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CHAPITRE III

Habitation de l*homme troglodyte à Tépoque du grand ours et du mammouth. — Les cavernes à ossements dans le terrain quaternaire. — Mode déformation de ces cavernes. — Leur distinction en plusieurs catégories. — Instruments en silex, en os, en bois de renne existants dans ces cavernes- — La sépulture d'Aurignac. — Son âge probable. — Coutumes qu'elle révèle. — Les repas funéraires à Tépoque du grand ours et du mammouth.

Après avoir décrit les armes et Toulillage de l'homme à Fépoque du grand ours et du mammouth, nous avons à parler de son habitation.

Les cavernes creusées dans l'épaisseur des roches furent , avons-nous dit, la première habitation de Thomme. Nous devons, en conséquence, étudier avec attention ces sauvages retraites de nos arrière-ancêtres. Les objets ijue Ton a trouvés dans ces cavernes, étant nombreux et variés, jettent une vive lumière sur les mœurs des premiers hommes, et affirment d'une façon péremptoire leur contemporanéité avec les mammifères d'espèces aujourd'Imi éteintes, comme le mammouth, le grand ours et le rhinocéros tichorhinus.

Hais, avant d'aller plus loin, demandons-nous comment ont pu se former ces cavernes, dans lesquelles sont restés accumulés tant de débris de l'existence de l'homme primitif.

Desnoyers pensait que les cavernes étaient des crevasses du même ordre que les filons métallifères. Seulement, au lieu de contenir dés minerais métalliques, elles auraient été remplies à rorigine par des dépôts qu'avaient laissés les eaux thermales.

La figure 26 représente, d'après le mémoire de Desnoyers sur

les cavernes, une de ces poches primordiales existaot dans le calcaire carbonifère. Au moment de l'inondation diluvienne, ces mêmes poches auraient été ouvertes par l'action impétueuse des eaux. Ainsi déblayées et mises à jour, elles auraient pris l'aspect d'une caverne, comme le représente la flgure 27.

L'inondation diluvienne d'Europe est postérieure , comme on sait, & l'époque Fig. 3G. Coupe Ihéorïqiie d'une poche ugileuH du glaciaire. calcaire orbonifère avant le creusement des nllées „ . . .

par les eaux diitiTieaDu. On peut admettre

également que les cavernes sont le produit d'éboulements internes, ou qu'elles étaient jadis les canaux naturels el souterrains de certains cours d'eau, comme on en connaît aujourd'hui beaucoup d'exemples en différents pays.

Ajoutons que toutes les cavernes n'ont pas eu la mtme origine, et que les causes multiples qui viennent (l'Olre énumérées ont

Fig. ST. Coupe Uiéorique de ta mdmc poche argileuse pu , les uneS OU les

leur formation.

On comprend sous la dénomination générale de cavernes toutes sortes de cavités souterraines; mais il est bon d'introduire ici quelques distinctions. Il y a d'abord de simples fentes ou crevasses, qui ne sontque des puits étroits s'écartant très peu de la verticale. Viennent ensuite les grottes (ou baumes, comme on les nomme dans le midi de la France), qui s'ouvrent ordinairement par une large ouverture, et ne présentent qu'une faible profondeur. 11 faut distinguer enlln les véritables cavernes à ossements, qui consistent en une série de chambres, séparées par

(les passages étroits, et dont les proportions sont souvent considérables.

11 est des cavernes qui occupent sous le sol une étendue de plusieurs lieues, avec des différences de niveau qui en rendent l'exploration très difficile. Elles sont en général d'un accès malaisé. Presque toujours il faut faire jouer la pioche pour se frayer un passage d'une chambre à l'autre.

Dans la plupart des grottes et des cavernes, le sol et les parois sont recouverts de dépôts calcaires, connus sous le nom de sta-

T\f. 18. Grotte de GaleinreDlb (Bavière].

lactitea et de stalagmites, Q\ii, se réunissant parfois en piliers et en colonnes, prêtent à quelques-unes de ces salles souterraines une élégance pleine d'un charme mystérieux. Ces dépôts sont dus k des eaux d'infiltration chargées de carbonate de chaux. Suintant goutte à goutte & travers les interstices des rochers, ces eaux perdent lentement l'acide carbonique qui tenait dissous le carbonate de chaux, et ce sel, en se précipitant peu & peu, forme tes dépôts, cristallins ou amorphes, qui forment ces colonnes oaturelles.

- Od appelle itahgmite» les dépôts calcaires qui s'étalent sur le

sol des cavernes, et stalactites ceux qui descendent de la voûte en formant des pendentifs, des supports, des décorations naturelles, ornements d'albdtre ou de marbre, riuelquefois du plus majestueux efTet,

C'est sous les stalaffmîtes que l'on a trouvé le plusgrand nombre ' d'ossements d'animaux. Cette croûte terreuse, qui leur a servi de tombeau conservateur, est tellement épaisse et dure, qu'il faut la l»ioche pour la briser. C'est grâce A cet abri protecteur que les ossements ont été soustraits k toutes les causes de décomposition et de destruction. Le calcaire a formé un ciment, qui, réunissant, dans un tout compact et inébranlable, argile, boue, sable, cailloux, ossements d'hommes et d'animaux, armes et ustensiles, les a conservés pour£leSj études de la science de nos jours.

C'est en effet sous la couche cristalline qui recouvre le sol des t avernes que se trouve la terre dite à usscmenls.

La figure 28 , qui représente la cotipe de la grotte de Galeinreuth , en Bavière , fait bien comprendre la situation qu'occupent les ossements dans la plupartdes cavernes.

Pour donner un autre exemple de la véritable situation des ossements et débri:> fossiles qui se trouvent dans les cavernes, nous donnons (fig. 29) la coupe d'une autre caverne très renommée : celle de Kirkdale, en Angleterre, qui fut le théAtre des fructueuses et longues explorations de Buckland. Sur cette figure, E représente les stalactites, D les stalagmites. En B est la couche k ossements. On comprend dès lors comment la couche de^sta-

HÉ^^^Hbi^ A ji^H

WÊÊ

Fig. 39. Coupe de la groll« de Eirkdalc (Anglclcrre).

lagmites a préservé et conservé jusqu'à nous la précieuse couche (le débris des anciens âges.

La terre à osse^nents consiste dans une argile rougeâtre et jaunâtre souvent mélangée de cailloux qui semblent provenir de terrains éloignés, car ils ne sauraient être rapportés aux roches (lu voisinage. Cette couche varie beaucoup d'épaisseur : parfois très mince, elle s'élève d'autres fois jusqu'au sommet de la caverne, sur une hauteur de douze à quinze mètres. Mais alors elle se compose, en réalité, de plusieurs couches se rapportant à (les âges différents, et les explorateurs doivent noter avec beaucoup d'attention l'altitude exacte des débris organiques trouvés dans leur masse.

Il y a pourtant, dans plusieurs cavernes à ossements, des particularités qui exigent une explication. Les cavernes recèlent fréquemment de grands amas d'ossements, placés à des hauteurs absolument inaccessibles aux animaux qui les habitaient. Comment donc ces os s'y trouvent-ils? 11 est fort étrange ensuite qu'aucune caverne n'ait jamais fourni un squelette entier, ni Oléine une portion entière du squelette d'un homme ou d'un animal quelconque. Non-seulement, en effet, les ossements gisent toujours pêle-mêle et sans ordre, mais jusqu'à présent il a été impossible de retrouver l'ensemble des os ayant constitué jadis un individu. Il faut donc admettre que les accumulations d'ossements et de débris humains dans la plupart des cavernes sont dus à une autre cause que le séjour de l'homme et de quelques animaux féroces dans ces antres ténébreux.

On suppose donc que ces ossements ont été souvent amenés et déposés dans ces cavités par l'irruption et les courants des eaux diluviennes, qui les avaient rencontrés sur leur passage. Ce qui rend cette hypothèse vraisemblable, c'est que des cailloux roulés sont constamment associés aux ossements. Or ces cailloux proviennent de localités éloignées de la caverne. Souvent même des coquilles terrestres et fluviatiles accompagnent ces ossements. D'autres fois on remarque que les fénmrs et les tibias des grands Mammifères ont leurs angles arrondis, et que les os plus petits sont réduits en fragments roulés. Ce sont là des indices^ évidents du transport des ossements par des courants d'eau rapides qui ont tout balayé sur leur passage, en d'autres termes, par le torrent d^s eaux du déluge qui signala l'époque quaternaire.

Toutes les cavernes n'ont pas eu, à l'époque de l'existence de l'homme primitif, la môme destination. Les unes furent le repaire de bêtes fauves, les autres servaient d'habitation à l'homme; les dernières furent les lieux de sa sépulture.

Passons en revue ces trois catégories de cavernes. Les cavernes qui ont servi de repaire aux bêtes fauves pendant répoque quaternaire sont très nombreuses. Les savants expérimentés les reconnaissent à divers indices. Les ossements qu'elles renferment ne sont jamais fracturés de main d'homme. On voit qu'ils ont été seulement rongés par les animaux carnassiers, car ils portent encore l'empreinte de leurs dents. C'est là que le grand tigre [Felis spelœa) et l'hyène [Hyœna spelœa) traînaient leur proie, pour la déchirer, la dévorer, ou pour la dépecer en morceaux et en donner à leurs petits. On trouve souvent, eu effet, dans ces cavernes, des excréments d'hyène mêlés à de petits os non digérés. Le grand ours se retirait dans les mômes retraites, mais il n'y venait probablement que pour y passer le temps de son sommeil hibernal. Enfln, les mômes antres donnaient asile aux animau5[ malades ou mourants , qui s'arrangeaient pour y expirer en paix. On en a la preuve dans les traces de blessures et de carie que portent certains ossements d'animaux que Schmerling a trouvés dans les cavernes de la Meuse, et dans un crdnc d'hyène dont la crête médiane avait été mordue et se montrait à moitié guérie.

Les cavernes qui ont abrité l'homme troglodyte se reconnaissent^ aussi bien que les précédentes, à la seule inspection des ossements. Les os longs du bœuf, du cheval, du cerf, du tigre, du rhinocéros et autres quadrupèdes dont l'Iionnne faisait sa nourriture pendant ces temps reculés, sont toujours brisés, et ils sont brisés de la môme façon, c'est-à-dire en long. Pourquoi auraientils été fendus de cette manière, si ce n'est pour en extraire la moelle et la manger? Un tel mode de cassure ne saurait être pratiqué sur des os par aucun animal.

Cette circonstance a une importance extrême. Elle conduit, en effet, à cette conclusion : « L'homme ayant mangé les grands mammifères dont les espèces sont aujourd'hui éteintes, a été le contemporain de ces mômes espèces. »

Passons aux cavernes qui ont servi de sépulture à l'homme.

C'est à Edouard Lartet que revient l'honneur d'avoir le premier recueilli les données importantes sur les cavernes ayant

servi de sépulture aux premiers hommes k l'époque du grand ours et du mammouth. On a été ainsi mis sur la voie d'une couluine funéraire propre à l'homme de ces temps reculés : nous voulons parler du repas funéraire. Ce renseignement a jailli de la découverte d'une sépulture aotéhistorique faite à Aurignac I Haute-Garonne), comme nous l'avons raconté dans l'introduction de cet ouvrage, et que nous sommes forcé de rappeler ici.

Près de la ville d'Aurignac s'élève la colline de Fajoles, que les liabitants du pays appellent, dans leur patois, mountagno de las Hajoles (montagne des Hêtres], ce qui semble indiquer qu'elle a été autrefois couverte de hêtres. C'est dans une pente de cette coIltDe qu'en 1852 un ouvrier terrassier, nommé Bonnemaison, se trouva, comme nous l'avons dit, en face d'une grande dalle (le grès, placée verticalement, et qui fermait jne ouverture cintrée. Dans la

grotte que fer- ■■^H||§f^.

inait cette dal- Hllli!i^3^£i^:^^^.^ ^.^ le, le terrassier découvrit les restes de dixsept squelettes ^-^ ^^ f,^^^ ^^ ^^ g^^^^ fuoéraire d'Aurignw. humains!

Nous avons dit également comment ces squelettes furent Iransportés au cimetière du village, et malheureusement perdus à jamais pour la science.

Lorsque, dix-huit ans plus tard, en 1860, Lartet, ayant entendu [tarler de l'événement, se rendit sur les lieux, accompagné de Bonnemaison, il s'expliqua comment la grotte avait pu échapper, jtendant une longue suite de siècles, aux regards des habitants du pays. L'entrée en était dissimulée par des terres qui, descenilucs du haut de la colline par l'aclion des eaux, s'étaient accumulées au devant de l'entrée, cachant une plate-forme où se trouvaient beaucoup de vestiges des temps préhistoriques. Comme aucun bouleversement du sol ne s'était produit en ce lieu postérieurement à la date de la sépulture, le talus avait sufti pour pruléger contre toute atteinte extérieure les traces de l'hoinme <'ontcni|H)rain du mammouth.

l'bokiie muiiF. s

La figure 30 représente, d'après le mémoire de Lartet, une coupe verticale de la grotte funéraire d'Aurignac.

Après une rapide inspection de la grotte et des alentours, Lartet résolut de procéder à des fouilles complf-tes et métliodiques, avec l'aide d'ouvriers intelligents, travaillant sous sa sur^ veillance, et voici les résultats qu'il obtint. Un lit de terre meuble couvrait le sol de la grotte, sur une épaisseur d'environ 60 centimètres. On y trouva quelques ossements humains qui avaient écliappé aux premières investigations, à savoir, des os de Mammifères bien conservés, ne présentant aucune cassure ni aucune mar- ■ que de dents, des silex taillés, la plupart du type couteau [fig. 31), et des bois de remie travaillés, parmi lesquels un instrument soigneusement affilé et arrondi, mais privé de sa pointe (lig. 32), l'autre extrémité étant taillée en biseau pour recevoir probablement un manclic.

Il faut ajouter ici que, lors de sa découverte, Bonnemaison avait recueilli, au milieu des ossements, dix-huit petits disques, ou rondelles, per-

Fip. 31. Couluu ea lilei trouva dans Is grollc TunArsire d'Aurignac.

Fig, 3!. InstruDicnt en bois de renne ou de cerf trouvé dans la grotte funéraire d'Aurignac.

délies de coquille* cées au centre {fig. 33).

de Cardium trou- j ,■ * i i i ii

véeedansiagroue destmées sans doute à être

funéraire dAuri- rassemblées en collier ou en

* bracelet. Ces rondelles, for-

mées d'une substance blanchâtre et compacte, furent reconnues pour des coquilles marines d'une espèce de Carilium.

La grotte d'Aurignac était un lieu de sépulture de l'époque quaternaire, car Lartet y trouva une quantité d'ossements de l'ours des cavernes, de l'aurochs, du renne, du cheval, etc.

Nous représentons ici, comme exemple de l'état des ossements

trouvés dans celle caverne, un fragmcnl tic mAchoire inférieure lie grand onrs (fig. 34) et une dont d'aurochs ^tig. 35).

L'élal de parfaite conservation de ces ossements indique qu'ils n'ont été ni brisés, pour servir à la nourriture de l'iioinme, ni rongés par les animaux carnassiers, et en particulier par les hymnes, comme cela se voit dans un grand nombre de cavernes. Il faut conclure de cette particularité que la pierre qui fermait la grotte était écartée au moment de chaque inhumation, puis remise en place avec soin, immédiatement après.

Fig. Si. Fig. 35. Molaire lupfrieurB

Fragment Je mllchoire inrérieurc d'auracliB trouvéi' duia leB

<le l'oon de» caverDCS trouvé dans la grotic cendres du rojcr de la grotte

TuDiraire d'Aurignac. funéraire d'Aurignac.

Pour expliquer la présence, h côté des squelettes humains, ife tant d'objets étrangers: — ossements d'animaux, — instruments de silex et de bois de renne, — colliers ou bracelets, — il faut admettre qu'il existait chez les hommes de l'époque du ^nd ours et du mammouth une coutume funéraire qui s'est conservée dans les temps postérieurs. On devait déposer dans In tombe, auprès du corjis, tes armes, les trophées de chasse et les ornements de tous genres appartenant ait défunt. Cette coutume existe même encore de nos jours parmi bien des peuplades plus ou moins sauvages.

Devant la grotte s'étendait, avons-nous dit, une sorte de plateforme, qui avait été recouverte plus lard par les terres éboulées <lu haut de la colline. Lorsqu'on eut déblayé les terres qui rerouvraient cette plate-forme, on rencontra un nouveau dépôt renfermant des ossements. Ce dépôt était situé sur le prolonge-

68 AGE D£ LA PIËBRE.

ment de celui qui supportait les squelettes à. l'intérieur de la grotte. Sous ce dépôt apparut une couche de cendres et de char^ bon, de 16 à 20 centimètres d'épaisseur. C'était donc là l'emplacement d'un ancien foyer.

En d'autres tenues, au devant de la gratte funéraire ^tait uDe sorte de teirasse, sur laquelle, après l'ensevelissement du coq)8 dans la caverne, on se livrait A un repas, au repas funéraire.

Dans cette couche placée au devant de la grotte, on découvrit

Fig. 36.

Fig. 37.

FiE. 38. La

Tête de Dècbe

Toinîûn en bois

dt renne

en bois

portnnl deux s

e renne trouvée dans

trouvé

transversales c

la groUe funéraire

dans la piotte funéraire

serv

d'Aurignac.

d'Aurignac.

peut-être de

une foule de débris du plus haut intérêt : un grand nombre de dents et d'os brisés d'herbivores; une centaine de couteaux de silex; — deux blocs de silex taillés, que les archéologues croient ôtre des projectiles de fronde; — un caillou arronill, avec une dépression au milieu, qui, selon M. SIeinbauer, conservateur du Musée enmographîque de Copenhague, n dû servir à retailler le tranchant des couteaux de silex; — enfui une grande (juiintité (t'insfrumenls en bols de réuni', offrant les l'onnes li^; plus variées. Cilous, par exemple, des lOtes de flîjclios, faroiinées fort

simplement, sans ailes ni barbes (fig. 36), et dont quelques-unes paraissent avoir subi Faction du feu comme si elles fussent restées dans le corps de la bote pendant la cuisson ; — un poinçon en bois de chevreuil (fig. 37), très soigneusement appointi et si bien conservé, qu'il aurait pu, dit Lartet, servir encore à percer des peaux d'animaux pour la couture, et tel devait être en effet son usage ; — un second outil, analogue au précédent, mais moins finement aiguisé, et que Lartet n'était pas éloigné de considérer comme un instrument de tatouage ; — des lames peu épaisses et de proportions diverses, qui ressemblent beaucoup, suivant M. Steinhauer, aux lissoirs de bois de renne dont se servent encore les Lapons pour rabattre les coutures de leurs grossiers vêtements de peau ; — une autre lame (fig. 38), accidentellement tronquée aux deux bouts, dont Tune des faces, parfaitement polie, offre deux séries de lignes transversales également (listantes les unes des autres, et dont les bords latéraux sont marqués d'encoches plus profondes, assez régulièrement espacées. Lartet voit dans ces lignes et ces entailles des signes de numération, et M. Steinhauer a émis l'idée que ce sont des marques de chasse. L'une et l'autre hypothèse sont possibles, d'autant qu'elles ne sont point en contradiction.

Parmi les os, quelques-uns étaient en partie carbonisés, d'autres seulement roussis, mais la plupart n'avaient aucunement subi Faction du feu. Tous les os à cavité médullaire étaient brisés longitudinalement , indice certain que cette opération avait été faite pour en extraire la moelle, et que ces os avaient servi à un repas exécuté selon les us et coutumes de cette époque, où la moelle des os des animaux était regardée comme le mets le plus délicieux, — et beaucoup d'hommes de notre temps sont encore de cet avis.

Un certain nombre de ces os offraient des entailles peu profondes, attestant l'action d'un instrument tranchant, qui aurait servi à en détacher les chairs. Presque tous ceux qui n'avaient pas reçu l'action du feu portaient l'empreinte des dents d'un animal carnassier. Sans doute cet animal était venu les ronger après le départ de l'homme. Ce carnassier n'était autre d'ailleurs que l'hyène, comme le démontraient les excréments laissés sur laplace.

Le remblai ossifère placé immédiatement au-dessus du foyer contenait, comme les cendres sous-jacentes, un grand nombre d'ossements d'herbivores.

Nous terminons cet exposé des découvertes qui ont été faites dans la grotte funéraire d'Aurignac, en donnant la liste des espèces de mammifères dont les ossements ont été recueillis tant à Textérieur qu'à Tintérieur de cette grotte. Les six premières espèces sont éteintes : les autres sont encore vivantes :

Grand ours des cavernes [UrsiLS spelœus); — mammouth [Eleplias primigenim)] — rhinocéros (Rhinocéros ticho7*hinus) ; — grand tigre des cavernes [Felis spelœa) ; — hyène des cavernes {Hyœna }<pelœa]'y — cerf gigantesque [Co^ms )negaccros)\ — aurochs, — renne, — cerf, — cheval, — âne, — chevreuil, — sanglier, — renard, — loup, — chat sauvage, — blaireau, — putois.

De toutes ces espèces, c'était le renard qui avait laissé le plus de vestiges. Ce carnassier était représenté par dix-huit à vingt individus environ. Quant au mammouth, au grand tigre des cavernes et au sanglier, ils ne semblent pas avoir été amenés en entier sur le terrain, car deux ou trois dents molaires ou incisives sont les seuls restes qui aient été retrouvés de leur carcasse.

La sépulture d'Aurignac remonte à la plus haute antiquité, c'est-à-dire qu'elle est antérieure au grand déluge. européen. En effet, selon Edouard Lartct, le grand ours des cavernes serait la plus anciennement disparue des espèces éteintes; puis se seraient éclipsés le mammouth et le rhinocéros tichorhinus; plus tardivement encore, auraient émigré dans les régions septentrionales et orientales de l'Europe, le reiuie d'abord, l'aurochs ensuite. Or le diluvium, c'est-à-dire le terrain formé de cailloux roulés, et qui provient du grand bouleversement par l'inondation de l'époque (juaternaire, ne contient pas traces d'ossements de l'ours des cavernes. 11 correspond donc à une époque de l'âge de la pierre phis récente que la grotte d'Auri^niac*. Ce qui veut (lire que c'est à l'époque du grand ours et du mannnouth, qui a précédé le cataclysme diluvien, qu'apparlienl la grotte funéraire qui a fourni à la science de l'anticpiité de l'honnne un si grand nombre de renseignements précieux.

1. Nouvelles reclicvchcs sur hi coexistence de Vhomme cl de.< (jrioids ruanimifères fossiles {Annales des sciences naturelles. Zoologie, lomc XV. W cahier).

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