L'Homme avant i'hUtoirt, ia-S', p. 01. Pari
ni les mdnumenU qui suivirent, mais le principe de la juxtaposition des pierres est trouvé. La dalle, formant la couverture, est le premier essai du linteau, base primitive de la sci-^ncc architecturale. Insensiblement les dimensions du monument s'augmenteront, les matériaux se modifieront, et du petit monument élémentaire aux belles sépultures h dolmen il n'y aura qu'un pas à faire, pas de géant, il est vrai, mais que saura franchir Tinlelligence humaine.
« Cependant il ne s'accomplira pas brusquement ni sans transition : nous en avons la preuve dans le bel ossuaire découvert en 1863 à Chamant, près Senlis (Oise), dans la propriété de M. le comte de Lavaulx. Ce monument n'est pas encore le beau du genre, mais il en possède toutes les inspirations, et il en est le type.
c Des pierres à peu près plates de plus grande hauteur que celles formant les caveaux, et d'assez fortes dimensions, sont posées de champ, de façon à former une salle carrée. Une cloison de pierres semblables, laissant un vide ou passage entre elles, sépare la salle en deux parties inégales : disposition observée dans la plupart des beaux dolmens, et qui existe, non loin de Chamant, dans l'allée couverte connue sous le nom des Pierres lut^ quoises, dans la forêt de Gamelle, près de Beaumont-sur-Oise (Seine-et- Oise).
a Seulement à Chamant la salle n'avait guère plus d'un mètre à un mètre vingt-cinq centimètres de hauteur sous le plafond qui était formé par de lai^ges pierres plates, et elle était assez grande pour permettre h un grand nombre d'individus d'y reposer assis ou couchés. Près d'eux on avait placé des silex travaillés délicatement, ainsi que de balles haches polies, dont une en serpentine, et une de grande dimension, taillée h la façon des haches diluviennes, m'a paru avoir été préparée pour le polissage.
• Les recherches n'ont constaté que de faibles traces de poteries, et de légers fragments, quej'ai examinés, n'assignent pas à ce monument un âge bien reculé. Du reste, la fouille de cette sépulture, dirigée par une autre idée que celle d'étudier le monument lui-même, n'a pas été menée avec tout le soin nécessaire pour recueillir tous les indices qu'il devait fournir.
« Entre la sépulture de Chamant et les beaux dolmens il n'y a qu'une question de dimensions plutôt qu'une question chronologique. Ceux-ci sont formés de pierres colossales, et lorsqu'on les examine, lorsque l'on cherche kse rendre compte des procédés employés pour leur érection, on demeure confondu, et l'imagination a peine à concevoir comment il a été possible do remuer ces masses considérables, et surtout de les mettre en place, alors qu'aujourd'hui, pour arriver aux mêmes résultats, il serait nécessaire d'employer tous les moyens que la science possède *. »
Toutes les constructions mégalithiques ne remontent pas à la même époque. Les unes ont été élevées pendant TAge de la pierre, les autres pendant Tépoque du bronze. Rien dans leur mode d*architecture ne peut nous fair^ reconnaître leur degré cl'ancienneté; mais les restes qu'ils contiennent nous renseignent parfaitement à cet égard. Ainsi en France, suivant M. Alexandre
l. Deê Sépultures à Vdgt de. la pierre^ in-8*>. Meaux, 18S5, p. 15 et 16. l'uomiik primitip. 18
BcrIramI, les ilolmens et los tumuli-dolmem ne contiennent ordinairement que des objets de pierre et d'os; le bronze et l'or y sont très rares; le fer ne s'y rencontre jamais. Dans les VTai» liimuli, ail contraire, le bronze ilumîne, et le fer est plus abondant, preuve évidente qu'ils sont d'une origine moins ancienne que les dolmens. On s'est assuré de la même façon que les dolmens danois et les grandes salles sépulcrales de In Scandinavie apparliennent à l'époque de la pit-rro polie. Kn rangeant les dolmens dans cette dernière iiùriode de l'histoire de l'Iiiimanité, nous sommes d'accord avec la gënériililé des faits.
Pour préciser davantage, on pourrait dire que les dolmens et les luiimli se rappor(ent aux derniers temps de la pierre polie et !Ui commenceniont de l'époque du bronze. Mais nou:^ n'ajoutons aucune importancf. disons-le encore, t\ ces disliuctlon.4, <pii ne feraient qu'embarrasser, sans aucune utilité, l'esprit du lecteur.
L'ex&mcn des dolmens du Daneinurk ii amené l'auteur du Calalogue des objets antéhistorû/ues envoyés par le Danemark à rE.r}>ogition univerKelle de 1867 il résunirr comme il suit ce qui concerne tes monuments funéraires :
• Dans les dolmens du Danemark, le nombre des squelettes varie Iteaucoup; dans les plus grands on en compte jusqu'à une vingtaine.<Mans les plus petits ii n'y en a que cinq ou six; quelquefois ils sont placés en étages superposés.
■ Les ossements ne sont jamais en ordre : la tête «e rencontre près des genoux, aucun membre n'est dans sa position naturelle. Il suit de cette disposition qu'on aurait accroupi lus corps pour les ensevelir.
B Le fond de la chambre sépulcrale des dolmens est couverl le plus souvent d'une couche de silex passés au Teu ; c'esl sur ce Tond que le corps a été déposé. Il a été couvert ensuite avec une mince couche de terre, et la tombe a été Termée. Cependant, comme nous venons de le dire, les dolmens ne contiennent que rarement un seul squelette. Il faut donc qu'on les ait ouverts de nouveau pour y déposer d'autres corps. C'est alors qu'on aura, pour combattre les miasmes de la putréfaction, allumé le feu dont l'intérieur des dolmens porte des traces nombreuses et évidentes. On a continué ainsi, paratt-il, jusqu'au moment où le dolmen a été entièrement rempli ; mais même alors, semble-t-il, on n'a point toujours abandonné le tombeau. Quelquefois les squelettes les plus anciens ont été déplacés pour faire place à de nouveaux corps. Cela aurait eu lieu dans un dolmen près de Copenhague, qui fut fouillé en 1862 en présence du feu roi Frédéric VII.
■ Un dolmen près du village de Hammer, fouillé par M. Boye, a offert des particularités fort curieuses. On y trouva, outre les instrumenta en silex, (les ossements bnmains qui avaient subi le même traitement. On peut
donc supposer qu'un repas funéraire a eu lieu dans le voisinage du tombeau, et qu*on a même ajouté au rôti de cerf des morceaux de chair humaine. Du reste cette trouvaille est unique jusquMci, et on ne peut nullement en tirer la conséquence que les habitants du Danemark, k cette époque, auraient été des anthropophages.
a Les morts étaient déposés avec leurs armes et ustensiles et avec des vases qui doivent avoir contenu des aliments que Tusage religieux pouvait commander de laisser auprès dos corps. On avait longtemps supposé que Tusage était de ne placer des armes qu'auprès des hommes. Mais dans un dolmen k Gieruen on a trouvé une hache près d'un squelette qui était évidemment celui d^une femme.
tf Voici maintenant Tinventaire d^ne trouvaille faite dans un dolmen danois, celui de Hielm, dans Tile de Moen, qui fut fouillé en 1853. La chambre sépulcrale avait 5 mètres de longueur sur 3",50 de largeur et 1",50 de hauteur.
a On y recueillit vingt-deux pointes de piques, dont la plus longue était de 0",28 et la plus petite de 0™,14; plus de quarante éclats de silex ou couteaux d'une longueur de 0™,ô jusqu'k0",13, trois haches plates, une hache plus épaisse, trois ciseaux de menuisier, dont le plus long était de 0",21; un beau marteau d'une longueur de 0°>, 13; trois nodules de silex tout à fait analogues à ceux des débris de cuisine, et enfin, outre tous ces objets en silex, quelques perles en ambre et quarante vases en terre faits à la main *. »
Quelles étaient les pratiques funéraires des hommes à Tépoque de la pierre polie? Quelles cérémonies accomplissait-on alors en inhumant les morts? C'est ce qu'il n'est pas difficile d'établir d'après l'examen de ce qui a été trouvé dans les dolmens et les tumuli.
Dans un grand nombre de tumuli on a retrouvé des ossements d'animaux brisés ou entamés par des instruments tranchants. Cela nous indique que les funérailles étaient accompagnées de festins, comme aux époques précédentes.
Le corps que l'on allait enfermer dans le iumulus était {)Ovlé sur du feuillage, comme le font les populations sauvages qui existent aujourd'hui. Les hommes et les femmes étaient revêtus de leurs plus beaux vêtements; des colliers d'ambre et de coquillages décoraient leur poitrine. Des hommes, munis de torches, dirigeaient le cortège dans les ténèbres des salles du tumulus.
C'est d'après ces données que l'on a dessiné la planche 172, qui représente la cérémonie des funérailles à Vépoque de la pierre polie. Des hommes munis de branches de bois résineux précèdent
1. Le Danemark à V Exposition universelle de 1867, par Valdemar Smidt. Paris, n-8*, 1868, chez Reinwald.
le corlège fiinëbre, pour éclairer l'inléricur de la caverne, La grotte est ouverte pour recevoir le corps, et elle se refermera sur lui. Oh apporte, pour les laisser auprès du défunt, les arme?, ornements et ustensiles qu'il affection nail.
Si l'on en jugo par les ossements humains calcinés qu'on rencodU'C assez fréquemment dans les tombeaux, il est à croire que quelquefois on sacriflait des victimes sur le corps du défunt, peutélre des eslaves, peut-être môme sa veuve, comme cela se pratique encore dans certaines parties de l'Inde.
M, Lubbock croit, en outre, que lorsqu'une femme mourait en donnant le jour à un enfanl, ou tandis qu'elle l'allaitait encore, l'enfant était enterré vivant avec elle. Cette hypotbf-se se présente naturellement, dît l'auteur an^^lats, lorsqu'on réllécliit au grand nombre de cas où l'un a retrouvé ensemble les squelettes d'une femme et d'un enfanl.
M, Legiiay, dans le Mémoire "Uf les sépullurKS des Parisii, que nous citons plus haut, croit qu'après chaque ensevelissement, outre le repas funéraire, on allumait sur le tertre couronnant le lumttltts un feu, dans^lequcl chacun jetait'des objets précieux.
Les objets précieux A l'épotiuc de la pierre polie, c'étaient les' silex taillés en hache, en poignard ou en couteau.
Plus tard, c'est-à-dire A l'époque du bronze, les corps furent souvent, comme nous le verrons, réduits^en cendres, en tout ou en partie, et les cendres, renfermées dans des urnes.