‹ L'homme primitifChapitre 35 sur 54 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

Mode d'ensevoHsacinent et sépiillure* k l'iJpoque itu bronze. — Caractères de la race humaine p;;n(iant cette période.

Quel ùUiitle mode d'ensevelissement, quelles éliiient les sépultures àl'éjjoque du bronze?

Dans les premiers temps de celte période, on continua d'enterrer les morts duns ces m<*mcs chambres sépulcrales auxquelles on donne aujourd'hui le nom de dolmens et de lumuli, et sur lesquelles MH. NilssoD et Lubbock ont fait des distinctions passablement confuses et arbitraires; mais vers la rtn de cette môme période il est positif que l'on commença à bnller les morts.

Nous trouvons dans un ouvrage publié en 1869, Ip Dmirmark à tExposUion universelle, soite de catalogue des ol)jets qui figuraient dans les galeries de Vhistoir^' du travail & l'Exposition du Champ de Mars en 1867, quelques pages que nous rapporierons, parce qu'elles nous paraissent assez bien résumer les notions qui sont aujourd'liui admises dans la science, concernant les sépultures et les usages funéraires à l'époque du bronze.

• Les études qui ont été faites pendant ces dernières années, par M.Worsaœ, sur les monuments do l'ige du bronze, ont porté beaucoup de lumière, dit M. ValJemar Schmidt, sur les commencements de la période du bronze en Danemark. Il paraît (ju'à l'origine du bronze on a enterré les morts d'une manière analogue à celle de l'âge de la pierre, c'esl-à-dire que l'on déposait les corps des défunts dans des cliambres sépulcrales faites en pierre et converties par des tumulus; seulement ces chambres sont assez exiguës et ne renferment ordinairement qu'un seul squelette En revanche, quelquefois plusieurs de ces petites chambres sépulcrales, ou plutôt de ces cercueils en pierre, se rencontrent dans le même tumulus.

c Ces chambres offrent du reste, à certains égards, de grandes analogies avec celles de Page de la pierre ; ainsi, assez souvent on trouve répandue sur le sol une couche de silex qui a passé par le feu, et sur co fond se rencontrent des squelettes qui paraissent avoir été accroupis avant d'être ensevelis, exactement comme cela se pratiquait dans Tàge de la pierre.

a Après cette classe de tombeaux, il en vient une autre où la chambre sépulcrale, quoique toujours en pierre, n^est pas couverte d'une pierre, mais d'un plancher en bois. D'autre part, on a trouvé des squelettes avec des armes en bronze déposées dans une espèce d'encadrement en bois, qui a très souvent disparu, sauf quelques minimes fragments. Ces caisses ont été souvent couvertes de petites pierres qui semblent aujourd'hui reposer directement sur le squelette.

€ Enfin dans toutes les provinces danoises se rencontrent de grands cercueils en bois de chêne, formés de troncs creusés; ils contiennent également des corps humains qui paraissent avoir été ensevelis dans des vêtements de laine.

a Quant aux rites funéraires, ces tombeaux ne sont pas bien différents Tun de l'autre. Les corps y ont été déposés avec leurs instruments, leurs armes et leurs ustensiles, soit en bronze, soit en pierre; seulement en plus, au fond de la tombe, on étendait des peaux d'animaux, ordinairement des peaux de bœufs.

« Fuis survint une nouvelle période où Ton brûla les corps et où on en recueillit les restes. Toutefois on ne renonça pas d'abord à toutes les anciennes coutumes. Ainsi, comme on avait autrefois enseveli les morts «dans des vêtements de laine, on enveloppait maintenant les débris des ossements dans des pans de manteaux de même étoffe. Plus tard cependant cet usage devait à son tour disparaître, et Ton recueillit tout simplement les cendres et les débris des ossements dans des urnes. Cette coutume se conserva jusqu'à l'âge du bronze, et en caractérise pour aiusi dire la seconde et dernière période, qui fut du reste la plus longue.

« Il y a donc, en résumé, dans l'âge du bronze, deux époques bien distinctes : celle oit Von enterra les morts tout simplement, soit dans des petites chambres sépulcrales, soit dans des cercueils de bois, et ensuite celle où Von incinéra les corps des défunts.

f Une des trouvailles les plus remarquables concernant la première période du bronze fut faite en 1861, dans les deux tertres désignés sous les noms de Treenhœi et Kcngehœi, et qui se trouvent près du Kongeaa. en .lutland. Dans chacun des tumulus avaient été enterrés deux personnages ayant l'un et Tautre un double cercueil fabriqué avec de magnifiques troncs de chêne. Les squelettes étaient presque entièrement détruits par l'humidité, qui avait au contraire conservé les vêtements. Il parait que ces personnages s'habillaient presque à l'écossaise : du moins ils doivent avoir porté une espèce de jupon en laine et des bandes en guise de pantalon, à peu près comme en portent les guerriers sur les miniatures carlovingiennes, et en outre un manteau, un bonnet, et peut-être aussi un châle. Avec ces vêtements furent trouvés des épées en bronze dans des fourreaux en bois, des couteaux en bronze, un peigne, des caisses, des gobelets et de petites caisses en bois, une boule d*étain, et enfin dans un des cercueils une petite pointe de fièche en silex. On voyait un fragment du manteau au palais de l'Exposition de 1867.

■ Une trouTaille Taite k peu de kilomètres de ce lumulus, à Heimp, dani^ le Slesvig du nord, fournit également dea squelettes dans des cercueils dfl J citéne, avec dea instruments en bronze.

t Le Seeland n'a pas offert de découvertes moins intéreasantes. Ains^ 4 on \6kb, on rencontra dans un tumulus, àlloidegaard, près de Copenbagasi 1 une tombe de la promièro période du bronze; elle fut fouillée en préaeoc ~ des principaui arcliéologuea danois. Klle était disposée k une distance d plus de trois mètres au-desaoua de la cime du tumulus. Construite oMS pierres, elle avait une longueur de plus de deux mètres; la largeur était d cûté de l'est de soixante centimètres, et du cflté de l'oueat de quarante-huâj centimètres. Le fond était tapissé d'une couche de petites pierres e sur la<)uelle on trouva d'abord ime peau, sans doute une peau de bœur, i par-dessus, un autre morceau do tissu qui contenait des débris d'o humains, une épée en bronze avec le fourreau en bois, couvert de cuir et « état parfait de conservation, et enfin un étui renfermant les objets suivantaiil 1' un fragment d'une perle en ambre ; 2" un morceau de pierre rougeitrffjl 3* une petite coquille, qui ne peut être autre que le Conue Medilerrant (Hvâss)-, elle est percée pour être portée comme pendant au cou ; k' ntk^ ft-Bgment d'une pointe de silei, sans doute une amulette ; 5" la queue d'o serpent (Coluber Ixvie); 6° un petit cube de bois de sapin ou de pin, t 7° un couteau en bronze avec tranchant conveie et manche orné.

« Les ossements appartenaient, d'après les recherches des savants, h tUiM hommequi, àcn juger d'après les objets placés kcOtède lui dans sa tombe, V devlit être un personnage distingué, guerrier et sorcier en même tempSilJ Le cube de pin fait présumer que cet arbre n'svait p&s encore dispuT complètement, d'où il résulte que l'époque où vivait ce sorcier est bien ré^ culée, Ccpi'iida]it il se poumiil aussi que r.n morceau de pin ainsi que la coquille aient été importés de l'étranger. L'existence du Contts Medilerraneiu semble établir que le Danemark avait déjà quelques relations avec la Méditerranée.

« La seconde période dit bronze est caractérisée par l'incinération de» morts, qui avait lieu parfois de la manière suivante : Le corps du défunt était assez souvent placé avec ses armes et ses parures sur le bûcher construit exactement sur la place destinée à être le centre du tumulus; on allumait ensuite le feu et l'on recueillait â. la fois les débris des ossements dans une urne. Le reste était laissé sur place, entouré de pierres et couvert de terre jusqu'à l'achèvement du tumulus. L'urne qui contenait les cendres était alors placée dans un autre endroit du tumulus. Ce procédé n'était pas le seul eniployé ; les armes et autres objets de parure n'étaient pas toujours placés sur le bûcher, mais apportés plus tard et placés autour de l'urne.

« Le nombre des tombes datant de l'âge du bronze découvertes en Danemark est extrêmement considérable. Il existe des milliers do tumulus, et plusieurs contiennent beaucoup d'urnes funéraires. Une grande partie de ces tumulus ont été fouillés il diverses reprises et ont fourni une foule d'objets divers en bronze. L.e Musée de Copenhague ne possède pas moins de six cents épées remontant à l'âge du bronze '. >

1. Le Danemark et l'ExpoailinnunivtrMUt de \t%T, par Valdemar Scbmidt. 1 vol. iD.a°. l'aiis, 1838, cliei IkiimalJ, pages 00-C4.

EPOQUE DU BRONZE. 383t

Du reste, on avait fait à Lubeck (Poméranie), vers 1850, une découverte bien curieuse, en ce qu'elle mettait pour ainsi dire > sous les yeux, dans un même monument, les trois modes de sépulture propres aux époques antéhistoriques de la pierre, du bronze et du fer.

A Waldhausen, près de Lubeck, on trouva un tumulus, haut de 4",20 et large d'un demi-mètre. On rasa, par couches horizontales, ces tumulus, et voici ce qu'on mit à jour successivement:

Au sommet était une sépulture très ancienne, appartenant évidemment à l'époque du fer, car le squelette qu'elle contenait était accompagné d'un objet de fer rouillé et de quelques poteries. Il était enfoui dans la terre libre.

Au-dessous et à moitié de la hauteur du tumulus, se présentèrent de petits encaissements, en murs secs, contenant chacun une urne cinéraire, remplie d'ossements calcinés, auxquels étaient joints des colliers, des épingles à cheveux et un couteau en bronze.

ËnGn, à la base du tumulus, on trouva une tombe de l'Age de la pierre. Elle était formée de gros blocs bruts, et renfermait, outre les ossements, de la poterie grossière, avec des haches en silex.

Il est évident que les premiers habitants du pays avaient commencé par construire, sur le sol naturel, un tombeau, selon les usages du temps, et qu'ils l'avaient recouvert de terre. Pendant l'époque du bronze, on prati(|ua sur cette base une autre sépulture, et un nouvel amoncellement de terre doubla la hauteur du monticule. Enlin, à l'époque du fer, on avait enseveli un mort en creusant sa fosse au sommet du môme monticule. Ici donc se dessinent nettement les trois modes différents d'ensevelissement aux trois périodes antéhistoriques.

En résumé, pendant l'époque du bronze, on ensevelissait les morts dans des chambres sépulcrales, comme on l'avait fait dans les époques précédentes et comme le représente la planche 259. D'autres fois, mais par exception, on brûlait les corps. La coutume des repas funéraires était toujours en vigueur. L'usage pieux de placer à côté des corps les instruments ou les armes que l'homme avait affectionnés pendant sa vie, était toujours conservé, et c'est d'ailleurs grûce à cette circonstance que la science archéologique peut aujourd'hui recueillir de nombreux vestiges des anciennes coutumes de ces temps reculés.

E ou

Seulement nous ferons remarquer qu'à partir de celle <*poque on place souvent dans les tombes des haches et des instruments (Je plus petites dimensionti que ceu\ qui servent aîix usages habituels. Ce sont des haches mif^nonnes, des haches votives. On dirait que les héritiers, par un sentiment d'économie, se contentent de [ilacer dans les tombes des diminutirs d'offrandes. Déji^ la race humaine d6génére, puisqu'elle rapetisse ses homma^s et ses oITrandes aux morts !

Pour terminer ce qui concerne l'époque du bronze, nous nous demanderons quel était le type humain A celte époque, et s'il difîérait de celui de l'Age précédent.

Les crAnes humains appartenant à l'époque du bronze ne sont pas rares dans les collections. On en a trouvé dans les grottes, dans les lumuli, ainsi que dans quelques stations lacustres de la Suisse. L'esamendes crùnes trouvés ilans les tombeaux prouve que la race humaine à cette époque n'avait pas changé depuis la période précédente, c'est-à-dire celle de la pierre polie, car le type auquel ces crAnes appartiennent est toujours ce type aryen qui avait succédé, des l'époque de la pierre polie, à la race mongoloïde primitive.

Une caverne de l'Arîi'ge, explorée par MM. Garrigou et Filhol, et qui fic rapporte k l'époque du bronze, est celle de l.ombrices ou des Échelles, ainsi nommée parce qu'elle est divisée en deux parties, situées à des niveaux tellement dilTcrents, qu'il faut le secours de cinq longues échelles pour passer de l'une à l'autre. Celte caverne est inléressanle en ce qu'elle a fourni de nombreux ossements humains, provenant d'individus de tout sexe et de tout Age, et deux crAnes entiers, que M. Garrigou a ofTerts A la Société d'anthropologie de Paris.

Ces deux crAnes, (jui semblent avoir appartenu, l'un à un enfant de huit à dix ans, l'autre à une femme, présentent une forme noble et distinguée. Le froni, élevé au milieu, est bas latéralement; les orbites, ainsi «pie les fossettes des joues, sont profondes.

Le crAne de Lombrives, ijue nous représentons ici [fig. 260}, donne un exemple des individus de celte race aryenne qui succéda, dans nos contrées, à la race mongoloïde.

M. Vogt, dans ses Leçons sur Vhomme et sa place dans la création, a publié les résultats de l'étude attentive A laquelle il a

soumis le crdne de la caverne de Lombrives, qui lui avait été apporté h fienève par M. Garrîgou.

Nous citerons ici le passage de l'ouvrage de M. Vogt qui se rapporte ù ce sujet.

s Les deu> crânes apportés par M. Garrigou sont par rai te ment conservés et couverts en partie d'un enduit stalagmi tique. La cavité est remplie d'excroissances de tuff. Ces os sont extrêmement légers, secs, poreux, et happent h la langue.

a Le petit crâne est celui d'uD enranl de oeuf ans à peu près, qui est au moment de changer la canine et ta première molaire.

■ Le crdne le plus volumineux otTre des Tormes si délicates et des os tellement minces, qu'il peut avoir appartenu ii uaa Temme. L.e3 dents prouvent que déjà ces anciennes générations étaient sujettes à en souffrir, aussi bien que les modernes, line dent perdue avec oblitération de l'alvéole, deux cariées; le plan osseux du palais en ce point un peu obliqui L'usure des dents est telle, qu'on l'observe également sur les momies et d'autres peuplades anciennes. Elle est considérable à l'âge de trente ans à peu près, et tellement égale, que les dents olTrent des surfaces miroitantes et un peu inclinées au dedans. A mes yeux, cela provient

du pain grossièrement pétri qui contient beaucoup de parcelles dures. On trouve des restes d'un pain pareil dans les pilotis de la Suisse. Il y a analogie avec le sumpernicheel de la Westphalie et la Ilatbroed de la Norvège.

a La forme des crânes de Lombrives est, en général, très noble. Le front est haut et voOté. Il se combine presque en ligne droite avec le nez; les arcs sourciliers forment une courbe à peine sensible. Le point le plus élevé du sommet est h peu près au-dessus des conduits auriculaires, mais la Toùte monte d'une façon si sensible, qu'il est difficile de Oxer exactement son point culminant. L'occiput descend assez rapidement d'un point audessus des bosses pariétales, qui sont très développées, notamment dans le crâne de l'enlant. L'occiput fait une petite saillie en forme de vessie. La fosse temporale n'est déprimée que dans sa partie antérieure, dans les postérieures au contraire très aplatie, en y formant presque un bourrelet. La ligne temporale est en revancbe bien reculée en haut. La partie faciale du crâne est très petite, les incisives déclinent très peu en avant, moins certes que dans la plupart des crânes féminins de l'Allemagne.

t Un peu en baut, ce crâne est raccourci et ovalaire, sa ligne est antérieure, frontale, droite; les arcs zjgomatiquea largement courbés en dehors; le diamètre transvorse est considérable, et placé bien en dedans des bosses pariétales, à peu près au milieu du crâne. La longueur est de 100 sur 77,7 de largeur. Chez l'enfant, 100 sur 62,6, ce qui ne doit

guère itonner, puisque les crânes enfantins sont toujours plus arromlia, g On pourrait placer ces crânes, d'aprfs leur diamètre, à côté de ceux des Juifs et des Bohémiens, qui, suivant Welclrer, offrent ces proportions s Vu eu face, le crâne présenle des ca'ilés orbilairoa très profond»; iBur face supérieure est très voûtée derrière un bord aminci et pres.]ue saillant. La largeur de ces cavités surpasse leur hauteur. Leur forme csl presque carrée. Les fosses molaires sont très profondes. La cavité nasale est httule et étroite. Le front, très relevé au milieu, est très fuyant des deux eûtes. Par cela le sommet présenle, jusqu'à un certain point, une ogive arrondie.

B Même aspect par derrière, en forme de cinq coins, dont les apophyses uiastoïdos et les bosses pariétales forment les inférieurs et supérieurs, tandis que la suture sagittaire montre une crèto asseK aigué. ■

L'ensemble des stations lanisti-cs de la Suisse n'a encore fourni que sept squcleltes, dont un trouvé â Meilen, deux h Nivau, tin & Sulz, un dans la station de Bienne et deux h Auvernier. Tous ces crflnes se rapportent à l'époque du bronze.

Le sqnclelli- de Meilen est celui d'un enfant : le crâne, assez

Fig. 2G1 cl 261. €rfiiie de Meilen.

bien conservé quoique incomplet, lient le milieu entre les télés longues et les létes courtes, d'après les observations de MM. His cl Rutimeyer.

Les Q(,'ures261 et 262 représentent ce crdne, d'après le Mémoire de M. Desor sur les palafîUes. Précisément parce qu'il provient d'un enfant, il n'est gnbre possible de le faire servir à !a constatation des traits caractéristiques de la race, qui ne sont pas suffisamment accusés à cet âge. Ce crftne est de forme très allongée, c'est-à-dire qu'il appartient au type dolichocéphale.

Déprimé à la partie supérieure, il présente un développement occipital énorme, tandis qu'au contraire le front est presque nul. Si ces particularités pouvaient être généralisées, elles prouveraient peu en faveur de la capacité intellectuelle du peuple helvélien et de sa supériorité sur la race des Ages antérieurs : c'est là, en effet, une conformation très désavantageuse, qui s'harmonise parfaitement d'ailleurs avec les mœurs rudes et les pratiques cruelles des tribus gauloises.

Ce crâne était accompagné, lorsqu'on en fit la trouvaille, de divers ossements du tronc et des membres indiquant, par leur volume extraordinaire, des hommes d'une grande taille. Nous avons déjà remarqué cette grande taille chez les hommes de l'âge de la pierre. Ainsi le type humain avait peu changé depuis sa première apparition sur le globe.

La station d'Auvernier, dans le lac de Neuchâtel, a donné, disons-nous, deux crânes. L'un appartient à un enfant de huit ans environ et l'autre à un adulte. Le crdne d'enfant diffère peu de celui de Meilen. 11 est petit, allongé, à front bas et étroit. Celui d'adulte présente les mêmes caractères et, en outre, un développement extraordinaire de l'occiput, qui ne s'observe point sur le premier, probablement à cause du jeune âge du sujet. Ces deux crânes semblent donc indiquer que les populations des bourgades lacustres ne se sont point renouvelées au commencement de l'époque du bronze.

Une découverte faite aux environs de Sion est venue confirmer ces premiers aperçus. On a trouvé là, dans des tombes en pierre brute, des corps repliés sur eux-mêmes, et accompagnés d'objets de bronze. D'après MM. Hiset Cari Vogt, les crânes de Sion concordent assez bien avec ceux de Meilen et d'Auvernier, et de plus la forme s'en serait perpétuée jusqu'à nos jours dans la Suisse allemande, oii elle dominerait fortement et où elle constituerait ce qu'on appelle le type helvétique.

Les pièces osseuses recueillies jusqu'ici sont suffisantes pour avancer quelque chose de précis concernant le développement de l'intelligence de Thomme à l'époque du bronze. Mais ce qui, mieux que tout fragment osseux, mieux (|ue tout débris de squelette, peut nous éclairer sur le degré d'intelligence de nos ancêtres à celte période du développement de l'humanité, ce sont les œuvres sorties de leurs mains. Les arts ont déjà de beaux germes, l'industrie est fondée, l'agriculture mise en pratique, le

bronze se plie à tous les caprices, à toutes les hardiesses de l'imagination. En faut-il davantage pour savoir que l'homme, à celte époque, était déjà Tort avancé soub le rapport intellectuel ?

En terminant ce qui concerne l'époque du bronze, nous nous demanderons s'il est possible d'évaluer l'espace exact du temps qu'embrasse cette période de l'histoire de l'humanité. Nous essayerons de donner ici. non la solution du problème) mais seulement une idée de la manière dont les savants l'ont j abordée.

Horlot, archéologue et naturaliste suisse, qui a beaucoup écrit sur les stations lacustres, a essayé le premier d'évaluer la durée de l'époque de la pierre et de celle du bronze, et voici comment il a procédé.

Il existe auprès de Villeneuve un cône de gravier et d'alluvions, lentement déposé par le torrent de la Tinière, qui se jette h cet endroit dans le lac de Genève. Ce cône fut coupé en deui , pour le tracé de la voie ferrée qui longe le lac. Sa structure intérieure fut ainsi mise à nu, et se montra tout à fait régulière, preuve qu'il s'éUiit formé graduellement durant un grand nombre de siècles. Un y observa trois couches de terre végétale, situées à différentes profondeurs entre les dépôts d'alluvion, parallèlement entre elles et & la surface actuelle du cône, et qui, chacune à une certaine époque, doivent avoir constitué cette surface.

La première couche, à partir du sommet, se trouvait à une profondeur de 1"',15 et avait de lû à I5 centimètres d'épaisseur. On y a recueilli des débris de l'époque romaine.

La seconde, située à \'',1Q plus bas, mesurait 15 centimètres d'épaisseur et fut reconnue de l'ilge du bronze: elle contenait une pince en bronze et des fragments de poterie non vei^ nissée.

La couche inférieure gisait à une profondeur de 5 mètres et demi, et son épaisseur variait de 15 à 17 centimètres. Elle renfermait de grossières poteries, des charbons et des ossements d'animaux indiquant l'âge de la pierre, mais les temps les plus récents de celte période.

Ayant examiné ces diverses couches et constaté la structure régulière du cône, Morlot crut pouvoir calculer approximativement l'dge de chacune d'elles. Il pril pour base de son travail

deux dates historiques : celle de l'entrée des Romains dans l'Helvétie, 58 ans avant Jésus-Christ, et celle de leur expulsion définitive, vers la fln du cinquième siècle de Tère chrétienne. Rapprochant ces deux dates, il conclut que la couche romaine est âgée de treize siècles au moins et de dix-huit siècles au plus. Remarquant ensuite que, depuis cette époque, le cône s'est augmenté de 1",15, et conservant toujours l'hypothèse que l'accroissement a été le même dans les temps antérieurs, il arrive à ce résultat que la couche correspondant à l'époque du bronze est âgée de 2900 ans au moins et de 4200 ans au plus; que la couche de la pierre l'est de 4700 à 7000 ans, et que le cône entier a environ 10 000 ans d'existence.

Un autre calcul, dont les conclusions concordent assez bien avec celles-ci, a été fait par M. Gilliéron, professeur au collège de Neuveville. Nous avons dit que les restes d'un pilotage de l'âge de la pierre avaient été découverts près du pont de la Thièle, entre les lacs de Bienne et de Neuchâtel. Il est évident que la vallée dont la station lacustre occupe la partie la plus resserrée, était autrefois presque tout entière sous les eaux, car au-dessous de ce point elle s'élargit tout à coup et garde ces proportions jusqu'au lac de Bienne. Ce lac s'est donc retiré, et, de plus, il s'est retiré avec lenteur et régularité, ainsi qu'on peut s'en assurer par l'examen du limon qu'il a déposé. Par conséquent, si l'on connaissait son coefiicient annuel de retraite, c'est-à-dire la quantité dont il s'est retiré chaque année, on pourrait évaluer à un degré suffisant d'approximation l'âge de la station du pont de la Thièle.

Or il existe non loin du lac, à environ 375 mètres du rivage actuel, une vieille abbaye, celle de Saint-Jean, que l'on sait avoir été construite vers 1100. Un document de cette époque mentionne pour le cloître le droit de pêche sur une certaine portion du lac : d'où l'on peut conclure qu'il a été édifié sur les bords mêmes du lac, supposition qui se présente d'ailleurs naturellement à l'esprit. Le lac s'est donc retiré de 375 mètres en 750 ans. Ceci posé, M. Gilliéron a facilement calculé le temps employé pour une retraite de 3375 mètres, ce nombre représentant la distance du rivage actuel à l'entrée de la gorge qui recèle la station du pont de la ThiMe. II a ainsi trouvé que cette station est âgée d'au moins 6750 ans, chiffre qui confirme ceux de Morlot.

j Les calculs qui précèdent assignent à l'Age de la pierre, en

Suisse, une antiquiti* de six mille à sept mille ans avant l'ère chrétienne, et ft l'époque du bronze une antiquité de «juatre mille ans avant la même ère. Il y a sans doute beaucoup d'incertitude dans ces chiffres, donnés en pâture à la curiosité pu- Cqui est certain toutefois, c'est qu'ils ont porté un coup a chronologie classique.

ÉrOQUE DU FER

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