent que nous représentons (fig. 61) ^.^ ^^ ^^ ime famille à tépoque ihi rmne. Cette planche, ([ui a été exécutée d'après un croquis de H. A. Arcelin, résume les traits principaux de la physionomie et de l'habitude humaines à l'époque que nous considérons. Au premier plan est un homme qui aiguise la pointe (l'une hache de silex ; sur le second plan est un chasseur, portant sa pique de silex, son arc et ses (lèches. Près de lui, sa femme revêtue de ses parures et ornements. Us portent tous un cos-

de loup percée pour

Fig. GO. Ornenienl fait avec la partie cornée de l'oreillo d'un clic val.

tiime de peaux (le renne. La scène est & Solutré; l'escarpement ligure dans le fond est exactement celui du clos da Charnier.

A cette époque, l'instinct sociable de l'homme, qui le pousse à entrer en conimunication avec ses semblables, s'était déjà maaifesté. Des relations s'étaient établies entre des localités assez éloignées les unes des autres. C'est ainsi que les habitants des bords de la Lcsse, en Belgique, allaient chercher dans la partie de notre pays qui forme aiijounl'hiii la Champagne, des silex, qu'ils ne pouvaient trouver sur leur territoire, et qui leur étaient indispensables pour fabriquer leurs armes et leurs outils. Ils en rapportnieul également des coquilles fossiles dontiisfaisaientde bizarres colliers. Ces relations ne peuvent être révoquées en iloiile, car des témoignages certains en font lui. M. Edouard Dii|)out a trouvé dans la caverne de CUuieu\, prés de Dinant (Belgique], cinquante-quatre de ces coquilles, qui ne reconnaissent d'autre lieu d'origine que la Champagne. Il y avait donc \h un rudiment de eCommerce, c'est-à-dire des importations et des éciiangcs, <pii son! la première itianifeslaliiin du coinnicrce cbi'z les peuples.

(lu ))cut uucurc iiflirmi'r qu'il existait à rclti- vpoqui^ de viM'ilablcs fabriques d'armes

i-t il'usleusik's, diiut lu iliiicnl aux ali-iiloiirs, p culi<M'sdc-cliiiqiiefamil]< Ieii\, rili'ïi- plus haul, pi CM tii-u\ dr ndiriciilioii.

1865, dauî mcul, on

silex, taillés s. etc.

icrs pour la fiiliricj . de Liiujreric-llnnli

jiroduits se réponir les besoins parti- Ui caverne de Chalil avoir élé l'un de ar du 8 au 30 mai ;pare de vin^l-deux Jours scule- I recueilli pri's de vingt mille

haches, poiguards, couteaux,

racluirs, gralloii' De pareils alel dans les slalioi le l'i'Tigoril, La proiuière était, si'hi nul'ai'lurc spi'-i-iale pour les poinic!

Christ) out raninssé des spéciuicus et doul la ligin-e 62 retrace la fitrnie fabriquait des armes el des outils i

ion des silex étaient établis cl (le Liiu/ferie-Hasse, dans Il les ap|iarences, ime ma- ; de lances, dont Larict et ;\tri^meuienl remarquables, exacte. Dans la seconde, on n bois de renne, si l'on en

fig. 61. Une raniille à l'époque

juge par la grande quantité de restes de bois de cet animal que les mêmes explorateurs y ont rencontrés, et qui presque tous portent des marques de sciage.

It n'est pas probable toutefois que les objets ainsi confectionnés s'exportassent au loin, comme cela se lit plus tard, c'est-à.ilirc à l'époque de la pierre polie. Comment traverser de grands fleuves, franchir de longs espaces couverts d'épaisses forêts, pour porter les produits tie cette industrie, dans un temps oii nul moyen de communication n'existait d'un pays à l'autre? Il

Pig. 63. Kig. 61. Fig. 65. Fig. 66.

Silex taillés Ju Tùrigord.

n'en est pas moins curieux de constater l'existence d'un commerce rudîmentaire & une éjMique aussi reculée.

La grande diversité des types de silex taillés fournit une preuve très manifeste de la longue durée de l'époque historique qui nous occupe. On peut suivre dans la série de ces instruments toutes les phases de perrectionnement du travail, eu commençant par la forme grossière des haches du diluvium d'Abbeville, pour aboutir à ces éléganles tétcs de lances qui ne sont inférieures t aucune production des temps postérieurs.

Nous représentons ici [fig. 63, 64, 65 et 66) les spécimens les

plus curieux des armes de silex à Fépoque du renne. Les couteaux et autres petits instruments, tels que grattoirs, perçoirs, tarauds, etc., sont en majorité; les haches sont relativement rares. On rencontre des outils à double fin ; par exemple des tarauds accouplés à des perçoirs. 11 y a aussi des pierres rondes qui ont dû servir de marteaux; du moins voit-on qu'elles ont reçu des chocs réitérés.

M. Lubbock pense qu'un certain nombre de ces pierres étaient employées pour chaufler l'eau, après qu'on les avait fait rougir au feu. C'est ce que font encore, selon M. Lubbock, pour se procurer de Teau chaude, certaines peuplades sauvages auxquelles la poterie est inconnue, qui ne possèdent que des vases de bois, lesquels ne peuvent être placés au-dessus d'un foyer.

Citons encore des polissoirs en grès, ou en toute autre matière rugueuse. Ils ne pouvaient servir qu'à polir l'os et la corne, puisque à l'époque du renne les instruments en sj^ex n'étaient pas encore soumis à l'opération du polissage.

On a également recueilli ç& et là des cailloux en granit et en quartzite, évidés au centre, et plus ou moins bien arrondis sur les bords. On a supposé que c'étaient là des mortiers, quoique leurs dimensions exigui^s ne se prôlent guère à cette hypothèse. Il n'est pas probable qu'ils aient servi à broyer des graines, conmic le pense M. de Vibraye. Edouard Larlet croit que les hommes de cette époque se procuraient du feu en frottant vivement de petits morceaux de bois sec dans le fond de ces mêmes cailloux creux, à texture grenue.

Parmi les pièces les plus intéressantes de la vaste collection de silex appartenante l'époque du renne (jui a clé recueillie sur les territoires de France et de Belgique, nous devons mentionner des scies toutes mignonnes et très finement denlelccs sur les deux bords. On en voit une au Musée archéologique de Saint-Germain, qui ne mesure pas plus de 2 centimètres de large. Elle a été trouvée par M. Y. Brun dans l'un des abris sous roche de Bruniquel.

Un grand progrès s'était accompli dans l'industrie de l'homme primitif à l'époque (jui nous occupe. En même temps que l'on perfectionnait la taille du silex, on api)rit à travailler les bois de renne et les os des animaux. Le bois et l'os sont moins durs que le silex, mais ils sont d'une solidité suffisante et permettaient de fabriquer des armes légères et d'une grande portée. Avec le bois

de renne, on taillait des flèches, on faisait des lances légères, espèces de javelots, comme en eurent les Romains; on faisait des poinçons, des aiguilles, des pieux de combat, etc.

Les armes, ustensiles et instruments divers dont faisaient usage les hommes de l'époque du renne, accusent un progrès marqué suç ceux de la période précédente. Ces instruments sont en silex, en os ou en corne; mais ces derniers sont de beaucoup plus nombreux, principalement dans les stations du centre et du midi de la France. Celles du Périgord se font surtout remarquer par l'abondance des instruments en os de renne.

Les objets en os et en bois de renne trouvés dans les cavernes (lu Périgord dénotent une habileté de main remarquable.

Citons, par exemple, des pointes de flèches et de javelots. Les unes sont minces et effllées aux deux bouts; d'autres se terminent à la base en un biseau simple ou double. Parmi ces dernières, laplupartsont largement fendues, pour recevoir une hampe; (|uelques-unes sont ornées de rayures et de quadrillages surtout leur pourtour. Il en est (|ui portent des encoches assez semblables h dos barbelures ébauchées, car elles ne se détachent pas de la masse de la tig(*.

Viennent ensuite les pointes de flèches barbelées désignées sous le nom de harpons. Bien effilées au sommet, elles sont caractérisées par des barbes très accentuées, en forme de crochet, disposées soit d'un seul côté, soit des deux côtés à la fois ;ng. 67 et 68). Dans le dernier cas Jig. 68), ces barbes alternent par paires, et sont pourvues d'une gouttière, ou rainure médiane, qui, selon quelques naturalistes, devait receler quelque y.„ ^. y-^ ^ja P,è,he

poison subtil. Ainsi que le font les In- Flùcho barbelée en bois de

diens actuels des forôts américaines, ^^Z. "Z adT^ie" les hommes primitifs auraient donc

empoisonné leurs flèches; la rainure longitudinale que l'on remarque en beaucoup de flèches en bois de renne aurait servi à receler le poison.

Ibk

Nous ilcvons pourtant nous lidtcr de dire que celle opinion a été abandonnée deiniis que l'on a npjtris que les Indiens de l'Amérique dn Sord cliassaicnt nulrofois le bison avec des flèches en lx)is |>oiirvucs do i'anau.\ tout & fait semblables. Ces canaux sont destinés h laisser couler le sanp de l'animal, <nii est, pour ainsi dire, pompé de la blessure. Tel devail ^tre le râle d« la cannelure qui s'observe sur les tlïTlies en pierre de l'époque du renne. L'idée de l'em poison ncmont de ces llêclies doit donc dire écartée.

Ces llèelies barbelées, ou harpon:!, sont encore employées chez u-K Esquimau.v de nos jours pour la cbusse au pboque. Leur harpon, comme celui des peuplades primiliveB •le l'épociue du renne que représentent les ti^ui-es fi7 et 68, est très pointu et pourvu de crocbels. On l'attache à un til et on le lance avec l'arc. Quelquefois les Liq)ons ii\eiif une vessie ^unlléc à l'extrémité de la lltclie, alin que li> chasseur soit averti s'il a atteiat son but, on {xinr rpi'il sache où il doit dii'i;;er de nouveaux coups. Kii;. litf. Oj.iiiii.iiial \Kttx Nous douiious aussi .lig. 69; le des-

sm d un IraKmeiii d os mmvé dans la ffrotte lies Kj/,ii's Péi-i;;(ii<l. et dans laquelte un de ces harpons est resté en^'afjé.

Des Ira^'menls souvent dans les station:

conséquent l'arc, dunl ut

11 bois de rcmie se remonlrenl assez

humaines de ré|)oque du renne. Par

ne trouve pas île vesti^'es A l'époque

alors à la chasse uu

du ^'rand ours et du iiiammonth , serv A la ftuerre.

La fijjnre 70 représenfe la chn^tsr 'In rr,i,>r A réjmque qui nous occupe. Le pavsa^e est une plaine des bonis ilo la SaAne. Des hommes armés d'arcs en buis de renne el de I1<'>clics ■'i pointe de silex sont à l'affilt, ;.niellanl le jiassajje d'un troupeau de ces herbivores.

On sait que le renne est uii luiimid liés craintif, el '{ne le chasseur ne rajiiirniiie que très dirticileiiient. IVesl pour cela ipi'oii voit, de nos Jours, en (lillérents pays, les chasseurs s'alTubler de peauv de renne, terminées par des cornes proéminenles.

afin d'inspirer moins de crainte à la proie qu'ils convoitent. Cet artiûce de chasse, qui existe chez plusieurs peuples modernes, était en usage chez l'homme de l'époque du renne, au moins dans le Maçonnais. Cette remsurque a été faite par M. Adrien Arcelin, d'après des objets recueillis par lui dans le gisement de Solutré, et c'est d'après un croquis de ce savant archéologue qu'a été exécutée la planche qui représente la chasse du renne.

Nous rangerons dans la classe des outils les poinçons en os de différentes grandeurs, à poignée ou sans poignée (fig. 71 et 72), ainsi qu'une nombreuse série d'aiguilles, dont quelques-unes très fines et très jolies, en os, en corne et môme en ivoire, ont été trouvées dans les cavernes du Périgord.

Dans certaines stations humaines de l'époque du renne, on a retrouvé des ossements d'où Ton avait détaché de longues esquilles propres à confectionner ces aiguilles. On a retrouvé les délicates pointes de silex qui ont servi à en percer le trou ; on a retrouvé enfin les blocs de grès sur lesquels s'était effectué le polissage de ces fragments d'os.

Il faut signaler également les lissoirs, destinés à rabattre les coutures des peaux dans les vêtements.

Un des outils les plus importants de cette époque est un véritable foret à pointe aiguisée, avec un seul bord tranchant. Avec cette pointe de silex, tournant rapidement, on perçait F'Ç- ^^ ei72. Ounisen

' ^ ? r ^ 5Qig (Je renne trou-

des trous dans toute espè; e de matière : os, vés dans la caverne dents, bois, coquilles. Ce foret de pierre fonc- p^' „^y"\f "^^^ tionnait aussi bien que nos forets d'acier, au dire des naturalistes qui en ont essayé l'effet.

La station de Laugerie-Basse a fourni plusieurs exemplaires d'un autre instrument dont on ne voit pas bien exactement l'emploi. Ce sont (ûg. 73) des tiges effilées à un bout, et creusées à l'autre extrémité, en forme de cuiller, destinées, d'après Éd. Lartet, à extraire la moelle des os longs des animaux, qui servaient à leurs repas. Cependant Lartet n'osait l'affirmer, et il lyoutait : « Il est probable que nos aborigènes n'y mettaient pa.s

taot de façons. » Quoi qu'il en soit, l'un de cgb instniments est trts niDsniuablc par les lignes el les ornements en relief dont Jl4!iBtpiré> et ijui attestenl cliez l'ouvrier un certain senliment 4é la lymMiie.

' On a recueilli dans dÎTênea caTernea, aux Ef^ea^ i Lao g ar ltf - Baaae, à Oiaffaut, commune de Savigni {Tifluae} , dés siflMi

Fig. 13.

t'ig. 74. Plialange de

Pig. 76 et 76.

Cuiller en

pied de renne per-

Bfllone de boie de renne

boie

cte d'DD trou Bl

de renne.

«ervant de Eifflet.

Uan* une caverne du P*rigord

d'un genre tout particulier (ûg. 74). Ils sont faits de la première phalange d'un pied de renne, ou de certains ruminants du genre Cerf. Un trou a été percé à la base de cet os, un peu en avant de l'articulation métatarsienne. Lorsqu'on souffle dans ce trou, en plaçant la lèvre inférieure dans la concavité qui coirespoDd h cette articulation, on obtient un son uigu, le même que l'on produit en soufllant dans une clef forée. Nous noua sommes

dooné le plaisir de constater, au Musée de Saint-Germain, que ces antiques sifflets fonctionnent très bien.

l*s stations du Périgord ont éfj'alement fourni une certaine quantité de bdtons de bois de renne (Qg. 75 et 76), dont on n'a pu parvenir à bien s'expliquer le rflle. Ils sont invariablement percés d'un ou plusieurs trous à la base, et portent des dessins sur lesquels nous aurons ù revenir. Edouard Lartct pensait que c'étaient là peut^tre des signes d'autorité, des hâtons de commandement.

Cette explication parait juste, quand on considère le soin avec lequel ces bAtons sont travaillés. Dans l'hypottièse où ils seraient des signes de commandement, le nombre variable des Irous aurait sa raison; il indiquerait une hiérarchie dont le terme le phis élevé correspondrait aux bâtons présentant le plus de trous. C'est ainsi que dans l'empire chinois le degré d'autorité d'un mandarin se juge au nombre des boutons de sa culotte de soie. Et de m^me qu'il existe dans la hiérarchie musulmane des pachas â une ou plusieurs queues, il y avait chez les hommes de l'époque du renne des chefs à un ou ])lusieurs trous '.

Il n'est pas bien établi que les hommes de l'époque du renne eussent connaissance de la fabrication de la poterie Le seul monument de cette industrie appartenant à cette époque est un vase de terre trouvé p ir H. Ed. Dupont dans la caserne tleFurfooz et dont nous ivon^ parlé plus haut M Dupont houva dans cette caverne mi lée aux ossements humains une urne, en poterie grossière qui est le plus ancien monu ment de l'art de la céramique chez nos ancêtres. Cette urne (Qg. 77) était en partie brisée; elle a été rétablie, par les soins de M. Hauzeur, telle

I. QoelquM arcbiologiiet peoienl que ces bois percés de Iroui paarraienl bien Hndetpiiceadebaniachenienl pour les cbevsux oulesreiiiiM. Usiiceci préjugemît l> qDMtion de la dooiealicmUoii du cheval Ix celte époquo, ce qui n'est poJDt établi.

IflO

que uous la représenlons , d'après l'ouvmge de M. Lchtml, Ce qui prouverait que l'art de coafectionDer les poteries étaii encore presque inconnu à l'époque du renne, c'est que l'on a trouvé dans la grotte de la Madelaine [département de la Dor dogne) une géode naturelle, qui forme un récipient très grand, très épais , et qui a subi d'un cdté l'actioD du feu . C'était donc sans doute un vase de cuisine, et la matière qui constitue ce vase semble bien prouve!

que les poteries élaîenl inconnues , puisque l'on consacrait à cel usage des pierres excavées D^urelleoifiat,.

NouB représentons ici (fig. 78} cette géode naturelle, qui exiata luMusée de Saint-Germain.

f ig. 78. Géode nBlUrcllp ayant servi Ae v Imiivic dans ta gnua de la Mideluiie iférigordj.

Les arts chez Vhomme de Choque du renne. — C'est à t'époque du renne que l'on voit se manifester pour la première fois chez l'homme le sentiment de l'art.

Une circonstance bien digne de remarque, c'est que le sentii^enl artistique semble avoir été le partage des populations qui habitaient le sud-ouest de la France actuelle. Les départements de la Dordogne, de la Vienne, de la Charente, de Tarn-et-Garonne et de l'Ariège sont, en effet, les seuls où l'on ait recueilli des dessins et des sculptures représentant des êtres oi^anisés. Nos départements de l'Est n'ont rien offert de semblable.

Il ne suffit pas, pour expliquer cette singulière circonstance, de dire que les cavernes du midi de la France correspondent aux derniers temps de l'époque du renne, tandis que les autres remontent aux premiers temps de cette même époque. Outre que cette assertion n'est nullement prouvée, on aurait «ne réponse toute prête dans ce fait, bien constaté, qu'aucune copie d'animal ou de plante ne fut exécutée dans le même lieu dans des temps postérieurs, c'est-à-dire ù l'époque de la pierre polie et même à

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