CHAPITRE II
Type de l*hoinme à Tépoque du renne. — Les crânes de la Belgique et de Bruniquel. — Le cimetière humain de Solutré. — Étude anthropologique des crânes de Solutré, par M. Pruner-Bey. — Résumé des us et coutumes de i*homme k Tépoque du renne. — Les mœurs des peuples moderoes des régions du nord de l'Europe, des Lapons, des Samoyèdes, etc., nous éclairent sur les coutumes et habitudes de l'homme primitif.
Nous nous demanderons maintenant quel était le caractère de l'homme de l'époque du renne, sous le rapport de son orf^niM^ lion physique.
Le type humain différait peu alors de ce qu'il avait été à Tépoquc (lu grand ours et du mammouth. C'est ce qui résultera de l'étude que nous allons faire des cnlues ou des squelettes humains trouvés dans les principaux gisements européens que nous avons décrits, c'est-à-dire dans les cavernes de la Belgique, dans les abris sous roche de Bruniquel et de la Dordogne, enfin dans le cimetière antéhislorique de Solutré.
Les deux crânes entiers trouvés dans les cavernes de la Belgique par M. Éd. Dupont ont été étudiés par M. Pruner-Bey, dont l'autorité est si grande en anthropologie. Ils présentent d'assez notables différences, mais M. Pruner-Bey pense que ce sont des têtes d'homme et de femme de la môme race. Il y a souvent, dit le savant anthropologiste, plus de différence entre les têtes des deux sexes d'une même race qu'entre les têtes de même sexe de deux races distinctes.
De ces deux crânes l'un est prognathe, c'est-à-dire à mâchoires portées en avant; l'autre est oi^thognathe, ou à mâchoires droites. Nous représentons ce dernier crâne dans la figure 92. Le prognathisme du premier, qui est l'indice d'une race dégradée (comme celle du nègre), n'empêche pas qu'il ait le front plus élevé et
la capacité crânienne plus vnste que le second. Il y a donc U un véritable mélange des caractères propres aux races inTérieiires et à la race caucasique, qui est l'expression la plus élevée de l'espèce humaine.
Suivant M. Pruncr-Bey, les peuplades belges de l'époque du renne appartenaient à une race de petite taille, mais très vigoureuse, la face offrant l'aspect d'un losange, et le crrtne entier simulant une sorte de pyramide. Cette race, que H. Pruner-Bey appelle mongoloïde, est la même qui existait à l'époque du grand ours et du mammouth, et, comme nous l'avons dit, elle est idenlique à la race ligure ou ibère, qui existe encore au nord de l'Italie (golfe de Gênes], dans les Pyrénées (pays basque), dans le nord de l'Amérique et dans quelques autres pays.
Pig. 91. CràDe Fig 93 UAne <1>. )ieillarJ trouvé
tmiTé par H. Edouard Duponl par V Brun dans labri soue rocbi. de Laraje,
à Furfooz. A Bruni jucl
Ainsi M. Pruncr-Bey assimile la race qui a laissé ses vestiges dans les cavernes de la Belgique àcctte rasiG mongoloïde primilive, dont les Lapons actuels nous donnent l'idée, et dont nous avons déjà représenté le type avec les hommes de Cro-Magnon.
Dans les fouilles si intéressantes qu'il a pratiquées dans les abris sous roche de Bruniquel, M. V. Brun a rencontré un certain Dombre d'ossements humains, et particulièrement deux crAnes, l'un de vieillard, l'autre d'adulte. Nous représentons ici (fig. 93) le cr&ne de vieillard, d'après une photographie qu'a bien voulu nous adresser M. V. Brun.
Si l'on mesurait l'angle facial de ce crdne, on trouverait qu'il oe diffère pas de celui de l'homme qui habite aujourd'hui les mêmes climaU. On voit, d'après cela, combien sont illusoires les idées qui font de l'homme primitif, de l'homme de l'Age de la
pierre, un être esspnlielleineiit différent de l'homme de nos jours. Le'mot d'homme fossile, rèpétons-le A ecllc occasion, est & rayer de la science, tant pour rester conforme aux faits constatés, que pour faire cesser un malentendu nuisible au progrès des études concernant l'origine de l'homme.
Comme ceui de la Belgique, les crânes trouvés dans les abris sous roche de Bruniqucl paraissent identiques, quant au type, h cotte race mongoloïde primitive que nous retrouvons partout et qui paraît avoir été la souche primitive de l'homme en Europe.
Cette vérité appai'altra avec plus d'évidence encore, si nous faisons connaître les résultats du beau travail que M. Pnmer-Bey a consacré à l'élude des crAnes et squelettes humains trouvés par MM. ArccUn et de Ferry dans le magnifique cimetière anléhistorique de Solulré.
Nous représentons ici (fig. 94-99) six crflnos d'hommes et de femmes, choisis parmi les mieux conservés de la collection de M. de Ferry, et qui ont été dessinés d'apr&s nature, pour notre ouvrage, sous les yeus de M. Pruner-Bey.
La description des crânes de Solutré a élé donnée par M. Pruner-Bey dans la seconde partie d'un mémoire intitulé le Maçonnait^ jir/^histovi'/ve, ouvrage |)osthume du regrcttnblp M, de Ferrj-, dont lu première partie est consacrée à la topographie, à la géologie, à l'archéologie et à la faune du MAconnais préhistorique, et la seconde d la description ethnographique des ossements trouvés au clos du Charnier. Ce qui va suivre est une analyse du travail de M. Pruner-Bey.
L'homme préhistorique de Solutré, dit cet aothropologiste, était, en général, vigoureusement constitué. C'est ce qu'indique l'étendue des empreintes musculaires sur le squelette, soit au crâne, soit aux membres. La taille des individus trouvés à Solutré varie considérablement. 11 existait \t des individus petits et grands, sans qu'il soit possible de Qxer exactement ce rapport, parce que les matériaux de cette détermination sont insufCsants.
Si l'on en juge d'après son visage, l'homme de Solutré représenterait très bien l'homme qui, de nos jours, occupe les régions circompolaires. D'après les variations et les nuances de son type crdnien, on dirait que plusieurs des peuplades appartenant à la race mongoloïde, telles que les Lapons, tes Finnois,
1. In-4°, UlroD, 1869, publié siiu let iiupicM de l'AcBdâmie de HftoHk
les Groenlandais, qui aujourd'hui sont séparés par de grandes distances sur notre globe, se trouvaient réunies à Solutré sur quelques arpents de terre.
Le crftne de l'homme de Solutré est plus volumineux que celui des représentants modernes du même type auquel il appartient. Le visage toutefois est loin d'être beau, et le beau caloarium (botte osseuse du cerveau) n'est pas des plus avantageux; car à la base il pèche par le rétrécissement latéral du front, et au sommet il trahit également un défaut dans le développement des circonvolutions supérieures de l'encéphale.
En somme, sans être farouche, la physionomie de l'homme de Solutré, autant qu'on peut en juger par la tête osseuse, est marquée de traits qui indiquent la lutte contre les intempéries du climat et contre les besoins continuels de la vie. L'œil, profondément caché chez la plupart de ces individus, fait reconnaître le chasseur, avec son habitude des yeux fixes, guettant une proie.
On peut afQrmer, dit M. Pruner-Bey, qu'il n'existe aucun type crânien que l'on ne rencontre & Solutré ; et qui plus est, on trouve & Soluti*é d'autres types qu'on n'a pas encore vus ailleurs. Tels sont, parmi les crânes qui ont pu être bien déterminés, le type esthonien (fig. 99), et parmi ceux qui restent problématiques, le type tartare, Vesquimoïde, etc. Ce dernier, avec son œil proéminent, comme s'il était avide de chercher la lumière, est Texpression la plus accusée du type humain septentrional; il nous montre en môme temps le trait d'union entre Thomme de l'ancien continent et celui du Nouveau-Monde.
Quant aux qualités intellectuelles et morales de l'homme qui habita la station de Solutré à l'époque du renne, on peut en juger par son industrie et par ses rites funéraires. Son talent artistique mérite toute notre admiration. Tout ce qu'on peut obtenir de la pierre taillée se voit réalisé, avec une perfection exquise, dans la fabrication de ses armes et de ses outils. Et non seulement on peut reconnaître la perfection de fabrication des objets usuels, mais on constate encore un véritable talent pour les arts, comme le prouve la statuette trouvée par M. de Ferry, et qui représente un renne admirablement sculpté.
Les rites funéraires de l'homme de Solutré nous révèlent, d'autre part, ajoute M. Pruner-Bey, la série des idées et des sentiments qui distinguent l'homme de la brute. 11 existait, dans cette station humaine, deux modes d'enterrement. Dans le pre-
mier, le cadavre était mis à l'abri de toute atteinte, grdce à un cercueil en pierres brutes. Dans le second mode d'inhumation, on déposait les corps sur les cendres encore chaudes du foyer. Ce dernier genre de sépulture est intéressant au plus haut degré. Tout nous révèle ici la tendresse, la prévoyance et la croyance en une vie nouvelle s'ouvrant au delà du tombeau. On couchait le mort dans les cendres chaudes, pour le garantir du froid pendant son long voyage*. Trois pierres, placées, l'une au-dessous de la télé, deux autres au-dessous des hanches, représentaient le foyer domestique mis à la disposition du défunt. Une quatrième pierre, qui accompagnait les premières, pourrait bien figurer une idole*. Enfin des outils et des armes, des portions de viande de renne, représentant quelquefois le (juart de Tanimal, à en juger par les os, constituaient la dot funèbre qui devait mettre le défunt en état de continuer, dans un autre monde, une ère semblable à celle qu'il venait de quitter.
Un autre fait prouve la douceur des mœurs et l'espèce de tendresse qui était propre à l'homme antéhistoriciue du Maçonnais. Le nombre de crdnes édentés de vieillards des deux sexes trouvés à Solutré est considérable. Or cet état exige des soins tout particuliers, notamment pour ce qui concerne le régime alimentaire. Il est probable que les substances les plus délicates empruntées au règne animal, telles que le sang, la moelle, le cervelet, les oeufs d'oiseaux, etc., étaient réservées aux vieillards. On peut même penser que le bouillon ne manquait pas à ces mômes vieillards, car on trouve les os du cheval, qui constituaient l'aliment principal de ces tribus, réduits à un état qui fait supposer qu'on les avait fait bouillir dans l'eau pour en tirer du bouillon, comme c'est encore aujourd'hui l'usage chez plusieurs peuples. D'ailleurs, les vases de pierre propres à recevoir l'action du feu ne manquaient pas à Solutré. Le pot-au-feu de cheval pouvait donc s'y préparer facilement, et tout porte à croire que le bouillon était destiné à la portion faible et âgée de la tribu.
Cet homme qui a vécu aux temps quaternaires est, dit M. Pruner-Bey, homme dans toute la force du terme. Rien dans sa
1. Les Boschinians et plusieurs tribus nègres qui vivent de notre temps ont Tliabitode de se coucher dans les cendres chaudes, pour se garantir du froid et des moustiques. Chez les Yakoutes de la Sibérie, la place d'honneur est près du foyer.
3. Les peuplades du haut nord sont en général fétichistes. Parmi les divinités des Lapons figare, comme chef^ Joiibmal, qui est représenté par une pierre brutc^ que roQ teint de sang de renne, par un véritable acte de sacriQce religieux.
CODsUtnUon physique n'indique une rcssemblancp quelconque avec lea singes. Dans ses us et coutumes tout est parfaitement humain. D'autre jiart, nous voyons déjù à cette époque les caractères anatomii] iii's de la race ù laquelle il appartient accusés arec la pluB grande inteoBité.
En résumé, la découverte du gisement de Solutré est d'une importance hors ligne. A ce petit coin de terre se rattachent les considérations les plus intéressantes et les plus saisissantes de toates celles qui ont préoccupé les onthropologistes.
Pour compléter les notions précédentes sur les mœurs et coûtâmes de l'homme & l'époque du renne, nous citerons le résumédonné par M. Éd. Dupont de ses observatioDS concernant les habitudes et coutumes de l'homme de cette époque en Belgique.
( L'homme de l'Age du niine était, dani Cfltt« régîoa, raiblemnt bra^ eliycéph&le, k crAne pyramidal, à face iq>latia et en forme de losange. Ces caractères le ciassaot dans te grand rameau touranien.
( Il était de petite taille, egile et rigoureux.
c Ëmîaemment troglodyte, il choisissait aree soin ses hslHtatioiw. Il m prolongeait son séjour que dans les caTenies offrantles coDditious les plus favorables comme abord et comme endroit éclairé, spacieux et sec.
a Son industrie était des plus simples. Le silex lui fournissait ses instnimen ts tranclianls, qui préscntaîenl tous la même forme générale de lame mince et étro ite en couteau. Ces outils étaient souvent perfectionnés pour être utilisés à quelques usages : comme l'épilation des peaux, la perforation des substances dures, etc Les diverses appropriations des couteaux se réduisaient cependant à un petit nombre d'instruments spéciaux.
• Il travailla ausei les ossements, surtout les ossements de renne; il en fit seulement des darda et des lissoirs. Malgré le travail grossier et la simplicité extrême du procédé de fabrication de ces instruments, on y voit déjà l'emploi de moyensingénieui pour bien fixer ledard au corps de l'arme.
« Je n'ai pas encore rencontré d'indice de gravure et de sculpture comme les cavernes de l'Aquitaine en ont fourni abondamment. L'homme ne visait ici ni k l'élégance, ni à l'art. Tous les objets sont ici des plus grossiers ; ils ne recevaient que le travail strictement nécessaire pour atteindre le but auquel ils étaient destinés.
« La prédominance de la chair du cheval dans leurs repas est encore un trait de mœurs particulier. Presque tous les animaux du pays apparaissaient du reste fa leurs festins. Nous avons vu qu'après le cheval, c'étaient le renard et peut-être le rat d'eau qui faisaient leur nourriture principale. Us ont mangé dans les trous de Chaleuxetde Furfooz plus de vingt espèces de mammifères.
Il Mais s'il était chasseur, l'homme de l'Age du renne de la Lesse s'adonna peu à la pèche. Les restes de poissons sont très rares dans ses demeures, et je n'ai pas trouvé d'instruments de pèche.
f Son insouciance pour la putréfaction des débris de sa nourriture, déduite du nombre de parties du squelette des animaux qu'il laissa dans son antre, ne peut guère être comparée qu'à celle des Esquimaux, qui vivent aussi au milieu des restes d^animaux sans se soucier des miasmes qu'ils répandent.
a Ces hommes faisaient grand usaçe du feu. Nous avons vu qu'ils employaient à cet effet la pyrite de fer dans le trou de Chaleux. Il n'est pas de caverne, môme celles qu'ils habitèrent le moins, qui ne montre des traces de foyer. Ces foyers étaient généralement entourés dans leurs demeures de plaques de psammites et de cailloux roulés.
« Les plaques de p^mmites que l'homme du renne devait aller chercher au delà de la Lesse nous ont porté à croire qu'il avait des barques ou des radeaux sur la rivière.
a Le silex crétacé, presque le seul dont il se servît, les coquilles éocènes, etc., nous ont démontré ses relations avec la Champagne. Le silex de la Touraine nous a prouvé combien ses relations s'étendaient plus au loin. Rien ne parait indiquer ses rapports avec la province de Liège et le Hainaut. Nous avons vu. en outre, que toute substance un peu remarquable du pays avait été recueillie par lui : le jayet, la fluorine, l'ardoise, la pyrite, Toligiste, la lémonite, des rhomboèdres de calcaire, de la stalagmite, un polypier du calcaire dévonien, une loge de goniatitc, d'espèce non encore signalée en Belgique et provenant de l'étage des psammites du Condrez.
« Son insouciance pour ses outils en silex nous a porté à croire qu'il n'allait pas chercher lui-même le silex dans le terrain crétacé, mais qu'il le recevait d'une manière analogue à celle qui était usitée chez les peuplades des plaines de l'Orénoque.
« Les coutumes funéraires nous ont également été bien dévoilées par le trou du Frontal.
■ Les cadavres étaient déposés les uns sur les autres dans une anfractuosité formant le fond d'un abri naturel -, des ornements, des armes, un vase y étaient déposés; une dalle en fermait l'ouverture.
« Des repas avaient lieu devant la cavité sépulcrale, suivant Tusage ordinaire ; les ossements qui en étaient les débris et les silex taillés restaient sur le lieu même du festin.
« Nous voyons ainsi que ces peuplades possédaient, tant pour atteindre les animaux que pour faire leurs instruments, une adresse et une patience à toute épreuve, ce qui est d'ailleurs l'ordinaire chez l'homme plongé dans une profonde barbarie. Elles parvenaient à s'emparer du cheval et du renne aussi bien qu'à extraire le blaireau de ses terriers; elles savaient faire des scies avec des éclats de silex, et de jolies aiguilles avec des ossements.
« Leur caractère curieux et investigateur est bien démontré par la présence des substances diverses qu'elles se sont procurées.
a Les ornements que nous avons décrits nous ont indiqué leur goût pour la parure.
« Le peu de soins qu'elles prenaient pour les produits de leur travail et pour les substances qu'elles ne pouvaient pas se procurer facilement, dénote leur insouciance, de même que leurs efforts pour utiliser plusieursmatières du pays, pour remplacer les substances de provenance lointaine, tendent à nous prouver un caractère jusqu'à un certain point industrieux.
« Le transport dans leur antre de gros et nombreux blocs de psammites
188 AfiE DE LA PlERltË.
tt d'antres -aubsUnOM pondérables, qui a nécessité de grande fatigues, nous porte aassi k leseoniidérer coaimc laborieuses.
■ Faut-il Toir nD6 preure de leur fétichisme dans certains objets abandonnés, et notammant daos ra\anl-bra3 de t'él<>phant |ilaeâ près du foyer d'usé de leon habitatioaa?
■ D'autre part, it est posait^ de retrouver des ÏDdicw dMin «sprit >aperstitieux^aos l'abandon h peu près complet, et pour na temps fort long, de leur principale habitation aprte l'écroulement d*ui>e partie de ta Toftte.
■ Nous TOyoni enfin leur respect pour les morts par les soins qu'dlaa donnent k leur sépulture, et les objets, sans doute eeux qui étaient ofaen aadéfunt, ^acés daoa lacaTÎtA fuobbre, montrent delrenwat lenr erogranu k une autre vie. a
Après ce tableau des mœurs et coutumra de l'homme A l'époque du renne, il ne sera pas sans intérêt de montrer qu'il existe encore de nos jours des peuplades en dehors de la cîvllisatioD, qui ont conservé plusieurs traits de l'homme primitif. Dans les régions glacées du nord de l'Europe, quelques tribus, telles que les Kamtchadales, les Wogoules, voisins de« Finnois, vivent à peu près comme vivaient nos ancfitres antéhistoriques.
Dans un ouvrage publié & Saint-Pétersbourg en I776,intitulé~: Descr^lion de toutes les fiatUms de l'empire de Rmsie', on trouve une foule de détails curieux sur les Lapons, Finnois, Samoyëdes et Esquimaux, qui vivent dnns les régions les plus septentrionales de l'Europe. On peut y voir le rôle considérable que les cavernes, le renne et les armes d'os ou de pierre jouent encore dans la vie de ces peuplades modernes. Les mœurs de ces misérables habitants des contrées hyperboréennes nous éclairent sur les habitudes des peuples primitifs.
Les Finnois et les Wogoules ont une grande vénération pour les cavernes dans lesquelles ils déposaient autrefois leurs idoles. Ils vivent, comme autrefois, de la chasse et de la pèche, et le renne est leur principale ressource. Les Wogoules païens, en cas de disette, se nourrissent d'une soupe qu'ils apprêtent en faisant cuire des os concassés dont la graisse et la moelle leur fournissent une espèce de bouillon.
Les Tchouktsches, qui habitent le promontoire sibérien le plus avancé à l'orient, entre la mer Glaciale et l'océan Pacifique du nord, vivent, comme les Kamtchadales, dans des tanières souterraines et dans les antres de rochers, dont ils bouchent l'ou-
I, Dacriplion deîoule» lei nation* de Cenipirt de Rutiie 3' tection. — \ationt aamoyidai et peuplée orientaux de Lt Sibérie, page 117.
verture en suspendant des peaux de renne devant l'entrée. L'auteur de Touvrage dont nous parlons dit qu'ils n'avaient à répo(|iie où fut publié cet ouvrage, c'est-à-dire en 1776, aucun instrument de fer ni d'autre métal. Leurs couteaux n'étaient autre chose que des pierres tranchantes; leurs poinçons, des os pointus. Le bois et le cuir formaient leur vaisselle. Ils avaient pour armes l'arc, la flèche, la pique et la fronde. Les piques étaient armées d'os pointus.
Les femmes tannaient les peaux des animaux tués à la chasse, en les raclant avec des grattoirs de pierre, comme le font les Esquimaux, pour en ôter les poils ; après (juoi elles les frottaient de graisse et de frai de poisson, puis les foulaient à tour de bras. Pour coudre les peaux, elles se servaient de nerfs de quadrupèdes, d'os pointus et d'aiguilles faites d'arêtes de poissons.
Non loin des Tchouktsches et des autres nations kamtchadales, vivaient, sur de petites îles, des populations encore plus sauvages. L'auteur de l'ouvrage dont nous parlons les désigne sous le nom d*insnlaires orientaux. Ces hommes se nourrissaient (le gibier, et leurs femmes tannaient les peaux de poissons et les fourrures.
« Ils ne connaissent, dit l'auteur de cet ouvrage, ni lettres, ni écriture, ni hiéroglyphes, ni chronoloj?ie, et ne savent rien de leur histoire nationale.
« Leurs occupations et leurs ouvrages n'ont d'autre but que les besoins les plus naturels et les plus indispensables de la vie.
« Ils n'ont aucune espèce de bestiaux domestiques, pas môme le chien, et ils font la chasse à ceux que les Russes y amènent comme si c'était quelque autre gibier.
t Leurs armes, leurs meubles sont une image de Tenfance du monde : l'arc et la flèche, le dard et la lance, le tout sans armure de fer. C'est avec des os et des pierres pointues qu'ils tâchent de les rendre meurtrières.
* I^urs habitations {oxiltaa), qui sont des tanières souterraines, ressemblent à celles des Kamtchadales et aussi à celles des Groenlandais (llgous) Un ouUaa a une longueur de dix à cinquante brasses, une largeur de trois à cinq et une profondeur d'environ une brasse et demi. Il est divisé en compartiments au moyens de perches. Il y a un ou plusieurs foyers.
a Quelques-uns de ces caveaux contiennent cinquante, cent, deux cents et même trois cents personnes.
« Plusieurs passent leur vie dans des antres de rochers ou dans des cavernes qu'ils lâchent d'arranger aussi bien qu'ils peuvent avec du bois flotté, des peaux et des nattes. »
Les mœurs de ces peuples modernes diffèrent peu, on le voit, de celles que nous révèlent les restes de foyers et de repas que Ton trouve dans les grottes de Tûge de la pierre.
L'habitude de casser tous les os pour en extraire la moelle, l'accu mutation dans leurs tanières des restes des repas, ce qui en fait de véritables charniers où la puanteur le dispute à la fumée, tous ces traits de mœurs des peuplades modernes des régions du nord de l'Europe sont les mJ^mes que celles que nous venons de décrire en parlant des hommes de l'âge du renne. On retrouve dans les traces laissées par les troglodytes de l'ûgc du renne, non-seulement l'indication du même genre de vie, mais encore les mêmes armes et les mêmes instruments, la flèche, le poinçon et le lissoir en os, et le grattoir de pierre. U n'est pas jusqu'à ces habitudes des peuplades de l'extrême Nord de sculpter sur leurs outils ou ornements les figures d'animaux, qu'on ne retrouve chez les hommes de l'Age du renne. De même que les Esquimaux et les Tchouktsches reproduisent sur les os qu'ils utilisent les formes du renne et du phoque, de même les cavernes du Périgord et des Pyrénées fournissent de nombreuses gravures et sculptures du premier de ces animaux, et dans Is grotte Duruthy, M. Louis Lartet, en 1874, a trouvé une image de phoque gravée sur une dent d'ours.
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