CHAPITRE II
Moyens d'étude pour reconstituer Thistoire de Tépoque du bronze. — Cités lacustres de la Suisse. — Leur énumération et leur classification. — Mode de construction. — Façonnage et pose des pilotis. — Forme et dimensions des cabanes. — Population.
Pour reconstituer Thistoire primitive du genre humain on s'est naturellement adressé à tous les moyens d'investigation qu'ont fournis l'étude ainsi que le hasard des choses. Les grottes ef les cavernes, les cibris sous rochCj les anciens camps, les ateliers de silex, les rebuts des repas des anciens Scandinaves (kjoekkenmoeddings), les dolmens et les tumuli ont apporté les éléments pour la restitution des premières époques de l'histoire de l'homme primitif que nous avons parcourues jusqu'ici. Les éléments pour recomposer l'époque du bronze ne seront plus les mêmes.
De toutes les sources de révélation authentique sur les mœurs et coutumes de l'homme aux premiers temps de son existence, aucune assurément n'est plus curieuse que celle qui a été mise à jour et explorée dans ces dernières années, et qui porte le nom d^ habitations lacustres.
Qu'est-ce donc que les habitations lacustres^ et comment peuvent-elles servir à éclairer l'histoire de l'époque du bronze? C'est ce que nous allons développée
Les grandes découvertes tiennent souvent à de bien petites causes. Cette assertion, devenue vulgaire à force d'être répétée, n'en est pas moins d'une exactitude parfaite. A quoi devon87QOU8
de connaîtra une foule de détails curieux sur les populations anléhtstoriqueg ? A un abaissement accidentel, insolite, de la température de la Suisse. Expliquons-nous.
L'Iiiver de 1853 à 1854 fut tellement sec et froid en Suisse, que les eaux des lacs tombèrent ù un niveau peu ordinaire. Les habitants de Mcilen, bourg situé aux bords du lac de Zurich, profilèrent de celte circonstance pour conquérir sur ce lac une portion de terrain, qu'ils se mireat en devoir de surélever et d'enclore , de murs. I
F.n exécutant ces travaux, on trouva dans la boue du fond dit ' lac des pieux renversés ou plantés verticalement, de grossières poteries, des instruments de pierre et d'os et divers autres débris analogues h ceux des tourbières danoises.
Cette accumulation extraordinaire d'objets de toutes sortes sur le fond du lac desséché paraissait inexplicable, et l'on se perdait en commentaires, lorsque le docteur Keller, de Zurich, ayant examiné ces objets, en comprit immédiatement la signiûcation. 11 devint évident pour lui qu'ils appartenaient aux temps antébistoriques. Par un rapprochement que personne n'avait fait encore, il aperçut une relation entre les pieux et les autres restes disséminés aui alentours; il vit clairement que les uns et les autres remontaient à la même époque. Il acquit ainsi la persuasion que les anciens habitants du lac de Zurich se construisaient des habitalions au-dessus de l'eau, et que la même coutume avait dû exister dans les autres lacs de la Suisse.
Cette pensée fut développée par le docteur Keller dans cinq mémoires, très remarquables, publiés en allemand'.
Telle fut l'étincelle vigoureuse qui alluma un flambeau destine à dissiper les ténèbres d'une période fort longue, et alors peu connue, de l'histoire du genre humain.
Antérieurement à la découverte faite sur le fond desséché du lac de Zurich, on avait bien retiré de la vase des lacs de la Suisse des instruments et des ustensiles singuliers, et l'on avait souvent aperçu des piquets plantés au fond de l'eau; maison n'avait jamais su interroger ces vestiges d'un autre âge, on n'avait pas songé à leur assigner une antiquité aussi reculée que celle qu'on leur a reconnue depuis. C'est au docteur Keller que revient l'honneur de les avoir interprétés selon la vérité, alors que cha-