CHAPITRE II
L'homme dans les conditions de la vie sauvage pendant Tépoque quaternaire. — La période glaciaire et ses ravages sur les populations primitives du globe. — La faune et la flore des temps quaternaires. — L'homme en lutte avec les animaux de l'époque quaternaire. — La découverte du feu. — Les armes des premiers hommes. — Différentes variétés des silex taillés.
Après cette dissertation, qui était nécessaire pour réfuter la théorie qui donne une si misérable explication de notre origine, nous considérons l'homme au moment où il fut jeté, faible et chétif, sur la terre, au milieu de la nature inclémente et sauvage qui l'entourait.
Quoi qu'en puisse souffrir notre orgueil, il faut reconnaître qu'aux premiers temps de son existence l'homme dépassait en grossièreté native les derniers des sauvages de nos jours. Le souci de ses besoins naturels l'absorbait en entier; tous ses efforts convergeaient vers un but unique : assurer sa subsistance quotidienne.
Il ne put se nourrir d'abord que de fruits et de racines, car il n'avait encore inventé aucune arme pour terrasser les animaux sauvages. S'il parvenait à en tuer quelques-uns, de petite taille, il les dévorait tout saignants encore, et se couvrait de leur peau l)Our se garantir des intempéries de l'air. Il avait pour oreiller une pierre, pour toit l'ombre des grands arbres, ou quelque antre obscur, qui lui servait en môme temps de refuge contre les bêtes fauves. Il habitait les cavernes naturelles creusées dans les anfractuosités du sol ; il était troglodyte, suivant le terme que Ton trouve dans Homère, et qui signiQe habitant les cavernes. Sa vie se réduisait à une lutte sans trêve contre les animaux sauvages et contre la nature entière.
maux qui existaient avant lui? Ou bien faut-il admettre, au contraire, que l'homme dérive, par des transformations insensibles, par des perfectionnements graduels, d'une autre espèce animale, et particulièrement du singe?
Kig. 5 et B. CrOne de l'homme de Cro-Magnou. [Époque du grand
Cette dernière opinion fut soutenue, au commencement de notre siècle, par le naturaliste français de Lamarck, dans sa Philosophie xoologique. La même théorie a été reprise de dos jours et développée par un certain nombre de savants, tels que MM. Karl
Fîg. T et 8. Cr&ae de l'hoinme de Solulrd. (Époque du renne.)
Vogt en Suisse, Huxley en Angleterre, Virchow en Allemagne. Broca en France.
Nous répudions hautement une pareille doctrine. Pour établir que l'homme n'est qu'un singe perfectionné, un orang-outang cru un gorille élevés en dignité, on se borne à invoquer des con-
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Fig. 1 1. L'bomme trogUidj/te [habitant les csveroei) à l'époque du grand oon et du mamiDoulh.
Cest sur ce passage de Lucrèce qu'ont été calqués les vers d'Horace, que Ton cite souvent à cette occasion, et dont voici le sens :
« Semblables aux bêtes, dit Horace, les hommes rampèrent d*abord sur le sol, troupeau muet et sordide se disputant des glands ou un gîte, d*abord avec les ongles et les poings, puis avec des bâtons, et enfin avec des armes que rexpérience leur avait enseigné à fabriquer. Ensuite ils trouvèrent des mots et des noms pour exprimer leurs idées et leurs sensations; alors ils commencèrent à se lasser de la guerre, à fortifier leurs villes, à établir des loi^, etc. d
Ainsi un état absolument sauvage a marqué Tenfancc de Thumanité.
Combien de siècles dura cet état misérable? Nul ne saurait le dire.
L'homme est perfectible; le progrès indéfini est sa loi. C'est là son attribut suprême ; c'est là ce qui lui confèrela prééminence sur tous les êtres qui l'entourent. Mais combien ses premiers pas durent être chancelants, et que d'efforts dut lui coûter la première création de son esprit, la première œuvre de ses mains, ébauche informe sans doute et dans laquelle nous aurions peine à reconnaître aujourd'hui le labeur d'un être intelligent!
Vers le commencement de l'époque quaternaire, un grand phénomène naturel se produisit en Europe. Sous l'action de causes multiples, (ju'on n'a pas bien pu démêler jusqu'à présent, une grande partie de l'Europe se couvrit 3e glaces. D'une part s'avançant des pôles justju'aux latitudes les plus méridionales, d'autre part descendant du sommet des hautes chaînes de montiignes juscjue dans les plaines, les glaces prirent un accroissement considérable. Comme toutes les parties basses du continent étaient couvertes parla mer, quelques plateaux donnèrent seuls asile à l'homme et aux animaux, qui fuyaient devant ce froid mortel.
Telle fut cette péreWe glaciaire,qui provoqua l'anéantissement de bien des générations d'animaux, et qui dut atteindre également l'homme lui-môme, si mal défendu contre cet hiver universel ^t subit.
Cependant l'homme résista aux attaques de la nature révoltée. Sans doute, dans cette désastreuse période, il dut faire peu de progrès, si môme il n'y eut pas arrôt complet dans son dévelop-
pemcnt inteltectuel ; mais l'espèce humaine ne périt i'>oin1. La période glaciaire prïl fin, tes glaces se retirèrent, et la nature recouvra son aspect primitif.
Quand les glaces se furent retirées peu à peu dans les lalitntics septentrionales et sur les hauts sommets, une nouvelle génération d'animaux, une autre faune, comme disent les naturaliste!-, fit son apparition sur le globe. Celte cohorte d'animaux nouvellcmenl mis au jour dilTûrait beaucoup de celle qui venait de disparaître avec le cataclysme glaciaire. Jetons un regard curieux sur ces animaux étranges, aujourd'hui disparus.
Fig. n. Jlalumoulh (EUphai primigtniuê.)
Voici le mammouth [Elephas pHmigeniusj ou éléphant & toison laineuse et à crinière, dont on a retrouvé des cadavres entiers, parfaitement conservés, dans les glaces des cdtes de la Sibérie (Rg. 12). Voici le rhinocéros à narines cloisonnées (Rhinocéros ticliorhintts), également 'revêtu d'une chaude et moelleuse fourrure, etdont le nez est surmonté d'une remarquable paire' de cornes (fig. 13 et 14). Viennent ensuite plusieurs espèces d'hippopotames, qui remontent jusque dans les rivières de l'Anglelerre et de la Russie, — un ours de grande taille, habitant les cavernes
\i'r6us spelœus], au front bombé et au cnlne volumineux (Qg. 15); — le lion et le tigre des cavernes [Felis spelœa, ïig. 16], qui dé- |tj!iâuiciit en puissance le lion et le ligre actuels ; — diverses es-
Fig. 13. Tâte du rhiDoc^rai tichorlii
pèces d'hyènes (Hyiena speUBo,), plus fortes que celles de notre époque; — l'aurochs (Biso europœus), qui existe encore en Pologne; — le grand bœuf, ou Unis des anciens {Bos primigenius); — le cerf gigantesque [Cervus niegaceros, fig. 17), dont les bois atteignent des dimensions surprenantes.
A la même époque apparurent encore d'autres animaux qu'il serait trop long d'énumérer, et parmi lesquels un certain nombre de rongeurs. Presque toutes ces espèces sont aujourd'hui éteintes , mais l'homme a certainement vécu au milieu d'elles.
Parmi les espèces animales qui vivaient alors, il en est qui vivent encore aujourd'hui, mais elles sont confinées dans d'autres climats : tels sont le renne, le castor, le bœuf musqué, leglou-
4i AGE DE LA PIEBRr.
ton, le cerf d'Islande. D'autres espèces animales qui vivaient dans la période quaternaire et dans nos pays, vivent encore aujourd'hui BOUS les mêmes climats : tels sont nos animaux sauvages, c'est-à-dire le cerf, le sanglier, le loup, le renard, le chat
Pig. 15. TSte de Voan des cATemei [Urtut «pclvut).
sauvage, lo chat commun, la loutre, la plupart des mustéliens, la plupart des rongeurs et des insectivores, un grand nombre de ruminants, etc.
M. Reboux a trouvé à Levallois-Perret, près de Paris, et
Fig. 16. Téle du tigre des cavernes (Felw tptUea).
îi. Belgrand a également trouvé dans les carrières de Hontreuil-sous-Bois (Seine), les animaux suivants : Rhinocéros Uerkii, Rhinocéros elniscus, Trogonihenwu (grand castor de l'âge pliocènel, Elcphae anUquus, aurochs, élan, Cervus Betgrandi (ruminant de grande taille). Ailleurs, les mêmes observateurs ont
trouvé trois au très espèces de rhinocéros, puis d'abondants restes de mammouth dans l'argile de Mantes.
Parmi les oiseaux, on a reconnu le grand-duc, le hibou, la chouette-elTraie, des pics, des geais, des perdrix, des cailles, etc.
En résumé, si on laisse de ciîté les grands quadrupèdes, l'ensemble de !a faune propre à l'époque quaternaire, considérée
Ftg. IT. Squelette du cerr gigantesque.
dans nos régions, était analogue, selon M. Paul Gervais, à celle du nord de l'Afrique et à celle de l'Asie occidentale.
Les végétaux qui vivaient A l'époque quaternaire en Europe sont moins bien déterminés que les animaux. 11 est cependant indispensable d'établir la flore de cette époque, pour en déduire le climat qui était encore l'apanage des contrées que nous considérons.
C'est sur ce passage de Lucrèce qu'ont été calqués les vers d'Horace, que Ton cite souvent à cette occasion, et dont voici le sens :
« Semblables aux bêtes, dit Horace, les hommes rampèrent d*abord sur le sol, troupeau muet et sordide se disputant des glands ou un gîte, d*abord aT6c les ongles et les poings, puis avec des bâtons, et enfin avec des armes que Texpérience leur avait enseigné à fabriquer. Ensuite ils trouvèrent des mots et des noms pour exprimer leurs idées et leurs sensations; alors ils commencèrent à se lasser de la guerre, à fortifier leurs villes, à établir des lois, etc. i>
Ainsi un état absolument sauvage a marqué Tenfance de Thumanité.
Combien de siècles dura cet état misérable? Nul ne saurait le dire.
L'homme est perfectible; le progrès indéfini est sa loi. C'est là son attribut suprême ; c'est là ce qui lui confère la prééminence sur tous les êtres qui l'entourent. Mais combien ses premiers pas (lurent être chancelants, et que d'efforts dut lui coûter la première création de son esprit, la première œuvre de ses mains, ébauche informe sans doute et dans laquelle nous aurions peine à reconnaître aujourd'hui le labeur d'un élre intelligent!
Vers le commencement de l'époque quaternaire, un grand phénomène naturel se produisit en Europe. Sous l'action de causes multiples, qu'on n'a pas bien pu démêler jusqu'à présent, une grande partie de TEurope se couvrit Je glaces. D'une part s'avançant des pôles jusqu'aux latitudes les plus méridionales, d'autre part descendant du sommet des hautes chaînes de montagnes jus((ue dans les plaines, les glaces prirent un accroissement considérable. Comme toutes les parties basses du continent étaient couvertes parla mer, quelques plateaux donnèrent seuls asile à l'homme et aux animaux, qui fuyaient devant ce froid mortel.
Telle fut cette péi*iode glaciaire,qm provoqua l'anéantissement de bien des générations d'animaux, et qui dut atteindre également l'homme lui-même, si mal défendu contre cet hiver universel ^t subit.
Cependant l'homme résista aux attaques de la nature révoltée. Sans doute, dans cette désastreuse période, il dut faire peu de progrès, si même il n'y eut pas arrêt complet dans son dévelop-
peinent intellectuel ; mais l'espèce humaine ne périt poinl. La période glaciaire prit Qn, les glaces se retirèrent, et la nature recouvra son aspect primitif.
CTuanil les glaces se Furent retirées peu à peu dans les latitudes septentrionales et sur les hauts sommets, une nouvelle génération d'animaux, une autre faune, comme disent les naturalistes, lit son apparition sur le globe. Cette cohorte d'animaux nouvellement mis au jour dilTérait beaucoup de celle qui venait de disparaître avec le cataclysme glaciah'e. Jetons un regard curieux sur ces animaux étranges, aujourd'hui disparus.