‹ L'homme primitifChapitre 6 sur 54 · II. Manimoulh (EUf^^ primigtnhii · texte numérisé non relu

II. Manimoulh (EUf^^ primigtnhii

Voici le mammouth. [Elephae jimmigenius] ou éléphant à toison laineuse et à crinière, dont on a retrouvé des cadavres entiers, parfaitement conservés, dans les glaces des côtes de la Sibérie (fip. 12). Voici le rhinocéros à narines cloisonnées {Rhinocéros tichorhinus], également 'revêtu d'une chaude et moelleuse fourrure, et dont le nez est surmonté d'une remarquable paire' de cernes (fig. 13 et 14). Viennent ensuite plusieurs espèces d'hippopotames, qui remontent jusque dans les rivières de l'Angleterre et de la Russie, — un ours de grande taille, habitant les cavernes

[i'ràus fipelœus], au front bombé et au crdne volumineux (fig. 15); — le lion et le tigre des cavernes [Felis spelaia, fig. 16), qui déliassaient en puissance le lion et le ligre actuels ; — diverses es-

Fig. 13. Télé du ttiiaocéros tichorliinus.

pèces d'hyènes [Uyiena spclma), plus fortes que celles de notre époque; — l'aurochs (Biso europwus], qui existe encore en Pologne; — le grand bœuf, ou Unis des anciens (.Bos primigeniue); — le cerf gigantesque {Ce}vus megaceros, Rg. 17), dont les bois atteignent des dimensions surprenantes.

A la même époque apparurent encore d'autres animaux qu'il serait trop long d'énumérer, et parmi lesquels un certain nombre de rongeurs. Presque toutes ces espèces sont aujourd'hui éteintes , mais l'homme a certainement vécu au milieu d'elles.

Parmi les espèces animales qui vivaient alors, il en est qui vivent encore aujourd'hui, mais elles sont confinées dans d'autre» climats : tels sont le renne, le castor, le bœuf musqué, le glou-

Fig. 14. T<

43 AGE DE LA PIERRr.

ton, le cerf d'Islande. D'autres espèces animales qui vivaient dans la période quaternaire et dans nos pays, vivent encore aujourd'hui sous les mêmes climats : tels sont nos animaux sauvages, c'est-à-dire le cerf, le sanglier, ie loup, le renard, le chat

F\g. 15. Têlo do l'oars det caverne» {Urau* tpeUeut)

sauvage, le chat commun, la loutre, la plupart des mustéliens, la plupart des rongeurs et des insectivores, un grand nombre de ruminants, etc.

M. Reboux a trouvé à Levallois-Perret, près de Paris, c\

Fig. 16. Téle du ligro dei

{Felu epelsa).

M. Belgrand a égtilement trouvé dans les carrières de Hontreuil-sous-Bois [Seine), les animaux suivants : Rhinocéros Merlài, likinoceros etritscus, Trogonlherium (grand castor de l'dge pliocènel, Elcphas aiUiquus, aurochSj élan, Çervus Belgrandi (ruminant de grande taille). Ailleurs, les mêmes observateurs ont

trouvé trois autres espèces de rhinocéros, puis d'abondants restes de mammouth dans l'argile de Manies.

Parmi les oiseaux, on a reconnu le grand-duc, le hibou, la chouette-effraie, des pics, des geais, des perdrix, des cailles, etc.

En résumé, si on laisse de cdté les grands quadrupèdes, l'ensemble de la faune propre & l'époque quaternaire, considérée

Fig. 17. Squelette du cerf gigantesque.

dans nos régions, était analogue; selon M. Paul Gervais, à celle du nord de l'Afrique et h celle de l'Asie occidentale.

Les végétaux qui vivaient A l'époque quaternaire en Europe sont moins bien déterminés que les animaux, il est cependant indispensable d'établir la flore de cette époque, pour en déduire le climat qui était encore l'apanage des contrées que nous considérons.

La flore des temps quaternaires se composait de quelques' végétaux qui remontaient à Tépoque tertiaire, et d'espèces qui étaient toutes semblables à celles de nos jours. On a reconnu, par exemple, que dans les vallées des environs d'Aix, en Savoie, vivaient, en mCmc temps que le mammouth, les végétaux suivants : chêne, noisetier, aune, tremble, micocoulier, érable, tilleul, clématite, pommier, figuier, vigne, lin, etc. Certaines essences, qui alors végétaient en Provence, ont depuis émigré vers d'autres latitudes. Le pin d*Alep, qui aujourd'hui vit en Provence, n'y avait pas encore paru.

L'analogie de cette flore avec celle de nos jours, en tenant compte de quelques différences que l'on constate, prouve que le climat de la France pendant l'époque du mammouth et du grand ours n'était pas le même que celui de nos jours, qu'il était beaucoup plus froid.

Le mammouth, l'éléphant, le rhinocéros, le cerf et Thippopotame parcouraient alors l'Europe, en troupeaux immenses, comme certains de ces animaux voyagent encore aujourd'hui par bandes considérables dans l'intérieur de l'Afrique. Ces animaux avaient des lieux de prédilection, où ils se réunissaient par milliers. On ne saurait expliquer autrement les innombrables quantités d'ossements que l'on trouve accumulés sur les mêmes points.

Devant ces phalanges redoutables, l'homme primitif ne devait songer qu'à fuir. Ce n'est (ju'envers des individus isolés^ qu'il pouvait engager une lutte plus ou moins égale. Nous verrons plus loin comment il se fabriqua quehpies armes grossières pour attaquer ses puissants ennemis.

Le premier pas important qwe fit l'homme dans la voie du progrès fut la conquête du feu. Selon toutes probabilités, il en eut connaissanceaccidentellemont,soil(iu'ilertt recueilli des matières qui s'étaient embrasées au soleil, soit qu'il eût conservé et entretenu le feu allumé par hasard à la suite d'un coup de tonnerre, au milieu d'une forêt.

Pour se procurer du feu, l'homme de l'époque du grand ours dut employer les moyens dont faisaient usage les indigènes de rAméricjue, lorsque Christophe Colomb visita pour la première fois les rivages du Nouveau-Monde, moyens que les peuples sauvages actuels mettent encore en œuvre. Ils frottaient, pendant un certain temps, deux morceaux de bois sec l'un contre l'autre^

Fig. 18> La dccouvcrle du (eu.

ou bien ils tournaient avec rapidité un pieu aiguisé en pointe dans un trou pratiqué dans un tronc d'arbre bien sec (fig. 18.)

La pyrite frappée avec un silex donne des étincelles, et c'est ainsi que les habitants de la Terre de Feu, au sud du continent américain, se procurent encore du feu. La pyrite étant un minéral extrêmement répandu, ainsi que le silex, il n'est pas impossible que les premiers hommes aient usé de ce moyen pour se procurer du feu.

Le fer météorique, l'oxyde de fer naturel, frappés par un silex, peuvent également produire du feu, et M. Arcelin a trouvé à Soluiré des fragments d'oxyde de fer, qui, choqués par un simple silex taillé, produisent des étincelles. Chez certains peuples, le btnquet, formé de silex et de pyrite, fut donc peut-cHre un moyen de se procurer du feu.

Conmie il existe chez les sauvages actuels quelques mécanismes élémentaires propres à accélérer la production du feu, il est à croire que ces mêmes artifices furent mis en œuvre dès les premiers temps de l'humanité, il faut un temps considérable pour enflammer deux morceaux de bois sec et dur, en les frottant l'un contre l'autre. Mais si l'on fait usage de Vaixhet, c'est-à-dire si l'on se sert de la corde d'un arc fixé solidement sur un manche, pour faire pivoter rapidement une tige de bois cylindrique terminée en pointe, et entrant dans une légère cavité pratiquée sur une planchette, on arrive à enflammer la planchette en quelques minutes.

Nous croyons que l'archet appliqué à produire du feu dut ôtre mis en usage par l'homme qui vivait h l'époque du mammouth et du grand ours.

Ce premier rudiment de la combustion étant obtenu, pour servir, pendant le jour, au chauffage et à la cuisson des aliments, et à l'éclairage pendant les soirées, comment pouvait-il être entretenu? Les bois des arbres du pays, ceux qu'amenaient les courants des rivières ou de la mer, les huiles minérales inflammables, les résines empruntées aux arbres conifères, les graisses et le lard extraits des animaux sauvages, l'huile tirée des grands cétacés, tous ces agents divers durent servir à entretenir la combustion, soit pour le chaufTage, soit pour l'éclairage. Les Esquimaux de nos jours n'ont d'autre combustible pour cliauffer leurs huttes, et pour les éclairer pendant les longues nuits de leur sombre climat^ que l'huile de phoque, qui, brûlée dans une lampe avec

une courte mèche, sert tout à la fois à cuire les aliments, à chauffer la cabane et à Téclairer.

Aujourd'hui encore, dans la Forôt-Noire (duché de Bade), on remplace quelquefois les chandelles par de longs copeaux de hélre bien sec, que Ton flxe horizontalement par un bout, entre les branches d'une petite fourche, pour les allumer à Tautre extrémité. Et cette lampe économique n'est pas à dédaigner.

On connaît le moyen original dont font usage, pour s'éclairer et se chauffer, les habitants des îles Féroé, dans les mers septentrionales de TEurope. Ce moyen consiste à convertir le corps d'un pingouin en une véritable lampe. Il suffit de vider le pingouin et d'introduire dans son bec une mèche qu'on allume, et qui fait brûler cette véritable bougie animale jusqu'au dernier morceau de l'oiseau graisseux.

Les pingouins servent encore, chez les indigènes des îles Féroé, de bûches naturelles pour entretenir le feu et faire cuire d'autres pingouins. C'est absolument comme dans nos usines à gaz, où l'on se sert de houille comme combustible, pour distiller d autre houille, destinée elle-même à fournir le gaz de l'éclairage.

Quel que fût le moyen dont firent usage les premiers honmies pour se procurer du feu, — friction de deux fragments de bois sec l'un contre l'autre, longuement répétée, — archet, ou simple pieu tournant rapidement par l'action de la main, sans aucun mécanisme, — pyrite choquée par un éclat de silex, — il est certain que la conquête du feu doit figurer parmi les plus belles et les plus précieuses découvertes de l'humanité. Avec le feu disparut l'ennui des longues soirées. Avec le feu s'évanouirent les ténèbres des antres et cavernes où l'homme cherchait sa retraite. Avec le feu, les climats les plus rigoureux devenaient habitables, et l'eau (jui imprégnait le corps de l'homme ou ses vêtements grossiers, composés de peaux d'ours ou de ruminants à longs poils, pouvait s'évaporer. Avec le feu, le danger des bètes féroces diminuait, car un instinct général porte les animaux sauvages à redouter la lumière et la chaleur d*un foyer. Au milieu de pays infestés de bêtes fauves, les premiers hommes purent donc, au moyen du feu allumé pendant la nuit (lîg. 19), dormir sans s'inquiéter des grands animaux sauvages qui rôdaient autour d'eux.

Avec le feu naquit enfin l'industrie de l'homme. Le feu servit

aux premiers habitants de la terre à abattre plus rapidement les arbres, à se procurer du charbon, à durcir le bois, pour en fabriquer quelques instruments rudimentaires.

Ainsi, dès que l'homme eut à sa disposition le moyen de se procurer artiOciellement de la chaleur, sa situation s'améliora. La flamme bienfaisante du foyer devint le premier centre autour duquel se constitua la famille.

L'homme sentit bientôt le besoin de se fortifier contre les attaques des botes féroces. Il voulut en même temps faire. sa proie d'animaux paisibles, le cerf, les petits ruminants, le cheval. C'est alors qu'il commença à fabriquer des armes.

Il avait remarqué, à la surface du sol, des pierres de silex (vulgairement nommées de nos jours, pien^es à fusil), à arêtes tranchantes et abords coupants. Il les ramassa, et au moyen d'autres pierres encore plus dures il en détacha les éclats, qu'il façonna ^grossièrement en forme de hache ou de tête de marteau. Ensuite il emmancha ces éclats dans des btUons fendus, et les lia solidement avec des tendons d'animal ou des liges de plantes desséchés et robustes. Avec cette arme, il put frapper sa proie à une petite distance.

Plus tard, lorscfu'il eut inventé l'arc, et taillé, avec des silex, (les pointes de flèches, il eut le pouvoir d'arrêter au milieu de leur fuite les animaux les plus rapides.

Depuis que les recherches relatives à l'homme primitif ont été poussées dans tous les pays avec activité, on a retrouvé des quantités innombrables de ces silex taillés, de ces pointes de flèches et de ces divers instruments de pierre que les archéologues ont longtemps désignés sous la dénomination commune de IiacheSy faute de. pouvoir toujours distinguer à quel usage particulier ils ont été employés. Il sera nécessaire, avant d'aller plus loin, de parler avec quelques détails de ces instruments, tout à fait caractéristiques des premiers âges de l'humanité.

Depuis longtemps on avait rencontré çà et là, à la surface ou dans les profondeurs du sol, en différents pays, de semblables pierres taillées, mais on n'en avait jamais compris la signification. Si le vulgaire les distinguait des cailloux ordinaires, c'était pour y attacher une croyance superstitieuse. Il les appelait pierres de tonnerre, parce qu'il leur attribuait le pouvoir de préserver de la foudre ceux qui les possédaient. Ce n'est que depuis le milieu de

L^IIOMIU PUMITIF. 4

noire siècle que les naturalistes et les arclu^ologues ont compris tout le parti qu'on pouvait tirer de Texamen de ces cailloux façonnés, pour pénétrer, jusqu'à un certain point, les mœurs, les coutumes et Tindustric des premiers hommes. Aussi les haches et pointes de (lèciies en pierre sont-elles fort répandues atgourd'hui dans les collections d'antiquités et les cabinets d'histoire naturelle.

La plupart de celles qu'on trouve en Europe sont en silex, et on s'explique facilement cette circonstance. Le silex dut ^tre préféré, à cause de sa dureté et de son mode de cassure, qui se prête très aisément à la volonté de l'ouvrier. Il sufQt d'un coup sec, applicpié adroitement, i)our délacher par ce simple choc une lame tranchante. Ces lames tranchantes de silex peuvent servir de couteau\. Elles sont (fun court usa^a\ car elles s'ébrèchent facilement; mais un avait bientôt fait d'en tailler d'autres, car les premiers hommes étaient sinfçulièrement habiles dans cette prati(iue.

Bien (lue les formes de ces instruments de pierre soient très variables, on peut les rattacher toutes à un certain nombre de types dominants, ([u'on retrouve d'ailleiirs dans les contrées les plus diverses. D'abord simples et irréjLrulières, les haches en silex accustMit peu à peu un jïIus ^rand talent d'exécution, une entente meilh^ire «les besoins aiixciuels telles doivent répondre. Aux silex simplement taillés en éclats succéderont, dans une épociue suivante, les silex soumis à l'opération mécanique du polissay(\ Les progrès de l'esprit humain sont écrits en caractères inelTacables sur ces tablettes <le pierre ([ui ont défié les injures du temps.

Ne dédaignons pas ces premiers essai> de nos pères : ils mar- (juciil la date de la naissance de l'industrie et des arts. Si les honnnes de l'Age de la pierre n'avai(Mit pas persévéré dans leurs etforts, nous n'aurions ni nos palais ni nos chefs-d'œuvre. « Le l)remier, dit Boucher de Perthes, qui frappa un caillou contre un autre, pour en régulariser la forme, donnait le premier coup de ciseau ipii a fait la Minerve et tous les marbres du Parthénoji'. >>

Les archéologues cjui se livrent à la recherche des premiers

1. L'Homme antédiluvien {Antiquités celtiques et antédiluviennea). Tome lU, in-8». Pari», 186j, page 60.

Fig. 19. Une caverne pendant la nnit, t l'époque du grand ont* et du

monumenls de l'industrie humaine ont à se tenir en garde contre quelques erreurs, ou sophistications, qui pourraient fausser leur jugement, et enlever tout caractère d'authenticité à leurs découvertes. Il existe, en effet, une certaine classe d'industriels qui ont trouvé plaisant d'égarer les archéologues, en fabriquant des instruments apocryphes, dont ils font un commerce assez lucratif. Ils affirment, sans le moindre scrupule,- la très haute antiquité de leurs produits, qu'ils vendent, soit à des amateurs novices, heureux de les placer dans leurs collections, avec une étiquette indicative, soit — ce qui est plus grave — aux ouvriers chargés de pratiquer des fouilles dans des terrains fossilifères, et qui les cachent dans ces terrains pour avoir l'occasion de lès retirer ensuite, et de toucher une prime du naturaliste trop confiant. Il faut parfois un œil exercé pour reconnaître ces imitations, tant elles sont habilement faites; mais on les distingue assez facilement à l'aide des caractères suivants.

Les silex anciens présentent une surface vitreuse, qui contraste singulièrement avec l'aspect terne des cassures fraîches. Ils sont aussi, en général, recouverts d'une pellicule noirâtre, ou patine, qui n'est autre chose qu'une mince couche de carbonate de chaux, modifiée par l'action du temps. Enfin, beaucoup de silex sont ornés de cristallisations arborescentes, nommées dendintes (fig. 20), qui forment à leur surface des dessins très délicats, d'un brun noirâtre, dus à l'action combinée des oxydes de fer et de manganèse.

Ajoutons que les silex prennent souvent la teinte des terrains dans lesquels ils ont reposé pendant des siècles; et comme le fait très bien Fig. 20. Z)endri-

' ' (68 ou cnstalli-

remarquer le savant géologue Prestwich, cette salions qui se concordance de couleur indique qu'ils ont séjourné trouvent à la

surface des si~

pendant un laps de temps considérable dans les lex taillés, couches qui les renfermaient.

Parmi les instruments de pierre des temps primitifs, les uns sont recueillis dans un état parfait de conservation; d'autres sont usés, arrondis, émoussés, soit parce qu'ils ont fait jadis un long service, soit parce qu'ils ont été roulés par les eaux diluviennes. On en rencontre enfin qui sont brisés et dont il ne reste que des vestiges. Le plus souvent ils sont enfouis dans une gangue très épaisse^ qu'il faut briser pour les mettre à nu.

On les trouve surtout sous le sol des grottea et des cavernes, doDt nous parlerons plus loin avec détails, et ils y sont souvent mêlés à des ossements de mammifères d'espèces éteintes.

Certaines contrées dépourvues de cavernes renferment pourtant des gisements considérables des mêmes instruments de pierre. On peut citer, dans cette categorie, les alluvîons quaternaires de la vallée de la Somme, connues sous le nom de dilu-

Fig. 2i. llaclio en gilex du Lj'pe dît en amandt. (Vue de face et de proOl et de grandeur naturelle.)

vium t/rig, et qui furent exploitées avec autant de bonlieur que de persévérance par Boucher de Perihes. Ces alluvions [fig. 21) se composent d'un dépôt argilo-sableux que les géologues rapportent aux grandes inondations qui, pendant l'époque du grand ours et du mammouth, ont donné à l'Europe son relief actuel, en creusant ses vallées. Près d'Amiens et d'Abbeville, des fouilles dans les sables et les graviers, dirigées avec beaucoup d'intelligence par Boucher de Perthes, ont permis d'e\humer des

milliers de silex taillés, tiimoigiiages irrécusables de l'existence de l'homme pendant la période quaternaire.

On peut rapporter tous les silex taillés à quelques types principaux.

L'un des plus répandus de ces types, particulièrement dans les liiincs diluviens de la vallée de la Somme , où il n'en existe presque pas d'autre, c'est le type en amande, que nous représentons ici [Gg. SI) de grandeur naturelle.

Ces haches sont de forme ovalaire, plus ou moins allongée, généralement aplaties des deux côtés, mais quelquefois d'un seul, soigneusement litillées sur tout leur pourtour, de manière >\ présenter un bord tranchant.

Les ouvriers de la Somme leur donnent le nom jjittoresque de langues de chat.

Leurs dimensions varient

T\g. n. Huche an silex Uîllé du Ijpe dit

Fifç. !3.

du Moutlier.

Racloir ci

sile>.

beaucoup: elles ont communément 15 centimètres de long et 8 de large, mais on en rencontre de bien plus grandes. M. Robert en possède une de grandeur exceptionnelle, recueillie h

Saint-Acheul. Elle mesure 29 centimètres de long sur 13 de lai^. Une autre forme très caractéristique, c'est celle dite type du Moualier, parce qu'on l'a trouvée en abondance dans le gisement de la localité du Mouslier (département de la Dordogne).

On nomme ainsi des silex pointus qui ne sont taillés que d'un côté, l'autre face étant complètement unie.

La ligure 33 représente une de ces Iiaches de la Dordogne, dessinée de grandeur naturelle.

Au même dépôt apparliennent aussi les racloirs, longs éclats de silex, dont le bout est tranchant et dont le bord opposé présente une certaine épaisseur pour donner prise à la main de l'opérateur.

Quelques-uns de ces instruments sont flnement dentelés tout le long de leur tranchant : ils avaient évidemment le même usage que nos scies. La figure 93 représente un de ces racloii's.

Le troisième lype [lîg. 34) est celui des couteaux. Ce sont des languettes minces, étroites, que Ton enlevait d'un seul coup sur un bloc (le bih'\.

La (igurc 25 représente un autre de ces couteaux qui appartiennent à la collection de Boucher de Pcrihes.

Parfois ces silex sont travaillés en pointe, de manière à faire office de tarières.

On s'est souvent demandé comment les peuples primitifs avaient pu fabriquer leurs armes, leurs outils, leurs ustensiles sur des modèles uniformes, sans le secours des marteaux métalliques. On a même tiré de I& un argument contre l'existence de riiomme pendant l'époque quaternaire. Un géologue anglais, Evans, a répondu victorieusement à cette objection par une expérience bien simple. Il prit un caillou , le fixa dans un

Fig. th. CouteoD en «ilex trouTé A Menchecoorl, près Alibevillc.

manche de bois , et s'étant ainsi fabriqué un marleau de pierre, il s'en servit pour tailler, à petits coups, un silex, jusqu'à ce qu'il eut obtenu une hache ovale semblable à celle qu'il avait sous les veux.

Les caillouteurs^ qui, jusqu'au milieu de notre siècle, préparaient les pierres à fusil pour l'armée, débitaient ainsi les silex en éclats. Seulement ils se servaient de percuteurs en acier, tandis que les premiers hommes avaient, pour percuter les silex, tout simplement un autre silex plus (hir.

Voici comment opéraient les premiers liommes. Ils prenaient des silex se rapprochant plus ou moins de la forme du parallélépipède, puis, au moyen d'un autre silex plus dur et de forme allongée, qui servait de percuteur^ ils en enlevaient des éclats. Ces éclats servaient à faire des couteaux, des racloirs, des poinçons, des tôles de flèches, des haches, casse-tôte, etc. Il leur fallait une certaine habileté pour obtenir la forme qu'ils avaient on vue, mais l'habitude de ce travail exclusif leur rendait celte lîlche aisée.

Comment étaient emmanchés ces silex pour devenir des casselèle, des haches, des poignards, des couteaux?

Certains silex s'emmanchaient à angle droit, entre les deux parties fendues d'un bdton : l'arme ressemblait ainsi à notre hache actuelle. D'aulrcs silex, de forme ovale, à tranchant circulaire, pouvaient s'introduire de profil dans le manche, ou s'y insérer transversalement, de manière à imiter la tille des charpentiers. Au besoin, une simple branche fourchue, ou un morceau de bois fendu, pouvait servir de manche à la lame du silex. Les silex pouvaient aussi s'emmancher en lame à deux tranchants, au moyen de deux rainures pratiquées dans le môme morceau de bois auquel on ajoutait un manche comme à un râteau.

On pouvait enfln encastrer ces éclats de pierre par un de leurs 1k)uIs et en faire, avec un manche très long, une véritable lance. Les couteaux à dos large, qui n'étaient tranchants que d'un côté, olFraient déjà un appui à la main et pouvaient se passer de manche.

A la seule description de ces haches de pierre emmanchées sur un morceau de bois, on doit reconnaître l'arme naturelle dont se servent encore aujourd'hui les sauvages de l'Amérique et les peuplades, encore vivantes et libres, des îles de l'Océanie. C'est le iamcUave, dont le nom est si souvent prononcé dans les récits

b8 AGE DE LA PIERRE.

•de voyage autour du monde. Chez les peuples sauvages que la civilisation n'a pas encore plies sous son joug, on doit retrouver, el on retrouve en effet, les armes et l'outillage qui étaient propres à l'homme des temps primitifs. La connaissance des mœurs et habitudes des habitants de l'Australie actuelle a beaucoup servi pour la reconstruction des mœurs et des habitudes de l'homme de l'époque quaternaire.

C'est avec les armes et instruments que nous venons de décrire que les hommes de l'époque du grand ours et du mammouth pouvaient repousser les attaques des animaux féroces qui venaient rôder autour de leurs retraites, et qu'ils se livraient à la chasse des petits et grands ruminants et pachydermes, tels que le renne, le cheval, l'antilope, etc., qui, avec les fruits sauvages, formaient le fond de leur nourriture.

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