CHAPITRE PREMIER
Caractères essentiels de Tépoque du fer. — Extraction du fer dans les temps antéhistoriques. — Découverte de l'argent et du plomb. — Le» poteries fabriquées au tour. — I/invention des monnaies.
Sans les métaux, avons-nous dit dans un des précédents chapitres, rhomme serait demeuré éternellement à l'état sauvage. Il nous reste à ajouter que la civilisation de Thomme a marché avec le degré de perfectionnement du travail et de l'extraction des métaux et alliages dont il a pu disposer. La connaissance et l'emploi du bronze avaient imprimé une grande impulsion à la civilisation naissante, et fondé les premières sociétés humaines. Mais le bronze est loin de présenter toutes les ({ualités que doit réunir un métal pour les usages variés de l'industrie. Cet alliage n'a ni la dureté, ni l'élasticité suffisantes pour former (le bons outils; en outre, il se compose de deux métaux trop peu abondants dans la nature. Il fallait aux hommes un métal à bas prix, dur, facile à travailler, et se prêtant aux usages de toutes sortes qu'exige le travail industriel, si multiple dans ses œuvres et ses besoins.
Ce métal fut enfin trouvé, et une ère nouvelle s'ouvrit à l'avenir de l'humanité. On apprit à extraire de ses minerais le fer, le véritable roi des métaux par ses inappréciables qualités. Du jour où le fer se trouva entre les mains des hommes, la civilisation posa ses fortes assises, et à mesure que le travail du fer se perfectionna, l'empire de l'homme, ses facultés, son activité intelligente, s'étendirent dans la môme proportion.
C'est donc avec raison que Ion nomme époque du fer la der-' nière période du développement de l'humanité primitive, et Ton
ne sera pas étonné d'apprendre que les derniers moments Je | l'époque du fer soient le eominenceiiicnt des temps tiistoriques. C'est, en effet, il parlir de celte p«?riode que cesse pour l'homme I cet état demi-sauvage, dont nous avons essayé de peindre leS'j traits les plus saisissants.
L'emploi du fer caractérisant essentiellement cet âge de l'hu- I manité, nous devons Tnii-e connaître les procédés de fabrication ■} dont firent usage les premiers métallurgistes, c'est-à-dire recher- i cher comment on dut procéder, dès cette époque, à l'extraction ■ du fer de ses minerais naturels.
L'art de la métallurgie avait fait de réels progrès pendant l'époque (lu bronze. 11 existait alors de grandes usines pour la préparation du bronze, et de petites fonderies pour fondre et mouler cet alliage, l'no fois réduits en armes, instruments et outils, les objets de bronze étaient travaillés par les artisans de divers états. L'art du mouleur s'était déjà élevé à un baut degré de perfection, comme le prouvent ces pièces colossales en bronze que nous avons citées, ainsi que les objets creux que nous avoQS Mprésenlés en si grand nombre dans les pages qui précèdent On connaissait le pliénonif-ne de la trempe, c'est-à-dire les modifications pliysifpies que le bronze éprouve par son refroidissement, lent ou subit. On savait varier les proportions de lélain et du cuivre, pour obtenir du bronze à divers degrés de fusibilité et de dureté. On connaissait tous les moyens de soudure, et la damasquinerie intervenait même pour diversifier l'aspect des pièces métalliques ouvragées. On augmentait les qualités tranchantes des outils en les forgeant et les condensant par le marletage. On avait en outre découvert l'utilité de certains sels ajoutés dans le creuset du fondeur, pour faciliter la fusion du bron/e.
11 nous semble bien difficile qu'à la fin de l'époque du bronze on n'ait pas connu le cuivre pur, ainsi que l'étain. Nous ne croyons pas que l'on ait pu manier longtemps, dans les usines, les minerais de cuivre et d'éfain pour en fabriquer du bronze, sans avoir obtenu le cuivre et l'étain à l'état de pureté.
Ainsi, à la lin de l'époque du bronze, les connaissances métallurgiques avaient acquis un grand développement. De là nous concluons que la substitution du fer au bronze dut s'opérer sans grandes difficultés. Le forgeron apparut sur la scène et succéda
au mouleur en bronze, par les progrès naturels et les perfectionnements successifs de la métallurgie.
Mais quel est le procédé qui permit aux premiers métallurgistes d'extraire le fer de ses minerais naturels?
Le fer natif, c'est-à-dire le fer métallique naturel, est éminemment rare. On ne le trouve guère que dans les aérolithes. D'après le naturaliste russe Pallas, quelques tribus de la Sibérie parviennent, à grand'peine, à extraire des aérolithes qui se rencontrent dans ce pays, quelques parcelles de fer, qui leur servent à faire des couteaux. La même pratique existe chez les Lapons. Enfin, d'après la relation d'Améric Ycspuce, les Indiens de l'embouchure de la Plata fabriquaient, au quinzième siècle, des pointes de flèches et d'autres instruments avec des morceaux de fer extraits des aérolithes.
Mais, nous n'avons pas besoin de le dire, les pierres tombées du ciel sont trop rares, trop accidentelles, pour avoir jamais mis les hommes sur la voie de l'extraction du fer. Il est donc certain que ce métal fut retiré, pour la première fois, de ses minerais, comme avaient été retirés le cuivre et l'étain, c'est-à-dire par la réduction de l'oxyde , sous rinfluence de la chaleur et du charbon.
On opposerait vainement à cette explication la température prodigieusement élevée qu'exige la fusion du fer, ou, pour parler plus exactement, l'impossibilité de fondre le fer dans des fourneaux industriels. La fusion du fer n'était aucunement nécessaire à l'extraction de ce métal, et s'il avait fallu produire du fer coulé, jamais l'industrie d'aucun peuple n'y serait parvenue. Il suffisait d'obtenir, par suite de la réduction de l'oxyde de fer, le métal à l'état spongieux et sans fusion aucune. En martelant au rouge cette masse spongieuse, on la réduisait ensuite en une véritable barre de fer.
Si nous jetons un coup d'œil sur l'industrie métallurgique des peuples à demi barbares des temps modernes, nous y trouverons un procédé d'extraction du fer qui justifiera complètement l'idée que nous nous faisons de la manière dont les hommes ont <lù, pour la première fois, obtenir le fer métallique.
Le naturaliste Gmelin, dans son voyage en Tartarie, 'fut témoin du procédé élémentaire dont se servaient ces peuples septentrionaux pour se procurer du fer. Là, chacun prépare son fer, comme chaque ménage confectionne son pain. Le fourneau
pour l'exlraction du fer est placé dans la cuisine. Ce fourneau ii'ost ([u'une simple cavité de deux décimëtrea cubes envii-on, que l'on remplît de charbon et de minerai de fer. Il est surmonté d'une cheminée de terre. Au devant du fourneau est une porte, qui sert à introduire le minerai, et que l'on ferme pendant l'opération. Un orifice latéral reçoit le tuyau d'un souffleL Un homme met le soufllet en mouvement, tandis qu'un second verse le minerai et le charbon par couches successives. Le fourneau ne reçoit jamais plus d'un kilogramme et demi de minerai pour chaque opération. Quand cette quantité a été introduite par petites portions successives, on se borne à entretenir, pendant quelques instants, l'action du soufflet. Ensuite on dte !a porte du fourneau, et tirant au dehors les cendres et les autres produits de la combustion, on y trouve une petite masse de fer spongieux, qui provient de la réduction de l'oxyde de fer par le charbon, sans aucune fusion du métal, bien entendu. On nettoie ce lopin de fer avec un morceau de bois, et on le met de côté, pour le joindre à d'autres. Plus tard on martèle ensemble ces masses au rouge, puis, au moyen de diverses chaudes, on les réduit en une seule barre.
Ce même procédé pour l'extraction du fer de son oxyde naturel sans aucune fusion est employé chez les nègres du Foula- Djallon, dans le Sénégal.
Avec cette connaissance des procédés élémentaires qui sont mis en œuvre par les peuplades à demi barbares de nos jours, on n'aura aucune peine à comprendre ce que le naturaliste suisse Morlot a écrit sur les forges primitives, et à se ranger à son opinion. Dans ses Mémoires sur l'arcliéologie de la Suisse, Morlot a décrit des vestiges de fourneaux antéhistoriques trouvés par lui dans la Carinthie [Autriche), et qui avaient servi à la préparotion du fer.
Selon Morlot, voici comment on procédait, dans les temps antéhistoriques, pour extraire le fer de son oxyde. Le long d'une pente de colline exposée au vent, on creusait un trou. On en garnissait le fond d'un amas de bois, sur lequel on étendait une couche de minerai. On recouvrait cette couche de minerai d'un second amas de bois; puis, prolitaut d'un vent un peu fori, qui faisait oflice du soufflet absent, on allumait le bûcher par sa base. Le bois se transformait en charbon par la combustion, et ce charbon, sous rinlliience de la chaleur, réduisait l'oxyde de
fer à l'étal métallique. La combustion une fois terminée, on trouvait dans les cendres quelques parcelles de fer réduit.
On arriva à obtenir des produits plus considérables en augmentant la capacité de Tappareil. Morlot a trouvé en Dalécarlie (Suède) des forges dans lesquelles le simple fossé dont il vient d'être question est entouré de pierres, de manière à former une sorte de cuve circulaire. Dans ce creuset de pierres, on plaçait des couches successives de charbon et de minerai de fer. Après quelques heures de combustion, on cherchait et l'on trouvait au fond du creuset le fer spongieux mêlé aux cendres.
La lenteur de l'opération et l'exiguïté du rendement amenèrent à agrandir la cuve de pierre. On lui donna la hauteur de 2 mètres, puis de 4 mètres. En même temps, on garnit ses parois d'argile. On obtint ainsi une sorte de vaste creuset circulaire, dans lequel on jetait les couchas successives de bois ou de charbon mêlées au minerai.
Dans cette disposition, tout à fait élémentaire, on ne faisait aucunement, on le voit, usage de soufflet. Cela revient à dire que la méthode primitive pour l'extraction du fer n'a pas été, comme on le pense communément, le fourneau à la catalane. Ce procédé, dont on fait encore usage aujourd'hui dans les forges des Pyrénées, ne date que de l'empire romain. L'action continue du soufflet en est la base, tandis que dans les forges antéhistoriques on ne fît jamais, répétons-le, usage du soufflet.
Ces fourneaux primitifs servant à la réduction du fer, dont le naturaliste Morlot avait reconnu les traces en Autriche et en Suède, ont été trouvés ensuite en très grand nombre dans le canton de Berne, par un savant ingénieur des mines, M. Quiquerez. Us consistent en excavations cylindriques, peu profondes, creusées sur le flanc des coteaux, et surmontées d'une hotte d'argile de forme conique. Le combustible dont on faisait usage pour charger ces fourneaux était le charbon de bois, car autour de ces anciennes forges on trouve toujours des provisions de charbon de bois.
M. Quiquerçz a réuni dans un rnémoire excessivement curieux, qui a élé publié en 1866 par la Société jurassienne d'émulation, sous le titre de Recherches sur les anciennes forges du Jura ber-* nois, le résultat de ses longues et minutieuses investigations. Quelques extraits du travail de M. Quiquerez feront connaître la véritable constitution des forges de l'humanité primitive, dont
environ 'lOO ont &lé ilécouvcries par l'auteur sur \c territoire d Jura bernois.
Disons préalablemeiil que M. Quiquçrez avait représenté, mal rinlisé en quehjue sorte, le rt-sullfit (ie ses beaux travaux, c con&lriiisant le inodMc en miniature d'un établi itsemeni ^idérup-^ git]Uc de la première époque du Ter. On voyait, daiist-el ial(rts>' sant spécimen, le Tourneau (i'Orîrito itppliqué ans flancs d'oi coteau, les amas de charbon, les scories. In cabane servABl ■! demeure aux ouvriers, les outils de la forge, en un mot t qui résulte des patieulos recherches du savant ingénieur s
Ce remarquable spécimen de l'antique industrie desliom M. Qiiiquerez l'avait préparé pour l'Exposition unîverseHe dé" 1867, avec les matières mômes, les produits et les outils trouvés dans ses explorations à travers le Jura. lUais la commissioo de réception des produits de l'Exposition ne voulut pas accorder i l'ingénieur suisse le modeste nit^tre d'espace qu'il demandait pour idacer son modèle. Quelle dérision! Dans co vast» Cliiunp de Mars, où foisonnaiont tant de choses inutiles ou absurdes, on refusa un mëlrc carré à l'un des plus curieux produits qui soient jamais sortis des induslrieusos mains d'un savant.
De ce refus ininlclli*,'cnt il est résiillé que le mod&le de M, Quîquerez ne parut point A l'Exposition universelle du Champ de Mars, et qu'il manqua h cette belle galerie de l'hisCoire du travail, qui utlira, à juste titre, tant d'attention. Cette œuvre ne sera pas toutefois perdue pour nos lecteurs. M. Quiquerez a bien voulu nous adresser de Bellerive, ofi il habite (près de Délémonl, canton de Bdle, en Suisse), la photographie de son modèle d'un atelier aniéhisloriquc pour la préparation du fer. C'est d'après celte photographie que nous avons fait exécuter la planche ci-jointe (fig. 263}, qui représenle le fourneau primitif pour Cextraction du fer.
Celte composition retrace ass«z exactement le modèle en relief construit par l'auteur. On y voit le fourneau, composé d'un simple creux, que surmonte un* hotte conique, et appuyé contre un coteau. Il est entouré, de chaque côté, de marches d'escalier en pierre brute, qui permettent d'arriver jusqu'à son sommeL La hauteur de la hotte est de a",80. A droite du fourneau est la cabane des ouvriers, forméed'unassemblage de rondins de bois; depuis des siècles on les fait de ia sorte en tous pays.
Sur le premier plan, à droite, est un tas de charbon, destiné
à être introduit dans le fourneau, pour la réduction du minerai, (»t à gauche la provision de minerai, ou ce qu'on appelle dan» les ateliers le parc à mine. La provision de minerai est resserrée entre quatre bûches de bois, formant un espace quadrangulaire. Au milieu sont les scories, provenant des opérations. Un ouvrier retire des cendres du fourneau le gâteau de fer spongieux; un autre martèle, sur Tenclume, le fer retiré du fourneau, pour le mettre en barre. Autour de la forge sont répandus divers outils, tels que Tcnclume, la pince, le marteau, etc. Tous ces instruments sont dessinés ici d'après les pièces trouvées par Tauteur.
Après ces explications, nous pouvons donner quelques extraits du Mémoire de M. Quiquerez. On n'aura aucune peine maintenant ù comprendre les descriptions que donne le savant ingénieur, des fourneaux primitifs pour l'extraction du fer qu'il a découverts dans le Jura bernois.
M. Quiquerez a remarqué deux espèces de fourneaux primitifs pour la fabrication du fer, ou plutôt deux degrés de perfectionnement dans leur construction. Les premiers, ceux que l'auteur regarde comme remontant à la plus haute antiquité, sont peu nombreux; les seconds forment la généralité de ceu\ ([u'il a explorés.
« Les fourneaux de la première espèce, dit M. Quiquerez, ne consistent qu'en une petite excavation cylindrique, peu régulière, à fond en calotte creusé dans le flanc d'un coteau, pour donner plus de hauteur naturelle d'un côté, et dont le devant était fermé par des argiles réfractaires contrebuttées par quelques pierres. Cette cavité était garnie de 10 k 15 centimètres d'argile, en général de couleur blanche, passant au rouge après le contact du feu. Ces creusets n'avaient guère que 30 à 40 centimètres de profondeur, comme semblent l'indiquer les bords supérieurs arrondis et plus ou moins scoriacés. Le devant, toujours ébréché, avait une ouverture à sa base pour le tirage de Tair et pour le travail de la matière fondue, mais cett»* brèche semble indiquer que c'est en éventrant le devant du creuset qu'on pouvait retirer le lopin de métal qui s'était formé durant l'opération.
« La seconde espèce de fourneaux, de beaucoup la plus nombreuse et la plus répandue, n'est qu'un perfectionnement de la précédente par l'exhau>sement des bords du creuset. Ils s'élèvent d'une manière variable de 2">,30 à 2*,50, avec un diamètre de 0™,48 à 8"*,(i0, très irrégulier, et une épaisseur de 0",30 à 2'",34. Ils sont enraiement en argile réfractaire. La contenance moyenne est d'environ 100 litres.
« Le bâtisseur, après avoir creusé une ouverture circulaire, ou plutôt demi-circulaire, à la base et dans le flanc du coteau, d'un diamèti^ à peu près triple du creuset futur, arrangeait au centre de ce creux, ouvert d'un côté, une espèce de fond de chaudière en argiles plastiques par la base, re-
l'hommr primitif. *1^
402 A4i£ DES MKTAIX.
vêtues d'un'! cwuche <J*arg(l«i très réfractair^ à la pnrtio Biipéricure. Ce fniul de creuset, qui repose diredemeal sur le soi oaliirvl mat aplani, a généralement moins il'épaissi'ur que les paroU laléraJes, en argUcs «ableuses ou siliceu^s, toujours r^rractaires du c4t<- intérieur, mais parfois plort plastiques du côté opposé. L'espace resté vide entre les parois dn creuset et le ^oi intact était rempli avec do la terr« el autres mat^riant. Sur le dnvant, le creuset était contenu par une grossière muraille, quelquefois un lî^ne droite, d'autres Toia un peu circulaire, i-onstruile à sec ar -c de« {tierres calcaires brutes «l garnie de terre par derrière pour combler les fidea- l^n avant du fourneau, dans ce rcrAlenient, était ménagée nm vuTftrlure de là centimètres de cOlé, prenant naissance à quelques c«utiuiËtrcs au-de^us du Tond du creuset, et allaut en s'élargissant du dedans au dcbors, de manière à voir et travailler par celte ouverture dans le fourneau....
• Le travail ainsi commencé se poursuivait Jusqu'à la hauteur vanlu«. el quand l'entaille faite dans la colliite n'était pas assez liauie, on eihauBMil li; tour du fourneau en contre- buttant renvelopiw réfractaire, alïn d'empèciier l'éboulenisnt de la terre. Lorsque lâ« fotirneaui étaient posés presque va plaine, ce qui arrivait quelquefois, ils formaient un cAne tronqué dont la base était plus ou moins large, selon la hauteur de l'appareil.
a Le rreuset n'Était pas bdti verticalement, il déviiût souvent de la verticale, penchant plus ou moins, jusqu'à la dilTérence de son diamètre, vera l'un ou l'autre cété, sans que uous ayons pu y reconnaître de règle cûnétante. La forme intérieure n'est pas plus régulière, passant de la circulaire à l'ovale, sans autre motif que le défaut de soin de l'ouvrier. Les creusets vont parfois en s'élargissant un peu de bas en haut et parfois en sens cudtraire, mais toujours avec une eilrème irrégularité. Nous en avons observé qui offraient, à 2 â ou 30 centimètres au-dessus du creuset, un rétrécissement très sensible de trois c6tés, représentant le premier rudiment de l'étalage du nos fourneaux modernes. Teut-èlre n'était-ce qu'un caprice de
n Le fourneau ainsi monté, on retirait le bois qui avait servi de noyau, si toutefois on eu avait employé, et l'on ajoutait au fond de l'ouverture ménagée à la base du creuset une motte de terre réfractaire plastique de i[uelques centimètres de hauteur, pour former la dame et retenir dans le creuset le métal en fusion ou en pâte, tandis que les scories, plus légères, surnageaient et trouvaient leur issue au-dessus de la dame. Comme elluâ étaient peu' liquides, on aidait à leur sortie au moyen d^ ringards ou île perchetles de bois vert et peutr-èlre mouillé, avec lesquelles on brassait également le métal dans le creuset.
K Dans ces deux espèces de fourneaux, on ne voit aucune trace de soufflets, et le tirage devait s'établir plus ou moins fort, par l'ouverture d'où s'échappaient les scories, suivant l'élévation plus ou moins grande des fourneaux. C'est probablement pour accroître ce tirage que nous avons retrouvé dans certains fourneaux des pierres calcaires, provenant de la partie supéiieure de la cuve, où elles avaieotdû former l'orifice du gueulard, tout en donnant plus d'élévation au fourneau. Ce moj-en si élémentairea dû être employa également pour les premiers creusets. Le mode de tirage que nous indiquons se révèle de la manière la plus évidente par la scoriGcation des parois du fourneau du cdté opposé à l'oiiverturc donnant passage à
Pair, et qui a évidemment éprouré une chaleur plus intense, tandis que du côté opposé on retrouve en général les parois beaucoup moins atteintes par le feu, et parfois le minerai y est encore attaché comme il se trouvait à Tétat pâteux ou en semi-fusion, au moment où le travail du fourneau a cesse. . ••
« L'absence de toute machine soufflante dans les fourneaux de l'ancienne sidérurgie du Jura nous paraît d'autant plus remarquable que les soufflets étaient connus des Grecs et des Romains; d'où Ton doit inférer que non seulement ce n'est point de ces peuples que l'art sidérurgique est arriva dans cette contrée, mais qu'il leur est fort antérieur. Il faut aussi remarquer que les ouvertures des fourneaux ne sont point placées dans la direction des vents régnants, qui auraient pu accroître le tirage, mais an hasard, selon que la forme du terrain rendait la construction des fourneaux plus facile.
n .... Sous le rapport du combustible, on doit remarquer que tous les établissements sidérurgiques que nous avons découverts indiquent l'emploi exclusif du bois carbonisé en meule. Les places à charbon sont près des fourneaux; ceux-ci sont trop petits pour l'emploi du bois, et le charbon, fait en meule, existe constamment tout k l'entour des emplacements, dans les scories et dans tous les débris. Nous signalerons, en outre, la découverte, à Bellelay, d'une place à charbon de 2",(i9 de diamètre, sous une couche de tourbe compacte de 6 mètres d'épaisseur. Elle était établie sur le terrain solide, avant la formation de la tourbière. Or cette tourbière même a restitué un rouleau de monnaies du quinzième siècle, sur lequel il n'avait crû que 60 centimètres de tourbe en quatre cents ans. Lk encore, à 3*,60 de profondeur, les ossements épars d'un cheval ont laissé un pied encore ferré avec un de ces petits clous à bords onduleux, à trous allongés et fortement étampés, dans lesquels s'encastrait la base des clous en forme do T. dont le haut étaitconique. Ces sortes de fers se retrouvent dans les établissements celtiques, oppides, habitations, forges, dans les pâturages et les forêts du pays, rarement dans les camps romains, où ils sont toujours en beaucoup plus petit nombre que les fers plus larges de métal, plus grands et à rainure indiquant la ligne de l'étampage des clous. Les calculs que nous avons établis d'après les monnaies du quinzième siècle (U78) donnent au moins un âge de vingt à vingt-quatre siècles au fer du cheval précité, animal péri et dévoré sur le sol, et non enfoncé dans la tourbière, puisque ses os, au lieu d'être groupés, ont été trouvés dispersés. Ces mèjnes calculs font remonter la place à charbon à quatre mille ans.
tt Vu l'imperfection des fourneaux, la consommation du charbon devait être au moins quadruple de celle actuelle. Le métal réduit tombait successivement dans le fond du creuset. A mesure qu'il s'y amassait, un ouvrier, au moyen d'une perchette de bois vert mouillé, facilitait la sortie des scories surnageantes, et brassait le métal pour l'affiner. L'emploi de ces perches ou ringards en bois est prouvé à tous les emplacements de forge. On y voit une multitude de morceaux de scories qui, étant à l'état pâteux, ont conservé l'empreinte de la pièce de bois dont le bout était carbonisé. M. Morlot, dans une notice sur des forges romaines à Wocheim in Ober- Krain, a signalé aussi dans les scories des traces fréquentes de ringards, tantôt ronds, tantôt à trois coins, mais qui devaient être en fer, tandis que nous n'avons pu reconnaître que les traces de eaux en.boia dans tout le Jura.
I L'imperfection des Tourneaux et surtout le manqua de souFnerio ae peritieltaîent de réduire que très imparfailoment le métal coDtenu dans lo minerni ; aussi les scories sont t^ncore tellement riches en fer, qu'un directeur dos forges d'Underrelier, il y a enriron yiogt fuis, a essayé de les employer ■"otnine mioerai. On en voit des aceumulalions de cent h deux cetitit mètre» cubes auprès do certains fourneaux, ce qui suppose une production de fur 1res considératite. L'examen de ces scories prouve qu'on faisait alors le frr par une seule opâralion, et non de la fonte liquide propre k être moulée ou h Mre convertie en fer forgé par un second trarad.
Le fer produit ^tait livré au commerce en d'immenses masses affectant la forme de deux pyramides quadrangulaires réunies par la base, posani lie cinq à sept kilogrammes. Une de ces pièces a été trouvée près d'un fourneau qu'on a démoli pour y établir une place & charbon, dans la coniuiune d'Undervelior, et une autre dans les scories d'une des forges de Bot^ court.
• On a trouvé auprès des fourneaux de nombreux débris de cette poterie grossière, mal cuite, confectionnée h la main, sans emploi du tour, ftvec lies i^niins de quartz dans la pdte, poterie dite celtique. On y a aussi trouvi des bouts de bois de cerf qui ont dit servir de manches d'outils, et diverses haclies en fer. L'une d'elles est k douille terminale, dans le sens de la longueur de l'outil; c'est un instrument des temps les plus reculés du fer l^s autres sont à douilles transversales, comme dans nos haches actuelles. Une do ces dernières est en acier tellement dur qu'on ne peut l'attaquer a la lime. Eu fait de monnaies, il y en avait de ^uloises et de romaines; i|uelque3-unes mémo de ces dernières descendaient jusqu'aux Constanllns. l'eVe pi'rsij.laiii'11 dans la pratique roulinière des procédé? les plus anciens s'explique par le monopole de l'industrie sidérurgique, qui s'est maintenu dans les mêmes familles. Cela doit d'autant moins nous surprendre que nous voyons les bûcherons et charbonniers modernes, quand ils doiveni i<éjourner longtemps dans une localité et y tenir leur ménage, avoir certains arrangements qui ont sans doute été empruntés aux temps les pluâ primitifs. Pour garantir leur couche do l'humidité, ils établissent des espèces de rayons en perches de sapin, qui servent de bois de lit. Nous en avons vu h deux étages; le dessous était destiné aux enfants, et celui audessus aux grands parents. De la mousse, des fougères, des herbes sèches composent le matelas. Des couvertures impossibles à décrire ne laissent pas que de faife bon usage, et nous en avons vu faites en branches de sapin. Ces lits tenaient lieu de bancs et de chaises. Un âtre en pierres grossièrement arrangées au centre de la cabane remplissait le double office de cliaufToir en hiver et de moyen de préparer les repas toute l'année. Nous devrions ajouter que le feu, presque toujours allumé, et les cendres répandues sur le sol environnant préservaient la hutte de cerlains insectes Incommodes, qui perdent la vie en sautant imprudemment sur ce piège peu connu. La fumée n'avait d'autre issue qu'une ouverture ménagée sous le toit'. »
En 1873, le hasaid n fait découvrir en Belgique, près de la
I. De t'-'i/e (tu fer, Rediercliei 3'ir Ici itncienna forgei du Jura beriioù, pur A. yuiquercii, ingénieur iIm mine» du Jura, în-8', rorrentrav, 1866, pages Sô-sn, 11-80, clMa(*na(u;)Our(7ii>(o»-e;>o»t((W(fc(7ioiniiie,l. Il, l'arii, 1866, p. J05.&IO,
ÊPOQITE DU FER. 405
Meuse, à Lustin, province de Namur, un fourneau & fer des anciens dges. Ainsi que le représente la figure 264, il avait la forme d'un tronc de cône haut de 1 inèirc. A la partie inférieure du fourneau était un canal rectangulaire servant à la ventilation et dont l'ouverture était dirigée en face du sud-ouest, c'està-dire du vent qui règne habituellement dans le pays. Au fond du fourneau était un culot de fer, but de l'opération. Ce culot de fer, qui a été analysé, renfermait 93 pour 100 de fer pur et 7 pour 100 de matières étrangères, silicates, charbon, soufre, etc.. dans sa partie inférieure, qui était la plus riche en fer. Le milieu du culot et sa partie supérieure étaient moins purs: la
Kig. !64. Fourneau antéhislorique, pour l'eilrocIioD du fer, trouvé en Belgique
teneur moyenne de la masse en fer métallique était de 35 pour 100.
Dans les fourneaux belges on devait traiter le minerai métallique comme dans les fourneaux du Jura bernois étudiés par M. Quiquerez.
La description donnée par M. Quiquerez des fourneaux de fer antéhistoriqucs et de la forge belge prouve que dans les fourneaux de cette époque il n'existait pas de tuyau soufllanl. On avait seulement pratiqué au-dessous du foyer des ouvertures qui donnaient accès à des courants d'air, et qui, ouvertes ou bouchées, servaient à accroître ou à diminuer l'intensilé du
kùù AGE DEM METAUX.
lira^tc. Mais de véritaltlcs soufflets deslioés à ocUvtir lu combus- Uon cl la réaction chimique entre l'osyde (le fi-r et le charbon, il n'en cxislait pas alors.
L'addition du soumet aux foyers des fourneaux apjMrta un jxirrcctionnement essentiel à l'art de la fabrication du ft^r.
Un autre perredioniiement consista à pratiquer au bas de lu L-uve de pierre on l'on faisait brûler ensemble le combustible et le minerai, une porte, composée de quelques briques, susccplibles d'être enlevées. A la fin de chaque opération on retirait, par cette porte, le gâteau de fer, que l'on n'aurait pu extraire commodément par la partie supérieure du fourneau, en raison (le sa trop j:r.'iridc luuileur. Le innclcla^'i?, aidé de plusieurs chaudes, débarrassant cntîultOr comme à l'ordinaire, le fer spongieux de^Ms parties étrangères, le condensait et le ionisait j^ l'état de barre de fer, Buacesptible d'Ctrc livrée aui forgerons pour la fabrication dee ustfiusilcs ou Outils.
Ces roumeaux primitifs perfectionnés sont connus des mineurs allemands sous le nom de foumeauj: « lopins ou « morcemu- {xiuckhofcn). On les modiQa de difTérentes manières^ selon le^ pays; et d'après la disposition du fourneau, et surtout selon la iiattin- des minerais ferrugineux, on créa les méthodes, ou iiiaiiipuliiliunâ du fer, qui sont connues aujourd'hui sous le iioiii di' méthodes suédoise, allemande, slyrieniK', cûrinlliienne, rnrsi' cl calalane.
Les anciens fourneaux pour l'axtracUon du fer doivent être réunis sous le nom de bas fourneaux.
Les fondants siliceux mêlés au minerai de fer, qui permcttenl d'obtenir une scorie liquide, que l'on fait écouler au dehors, sous la forme d'un ruisseau de feu, vinrent apporter le dernier sceau â la préparation du fer. Comme on augmenta alors considérablement la hauteur du creuset de pierre dans lequel on jetait le combustible et le minerai, mêlé cette fois à un fondant siliceux, on donna naissance au haut fourneau, c'est-à-dire mi systi-me actuel de préparation du fer.
Mais, nous n'avons pas besoin de le dire, les bas fourneaux, pas plus que les hauts fourneaux, n'apparliennent aux temps primitifs de l'humanité, qui sont l'objet de cet ouvrage. Dans lea premiers temps de l'époque du fer que nous étudions, le fourneau sans soufflerie était le seul connu; le fer se préparait en très minimes quantités à la fois,' et c'est au milieu des cendres
retirées de la cuve de pierre qu'il fallait aller clierclicr le maigre ^fflteau métallique provenant de chaque opéiation.
L'or, avons-nous dit, avait été connu dos hommes dès l'époque du bronze. L'argent, au contraire, ne fut on usage qu'à l'époquo du fer. C'est qu'on ne peut obtenir l'argent qu'en le séparant du plomb, auquel il est toujours uni dans ses gisements naturels. La séparation du plomb et de l'argent constitue la coupfllation, opération métallurgique très compliquée. Ce n'est qu'A l'époque du fer que l'on sut effectuer la coupellalion, c'est-à-dire séparer, au moyen d'un creuset de cendres convenablement préparé, le plomb et l'argent, dans le plomb argentifère.
Ce qui caractérise encore l'époque que nous étudions, c'est l'apparition des poteries fabriquées au tour et cuites dans un four perfectionné. Jusque-Iù les poteries avaient été fabriquées à la main et cuites en plein air. A partir de la période du fer, le four à potier est inventé. Les poteries sont travaillées sur i-e tour et cuites d'une manière irréprochable, dans un four spécial.
EnQn, ce qui caractérise également l'époque du fer, c'est l'invention des monnaies. C'est ù cette date que l'on voit apparaltn! les premières monnaies connues. Elles sont en bronze, et portent une figure, ou effigie, non frappée, mais produite par la fusion dans un moule.
Les plus ancienne s monnaies que l'on connaisse sont grecques, et remontent au huitième siècle avant Jésus-Christ. Ce sont les monnaies d'Égine, d'Athènes et de Cyzique. On les a recueillies, il y a déjà longlcmps, dans le duché de Posen.
Dans la station lacustre de NeuchAtel on a également trouvé des monnaies d'une haute antiquité. Nous représentons ici de grandeur naturelle (flg. 265), d'après le Mémoire de M. Desor, une monnaie de bronze trouvée à la station de la Tène, dans le lac de Neuchdtel. Mais ces monnaies ne sont pas plus anciennes que les monnaies greccjucs de Cyzique et d'Kgine. Elles sont gauloises, comme le montre le cheval cornu, emblème gaulois,
A la Tiefenau, près de Berne, on a trouvé des monnaies à peu près semblables, associées à d'autres à l'effigie d'Apollon, et por-
iant reiiipreiiilc de Mamilia (Marseille). Lu foudalioii de cette colonie pliocéenne remontant au sixième siècle avant Jésus- ('^hrist, on peut dire que ces monnaies sont des plus Hnctenne^ï {]ui existent.
Le verre étant connu, comme nous l'avons dit, dès l'époque du lironze, par suite de la Tabrication de cet alliage, son invention ac peut donc caractériser l'époque que nous avons à décrire.
En résumé, les instruments et outils de fer venant se joindre ù t-eux de bronze, i)Our remplacer la pieiTe dans tousses antique-^ usages, — la connaissance de l'argent et du plomb, — le perrcctionnement des poteries, — l'emploi des monnaies, — tels «ont les traits essentiels, carncléristiques, de l'époque du fer. louant A sa date clironologique, nous adopterons celle de 2000 ans avant l'ère chrétienne, pour être d'accord avec la généralité des auteurs, celle du bronze étant fixée, comme on l'a admis, i'i 4000 ans avant Jésus-Chrisl.
Après ces considérations générales, nous jiouvons passer ii l'expotié des us et coutumes de l'humanité & l'époque du fer, on du moins dans les premiers temps de cotle période, qui ne tard»' pas à se confondre avec les temps historiques.
Quand nous aurons étudié l'homme dans les premiers temps de répo(|ne du fer, nous aurons terminé l'esquisse que nous nous sommes proposé de tracer, de l'humanité primitive et de ses œuvres. L'époque du fer commence, ainsi qu'il vient d'élndit, environ vingt siècles avant Jésus-Christ, el elle se termine en se confondant avec les premières lueurs des temps historiques. Hàtons-nous de décrire ce que nous savons sur l'honniK.' û cette date de la civilisation naissante. Ce seront ensuite le>premiers historiens, ce sera Hérodote, |)ère fie l'histoire, qu'il faudra consulter pour le récit des actions cl des exploits de la race humaine en Europe.