CHAPITRE II
Alimentation de Thomme 'i l'époque de la pierre polie. — Les kjoekkenmoeddings^ ou amas coquilliers du Danemark. — Mode d'existence de l'homme qui vivait dans le Danemark à l'époque de la pierre polie. — Domestication du chien. — L'art de la pèche à l'époque de la pierre polie. — Les filets. — Armes et instruments de guerre. — La découverte des poteries.
Placée au dernier rang par retendue de son territoire et le nombre de ses habitants, la nation danoise est pourtant Tune des plus grandes de TEurope par la place (|u'elle a su conquérir dans les sciences et les arts. Ce vaillant petit peuple possède une foule crhomines distingués qui font honneur à la science. Les patientes recherches de ses archéologues et de ses antiquaires, contrôlées par les observations des naturalistes, ont jeté un jour éclatant sur les premières étapes de Thumanité.
Aucune terre n'est d'ailleurs plus propre que le Danemark <\ de pareilles investigations. Les antiquités s'y rencontrent à chaque pas : il ne s'agit que de savoir les interroger pour en tirer d'importantes révélations touchant les mœurs, les coutumes et l'industrie des populations antéhistoriques. Le Musée de Copenhague, qui renferme des antiquités de divers Étals Scandinaves, est sans rival dans le monde.
Parmi les objets classés dans ce riche musée, on en remarque un grand nombre provenant des /ijoek/ien-moeddings.
Et d'abord, qu'est-ce que des kjoekken-moeddings, dont le nom est si rude à prononcer pour une bouche française, et qui nous apprend suffisamment qu'il s'agit ici de l'âge de la pierre?
Sur différents points des côtes danoises, particulièrement dans
S04 AGE DK LA PIERRK.
la partie septenlrinnale, oii la mer a découpé ces criques étroites et profondes connues soub le nom de fîords, on remarque d'énormes accumulations de coquilles. En général, ces dépôts ne sont élevés que d'un mètre environ au-dessus du niveau de la mer ; mais, dans quelques lieux escarpés, leur altitude est assez gnmde. Ils ont d'un mètre et demi à trois mètres d'épaisseur, de trente ù soixante mètres de largeur, et leur longueur atteint parfois jusqu'à trois cents mètres sur une largeur de cinquante & soixante-rlix mètres. Dans les régions plates, elles forment de véritables collines, sur lesquelles, comme ù Ilaveise, on a quelquefois perché des moulins à vent.
Que rencontre-t-on dans ces amas? Une énorme quantité de coquilles marines, et surtout île coquilles d'huîtres, des ossements brisés de mammifères, des restes d'oiseaux et de poissons, enUn des silex grossièrement taillés.
On avait pensé d'abord qu'il ne s'agisssit là que de quelque banc de coquilles fossiles, terrain autrefois submergé et qui aurait été rendu apparent pur un soulèvement du sol, dû à une cause volcanique. Mais un savant danois, M. Steenstrup, combattit cette opinion en se fondant sur ce fait que les coquilles proviennent de quatre cspèros qui ne vivent Jamais ensemble, et qu'elles ont dû, par conséquent, être rassemblées par i'homme M. Steenstrup faisait également remarquer que ces coquilles avaient appartenu, pour la plupart, à des individus arrivés à leur pleine croissance, qu'on n'y en voyait presque pas de jeunes. Une telle singularité indiquait évidemment une intention raisonnée, un acte de la volonté humaine.
Lorsqu'on eut découvert dans les kjoekken-moeddîngs tous les débris que nous avons énumérés, lorsqu'on y eut trouvé des restes de foyers, sortes de petites plates-formes qui conservaient encore la trace du feu, on devina l'origine de ces immenses amas coquilliers. 11 y avait eu là autrefois des peuplades qui vivaient de pèche et de chasse, et qui jetaient autour de leurs cabanes les restes de leurs repas, consistant surtout en coquillages. Peu à peu ces débris s'étaient accumulés et avaient constitué les bancs considérables dont il s'agit. De là le nom de kjoekken-moedding, composé de deux mots : kjoekken, cuisine, et moeddtng, amas de rebuts. Les kjoekken-moeddings sont donc les rebuts de repaa des populations primitives du Danemark.
Figurez-vous les amas de coquilles d'huîtres et autres débris
qui s'accumulent aux alentours des gargotes en différents pays, et vous comprendrez, en raisonnant du petit au grand, comment ont pu se produire les rebuts de repas du Danemark. Je me rappelle, pour mon compte, avoir vu, aux environs de Montpellier, de semblables petites collines formées par Taccumulation de coquilles d'huîtres, de moules et de clovisses.
Une fois acquise la conviction que les kjoekken-moeddings étaient les rebuts de repas de populations primitives, il devenait extrêmement intéressant de fouiller avec soin tous ces amas espacés sur les côtes du Danemark. On devait s'attendre à y recueillir d'importantes données sur les coutumes et l'industrie des anciens habitants de ces contrées. En conséquence, une commission fut chargée par le gouvernement danois de les examiner et de publier le résultat de ses travaux.
Composée de trois savants éminents à des titres divers, le naturaliste Steenstrui), le géologue Forchhammcr et l'archéologue Worsaœ, celte commission s'acquitta de sa lâche avec autant de talent que de zèle. Ses observations ont été consignées dans six rapports présentés à TAcadémic des sciences de Copenhague. C'est à ces documents que sont empruntés la plupart des détails qui vont suivre.
Avaint de porter à la connaissance du lecteur les faits mis en lumière par la commission danoise, il est bon de faire remarquer que le Danemark n'a pas le privilège des amas coquilliers. On en a découvert en Angleterre, dans le pays de Cornouailles et le Devonshire, en Ecosse, et même en France, près d'Hyères (Bouçhes-du-Rhône) .
MM. Sauvage et Hamy ont signalé des dépôts de ce genre dans le Pas-de-Calais. On en observe, disent ces naturalistes, à la Salle (commune d'Outreau), sur certains points de la côte du Portel, et surtout un amas très volumineux aux Cronquelets (commune d'Étaples). Ce sont principalement les Cardium edule qui abondent dans les rejets de cuisine du Pas-de- Calais.
MM. Evans, Preswich et Lubbock ont observé un de ces dépôts à Saint-Valery, près de l'embouchure de la Somme. En outre,
1. Notes sur un amas de coquilles mêlées à des silex taillés, signalé sur les côtes de Provence^ par M. A. Gory {Revue archéologique), — Cité dans les Matériaux de Chiêtoire positive de Vhomme^ lome I, p. 535.
906 A.aE DE LA PIERRE.
plusieurs voyageurs en ont sîgfnalé dans difTérentes parties d» monde. Dampier les a étudiés en AuBtralit et Darwiu â la Terre de Feu, où des dépôts de même gann se coatiaueat encore de nos jours. M. Pereira de Costa en a cité on sur les côtes du Portugal; H. Lyell en a signalé d'autres sur les côtes du Hassacliusetts et de la Géorgie, aux États-Unis; M. Strobel sur les côte» du Brésil. Mais ceux du Danemaric sont les seuls qui aient él£ U' Bi^'et d'investigations sérieuses et réfléchies.
Presque tous les kjoekken-moeddings sont établis sur la cdte, le long des fiords, où l'action des flots se fait peu sentir. On en a cependant trouvé & une distance de plusieurs milles ditns l'intérieur des terres, ce qui doit tenir A ce que la Iner Oocnpaii autrefois ces mêmes lieux, et s'en est retirée. Si l'on D'en rencontre pas sur certains rivages du Danemark, tels que ceux 49 l'ouest, c'est qu'au conlrure ils ont été balayés par la mer, qui a gagné du terrain de ce câté. Gela peut provenir également de ce que la cdte occidentale était moins abritée que les antree ptplies de la péninsule danoise. Ils sont assez fréquents sur la plitpart des lies voisines.
Les kjoekken-moeddings forment ordinairement dee eoUfaiee ondulées, qui s'abaissent doucement du centre h la circonférence, les parties les plus épaisses indiquant l'emplacement des habitations. On observe quelquefois un monticule principal, entouré d'éminences plus petites, ou bien l'on aperçoit au milieu de l'amas un espace vide, qui dut être le lieu du campement.
Les espaces de mollusques dont les coquilles forment la masse presque entière des kjoekken-moeddings sont l'huître, le cardium, la moule et lu liltorine. D'autres, tels que des venus, des buccins, des hélices (escargots), des P/assa, des Trigonella, s'y montrent, maïs dans une proportion très faible.
Les arêtes de poissons se trouvent en grande abondance dans les amas coquilliers. Elles appartiennent au hareng, au cabillaud, A ta limande et à l'anguille. On peut en inférer que les habifauls primitifs du Danemark ne craignaient pas de s'aventurer sur les Ilots dans de frêles esquifs : le hareng et le cabillaud ne se pêcbent en effet qu'à une assez grande distance des côtes.
Les ossements de mammifères sont aussi fort répandus dans les kjoekken-moeddings. Les plus communs sont ceux du cerf, du chevreuil et du sanglier, qui, au dire de M, Steenslrup, y figurent ix)ur les 97 centièmes. Les autres proviennent de l'ours
brun, du loup, du renard, du chien, du chat sauvage, du lynx, de la martre, de la loutre, du marsouin, du phoque, du rat d'eau, du castor et du hérisson.
L'aurochs, le renne, Télan, le cheval, le bœuf domestique, le mouton, le cochon n*ont laissé aucune trace permettant de supposer qu'ils vivaient en Danemark à Tépoque de la formation des kjoekken-moeddings.
Nous avons nommé le chien. Divers indices tendent à faire croire que cet intelligent animal était déjà à cette époque réduit en domesticité. On a remarqué qu'une grande partie des os épars dans les amas coquilliers sont incomplets, les mêmes portions manquant toujours; certains os sont même constamment absents. M. Steenstrup pensa que ces ravages auraient bien pu être l'œuvre des chiens allant fouiller les débris rejetés par leurs maîtres. Cette hypothèse fut confirmée à ses yeux, lorsqu'il se fut assuré par expérience que les os absents des kjoekken-moeddings sont précisément ceux que dévore le chien, et que les parties restantes de ceux qu'on y retrouve restent toujours à l'abri de ses attaques à cause de leur dureté et du peu de substance assimilable qu'ils contiennent. '
Quoique l'homme eût élevé le chien à la dignité de compagnon et d'ami, il le mangeait quelquefois. Il ne se résignait sans doute à cette extrémité que lorsque tous les autres moyens do subsistance lui faisaient défaut. Des os de chiens, brisés par une main intelligente, et portant encore les marques de coups de couteau, sont là pour mettre le fait hors de toute contestation.
Nous retrouvons d'ailleurs ici les mêmes goûts que dans les autres contrées et en d'autres temps. On fendait tous les os longs . pour en extraire la moelle, ce mets si apprécié par l'homme aux époques du renne et du mammouth.
La figure iOO représente un festin à l'époque de la pierre polie. On y voit les hommes rangés autour d'un foyer; d'autres brisent avec des silex les os des animaux et mangent la moelle de ces os rompus. Au premier plan est un bœuf dont on ouvre le crâne, pour en extraire la cervelle et l'offrir au chef de la tribu.
Des quelques espèces d'oiseaux dont on recueille les restes dans les kjoekken-moeddings, la plupart sont aquatiques, fait qui s'explique naturellement par la situation de l'homme sur les bords de la mer.
Il résulte de cette revue des substances diverses dont ils
L*flOMIIB raiMITIP. 14
rnieuient usugo pour leur alimeiitalion, que les hommes de I répocjue de la pierre polie étaient cliaaseurs et pCcheurs.
La chasse s'excrçiiiL au moyen de l'arc pour Itrs animaux à allures rapides, avec l'arme tranchant* de silex agissant de près i' pour les proies plus redoutables. *i
C'est ce que l'on voit ligure dans la planche 102, qui reiiré- ' sente la chassp h l'i'fioque de la pierre polie.
Quant 4 ta pOche, elle se pratiquait déjà, comme aujourd'hui, , A la ligne et nu lilet. l|
Nous avons vu que les hommes de l'époque du renne fuisoîent m déjù usage d'hameçons garnissant l'exlr^uiilé des lignes. Ces *| tiamei^ons étaient, comme nous l'avons dil, composés d'esquilles . d'OB 0» de bois de renne. A répo(]ue de la pierre polie, cet engin
de pOche fut perfectionné, et l'un eut le vérïlable ' hitmeçon & liout recnurhé ef aigu. Cet hameçon e ^té trouvé par le D'Uhlmann dans une des plus an- I cienues stations lacustres de la Suisse. ,'
Mais un hameçon recourbé i^lait diUIcile àfaïre^ V et en outre était peu solide. Il Tut remplacé pa^M im »utre plus simple, l'hameçon droit. {?est uV^ siinpli.' frngment d'os, longdo40milliinttres, mince (.■t appointa aux deux bouts (fig. 101). Quelquefois il est un peu déprimé au milieu, ou percé d'un trou pour maintenir l'attache.
Fig. 101. Ce petit q^ caché par l'appàl, et attaché à une corde, était avalé par le [K>isson, et ne pouvait plus ressortir du corps, l'une de ses deux pointes s'enfraiçant dons les viscères de l'animal.
On sera peut^tre surpris d'apprendre que les honunes de l'époque de la pierre polie péchaient au moyen de âlets. Mais le Tait ne saurait être mis en doute, par cette raison conraincante que l'on a retrouvé des vestiges de ces tilets.
Comment peut-il se faire que des filets de pêche remontant & l'époque de la pierre polie aient pu parvenir jusqu'à nous? C'est ce que nous allons expliquer.
Des habitations de l'homme ont existé sur les lacs de la Suisse et d'autres pays. Ce sont les habitations lacustres, sur lesquelles nous aurons beaucoup & nous étendre, quand nous serons arrivés à l'époque du bronze, l^s hommes qui vivaient sur ces lacs étaient nécesfiairemeat pécheurs. On a retrouvé quelques
Fig. 101. La cliasse à l'époque di^ la pierre poli
traces de leurs filets de pêche par une circonstance que la chimie explique fort hien. Quelques-unes des cabanes posées sur les lacs ont été incendiées. C'est ce qui est arrivé, par exemple, aux stations lacustres de Robenhausen et de Weragen, en Suisse. Les cabanes, presque entièrement construites en bois, brûlaient à l'extérieur ; mais les objets placés à Tintérieur, et consistant surtout en filets, seule richesse de ces peuplades, ne pouvaient brûler faute d'oxygène. Ces objets se carbonisaient seulement par la chaleur, ils se recouvraient d'une légère couche de matière empyrcumatique ou goudronneuse, excellente pour assurer la conservation des substances organiques. Ces filets roussis par Je feu, tombant dans l'eau avec les débris de la cabane, sans
Fig. 103. Filet à grandes mailles.
avoir été en contact avec la flamme, vu leur chute précipitée, se sont conservés à peu près intacts au fond des lacs. En les retrouvant après une longue accumulation de siècles, on a été renseigné sur la composition des filets de pèche, comme aussi, disons-le, des provisions végétales, de la vannerie, etc., propres à ces âges reculés.
On trouve dans un des mémoires du D' KcUer sur les habita^ lions lacusires, dont nous aurons à parler plus loin, la description et la figure des filets de pèche recueillis dans le lac de Robenhausen. Nous avons vu avec intérêt au Musée de Saint- Germain quelques échantillons de ces mêmes filets, et nous en représentons un ici.
Il est des filets ù larges mailles, comme celui que montre la figure 103, et des filets à mailles plus serrées. La maille est carrée.
Elle paraît aroir été faite sur un cadre, en nouant des ficellÂJ chaque poiot d'intersection. Tous ces filets «oat en Un, c chanvre n'était pas alors cultiré. " ■
Ces fllels étaient suspendus dans l'eau au moyen de flotte composés non de liège, mais d'écorce épaisap de pin, et fixés a fond par des poids de pierre. Nous représetitontt [Qg. L041 un de ces poids en pierre d'après ceux qui existent an Musée de Saint-Germain.
Ces poids en pierre, dont on trouve de granik-s quantiti^-K dans les musées, et particulif^ renient au
t^^^tejfc^ Musée de Sain t-Uerniain, oe sont .flr^ f^ presque toujouri; que des cailloux
^B iflHb % percés & leur tontrc. D'antres rois mm^ f^W M (>e sont des rondelles de piens «jjg'V J^^ tendre, également percées cm lenr ^nfeâ^H^ milieu. Par ce trou passait la corde, que l'on arrêtait par nn
flotteurs et aux poids, on donnait .
aux niets toutes les positions désirables dans l'eau.
La grosseur des mailles des filets appartenant à l'époque de la pierre polie prouve que dans les lacs et rivières de ce temps le poisson corneslible avnit de grandes dimensions. Du reste, des hamei^oiis monstres appartenant à cette époque et trouvés dans la Soine viennent à l'appui de la même hypothèse.
Ainsi l'art de lapMie était déjA arrivé, à l'époque de la pierre polie, A un degré trôs avancé de perfectionnement.
Noms représentons dans la planche ci-jointe (fig. 105) la pêche a l'époque de la pierre polie.
Pour en revenir aux anciens Danois, nous dirons que ces hommes i|ui vivaient sur le bord de la mer se couvraient de peau\ (le b<Hes assouplies avec de la graisse de phoque et la moelle des os des grands mammifères. Pour demeures, ils avaient des tentes, également formées de peaux préparées de la m'îme façon.
Indmirie. — A quel degré d'industrie étaient parvenus les hommes A l'époque de la pierre polie? Pour répondre à cette question, nous fouillerons ces mêmes kjoekken-moeddings qui viennent de nous fournir des renseignements exacts sur l'alimeo-
talion de l'homme. Nous nous adresserons également aux restes trouvés dans les principales cavernes de cette époque.
I/examen des instruments recueillis dans les kjoekken-moeddings nous montre que les silex sont, en général, d'un type très imparfait, à l'exception toutefois des longs éclals, ou couteaux, dont le travail dénote une certaine habileté.
La figure 106 représente un couteau en siicx des gisements danois, dessiné au Musée de Saint-Germain, et la figure 107 un mtcleus, c'est-à-dii'e un silex d'où l'on a détaché dos éclats destinés à st-rvir de couteaux. Je» g..cments du en
Uancinark s Ici
Nous représeiilons ensuite, provenant de la même origine, une Inche (fig. 108) et un racloir [Vtg. 109;.
Outre ces instruments, on trouve dans les kjockken-moed-
tig 106 Louluku
Fig 107
dings des poinçons, des lèles de lance et des pierres de fronde, sans [compter une quantité de morceaux (fig. llO) qui ne sem-
St8
blent pas avoir été taillés en vue d'une destination spéciale, et qui ne sont probablement que dcii ébauches ou des rebuts de rabricntion.
On trouveaussi dans les mêmes j^isemcnts beaucoup de cailloux ({iii, siiivanl l'opinion générale, ont dû servir de poids
pour entt <in< i ks lilelsj iii fond th- l'eau. Les uns sont creusés d'une ramun sur tout leur pourtour, comme le représente la ligure 1 1 1 dessiner- d Hpi t s un de ces objets au Musée de Sainl- Germim D autres sont percés d'un trou en leur milieu. Cette rainure ou ce trou étaient sans doute destinés à loger te lien qui ratlacliait le poids de pierre au filet.
Armes et outils. — Passons aux armes et outils en usage chez les peuples du nord do l'Europe pendant la période qui nous occupe.
Dans les derniers temps de l'époque de la pierre polie, le travail de la pierre acquit chez les peuples du nord une perfection surprenante. On a peine à comprendre comment, sans l'emploi des métaux, l'homme pouvait donner au silex façonné en armes et en outils de toutes sortes ces formes régulières et élégantes que des fouilles nombreuses mettent chaque jour sous nos yeux. Le silex du Danemark se taille, il est vrai, avec une certaine facilité ; mais il n'en fallait pas moins une habileté extraordinaire pour obtenir cette rectitude de lignes et cette richesse de contours que nous offrent les spécimens du Danemark de cett« époque, spécimens qui ne seront pas dépassés h l'époque du bronze. i
Les haches trouvées dans le nord de l'Europe, et appartenant ù l'époque de la pierre polie, diffèrent d'une maniÈjrc notable dos haches de Fronce et de Belgique. Tandis que celles-ci sont bombées et arrondies sur les bords, les haches dont faisaient usage les peuples du Nord (lig. 112) sont plates et coupées carrément. Elles figurent à peu près un rectangle ou un trapèze allongé dont on aurait abattu les quatre angles. Leurs dimensions sont parfois assez considérables : on en voit qui mesurent jusqu'à quarante centimètres de longueur.
I g 111 Uaclie daoose
de I époque Hacl c a deu
de la pierre polie tranchants
tig lUelll:,.
Marteaux liochcs a d oui 11 es
du Danemark.
Indépendamment de ce type, qui est le plus réiKimlii, les peuples du Nord fabriquaient la hache h douille, qui se combinait de diverses façons avec ic marlcau. C'est là qu'on observe le plus beau travail et les formes les plus bcureuscs. Les figures 113, 114 et 115, dessinées au Musée de Saint-Germain, d'apr^s des échantillons authentiques envoyés par le Musée de Copenhague, représentent des haches A deux tranchants et des marteauxhaches. Toutes sont percées d'un trou bien rond pour l'emmanchure. Le coupant est dessiné en arc de cercle, et l'aulre bout taillé en arôtes saillantes,
Ces haches se distinguent de celles de l'époque du renne par
su
un carjtcUrre qui permet de les rapporler sans h('>sittitioi] à leur véritable date, lore même qu'elles n'auraient pas encore subi l'opération du 'polissage. Les haches de l'époque du renne coupent par l'extrémité la plus étroite^tandisquecellesde l'époque de la pierre polie coupent par le côlé le plus large. Cette observation n'est pas spéciale aux haches du Danemark, elle s'applique également à celles des autres contrées de l'Europe.
Vig. IIS. [■oinle
FiR. ULAirlpc
(Ig 11g PoiniL
Fis. 119. Poignard
dB lance
pointe de lanc« du
de lance
en lilex
du DuDeinark,
Danemark.
en silet, dcnlctée.
du Danemirk.
Les pointes de lances sont des chefs-d'œuvre de goût, de patience et d'adresse. Il en est de deux sortes. Les plus belles (Qg. 116 et 117) affectent la forme d'une feuille de laurier; elles sont toutes plates et retaillées à petits éclats avec un art infini. Leur longueur atteintjusqu'à trente-huit centimètres. Les autres sont plus épaisses, et se terminent, à la base, par un manche presque cylindrique. Elles sont parfois dentelées sur les bords (lig. 118). Ces lances étaient évidemment fixées au bout d'une
hampe, comme les hallebardes du moyen Age et les lances modernes.
Les poignards (Ûg. 119) ne sont pas moins admirables que les pointes de lances, dont ils ne difTèrent sensiblement d'ailleurs que parce qu'ils portent une poignée qui est plate, large, solide et un peu évasée à l'extrémité. Toujours pluià ou moins ornée, celle poignée est quelquerois couverte de sculptures délicates.
Pour tailler ainsi le silex, il fallait une main aussi habile qu'exercée.
.\près cette collectiond'instruments liors ligne, il fautnommer les pointes de flèches, dont les formes sont assez variées.
La fonne des pointes de flèclios les plus répandues est celle du
Fig. I!J. Tjpe Fig. 121. Aulre lïpo
dt pointe de flèche de
du Danemark, pointe Je déclic.
;. I22.rulnte Fig. ITA. Toinle
de de nèrhc
llèclie. du Danemark.
prisme triangulaire se terminant inférîcurement par un pédoncule destiné à être implanté dans la lige {flg. 120] ; d'autres sont profondément échancrées à la base et toutes plaies ; beaucoup enûn sont finement dentelées sur les bords, quelquefois même dans l'intérieur de l'échanorure.
Lesflgures 120, *2l,l22 et 123 représentent les différents types de pointes de flèches du Danemark, qui toutes cxistent'au Musée de Saint-Germain, oii nous les avons fait dessiner.
Les ciseaux et les gouges ont également droit k une mentloD spéciale.
Les riscaux (llg. 124) sont des sortes de prismes quadraiigulaircs tailU-s en Ifigeuii & In base.
Les gouges ne diffèrciil des haches plalu» qu'eu ce qu'elles j Bont creusées sur une de leurs faecs, de manière k rciirésciiter "j l'oulil dont elles portent le nom.
Viennent enQn de curieux inBlrumenls que nous avons fjiit ■ dessiner au Musée de Saint-Germain, (^tdoiit l'usage reste encore probK'matiquc. Cesont de petJles lames en Torme de oroisÉWiQl [fig. 125 et 126). Le bord inlcriie, droit ou roncuve, purle le [dus j
Fig. lî.^. Petilo BCie Fjg. 126. Aolrp scii
de pierre des de pierre des giscme
giseineDU du Danemark. du Danemark.
souvent des dents de scie qui devaient se fixer dans un mancbe par le côté convexe, car les traces de ce manche se voient encore sur beaucoup d'entre elles. Ces instruments ont probablement servi de racloirs pour la préparation des peaux; peut-être aussi ont-ils été utilisés comme scies.
Passons aux instruments en os ou en corne de cerL Ils sont beaucoup moins nombreux que ceux en pierre, et n'ont d'ailleurs rien de remarquable. Le seul qui soit digne de mention, c'est le
ÉPOQUE DE LA PIERRE POLIE. iî3
harpon (flg. 127;. C'est im os laillé, et tout garni de barhclurcs d'un calé, l'autre bord étant complètement lisse. Le harpon de l'Age tlu renne lui éUiit certiiinement supérienr. ■
11 faut citer encore, à titre de singularité, un objet en os (fig, 128), qui se compose d'une partie élargie d'où se détachent sept on huit dents très longues et très rapprochées, et d'une partie plus étroite se terminant en pomme de canne. C'est lu probablement le premier peigne ([ui ail démêlé l'épaisse chevelure des hommes primilîfs.
L'ambre est, comme on sait, (rès abondant sur les cùles de la Baltique. A l'époque de la pierre polie, il était déjà fort apprécié par les populations <lu Nord, qui en composaient des colliers, soit en perforant simplement de gros | morceaux d'ambre tout bruts et en les enfilant ainsi A la suite les uns des .lutres, soil en les tiiillant on grains sphériques ou elliptiques, comme on le fait encore aujourd'hui,
La ligure 129 représente un collier, iiinsi que divers ornementsen ambre jaune que nous avons fait dessiner au Musée de Saint-Germain.
Nous avons déjà constaté, à l'époiiue du renne, l'existence de quelques fabriques d'armes et d'outils, qui répandaient leurs produits aux alentours, mais dans un assez faible rayon. A l'époque où nous sommes arrivés, certains ateliers — c'est le nom qu'il faut leur donner — ont acquis une importance remarquable, et leurs rela-
Fig. l-)7.,Har|>ot.en
Fig. 118. PcigD
os du Danemark
ciel'ageJe]B|>kTrc
Fig. I'i9. Colli
S84 AGE DE l.A PIERRE.
lions sont des plus étendues. On a retrouvé, dans phieieurs caverne» de ia Belgique, fies silex provenant de l'atelier célèlirc du (jrand-Pressigny, situé dans la partie de la Franre neluelle (jiii forme le départemeut d'Indre-et-Loire, et qui sont reronnaissables A leur pftte toute particulière. Le commerce et l'Industrie étaient donc alors sortis de la voie rudimentaire, pour entrer dans une période d'aclivilô impliquant un certain degrft de nivilisalion.
Le grand principe de la division du travail était déJA mis en pratique, mais il y a des ateliers spéciaux pour la taille et pour le polissage des silex.
Le plus important de tous les ateliers observés en France est sans contredit celui du Oraml-Prcssii/ny, que nous venons de citer. Il a été découvert par le docteur Léveillé, médecin de la localité.
A vrai dire, c'est moins un centre unique de fabrication, qu'une série d'ateliers répandus dans toute la région circonvoisine de Pressigny.
A l'époque de cette découverlo, en 186^, les silex se trouvaient par miniers A la surface du sol, dans l'épaisseur de la couche végéldle, sur une étendue de cinq A six hectares. M. l'abbé Chevalier, rendant compte de celte curieuse trouvaille à l'Académie des sciences de Paris, écrivait: <■ On ne peut faire un seul pas sans marcher sur un de ces objets. <>
Les ateliers du Grand-Pressigny présentent une assez grande variété d'instruments. On y voit des haches à tous les degrés de mise en œuvre, depuis l'ébauche la plus grossière jusqu'à l'arme parfaitement polie. On y voit aussi de longs éclats, ou des silex couteaux, enlevés d'un soûl coup avec une habileté surprenante.
Toutes ces pièces, même les plus belles, sont cependant défectueuses à certains égards; d'où l'on conclut que ce sont des rebuts de fabrication. Ainsi s'expliquerait leur accumulation dans le même lieu.
Il y a encore des pointes étroites et allongées, sortes de perçoirs parfaitement exécutés, des grattoirs, et des scies d'un type particulier qui semblent avoir été confectionnées dans un atelier spécial. Elles sont courtes, larges, et portent à chaque extrémité une entaille médiane destinée à recevoir un manche.
Mais les pièces les plus nombreuses, celles qui ne permettent
pas de douter que Pressigny n'ait été autrefois un centre important de fabrication de silex, ce sont les noyaux, ou nttcteî, (l'oCi l'on détacliait ces grandes lames connues sous le nom de couteaux. Il y a lel de ces blocs, que nous avons vu au Musée de Saint-Germain, et que nous représentons ici (iig. 130), qui atteint jusqu'à (rente-cinq contimtlres de long, mais la plupart ne dépassent pas vingt centimètres. Les laboureurs de la Touraine, qui rencontrent souvent ces silex sous le fer de leur charrue, les appellent livres de beurre, par analogie île forme. Ces nudei sont aujounl'hui répandus dans toutes les collections d'histoire naturelle et de géologie.
Une étrange objection a été élevée conire l'ancienneté dos haclies, couteaux et armes de Pressigny. M. Eugène Robert a prétendu que ces silex n'étaient autre chose que des déchets de masses siliceuses ayant servi A la fm du dernier siècle, et surtout au conimenremcnt du siècle actuel, h la fabrication des pierres ù. fusil! L'abbé Bourgeois, Penguilly l'Haridon et Jolin Kvaiis n'ont pas eu beaucoup de peine à démontrer le lieu de fondement dune telle critique. Dans le département de Loir-«'t-Clier , oii l'industrie de la pierre ù fusil existe encore, les résidus de la fabricalion ne ressemblent en aucune fitçoii aux nuclei de Pressigny ; ils sont beaucoup moins volumineux, et ne présentent pas les mêmes formes constantes et régulières, Vax jamais retaillés sur les bords, connue un grand nombre d'éclala des ateliers de la Touraine.
Mais un argument tout h fait péremptoîre, c'est que le silex de Prcssigny-lc- Grand, en raison même de sa texture, serait impropre à la fabrication des pierres à fusil. Aussi les archives du Dépôt de l'artillerie , comme l'a fait remarquer Penguilly l'Haridon, bibliothécaire du Musée d'arlillerie, ne mentionnentelles point que la localité de Pressigny ait jamais été exploitée dans ce but. Entin les plus anciens habitants de la commune ont certifié n'avoir jamais vu, ni entendu dire, qu'il soit venu dans le pays aucune escouade d'ouvriers pour tailler des pierres à fusil. L'hypothèse de M. Eugène Robert, que HH. Decaisne et L'aoHMS piuoTir. IS
FiR. 130. Nucleus de l'aulicr du GrandrrcBsiirn}. cxisUat an muscc Je Saint-
lutre, ils ne sont