‹ L'homme primitifChapitre 17 sur 54 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

Le déluge europ-éen. — N: jTrlle race humaine en Europe. — L'habitation de r homme à Vr^pyj-i^ «i-? îa pierre p-^lxe. — Les carêmes et les abris sous roche continuent -i'étre hai<itès. — PrincipaJes carêmes ëtudiè:"s jusqu'ici, et qui corresp^jnJent à rép->|ue de la pierre p-^lie.

Nous venons de parcourir, à 1 aide de documents arrachés aux entrailles de la terre, la lon^e série des temps antédiluviens* depuis le moment où Thomme a fait son apparition à la surface du globe, et nous avons pu reconstruire, bien imparfaitement il est vrai, l'histoire de nos premiers ancêtres. Abandonnant cette époque, dont la science perce à grand'peine Tobscurité. nous allons entrer dans une période que des vestiges plus nombreux et moins réfraclaires a notre intelligence nous permettront de caractériser avec plus de précision.

Une grande cataslroplie, dont la tradition de tous les peuples a gardé le souvenir, marque, en Europe, la fin de Tépoiiuo quaternaire. Le cataclysme diluvien eut probablement pour cause le réchauffement du globe. Ces glaces qui couvraient une étendue immense de l'Europe, dans la période dite *//aci<n*/v, s'étant fondues sur tous les points à la fois, il en résulta un écoulement subit d'eaux torrentielles dans les vallées. Le passage de ces torrents impétueux, bouleversant le sol sur tout son parcours, produisit ces ravinements profonds, ces transports immenses de terres, et ces cailloux roulés, qui constituent le terrain appelé diluvien par les géologues, le terrain le plus moderne de tous. L'opinion qui alfribue le grand phénomène diluvien à une éruption volcanique, à un soulèvement qui aurait lancé violemment les eaux sur les pentes récemment formées, a penlu de

son autorité depuis que Ton a reconnu l'existence du luvien, c'estri-dire des cailloux roulés et des terrains de transport (grauwackes, poudingues), en bien des lieux éloignés de toute montagne par de prodigieuses distances.

Quelle que soit l'explication que l'on donne de ce grand événement de l'histoire de la terre, il est certain qu'un cataclysme, dû à un violent écoulement d'eaux torrentielles, a eu lieu pendant la période géologique quaternaire, car les traces en sont visibles à la surface du sol en différents pays. Ces traces consistent en un dépdt argileux rougeÂtre, mêlé de sables et de cailloux. On nomme ce dépôt de terrain diluvium rouge en certaines contrées, et ailleurs diluvium gris. Dans les vallées du Rhône et du Rhin, il est recouvert d'une couche de limon ou terre à briques, appelée l(B88 ou lœhm par les géologues, et sur l'origine de laquelle on n'est pas bien d'accord. Lyell pensait que, dans ces vallées du Rhône et du Rhin, cette boue a été produite par l'écrasement des roches qui supportaient les anciens glaciers des Alpes, et qu'elle a ensuite été entraînée par les cours d'eau qui descendaient de ces montagnes. Elle couvre une grande partie de la Belgique, où son épaisseur varie de trois & neuf mètres, et où elle alimente un grand nombre de briqueteries.

Le terrain diluvien est le plus récent de tous ceux qui constituent récorce terrestre; il forme en beaucoup de pays de l'Europe le sol foulé par les populations actuelles.

L'inondation à laquelle on rapporte le diluvium clôt la série des temps (|ualernaires. Dès lors commence la période géologique contemporaine, caractérisée par la stabilité h peu près complète du relief terrestre et par la formation des tourbières.

Un autre événement, d'une importance fondamentale, coïncide avec la lin de la période diluvienne : c'est l'apparition en Europe d'une race humaine nouvelle.

Nous avons vu qu'à l'époque géologique antédiluvienne, qui correspond aux deux époques' de l'histoire de l'homme primitif désignées sous les noms d'époque du grand ours et du mammouth et d'époque du renne, la race humaine appartenait au type que M. Pruner-Bey appelle mongoloïde^ et dont les Lapons, les Groenlandais, les Esquimaux, les Finnois modernes nous offrent le modèle encore de nos jours.

Après le grand phénomène du déluge, c'est-à-dire après le réchauffement du globe, ayant pour conséquence la fusion des

glaces, qui avaient si longtemps couvert TEurope centrale, on voit apparaître une nouvelle race humaine. C'est une race d'origine asiatique, la race aryenne ou persane. Si un certain nombre d'individus de la race mongoloïde primitive persistent encore, ils sont noyés dans la masse d'hommes qui appartiennent à la nouvelle race originaire d'Asie. Cette race est à peu près semblable d'ailleurs à celle qui vit de nos jours ; elle diffère peu de nous-mômes, et il est bien curieux de voir dès la fin du cataclysme diluvien la race qui habite l'Europe offrir les caractères qu'elle conservera jusqu'à nos jours.

M. le docteur Pruner-Bcy, dans son Discours sur la question anthropologique, prononcé au Congres anthropologique de Paris en 1867, résume ainsi les traits du nouveau type humain qui se montra en Europe à partir de répo(|ue de la pierre polie.

« Nous sommes ici en face d'une race humaine de grande taille, qui, dans ses branches diverses, ne descend point au-dessous de la moyenne. Aussi son crâne est-il plus volumineux, franchement dolichocéphale (arrondi), et ses contours présentent la forme ovale ou elliptique en tous sens. L'orthognathisme est ici la règle, et là où le prognathisme existe, il diffère par sa forme de celui que nous avons signalé dans la race mongoloïde : en effet, c'est en pointe que dans le dernier cas les alvéoles et les incisives font saillie. Enfin, parla saillie du nez et du menton etparla dépression de la fosse canine, les traits sont ici bien accusés, et déjà, à cette époque lointaine, le crâne du sexe féminin présente un ensemble harmonieux où les traits de l'enfance se marient avec ceux de la beauté. En un mot, nous sommes ici en présence de la race aryenne. »

D'où venait cette race qui s'implanta dans l'Europe centrale après le déluge? M. Pruner-Bey pense qu'elle était descendue des plateaux de l'Asie. D'après ce savant, les peuples caucasiques, chassés du centre de l'Asie, leur berceau, par le froid, descendirent vers le midi, et arrivèrent dans les régions méridionales de l'Asie et en Europe. L'Hindou chercha dans le Pendjab un climat plus doux; l'Iranien se flxa dans une contrée un peu moins favorisée, tandis que les Aryens marchèrent jusqu'à l'Europe centrale. De ces derniers devaient bientôt sortir les Celtes, qui sont les descendants des Aryens et les premiers peuples dont l'histoire ait conservé le souvenir.

Le lecteur comprendra maintenant que, dans les Scènes de la vie de Vhomme primitif que nous aurons à représenter désormais, nous ne donnions plus au type humain le caractère de la race mongoloïde^ c'est-à-dire l'aspect du Lapon moderne, de Tha-

bitant ncluel des ré^^jons septenirionnles de l'Europe. Cette race i disparaît à l'époque de la pierre polie, et pour être fidèle aux données de la scienccj nous devons remplacer le type mongoloïde, ou lapon, par le type aryen, c'est-à-dire donner à l'homme la physionomie, l'aspect général et la taille qu'il présente de nos jours.

Pour continuer notre récit des dévclojipements progressifs de T'humanilé primitive, nous avons donc maintenant h étudier VÈpoijne de la pietTS polie, ou des iintminix aitservis, qui précède r&ge des métaux.

Les faits h passer on revue étant nombreux, nous considérerons cette période, d'abord dans les parties de notre continent qui forment aujourd'hui la France et ta Belgique, puis dans le Danemark et la Suisse, où nous aurons à signaler chez l'homme des mœurs et des habitudes toutes spéciales.

Nous considérerons successivement :

1' L'habitation de l'homme h l'époque de la pierre polie;

2° Son mode d'alimentation ; i

3" Son industrie;

ii° Les armes qu'il fabrique et leur emploi à la guerre :

5° Ses connaissances dans l'agriculture, la pêche et la navigation ;

6* Ses usages funéraires ;

7° Enfin le caractère de la race humaine à cette date,

Habilalion. — Dans la partie du continent européen qui forme la France actuelle, l'homme, pendant la période que nous désignons sous le nom d'Epoque de ta pierre polie, continua, pendant quelque temps, d'habiter les abris sous les roches, ainsi que les cavernes, qui lui oITraicnt la meilleure retraite contre les attaques des bètes fauves.

C'est surtout dans l'extrême sud de notre pays que le fait a été constaté, et parmi les recherches qui ont contribué à l'établir, nous devons mentionner particulièrement celles de MH. Garrigou et Filhol dans les cavernes des Pyrénées ariégeoises. Ces deux savants ont exploré les grottes de Pradièse, de Bedeilhac, de Sabart, de Niaux, d'Ussat, de Fonlanel, de Lombrive, de Castel- Andry et du Mas-d'Azil'.

I. L'homme fotêile da cavernes de Lombrive el de Lherm, in-^. Toulouse, 1862,

Dans Tune de ces cavernes, que nous avons déjà citée dans le chapitre précédent, mais qu'il faut rappeler ici, car elle se rapporte à répoque de la pierre polie en môme temps qu'à celle du renne, MM. Garrigou et Filhol ont trouvé les ossements d'un grand bœuf, Turus, ou Dos primigeniitSy d'un bœuf plus petit, du cerf, du mouton, de la chèvre, de l'antilope, du chamois, du sanglier, du loup, du chien, du renard, du blaireau, du lièvre, et peut-être aussi du cheval. Ni le renne ni même l'aurochs ne sont compris dans cette nomenclature : ces deux espèces, en raison de la douceur du climat, avaient déjà émigré vers le Nord et l'Est, à la recherche d'une température plus froide.

Des restes de foyers, des os fendus en long, des crânes brisés, montrent que les habitants de ces cavernes se nourrissaient à peu près comme leurs ancêtres. Il est probable qu'ils mangeaient aussi des colimaçons crus, car on a retrouvé dans cette caverne, comme dans celle de Massât*, une grande quantité de coquilles, dont la présence ne peut s'expliquer que de cette façon.

A ces débris étaient associés des poinçons, des têtes de lances et des pointes de flèches en os, des haches, des couteaux, des grattoirs en silex, ainsi qu'en diverses autres substances plus répandues que le silex dans la contrée, telles que le schiste siliceux, le quartzite, la leptinite, la serpentine. Ces outils sont soigneusement taillés, et quelques-uns sont polis, à l'une de leurs extrémités, sur des dalles de grès.

Parmi les autres cavernes de l'âge de la pierre polie, nous citerons celles du Mas-d'Azil (Ariège) et d'Arcy-sur-Cure (Yonne), qui sont des exemples remarquables de grottes à assises superposées. On y trouve, à difi'érents étages, des débris de l'époque du mammouth, de celle du renne et de celle de la pierre polie.

Dans la grotte de Lourdes (Hautes-Pyrénées) qui a été explorée par M. Alphonse-Milne Edwards, on observe également deux couches se rapportant, l'une à l'époque du renne, l'autre à celle de la pierre polie*. Celle de Pontil (Hérault), étudiée par M. le

avec planches. — L'dgc de pierre dans les vallées de Tarascon (Ariège), in-8'. Tarascon, 1863. — Age de la pierre polie dans les cavernes des Pyrénées ariégeoiseSy in-4" avec planches. Toulouse (sans date).

1. Sur deux cavernes à ossements découvertes dans la montagne du Kaer à Massât (Ariège). — Cité par Lyell, Appendice à VAnciei\neté de Vhomme, p. 247.

2. De Inexistence de l'homme pendant la période quaternaire dans la grotte de Lourdes (Hautes-Pyrénées). — {Annales des sciences naturelles^ 4* série, tome XVII.)

«n AGE DE LA PIERRE.

professeur Gervais', renrerme des vestiges do toutes les époques, | y compris celle du bronze; il faut cependant en excepter celle I (lu renne, qui n'y est pas reiirésentée.

Mentionnons enfin la caverne de Saint-Jean-d'Alcas(AvejTon}, ' explorée à difTéreutes reprises par M. Cazalia de Fondouce. C'est ^ une grotte sépulcrale, analogue à celle d'Aurignac. Lorsqu'elle j fut fouillée pour la preraijjre fois, il y a une vingtaine d'anntîcB, | OQ y trouva cinq crAnes humains, bien conservés, dont ou me- 1 connut l'importance, et qui furent totalement perdus pour la science. Des inBlnimente en silex, en jade, en serpentine, des os : travaillés, des débris de poteries grossières, des amulettes en pierre, des tests de coquillages ayant formé des colliers ou des bracelets, étaient mêlés aux ossements humains.

M. Cazalia de fondouce n'a observé à Saint-Jean-dWIcas aucune trace du rt'pas des funérailles signalé à Aurignac et à Furfooz ; il a remarqué seulement deux grandes dalles posées en croix 4 l'entrée de la grotte, de manière à eu rétrécir cousidérablempot l'ouverture.

Celte gi'ottc, d'après une dernière publication de M. Cazalis, remonterait un peu moins haut qu'on no l'avait d'abord pensé, car un y a trouvû quelques fragments de substances métalliques. Ce serait donc seulement aux derniers temps de l'époque de la pierre polie, ou aux premiers temps de l'Jlge des métaux, qu'elle appartiendrait ',

Atimenlalion de l'homme ti l'époque de tu pierre polie. — Pour obtenir des renseignements complets sur le mode d'alimentation des hommes du nord et du centre de l'Europe, à l'époque de la pierre polie, nous invoquerons les beaux travaux exécutés dans le Danemark, et qui exigent, en raison de leur importance, une exposition détaillée.

1. Mémoires de l'Académie de MonlpeUier {sfclion de» teicncei], Itol, tome ll[, p. 609.

2. Sur une caverne de l'dgc de la pierre, située pria de Saint-Jean-d'Aleat {Ayeyrûn), in-8', 18j4. — Derniers temps de t'iige de la pierre polie dans t^Aveyron, in-H'. Uonlpellier, IBtil, avec planrhes. *

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