CHAPITRE VI
L^industrie et ragriculturc à l'époque du bronze. — L'invention du verre.
L'invention du tissage.
L'art du potier prit un grand développement à Tépoque du bronze. On lavait l'arple destinée à la confection des poteries, et Ton cuisait les pièces dans de véritables fours. On trouva également à cette date Tart de recouvrir les poteries d'un léger vernis, c'est-à-dire «l'un enduit de graphite (plombagine).
Les restes de poteries que l'on recueille dans les stations humaines de cette période sont aussi nombreux «ju'intéressants; on a même retrouvé des vases tout entiers. La poterie accuse ici un progrès très marqué sur l'dge de la pierre polie. Elle est en- •core façonnée à la main et sans l'aide du tour, mais ses formes sont à la fois plus variées et plus élégantes. En outre, si la pâte des grands vases est grossière et mélangée de grains quartzeux, comme à Tàge de la pierre, celle des petits vases est beaucoup plus One, et fréquemment recouverte d'un enduit de plombagine.
La plupart de ces vases sont caractérisés par leur base conique, forme que nous avons signalée dans (juchiues vases en bois de cerf de l'dge de la pierre. Il fallait donc, pour les maintenir debout, les enfoncer dans la terre, ou les placer sur des supports creusés pour les recevoir.
Ces supports ont été retrouvés. Ce sont des anneaux en terre cuite, appelés torches ou torchères par les archéologues.
Les débris de poterie de l'ûge de la pierre et de l'époque du bronze sont très abondants dans les lacs de la Suisse, mais on y rencontre rarement des vases entiers. Il est cependant avéré
qu'il en existail jadis des amas considérables, dont innlhcureuficment on n'a reconnu l'imporlance que plus tard, l'n vieux pf:cheur du lac de Neuchdtel a raconté à M. Dcsor qu*élanl enfant, il s'était quelquerois amusû à cnToncer ces vietUes casseroles de terre avec une longue perche, et que dans certaines parties du lac il y en avait de véritables montagnes. Aujourd'hui les vieilles casseroles sont brisées, et l'on n'en recueille que les restes.
Ces restes sont pourtant surGsants pour donner une idée à peu près exacte de la manière dont les Suisses primitifs fnçonnsienl l'argilu, à l'époque de la pierre polie et à celle du bronze. Ils indiquent de grands vases cylindriques ou rebondis à fond plat, travaillés à la main, sans l'aide du tour à potier. La pâte en est grossière, de couleur grise ou noire, et toujours mélangée de petitii grains quarlzeux; la cuiisson laisse beaucoup à désirer.
Quand à l'ornementation, elle est tout à fait ordinaire. Elle c^ufliste généralement en de simples sillons tracés dans l'argile molle, soit avec le doigt, soit avec un bôton pointu, soit avec une corde. Point de courbes ni d'arabesques d'aucune sorte; les lignes sont presque toujours droites.
Quelques vases sont pourtant mieux décorés. II en est qui portent des mamelons percés de trous, pour le passage d'un fil de suspension; d'autres qui présentent sur tout le pourtour, et immédiatement au-dessous du bord, une rangée de boutons; d'autres enfm où ces boutons sont remplacés par des dépressions. On en a rencontré plusieurs qui sont percés de trous à différentes hauteurs : H. Desor suppose qu'ils servaient à la prépa ration du lait caillé, les trous étant pratiqués pour laisser couler le petit-lait. Les vases de cette époque n'ont jamais d'anses: cet ornement n'apparaît qu'à l'dge du bronze.
Nous avons déjà figuré dans le chapitre de Ja pierre polie deux de ces vases recueillis dans les stations lacustres de la Suisse (fig. 148 et 149, page 244) et qui se rapportent à cette époque. Nous représentons ici (fig. 229 et 230), d'après le Mémoire de M. Desor, quelques poteries de l'dge du bronze.
En général, les vases à base conique de l'âge du bronze n'ont point d'anses; mais les autres sont pourvus d'une anse (fig. 231). Ils sont presque tous enjolivés de dessins, figurant soit de simples lignes parallèles au bord, soit des triangles, soit des chevrons, soit des rangées de points autour de l'anse ou du co). Les plus grossiers ne sont même point dépourvus d'ornements, et
l'on y observe Bouvent, autour du col, un cordon, où les doigts du potier ont laissé leur trace.
Ces vases étaient destinés à contenir des boissons et des substances alimentaires. M. Desor a retiré de l'un d'eux des pommes, des cerises, des prunes sauvages et une grande quantité de noisettes. Quelques-uns, percés de petits trous, servaient à la fabrication du fromage. On a aussi recueilli des plats, des écuelles, etc.
C'est pendant la période qui nous occupe que l'on doit placer la découverte du verre. On trouve, en effet, dans les tombeaux de l'époque du bronze, des perles en verre, de couleur blfueou
verte. Quelle était leur origine? La cbiniie et la métallurgie se réunissent pour nous apprendre que d6s qu'il exista des fonderies de bronze, le verre dut Cire connu. En effet, qu'est-ce que le verre? Un silicate à hase de soude ou de potasse, avec quelques traces de KiMcates de fer et de cuivre, qui le colorent en bleu ou en vert. Comme ces silicates composent les scories des fonderies de bronze, il est indubitiible que le verre sortit des premières usines oii se fabriquait cet alliage. Il composait les scories ou résidus de l'usine.
Ainsi, la Iraditioii classique qui attribue l'invention du verre & des marchands phéniciens qui auraient obtenu une masse de verre en faisant chauffer sur le sable le nalron apporté d'Égyple, c'est-à-dire du carbonate de soude, assigne à l'invention du
verre une dalc beaunoup Irop récente. C'est A l'époque antéhUtorKpic (lu bronze qu'il faut la reporter.
Le Irsviiil de l'ambre jaunt* (buccin) était poussé Tort loin ehtt le& mêmes populations. I^s ornements el objets en amtire jauns sboiideut tians les stations lacustres de lu Suisse.
C'est & l'époque du bronze que pnratt avoir été inventé l'art (ht i tissage. On a des preuves certaines, irrécusables, quf le» popu-; lations de cette époque savaient fabriquer des étolTcs, et c'est par ï& qu'éclate leur supériorité sur les peuples de l'époquo de la pierre polie. Tous les objets dont nous avons parlé jusqu'ici ne dépassent guère, en efTet, ce qu'on peut attendre de sauvage» intelligents; mais l'art de préparer et de tisser les matières textiles marque la prcmi^rre conquête d'bommes civilisés).
Chacun peut voir et toucher, au Musée an;héoIogique de Saint»
Fig. saï. T1B8U de l'époiiue Ju bronze Fîr. 333. Pewin m» terre cuile pour le* Irouvé dans les babilslioas lacustres niiSlierB A li».iei trouvé iIbds les haU-
(le la SuJEse. talions laruslres de la Suisse.
Germain, des morceaux de toile tressée et tissée, qui ont été recueillis dans plusieurs stations lacustres de la Suisse, notamment à Robenbausen et h Wangen. Cette toile, que nous représentons ici (Q^. 233), d'aprt'-s un échantillon du Musée de Saint-Germain, est formée de mèches do lin grossiôremeni entrelacées, mais elle n'en est pas moins fort remarquable pour l'époque. C'est & leur carbonisation et à leur enfouissement dans la tourbe que cee débris de tissus nntéhistoriques ont dû de se conserver jusqu'A nos jours.
On a trouvé aussi des pelotons de (il et de ficelle, des bouts de cordes et de cables en écorce, des lilets A grandes ou moyeDoes mailles, que nous avons déjà représentés (page 213), faits avec ce Ûl et ces cordes, enlin des fragmenii de panier en pcille ou en osier.
Fig. 134. L'inv«alian de la filolure et du tisM^e-
ËPOQUE DU BRONZE. 353
De nombreuses côtes d'animaux refendues et effilées à Tun des bouts ont été reconnues pour des dents de cardes ou des peignes pour le lin. Le peigne complet se composait de plusieurs de ces côtes réunies par le lien.
Enfin on trouve dans les lacs de la Suisse de grandes quantités de disques en terre cuite, percés d'un trou à leur centre, et tels que nous les représentons ici (flg. 233), d'après les nombreux échantillons qui existent au Musée de Saint-Germain.
Ces disques, pesants et percés d'un trou à leur cenlre, étaient destinés à supporter les fils de lin dans le métier à tisser. Le fil passait par le trou à disque, et était arrêté par un nœud à son extrémité. Nous ne croyons pas que cette interprétation puisse ôtre révoquée en doute.
La coexistence, dans les stations lacustres de l'époque du bronze, des étoffes tissées, des fils et ficelles, des peignes à carder le lin, enfin de pesons de métier à tisser, prouve que Ton peut fixer à cette date l'invention du tissage.
C'est d'après cette idée que nous avons fait repVésenter dans la figure 234 le tissage à Vépoque du bronze.
Le métier à tisser est tellement simple, que les hommes de l'époque du bronze ont dû le créer à peu près tel qu'il existe aujourd'hui pour le tissage des étofi'es composées d'un seul fil et non façonnées, c'est-à-dire les toiles écrues, par exemple. Seulement, au lieu d'aiguilles de fer que l'on emploie pour tendre les fils de la chaîne dans le métier à tisser moderne, on se servait, à l'époque du bronze, de pesons en terre cuite. Là est la seule difi'érence; mais, nous le répétons, le métier du tisserand, dans son ensemble, ne devait pas ôtre bien différent de celui de nos jours. Ses œuvres en font foi.
En résumé, si nous comparons l'industrie de l'époque du bronze à celle de l'âge précédent, nous reconnaîtrons qu'elle lui est bien supérieure.
Les armes et les outils en métal avaient été obtenus à l'origine, par voie d'échange. Mais bientôt l'art de fabriquer le bronze se répandit en Suisse, et des fonderies s'y établirent. On ne peut conserver aucun doute à cet égard, puisqu'on a découvert à Morges un moule à haches celtiques, et à Estavayer une barre d'étain.
A cette époque, les formes s'ennoblissent, rornemenlation de-
L*H01IME PBIHITIF. ^"^
354 AGE DES MÉTAUX.i
vient lu règle et non l'exceplion. Après l'indispensable vient le J superflu. Le goût de la parure apparaît et se traduit en bijoun^ d'un slyle élégant. Les poteries, les ustensiles, prennent dfll contours heureux et se parent de dessins variés. \j(i prugrfes évident, maniTeste.
Une cbose à noter ponrtant, c'est la simplicité et la nionoloaii de l'ornementation à celte époque. La décoration des pul«rîflt celle des armes, celle des bijoux, descstensiles, etc., sont ftloi circonscrites à la représentation d'un certain nombre do ligm et de figures géométriques. Elles sont semblables à celles t nous retraçons Û^ 235, et s'appliquealj 7 V V \ ^^ y - tout objet.
Hais la décoratiod
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des poteries , des i
mes, des ustonsiles-^
des bijoux ne résum
lu artistique dcsliomn
del'époque du broiB Ils continuaient A exè^ culcr sur des plaques d'ardoise ou sur des bois de cerf des dessins que produisaient déjù leurs ancêtres, les bommes des Cfr* vernes du Périgord, contemporains du maramoulji et du renne. Ils étaient également sculpteurs, et de leurs mains ils savaient faire sortir quelques ébauches, représentations plus ou moins heureuses des animaux qui les entouraient (Qg. 236).
Les relations commerciales avaient, pendant la période où noua sommes parvenus, une tout autre activité qu'aux temps de V> de la pierre. Il fallait nécessairement se procurer l'étaïn, indispensable à ia fabrication du bronze. Comme il n'existe pas en Suisse de minerais d'étatn, les habitants de ce pays allaient sans doute le chercher jusque dans la Saxe actuelle. Le trafic devait se faire par voie d'échange, comme cela se pratique chez tous les peuples enfants.
Le silex, qui n'existe pas non plus dans les teiraiag de la Suisse, se tirait nécessairement des contrées environnantes les plus favorisées sous ce rapport. Nulle n'était mieux partagée que la France : il y avait donc commerce entre les deux pays.
l'iipoqiie du brome.
On a retrouvé à (Concise, en Suisse, des morceaux de corail blanc, et & Mellen, sur les bords du lac de Zurich, des fragments d'ambre jaune : d'ob la conclusion qu'à l'époque du bronze la Suisse trafiquait avec les bords de la Méditerranée et de la Baltique.
Parmi les autres objets de provenance étrangère, nous citerons le graphite, destiné à vernir les poteries, des perles d'ambre et même quelques verroteries qui servaient à la parure des femmes.
Passons à l'alimentation de l'homme à l'époque du bronze.
Des trouvailles faites dans différentes stations lacustres ont fourni des renseignements très circonstanciés sur le mode d'alimentation des premiers habitants de la Suisse. Elles sont venues nous apprendre que ces hommes ne vivaient pas seulement des produits de la pèche et de la chasse, mais qu'ils possédaient des notions d'agriculture et se livraient à l'élevage du bétail. Nous entrerons dans quelques détails sur ce côté éminemment intéressant de leur histoire, en prenant pour guides les professeurs Heer et Rûtimeyer, qui ont fort bien étudié, le premier les restes végétaux, et le second les débris animaux des stations lacustres de la Suisse.
A Meilen, à Moosseedorf et à Wangen , on a recueilli des céréales carbonisées, de l'orge et du froment. Ce dernier est le plus abondant, et à Wangen notamment il y en avait plusieurs boisseaux, soit en épis, soit en grains battus et amoncelés en grands tas. Ces grains ont à peu près la forme et la grosseur de nos grains de blé actuels. On a retrouvé beaucoup d'épis de l'orge à six rangs [Hordeum hexastichoti), qui diffère de l'orge commune par des grains plus petits et disposés sur six rangs. D'après de Candolle, c'est cette espèce que cultivaient les anciens Egyptiens, les Grecs et les Romains.
Les céréales se conservaient dans de grands vases en terre, ainsi qu'on a pu s'en assurer par le contenu de quelques-uns de ces vases, restés entiers.
Quelle préparation faisait-on subir aux grains pour les rendre aptes à servir de nourriture? On a des données assez précises à cet égard.
Le grain était écrasé à la main, soit entre deux disques de pierre ou meules, soit dans un mortier, au moyen d'un pilon ar-
rondi. Dans presque toutes les bourgades lacustres, on a r»mussé de ces meules eu grès ou en granit, dont quelques-uiièi atteigrnenl jusqu'à soixante centimètres de diamètre. M. Heer pense que les grains étaient grillés avant le broiement, pufg dt'i)usès dans des vases légèrement mouilléi;. On les mangeail en ret état.
Il parait qu'A IVpoque de la conquête des Iles Canaries par le4 Espagnols, les indigènes préparaient leif eért^ules de ceXç façoi^ et qu'aujourd'hui encore la plus grande partie de la population des mêmes parages se nourrit avec des grains torréfiés.
Touterois les premiers habitants de la Suisse occidentale con-, fectionnaient également de véritables pains, ou plut<^t des galettes de froment, car le levain n'était pas encore connu. On V retrouvé des fragments carbonisés de ces pains, dont le grain esl mal broyé, ce qui permet de reconnaître quelle esptee de céréales est entrée dans leur composilion. Ces fragments sont plat* et indiquent une forme circulaire pour le gâteau tout entier. Sans doute le grain, broyé et humecté, élait réduit en une espèc* (le pâte qu'on faisait cuire entre deux pierres chaulfées, comuM nous l'avons représenté déjà {page 9ii9, Dg. IBS) pour l'ftge de t< piurre.
Pour cultiver les céréales, il fallait nécessairement faire subir au sol un travail préalable. Il fallait, lout au moins, l'ameublir, le diviser, et tracer un sillon dans lequel on déposait la semence. Pour tout ce qui concerne ces opérations, nous en sommes réduits aux conjectures, car aucun instrument d'agriculture n'a été découvert dans les différentes stations humaines de l'époque du bronze. Pcut-éire, comme le suggère M. Heer, se servait-on, pour faire l'office de la charrne, d'un tronc d'arbre à branche recourbée.
Les fruits cl les baies sauvages cuiraient pour une grande part dans l'alimentation des premières populations lacustres, et l'on a même reconnu, à des signes certains, que plusieurs variétés d'arbres étaient l'objet de soins intelligents, en un mot, qu'on les cultivait dans des vergers et des jardins, La station de Robenbauscn, sur le lac de Praîflikon, est celle qui a fourni les renseignements les plus précieux à cet égard. Celles de Wangen (lac de Conslance) et de Concise (lac de Neuchâtel) ont été également le théâtre de curieuses découvertes.
Dans ces divers cantonnements, on a recueilli un grand nom-
bre de pommes carbonisées, coupées en deux morceaux et quelquefois en quatre, évidemment tenues en réserve pour Thiver. Ces pommes ne sont pas plus grosses que des noix, et il existe encore aujourd'hui dans plusieurs forêts de la Suisse une espèce de pomme qui paraît être celle qu'on a retrouvée dans les habitations lacustres. La station de Wangen seule a fourni des poires; elles étaient coupées comme les pommes.
Ona encore trouvé dans la vase des lacs des noyaux de prunellier sauvage, de cerisier h grappes ou prunier de Sainte-Lucie, des graines de mûres, de framboises, des coquilles de faines, de noisettes et beaucoup d'exemplaires de la châtaigne d'eau, qui ne se rencontre plus maintenant qu'en deux points des Alpes suisses.
Nous ajouterons que M. Gilliéron a ramassé, dans la station de l'île Saint-Pierre, de l'avoine, des pois, des lentilles et des glands, ces derniers étant évidemment destinés à la nourriture des pourceaux. Cette trouvaille est importante, parce que l'avoine ne s'était encore montrée nulle part.
Nous compléterons cette nomenclature en énumérant les autres végétaux dont la présence a été constatée dans les lacs et dont les baies ou les graines ont pu servir d'aliment. Ce sont le fraisier, la ronce, le hêtre, l'if, le cormier rouge des haies, le lis d'eau, le nénufar, le jonc, le pin sylvestre et le pin des marais. Nulle trace de la vigne, du seigle ni du chanvre.
La planche 237, la culture des jardins à Vépoque du bronze^ a pour objet de résumer et de représenter matériellement les notions qui précèdent concernant les connaissances horticoles des hommes de l'époque du bronze. Un jardinier travaille la terre avec le pic en bois déjà figuré plus haut (fig. 203, page 338). D'autres cueillent des fruits d'arbres plantés et cultivés en vue des besoins de l'alimentation'.
Les moutons et les bœufs, que l'on voit dans cette composition, sont l'indice de la domestication de ces animaux et de leur élevage comme bétail. Le chien, compagnon fidèle de l'homme, ne pouvait être oublié dans cette réunion d'animaux auxiliaires ou domestiques.
Les ossements d'animaux trouvés dans les habitations lacustres de la Suisse permettent de reconstruire assez exactement la faune de cette époque, et de reconnaître quelles espèces animales étaient alors soumises au joug de l'homme.
362 AGE DES MËTAUX.
D'après le proresseur Rûtimeyer, l'ensemble des ossements se rapporte h environ soixante-dix espèces animales, dont dix de poissons, trois de repliles, vingt d'oiseaux, et le reste de mammifères.
Les restes les phis communs sont ceux du cerf cl d» bœu( celui-ci domestique, l'autre sauvage. Vient ensuite le cochûi^ qui est encore assez abondant; puis le chevreuil, la chèvre, I mouton, plus rares. Le renard est à peu près aussi rtîpaDdu, i malgré son odeur fétide, il est certain qu'on le mangeait, com le prouvent ses os fendus et entaillés par des couteaux, il i probable pourtant qu'on ne se résignait i celle nourriture qn*B l'absence d'aliments plue convenables.
Comme ceux des cavernes, comme ceu.\ des kjockken-lB din^, les os longs que l'on a trouvés dans les lacs avaient i fendus, pour en extraire la moelle. Comme dans les : coquillicrs également, les parties les plus tendres en soirt i jours rongées, ce qui indique la présence du chien (ûg. 238).
Un fait curieux, et qui montre combien certains préjugés » difficiles t. déraciner, c'est la répulsion qu'épronvenl encoru pli sieurs peuples pour la chair du lièvre. Cette répulsion reQl aux temps préblsforiques. Les cavernes, les kjoekkcn-moeddfnp et les cantonnements hicuslros n'ont présenfé, en cITet, presqu* aucune trace d'ossements de lièvre. Or nous voyons aujourd'hui les Lapons et les Groenlandais bannir cet animal de leur allnimtation. Chez les Holtentots, les femmes le mangent, mais non lea hommes. Les Juifs le regardent comme une nourriture impurs^ et il n'y a pas bien longtemps que nos paysans de la Bret^;iW n'en voulaient pas entendre parler.
Cette antipaUiie de certains peuples modernes pour la chair du lièvre est, on le voit, un héritage des temps primitifs d« l'humanité.
Les recherches de M. Rûtimeyer l'ont amené à conclure i; existait en Suisse, à l'âge de la pierre, six espèces d'anima domestiques : le bœuf, le cochon, la chèvre, le mouton, le c et le cheval, ce dernier très rare. L'espèce bovine aurait nifioM ' formé trois varîélés : aux deux espèces sauvages du genre dQ bœuf, savoir l'urus et l'aurochs, très anciennement connues, ve* nait s'ajouter le bœuf.
Les ossements trouvés dans les slatîons lacustres de l'âge de la pierre indiquent une plus forte proportion de bétes sauvages
-equ^k limavdflP a chifliur
que de bétes domestiques, et Ton devait naturellement s'y attendre. L'art de la domestication des animaux était encore dans Tenfance à cette époque; mais il avait pris naissance, et il allait se développer rapidement dans Tàge suivant.
Pendant l'époque du bronze, en eflfet, Tagriculture et l'élève du bétail font des progrès considérables. On utilise de nouvelles races de bestiaux. Le bœuf remplace l'aurochs; le mouton est élevé, ainsi que la chèvre. On consacre ces bestiaux à l'alimentation.
Arrêtons-nous ici un instant, et contemplons avec orgueil cette étonnante résurrection d'un passé enfoui dans les ténèbres des siècles.
Grâce aux investigations de la science, nous savons que les premiers habitants de la Suisse demeuraient dans des villages de bois construits sur les lacs ; — qu*ils étaient à la fois chasseurs, pécheurs, pasteurs et agriculteurs; — qu'ils cultivaient le froment, l'orge, l'avoine ; — qu'ils avaient soumis à la domestication plusieurs animaux, et qu'ils consacraient aux besoins de l'agriculture le bœuf, le mouton, la chèvre; — qu'ils possédaient les principaux rudiments de l'art du boulanger; — qu'ils faisaient des provisions de pommes, de poires et autres fruits ou baies, pour l'hiver, soit à leur usage, soit pour la consommation de leurs bestiaux; — qu'ils connaissaient l'art du tissage et fabriquaient des étoffes de lin; — qu'ils confectionnaient des cordes et des nattes d'écorce; — qu'ils utilisaient enfin pour la confection de leurs outils et de leurs armes tout à la fois la pierre, le bronze, les os des animaux et les bois de cerf.
Il est également certain qu'ils entretenaient avec les pays voisins des relations commerciales, ne fût-ce, comme nous l'avons déjà dit, que pour aller chercher les silex, qui manquent en Suisse, ainsi que l'ambre et le corail blanc, dont on retrouve de nombreux débris dans les stations de Meilen et de Concise.
S'il reste encore bien des pages obscures dans l'histoire de l'humanité à l'époque du bronze, il faut convenir que celle qui se rapporte au mode d'existence de l'homme de cette période dans les régions helvétiques a été éclairée d'une vive lumière.
I^s laça de la Suisse nous ont rourni les éli^menls pour connaître l'étal de l'ÎDdustrie humaine à l'époque du bronze, pour apprécier les coutumes et usages des peuples do ces temps recu- , nous voulons maintenant nous renseigifer sur ce (piî concerne l'art de la guerre à la mCme date, nous nous adresserons au nord de l'Europe, c'est-à-dire aux populations Scandinaves.
Toutefois, avant d'en arriver aux importants vestiges antéhistoriques trouvés dans le Danemark, nous dirons encore un mot des traces de l'art de la guerre qu'ont pu fournir les recherches exécutées au fond des lacs de la Suisse.
L'armement guerrier à l'époque du bronze se compose, comme & l'flge de la pierre, de pointes de lances et de flèches, de poignards et, en outre, d'épées. Les épées sont rares dans les lacs de la Suisse. Le petit nombre qu'on en a trouvé sont courtes, droites, à deux tranchants et sans garde. Le Musée de Neuchdlel en possède une (fig. 239] qui fut découverte il y a une quarantaine d'années, à Concise, alors qu'on ne soupçonnait nullement l'existence des habitations lacustres; M. Desor l'a dessinée dans son Mémoire sur les palaffites. Elle mesure 39 centimètres, et porte quatre rainures, qui se rejoignent deux à deux sur la crête médiane de la lame. La poignée, qui se termine en double vo-
lute, est d'une exiguïté remarquable : elle n'a que 7 centimètres de longueur.
Les poignards (Og. 240) n'abondent guère plus que les épées dans les lacs helvétiques. D'après un exemplaire trouvé dans le lac de Bienne, on voit que la lame se fixait à la poignée au moyen de rivets rangés sur une seule ligne. Le même spécimen est, comme l'épée de Concise, orné de rainures disposées symétriquement à droite et à gauche de la ligne saillante qui partage la lame en deux portions égales.
Il existe dans la collection du colonel Schwab deux poignards hors ligne, à garde enrichie d'argent.
Les pointes de lances (fig. 241) ne le cèdent ni aux épées ni aux poignards, pour riiabileié et le fini de l'exécution. Elles forment à peu près une lame ovale, fortement consolidée au milieu par une nervure arrondie qui se prolonge en une douille apte à loger un épais manche de bois. Les dimensions des poignards varient de 10 à 17 centimètres.
Les pointes de flèches (fig. 242) sont identiques , sauf la matière , à celles de l'âge précédent. Elles pj^ ^^^ ^.^ ^^^^ j.^i^^^^
sont triangulaires, à barbes plus Ë|)«e en bronzo en bronze
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tige par laquelle on les attachait
à la hampe. On en a pourtant trouvé quelques-unes à douilles. Leur longueur ne dépasse pas 3 ou 4 centimètres.
Nous allons passer maintenant à l'étude des débris recueillis dans les tombeaux de la Scandinavie, de la Grande-Bretagne, de l'Irlande et de la France, qui peuvent nous éclairer sur les armes et instruments de guerre propres à l'époque du bronze.
Les États Scandinaves (Danemark, Suède et Norvège) sont très
riches en instrumenis de l'iipoque du bronze. Le Iravail des épées et autres armes de guerre est plus soigné que partout ailleurs, k cause de l'importation tardive du métal dans ces contrées.
Ces armes sont presque toujours ornées de dessins assez compliqués, parmi lesquels dominent les courbes et les enroulements en spirale.
Les épées danoises d& l'époque du bronze (flg. 243 et 244) ont une forme toute particulière. La poignée est solidement fixée & la lame par deux ou un plus grand nombre de rivets. Les dagues et les poignards ne se distinguent des véritables épées que par leurs moindres dimensions.
Quant aux haches, il en est qui I. Poignée semblent copiées sur les modèles de rage de la pierre : ce sont les plus anciennes , probablement ; l'ornementalion en est très sobre. D'autres sont à ailerons, à douille, et l'on en a même trouvé quelques-unes percées d'un trou transversal, comme celles dont se servent depuis longtemps les peuples civilisés. Dans cet oeil on insérait un manche en
ËPOQUE DU BRONZE.,
boia, que l'on Qiait par un lien ou même simplement en le faisant entrer à frottement dur. Les rares spécimens de ce type sont très purs de forme et splendidement décorés.
Les ûgures 245 et 246, dessinées d'après l'ouvrage de M. Lubbock, reproduisent le mode probable d'emmanchement des différentes espèces de haches du Nord.
Les couteaux en bronze de la Scandinavie sont, comme ceux de la Suisse, d lame plus ou moins sinueuse ; mais le manche est beaucoup plus orné. Deux de ces couteaux ont fourni les seuls exemples connus de représentation d'êtres animés pendant l'époque du bronze. On voit sur l'un de
Fig. îift cl Î46.
Uode d'emmancheinent de baclica
CCS couteaux que représente, d'après l'ouvrage de M. Lubbock, la Qgare 247, un cygne grossièrement sculpté & la naissance de la lame.
Dans un autre couleuu, (luc représente, d'après le même o* vra^e, la figure 248, le manche est formé par une figure bumaind' assez fidèlement exécutée. Le personnage est debout et tient devant lui un vase de forme à peu près cylindrique; il porte de* anneaux aux oreilles. 11 y a tout lieu de croire que ce dernier objet appartient 4 la fin de l'époque du bronze, si ce n'est à une époque de transition entre cette époque et la suivante, car t» | lame est droite comme dans tous les couteau!^ de l'époque du fer.
On peut sans doute en dire autant des rasoirs (Qg. S49} à lame rectilignc. qui sont surchargés d'ornements, dont quelques-uns semblent avoir la prétention de représenter un vaisseau.
Ces dessins indiquent évidemment une période très avance» de l'époque du bronze. Peut-être même ces objets appartiennentils au commencement de l'époque du fer.
Quel était le vêtement de l'homme pendant la période que nous décrivons?
Une découverte fort importante, faite en 1861 dans un lumulus du Jutland (Danemark), est venue donner les renseignements les plus précis sur la façon dont s'habillaient les habitants des régions du nord de l'Europe pendant l'époque du bronze. Dans ce tiimulus, MM . Worsaœ et Herbst ont trouvé trois cercueils de bois, dont l'un, plus petit que les deux autres, était sans nul doute celui d'un enfant. L'un des deux grands cercueils, minutieusement examiné par les savants explorateurs, mesurait à l'intérieur 2"',25 de long sur 0"',50 de large. 11 était fermé par un couvercle mobile. Par un hasard extrêmement rare, les par^ lies molles du corps avaient persisté, et s'étaient changées en une substance noire et graisseuse. Les os s'étaient désagrégés et transtormés en une poudre bleue. Le cerveau avait conservé sa conformation normale. On le trouva à l'une des extrémités du cercueil (celle où avait reposé la tête), encore couvert d'un bonnet de laine, haut de 15 centimètres environ, auquel restaient encore adhérents quelques cheveux noirs.
DilTérents vêtements de laine, dans lesquels le corps avait été enseveli, furent également recueillis en plusieurs endroits du cercueil. Donnons la description de ces vêtements.
C'était d'abord un grossier manteau (fig. 250), d'apparence pelucheuse A l'intérieur, et échancré autour du cou. Ce manteau, long de fjIO à peu près, était large à proportion. Puis deux
£POÛUE DU BRONZE. 371
chAIes de forme presque carrée (flg. 251], et ornés d'une longue frange, mesurant 1",50 de long sur 1",15 de large. Venait en-
Pi]ç. 330. Manteau de laine de l'époque du bronze ,
IrouvAenlSGI
dans UD tombeau du Danemark.
Fijï. 351. ChMe de laiD«
Irouré dan a
le même lombeau.
suite une chemise (lig 2S2\ échancrée aussi autour du cou, et qui se serrait à la ceinture au moyen d'une bande longue et étroite Entln, aux pieds du corps se trouvaient deux morceaux d étoffe de laine, longs de 36 centimètres sur 9 de large, et qui semblent être des restes de guêtres 11 y avait lu aussi des vestiges de cuir provenant évidemment des cliau^
Fig.îJ!.
lombeau.
FiR. 2:i3. Kig. 2âl.
Premier Iwnnel di; laine Deaiicme bonnet de laine
du même tombeau. du mSme tonilicnu.
Le corps tout entier avait été enveloppé dans une peau de bœuf.
Le cercueil renfermait, en outre, une boite liée avec <ie.4 ^it\-
Fig' 2bh. Pei^e de hronze lombcau du Danomark.
ÏÏÏ3
bes d'osier ou d'écorce, et cette boite en contenait elle-même une plus petite, d'où l'on retira deux bonnets de laine tissée (Og. 253 et 254), un peigne ((ig. 255) et un rasoir en bronze.
Il ne faut pas oublier une ép6e en bronze, placée au côté gauche du corps dans un fourreau en bois, et qui mesurait 65 rentimJitres de long environ.
Nul doute que tous ces restes ne soient ceux d'un guerrier de l'époque du bronze, ilautiint |duB que les objets recueillis dans les deux autres cercueils appartiennent certainement h cette période. Ce sont une i'3pée, un couteau, un poinçon, une broche, une pince, un boutoa double et un petit bracelet de bronze; puis un bouton double en étain, une boule-aj d'ambre jaune et une pointe de lance en silex. ' J
La forme des épées et des couteaux indique qu'il faut rappoi^ • ter cette sépulture du Julland aux derniers temps de l'époque i du bronze, alors que peut-être on commençait à employer le fer. - C'est d'après ces documents et d'après l'ensemble des Iron-f vailles faites dans d'aulres tombeaux que nous avons fait représenter dans la planche 256 deux guerriers à l'époque du brome.
L'armement de ce cavalier des temps préhistoriques se compose de l'épée de bronze telle qu'on la trouve dans les tombeaux du Danemark, de la hache et du ceinturon de bronze. Le cheval est paré de ces rondelles de bronze qui, plus tard, furent chez les Romains le principal ornement du fidèle et fier auxiliaire de l'homme dans ses combats. Le cavalier a la tête nue, car aucun casque, aucun couvre-chef métallique n'a été découvert, du moins à notre connaissance, dans les tombeaux de l'époque du bronze. La lance et la hache de bronze sont les armes du guerrier à pied.
Après les pays Scandinaves, la Grande-Bretagne et l'Irlande tiennent une place importante dans l'histoire de la civilisation à l'époque du bronze. On y retrouve les mêmes types d'instruments qu'en Danemark et en Suisse.
On y retrouve aussi des moules à haches (ûg. 257) qui prouvent que l'art du fondeur y était connu et pratiqué. Le Musée de Dublin renferme une fort belle collection de différentes pièces appartenant & l'époque du bronze.
¥ig. !J6. Guerriers i l'Apoque da brome.
£POQUJE pu BRQNZE. 375
Dn certain nombre de départements français ont également fourni des objets de cette même période. Nous n'y voyons rien de ' particulier à signaler.
Esislaitril un culte religieux chez l'homme à l'époque du bronze? Rien ne serait plus intéressant qu'une découverte de ce genre, mais on n'a jusqu'à présent retrouvé aucun vestige d'idole, ni quoi que ce soit autorisant à conclure dans un sens aflirmatif. Ce qui pourrait seulement faire admettre l'esistcnce du sentiment religieux, c'est la présence, dans diverses stations lacustres, d'une certaine quantité d'objets en forme de croissant, Ja plupart en terre cuite, quelques-uns en pierre.
Les dimensions de ces croissants sont très variables : il en est qui mesurent jusqu'à kO centimètres d'une corne à l'autre. Ils sont ornés de dessins tout à fait primitifs, comme le montre la Ogure 258, dessinée au Musée de Saint-Germain, sur un des nom- 'breux spécimens de ce genre d'objets.
Plusieurs archéologues voient dans ces croissants des em-
blèmes religieux ou des talismans, qui se suspendaient suit à l'intérieur soit à l'extérieur des habitations. Le docteur Kcller croit qu'ils se rapportent au culte de la lune, ce qui n'aurait rien rl'impossîble, car Ijcaucoup de peuples sauvages ont adoré les astres, sources de lumière et de chaleur.
M. Cari Vogt n'admet pas que ces croissants, que l'on trouve en si grande abondance dans les stations lacustres de la Suisse, indiquent l'existence d'un culte religieux chez les anciens peuples. II donne à ces objets un emploi fort différent, et, l'on va en juger, assez bizarre.
Dnna lea conférences sur l'homme préhiatorique que M. Vopi a*"! donnéos A Anvers en 1868, et qtii ont «''té recueillies par les journaux belges ', M. Vogf s'est exprimé comme il suil, à propos des croissants de l'époque du bronze.
a Mon opinion est que ces croisBanU servaient de roposoirs pour la niiit. Noua voj-ODs parmi les peuplades sauvages le culte dos cheveux poua».? t un degré excessif, surtout parmi les bommes; ce n'est que plus tard •^iiala Temme s'est, de son câté, livTée au culte de la chevelure. Or ce culte ait poussé chez beaucoup de peuples h un degré vraiment curieux. On s'inilige les plus grandes tortures pour j salishiro. Vous avez tous vu dans le Magasin piltoreiique ou d'autres journaux illustrés les chevelures étranges des soldats abyssiniens. C'est une espf^co de toison, et vous aurez remarqué que chaque soldat abyssinien porte dans sa chevelure une ^ande épiof^e.
( Eh bien, tout cela va nous expliquer l'usage du croissant. Dès qu'une jeune (llle, en Abyssinie, s'est mariée, elle doit s'occuper dt laclievelare Atr son mari. Cette chevelure reçoit une forme qu'elle doit garder pendant la vie entière. Le travail que cela nécessite dure trois ans. Chaque cheveu iwl enroulé autour d'uue tige de paille et reste ainsi jusqu'à ce que la paille soit détruite. L'époux a alors la t^te couverte de spirales dont reitrémil^^ est h un pied de la surface de la tète. Pendant tout le reste de sa vie, c^-tte coiffure ne peut plus être dérangée- L'Abyssinien appuie, pendant son soinmoil, la nuque sur un triangle qu'il porte partout avec lui. Il a aussi une longue épingle, parca qu'il serait impossible de parvenir jusqu'au cuir chevelu xvec l'extrémité de son doigt.
La même chose esisic cliez les Noiiïeaux-Zi'laniiais, qui ont ('galemi'nl un appareil sur lequel ils appuient leur chevelure en dormant. Ceux-ci portent un énorme chignon de deux pieds, orné de rubans, qui fait tout leur orgueil, .'ii ce chignon diffère de certains autres dont je ne veux pas parler, c'est en ce qu'il ne peut pas s'enlever à volonté. Cet objet, ainsi orné, "epose pendant le sommeil sur une espèce de chaise.
« Les «-.hinois et les Japonais dorment de la même manière, sur un boistaillé en biseau, et dans les dessins hiéroglyphiques de l'Egypte nous Ironvons des instruments destinés au même usage.
■ n est fort probable qu'à l'époque du bronze il existait un culte de la chevelure, d'autant plus que dans chaque tombeau de cette époque nous trouvons des épingles de deux k deux pieds et demi pourvues de gros boutons, de mi'me forme que les épingles des soldats abyssiniens, et qu'à l'époque de la pierre, comme à l'époque du bronze, on trouve le même peigne dont se servent aujourd'hui les Nou^t^aux-Zélandais, plutôt pour se racler la tête que pour se peigner. Les lêtes d'épingles sont souvent excessivement ornementées; elles ont les formes les plus diverses, et sont extrêmement communes autant dans les tombeaux que dans les constructions lacustres.
• On ne doit guère s'étonner que nos ancêtres aient dormi sur une machine pareille à celle que nous venons de décrire, d'autant moins que nous savons que les hussards du grand Frédéric passaient la nuit à soigner leurs coiffures. »