‹ L'homme primitifChapitre 4 sur 54 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

Origine première de rhomme. — Réfutation de la théorie qui fait dériver

l'espèce humaine du singe.

Llîomme a vécu pendant que les derniers représentants des amiiennes créations animales, le mammouth, le grand ours, l'hyène des cavernes, le rhinocéros lichorhinus, etc., existaient encore. C'(*st une première période de son histoire que nous allons aborder.

Nous ne savons rien de précis sur Thomme aux premiers temps de son existence sur le globe. Comment est-il apparu sur la terre? En quel lieu peut-on signaler ses premières traces? Est-il né en Europe? ou bien n'est-il arrivé dans cette partie de notre hémisphère qu'après avoir vu le jour sur les plateaux de l'Asie centrale?

Cette dernière opinion est généralement reçue. On verra, si l'on consulte l'ouvrage sur les Races humaines, qui suit le présent volume dans la collection du Tableau de lanaturCy que la majorité des naturalistes adinet aujourd'hui un seul centre de création pour l'homme. L'homme a pris sans doute naissance dans l'Asie centrale, et il se. répandit de là dans les différentes parties de notre globe. L'action du climat qu'il habitait détermina ensuite la formation des différentes races, blanche, noire, jaune et rouge, qui existent aujourd'hui avec leurs infinies subdivisions.

Mais il est une autre question à laquelle il faut répondre tout de suite, car elle a été et elle est sans cesse agitée avec une passion qu'explicjue la nature d'un débat qui nous est si profondément personnel. L'homme a-t-il été créé de toutes pièces, et le type humain est-il indépendant du type des ani-.

MM. Massenat, Lalande et Cartaillac ont trouvé, dans le département de la Dordogne, un squelette entier de Tliomme appartenant à une époque postérieure, c'est-à-dire à Tépoque de la pierre polie. Ce spécimen authentique de Thumanité primitive est conservé dans le Musée d'histoire naturelle de Toulouse.

Pour terminer cet historique, nous nous demanderons à quelle époque zoologique précise il faut rapporter la date de l'apparition de l'homme sur la terre.

Les terrains antérieurs à la période actuelle, et dont la succession forme la croûte solide de notre globe, ont été partagés, on le sait, en cinq groupes, correspondant à autant de période: de son évolution physique. Ce sont, dans leur ordre d'ancienneté : les terrains primitifs, les tei^ains de transition, les te^Tains secondaires, les terrains tertiaires et les terrains quaternaires ou modernes. Chacune de ces époques a embrassé un laps de temps immense, puisqu'elle a usé la génération d'animaux et de plantes qui lui était propre. On peut d'ailleurs se faire une idée de la lenteur avec laquelle les créations organiques se modifient, en considérant que la faune contemporaine, c'est-à-dire la collection d'animaux de tous pays propre à la période géologique (jut^ nous traversons, n'a subi presque aucune altération depuis des milliers d'années qu'elle existe.

Peut-on fixer l'apparition de l'espèce humaine aux é[)oques, si prodigieusement reculées, qui répondent aux terrains primitifs, de transition, ou aux terrains secondaires? Evidemment non. Peut-on la fixer à l'époque des terrains tertiaires? C'est ce que prétendent aujourd'hui un petit nombre de naturalistes.

En 1863, Desnoyers trouva dans les couches supérieures du terrain tertiaire (pliocène) de Saint-Prest, déparlement d'Eureet-Loir, des ossements appartenant à diverses espèces animales disparues, entre autres à VElephas méridionale, qui n'a pas fait partie de la faune quaternaire. Sur la plupart de ces ossements Desnoyers constata des entailles qui, selon lui, ont dû être produites par des outils en silex. Ce sont là, d'après Desnoyers, des indices de l'existence de l'homme à l'époque tertiaire.

Cette opinion fut combattue par Lyell, qui prouva que les entailles observées par Desnoyers ne sont point le résultat d'une action intelligente, mais le résultat de quelque effet mécanique.

sidérations anatomiques. On compare le cr4ne du singe A celui (te l'homme primitif; et trouvant des caractères d'analogie, plus ou moins réels, entre l'une et l'autre boite osseuse, on en conclut la fusion graduelle du type du singe dans le type tiumain.

Ces analogies, disons-le d'abord, sont fort exagérées, et elles disparaissent devant l'examen approfondi des choses.

Chez les singes, l'os maxillaire inférieur olTre en bas un retraiten arrière r bien manifeste, ^ tandis que chez l'homme actuel il offre , tout au contraire , ta

Fit;- 3- Cr&ne de gorilU

saillie que nous appelons menton. 11 existe chez les singes, comme chez la plupart des animaux, une séparation enire les dents canines et les dents incisives, tandis que chez l'homme de tous les dges et de toutes les races cette séparation n'existe pas : les dents sont toutes alignées sans laisser entre elles aucune interruption. Tandis que chez le singe les dents molaires vont en augmentant de volume, de la première à la dernière, on observe chez l'homme la disposition inverse, c'est-à-dire que les molaires diminuent de grosseur jusqu'à la dent de sagesse, qui manque quelquefois.

Jetez les yeux sur les crânes trouvés dans les tombeaux appartenant à l'âge de la pierre: par exemple, sur les crânes de Bruniquel et de Solutré, qui appartiennent à l'âge du renne, ou sur

Fîg. 10. CrAnc d'orang-outang.

les crânes de la grotte de Cro-Magnon, qui remontent à une période encore plus reculée, c'est-à-dire à l'époque du grand ours et du mammouth, et vous serez surpris de voir qu'ils diffèrent & peine des crânes de l'homme actuel. On croirait, & entendre les partisans de la théorie de Lamarck, que l'homme primitif présente la mâchoire saillante du singe, ou tout au moins celle du nègre. C'est donc avec surprise que l'on constate, au contraire, que le crâne de l'homme de l'âge de la pierre est presque en tout semblable, par l'aspect, aux crânes de l'espèce humaine actuelle. Il faut des connaissances spéciales pour distinguer Tune de l'autre ces boîtes osseuses.

Si l'on met en présence, comme on l'a fait dans les deux pages précédentes, le crâne des plus anciens types de l'homme de l'âge de la pierre et les crânes des principaux singes de grande taille, ces dissemblances sautent aux yeux. Il ne faut pas d'autres éléments de comparaison que la simple vue pour réfuter la doctrine de la basse origine de l'humanité.

Les flgures 5 et 6 représentent le crâne de l'homme de Cro- Magnon, sur lequel nous reviendrons bientôt, et qui appartient à l'époque du grand ours; les flgures 7 et 8, un crâne de l'homme de Solutré, qui appartient à l'époque du renne, el sur lequel nous aurons également à revenir. D'autre part, la figure 9 représente le crâne du gorille, et la figure 10 celui de l'orang-outang. Mettez l'image du crâne des deux hommes de l'âge de la pierre en regard de ces masques d'animaux, et tirez vous-même, lecteur, la conséquence, sans vous préoccuper des dires de quelques anatomistes imbus d'idées contraires.

Batlus sur la question du crâne, les transformistes se rejettent sur les os. Dans ce but, ils nous montrent quelques dispositions analogues entre le squelette du singe et celui de l'homme primitif. Telle est, par exemple, la saillie longitudinale qui existe sur l'os du fémur, la ligne âpre, comme on l'appelle, qui est aussi vigoureuse chez l'homme primitif que chez le singe. Tel est encore le péroné, os qui est très puissant chez l'homme primitif, comme chez le singe, et qui est assez grêle chez l'homme actuel.

Quand on sait combien le genre de vie modifie les formes du squelette, chez l'homme aussi bien que chez les animaux, on ne peut être surpris de voir certains organes se développer plus chez les individus qui exercent puissamment ces organes, que chez ceux qui laissent ces mômes organes dans un repos relatif. Si

rhommc de l'époque du grand ours et du mammouth a la jambe plus robuste, le fémur plus volumineux que Tliomme actuel dans la plupart de ses races, c'est que son existence sauvage, <jui se passait au milieu des animaux des forêts, l'obligeait à de violents exercices, qui développaient cette partie de son corps. C'est ainsi que les grands marcheurs ont le mollet volumineux et les personnes stationnaires la jambe grêle. Ces différences dans la structure de quelques parties du squelette ne tiennent donc qu'à la différence du genre de vie.

Pourquoi d'ailleurs ne considérer jamais que le squelette pour chercher des analogies entre l'homme et une espèce animale? Si l'on envisageait d'autres organes, on arriverait à une conclusion qui prouverait bien tout ce qu'il y a d'irrationnel dans des rapprochements de ce genre. En efl'et, si l'homme a la structure osseuse du singe, il a aussi la structure anatomique de bien d'autres animaux, si l'on s'en rapporte à d'autres organes. Les viscères de la digestion ne sont-ils pas les mêmes, n'ont-ils pas le même plan de structure chez l'homme que chez les animaux carnassiers? Notre estomac, nos intestins, nos reins, nos poumons, notre cœur, sont-ils bien autrement faits (pic ceux du tigre et du lion? Direz-vous, d'après cela, que Thomme dérive du tigre, qu'il n'est qu'un lion perfectionné, un chat l'ait homme? Vous devriez pourtant tirer cette conclusion, si vous ne vous borniez pas ù considérer le scjuelette, la seule partie de l'individu à la((uelle vous vous attachiez, on ne voit pas bien pour quelle raison.

Mais en vérité toute celte anatomie fait pitié. N'y a-t-il donc dans l'homme que les os? Le squelette, les viscères, résument-ils l'être humain? Que faites-vous donc, aveugles rhéteurs, de cette faculté de l'intelligence, manifestée par la parole? L'intelligence et la parole, voilà ce qui constitue l'homme, voilà ce (pii fait de lui Têtre le plus achevé de la création. Montrez-moi un singe qui parle, et alors je reconnaîtrai avec vous (jue l'homme est un singe perfectionné. Montrez-moi un singe qui fabrique avec <les silex des haches et des flèches, qui allume du feu, (jui fasse cuire des aliments, qui agisse, en un mot, comme une créature intelligente, et je confesserai <iue je ne suis qu'un orang-outang revu et corrigé,

M. de Quatrefages, professeur d'anthropologie du Muséum d'histoire naturelle de Paris, dans son Rapport sur les progrès de

Vbouur prixitif. 3

V anthropologie, publié en 1868, a traité avec quelques développements la question de savoir si Thomme descend du singe. Il a résumé plusieurs travaux contemporains relatifs à cette question, et conclu à la parfaite impossibilité, au point de vue anatomique, de cette généalogie.

Nous ajouterons, pour prendre la môme question à un point de vue plus général, que la science la plus éclairée nous déclare que l'espèce est immuable, qu'aucune espèce animale ne dérive d'une autre, et qu'elle peut se transformer, mais que toutes reconnaissent une création indépendante.

Il est aujourd'hui bien prouvé que les espèces sont véritablement créées par la nature.^ Ce qui le démontre, c'est qu'on ne peut obtenir de croisements d'une espèce à l'autre, et que les rares métis que l'on peut créer en mariant deux espèces différentes, comme l'âne et la jument, le cheval et l'ânesse, sont des individus inféconds, incapables de fournir la souche de générations nouvelles. Or aucun croisement, aucun mariage ne pouvant s'exécuter entre l'homme et le singe, il faut en conclure que les deux espèces sont radicalement différentes, et ne se rattachent par aucun lien l'une à l'autre.

Cette grande vérité de l'indépendance absolue de l'espèce, résultant de l'impossibilité de la reproduction entre deux espèces différentes, prouve que l'homme et le singe n'ont entre eux aucune filiation, et que nous ne dérivons pas plus du singe que de la baleine.

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