CHAPITRE III
Principales cavernes appartenant à Tépoque du renne qui ont révélé les mœurs et usages de rhomme à cette époque.
Nous venons d'esquisser la physionomie de l'homme à l'époque du renne, de décrire les objets principaux de son industrie et d'insister sur les produits de ses facultés artistiques. Il nous reste à faire connaître les sources d'investigation dans lesquelles on a puisé pour s'élever à ces intéressantes notions. Ici ce sont les cavernes qui ont fourni presque toutes les indications : il est donc utile de signaler brièvement les cavernes qui ont été le théâtre de ces trouvailles diverses.
A tout seigneur tout honneur. Signalons, en première ligne, les stations du] Périgord, qui ont tant contribué à la connais* sance de l'homme primitif. Les quatre principales sont la grotte des Eyzics et les abris sous roche, ou cavernes, de la Madelainey de Laugerie-Haute et de Laugerie-Dasse. Elles ont été presque toutes explorées par Lartet et Christy, qui, après avoir dirigé les fouilles avec la plus grande habileté, en exposèrent les résultats d'une façon non moins remarquable. La station de Laugerie- Basse a été également visitée par M. de Vibraye, qui a su y recueillir des morceaux très intéressants.
Nous n'avons pas l'intention de revenir sur ce que nous avons déjà dit en décrivant les objets trouvés dans ces diverses localités. Nous mentionnerons seulement cette vertèbre lombaire de renne, ramassée aux Eyzies, que nous avons représentée plus haut (ûg. 69, page 154), et qui est transpercée par une lame ou flèche de silex, qu'on y voit encore engagée. Si quelques doutes pouvaient subsister sur la coexistence de l'homme et du renne
en France, cette pièce sufOrait pour les faire à jamais disparaître.
Viennent ensuite, par ordre d'importance, la caverne et les abris sotts roche de Bruniijuel (Tarn-et-Garonne). Ils ont été étudiés par un grand nombre d'explorateurs, parmi lesquels il faut distinguer M. Garrigou. M. de Lastic, propriétaire de la caverne, M. V. Brun, le savant directeur du Musée d'histoire naturelle de Montauban, et M. Peccadeau de Tlsle.
Les cavernes de Bruniquel ont fourni des ossements humains, entre autres deux crânes presque entiers, dont Tun est représenté plus haut (flg. 93, page 181), ainsi que deux dcmi-mdchoires, qui ressemblent à celle de Moulin-Quignon. M. V Brun a donné le dessin de ces divers restes humains dans son intéressant mémoire ^
Citons maintenant la caveime de Bize, près de Narbonne (Aude). Cette'grolte fut fouillée dt^s l'année 1826, parM. Tournai, qui, l'un des premiers, affirma la haute antiquité deThomme; — la grotte de la Vache, dans la vallée de Tarascon (Ariège), où M. Garrigou a recueilli une innombrable quantité d'ossements et dont l'un porte gravés des caractères particuliers qui constituent peutêtre un essai d'écriture; — la grotte de Massât, dans le môme département, signalée par M. Fontan, et que Lartet considérait comme une habitatioi) d'été, dont les possesseurs se nourrissaient de viandes et de colimarons rrus, car on n'y a observé aucune trace de foyer, bien qu'elle ait servi longtemps de retraite* à l'Iiomme primitif; — \i\ grotte de Lovrde}^, près de Tarbes (Hantes-Pyrrnées), dans laquelle M. Milne Edwards a recueilli un frayment de cnlne humain, appartenant <i un individu adulte; — la caverne d'E>ipalu)igney nussi api)elée grotte d'Izeste (Basses- Pyrénées), où MM. (îarrigou et Martin ont également trouvé un os humain, le cinquième métatarsien gauche; — la caverne de Savignc (Vienne), située sur les bords de la Charente et découverte par M. Joly-Leterme, architecte à Saumur, qui y a ramassé un fragment d'os de cerf, où sont gravées deux figures d'animaux avec des hachures pour indiquer les ombres; — les grottes de ta Balme et de Bethenas, dans le Dauphiné, fouillées par M. Chantre; — la station de -So/u/ré, dans les environs de Mûcon, d'où MM. de Ferry et Arcelin ont exhumé deux crânes humains, associés à de très beaux instruments en silex du type de
1. Notice sur Us fouilles )>nléonlologi(jucs de Vâge de la jtiei^c^ exécutées à Bruniquel cl Sainl-Aulonin, par V. brun, in -8". Montauban; 18j7.
Laugerie-Haute; — la grotte de la Salpêtrière, découverte sous le pont du Gard par M. Cazalis de Fondouce et étudiée par ce savant naturaliste avec beaucoup de soin. Ce qui fait l'intérêt de ce dernier gisement, c'est que c'est le point extrême que le renne ait atteint vers la Méditerranée.
Signalons enfin les grottes de Sorâes, situées dans le voisinage du Pays basque et du Béarn, et dans lesquelles MM. Louis Larlet et Chaplain-Duparc ont découvert, en 1874, des sépultures d'anciens troglodytes. Dans l'une de ces grottes, la grotte Dui^u- .//ly, MM. Louis Lartet et Ctiaplain-Duparc ont trouvé des dents de lion et d'ours recouvertes de dessins et de sculptures, des restes de foyers, des poignards de pierre, etc., etc.*. Les découvertes faites par MM. Louis Lartet'et Chaplajn-Duparc montrent que les races primitives qui avaient établi leur demeure au bord de la Vézère et dans le Périgord, à Laugerie-Basse, à Solutré, etc., occupaient une étendue de territoire plus grande encore qu'on ae l'avait supposé, puisque ces nouveaux gisements humains sont au pied des Pyrénées.
Toutes ces stations ne correspondent pas à la même époque, quoique se rapportant sans distinction à cette longue période désignée sous le nom d'époque du renne. Il n'est pas toujours possible d'établir leur chronologie relative. On peut néanmoins avancer, d'après l'état des débris, que les grottes de Lourdes et d'Espalungue remontent aux temps les plus anciens de l'époque du renne, tandis que les stations du Périgord, de Tarn-et-Garonne et du Maçonnais sont d'une date plus rapprochée. Les troglodytes qui occupaient les grottes du Béarn, découvertes en 1874 par MM. Louis Lartet et Chaplain-Duparc, semblent appartenir au commencement de l'époque de la pierre taillée. Quant à la grotte de Massât, elle paraît devoir être placée au commencement de la même époque de la pierre taillée, car on n'y a pas trouvé d'ossements du renne ni du cheval; parmi les espèces animales éteintes, l'aurochs seul y est représenté.
A cette liste des cavernes à ossements propres à la France, et qui ont servi à jeter de la lumière sur les particularités de l'existence de l'homme de l'époque du renne, il faut ajouter les grottes de la Belgique, explorées par M. Edouard Dupont, et qui ont
1. Une sépulture des anciens troglodytes des Pyrénées^ superposée à un foyer contenant des débris humains associés à des dents sculptées de lion et d'ours, Paris, iQ-8% avec planches, 1874.
l'iiommv primitif. 13
plus pnrticulièrement servi A éclairer les caractères de l'orgonisation physique de l'homme à cette époque.
La France et la Belgique n'ont pas seules rourui des documents sur l'histoire de l'homme à l'époque du renne. Nous ne devons pas manquer de dire que l'on a découvert des stations de celle même période en Allemagne et en Suisse.
En 1866, on a trouve dans le voisinage de Rabensbouri;. non loin du lac de Cont^tance, au fond d'une ancienne inoraiW de glacier, une grande quantité d'ossements et d'instruments brist'^s. Les 08 du renne formaient les 98 centièmes de ces ossements.. Les autres débris osseux appartenaient au cheval, an loup, A l'ours brun, au renard blanc, au gloittoii et au biruf.
En 1868, dans une montagne qui fouche Qenè^e, on n lrou\6 une grotte, profonde de douze pieds, large de six, et contenant, BOUS une couche de carbonate de chaux, une grande quantité de silex et d'ossements. Les ossements du renne s'y trouvaient en majorité, car on compliiit dix-huit squelettes de ces animaux. Le reste se composait de cinq chevaux, six bouquetins, mêlés à des roslPR de marmotte, de chamois, de gelinotte, c'est-à-dire de la population animale qui a aujourd'hui abandonné tes vallées helvétiques, pour se conliner sur Ips hautes montagnes îles Alpes.
Disons enfin que des cavernes d'une étendue considérable oui été découvertes près de Gibraltar et étudiées par des naturalistes anglais en 1867. Leur description détaillée se trouve dans le volume consacré à résumer les travaux du Congrès jrrélnMori^ede Norxoicf t,lenn en 1868'. Malheureusement toutes les époques de l'histoire de l'homme primitif se trouvent confondues dans les débris que contiennent ces cavernes, de sorte que l'on n'a pu encore déterminer rigoureusement la date des différentes trouvailles qui ont été faites. Les cavernes de Gibraltar, malgré leur étendue et leur richesse, n'ont donc pas apporté A la science un tribut d'informations très utile.
1. InUrnalionnl eongrett of prthitloric arehtologij, transaelîont of the Ihirct ttuion (IHG3), in-S". LoDclon, IS69, |). 10&166.
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