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CHAPITRE IV

Autres cavernes de l'époque du grand ours et du mammouth. — Cavernes de la France, de la Belgique, de l'Angleterre et du Nouveau-Monde.

Nous avons établi entre les cavernes à ossements, qui ont fourni de si utiles renseignements sur l'homme de l'époque du grand ours et du mammouth, une distinction nécessaire, à savoir los grottes servant de refuge aux botes fauves, celles qui ont donné asile à l'homme, et celles qui servaient à sa sépulture. Pour compléter ce sujet et faire connaître Tensemble des découvertes de la science sur ce point intéressant, nous dirons quelques mots des principales grottes à ossements appartenant il la même époque et qui ont été étudiées en France, en Angleterre et en Belgique.

Faisons rcmanjuer d'abord que, ces cavernes embrassant par leur réunion une très longue période, peut-être un cliilTre énorme de siècles, il doit résulter de là (pielques différences dans la nature des vestiges de Tindustrie humaine qu'elles renferment. Si les unes accusent une supériorité sensible sur les autres au point de vue de l'industrie, c'est (ju'ellcs sont d'une époque moins éloignée de nous, quoique appartenant toutes à la période du grand ours et du mammouth.

Nous partagerons en trois groupes les cavernes de la France: celles de l'est, celles de l'ouest et du centre, et celles du midi.

Dans le premier groupe, nous citerons le Iroxi de la Fontaine et la r/rolte de Sainte-Reine, tous deux situés aux environs de Toul (Meurlhe). Ces deux grottes ont fourni des ossements d'ours, d'hyène, de rhinocéros, associés à des produits de l'industrie humaine. Celle de Sainte-Reine a été fouillée par M. Guérin et

surtout par M. Husson, qui Ta explorée avec beaucoup de soin.

Le second groupe comprend les grottes des Fées, de Vergisson, de Vallières et de la Chaise.

La grotte des Fées, à Arcy (Yonne), a été visitée et décrite par M. de Vibraye, qui y constata deux couches distinctes, se rapportant, la supérieure à Tépoque du renne, Tinférieure à J'époquc du grand ours. Ces deux couches étaient séparées Tune de Tautrc par des matières provenant du plafond de la grotte qui s'était écroulé au-dessus du premier dépôt. Dans la plus ancienne, M. de Vibraye a recueilli des os fracturés de Tours et de Thyène des cavernes, du mammouth, du rhinocéros à narines cloisonnées, mélangés avec des silex travaillés par l'homme, parmi lesquels des éclats de quartz hyalin (cristal de roche). D'autre part, son collaborateur, M. Franchet, en a retiré un atlas humain (partie supérieure de la colonne vertébrale).

La grotte de Vergisson (Saône-etrLoire), explorée par M. de Ferry, a fourni les mêmes ossements que la précédente, et, en outre, ceux de Taurochs, du renne, du cheval, du loup, du renard, le tout mêlé à des silex taillés. Dans ces derniers temps, on a trouvé à Vergisson des crânes humains dont nous aurons à faire ressortir plus loin l'importance. La grotte de Vergisson appartient aux derniers temps de Tdge du grand ours et du mammouth.

La grotte de Vallières (Loir-et-Cher) a été explorée par M. de Vibraye d'abord, et plus tard par M. Tabbé Bourgeois. Rien de particulier à y signaler.

La grotte de la Chaise, près de Vouthon (Charente) , fouillée par MM. Bourgeois et Delaunay, a présenté des ossements de Tours des cavernes, du rhinocéros et du renne, des lames et des grattoirs en silex, un poinçon et une sorte d'hameçon en os, une pointe de flèche également en os, en forme de feuille de saule, un os percé pour être suspendu, et — ce qu'il y a de plus remarquable — deux longues baguettes, en bois de renne, efûlées à un bout et taillées en biseau à Tautre, sur lesquelles on voit gravées des figures d'animaux. Ces débris révèlent un sentiment de l'art déjà assez accentué chez les hommes dont on retrouve les traces dans la grotte de la Chaise.

Parmi les cavernes du midi de la France, il faut distinguer celles du Périgord, celles du bas Languedoc et celles du i)ays de Foix (département de TAriège).

Les cavernes du Périgord ont toutes été explorées par Larlet et Christy, qui en ont donné de fort savantes descriptions. Citons les grottes de la Goi^ge d'Enfer et du Monstier dans la vallée de la Vézère, et celle du Pey de VAzé^ toutes trois situées dans le département de la Dordogne (arrondissement de Sarlat^.

Les deux grottes de la Gorge d'Enfer avaient été malheureusement vidées en 1793, afin d'utiliser, pour la fabrication de la poudre, les dépôts salpêtres qu'elles renfermaient. Elles ont pourtant fourni des silex taillés en forme de grattoirs, perçoirs, etc., un petit caillou de quartz blanc, creusé sur une face, et ayant probablement servi de mortier, des instruments en os et en bois de cerf ou de renne, parmi lesquels on en remarque trois qui portent de nombreuses encoches. Des ossements du grand ours indiquaient nettement Tdge de ces stations.

La grotte du Moustier, située à 24 mètres au-dessus de la Vézère, est célèbre par le grand nombre et les formes caractéristiques de ses outils de pierre, dont nous avons dit un mot précédemment. Les haches du type en amande, propre au diluvium d'Abbeville et de Saint-Acheul, y sont très répandues. On y voit aussi des têtes de lances biconvexes, d'un travail très soigné, et des instruments pouvant être tenus à la main, dont quelquesuns de grande dimension ; mais on n'y a pas découvert d'os ni de bois de renne appropriés à une destination quelconque. Les ossements étaient ceux du grand ours et de l'hyène des cavernes, accompagnés de lames disjointes de molaires de mammouth, dont il est impossible de s'expliquer l'usage. De pareilles lames se rencontrent dans d'autres stations du Périgord, et Lartet en avait déjà trouvé à Aurignac.

Après la grotte du Pey de l'Azé, sur laquelle nous ne nous arrêterons pas, viennent les cavernes du bas Languedoc, que nous ne ferons qu'énumérer. Ce sont celles de Poudres et de Souvignargues (Hérault), étudiées en 1829 par M. de Christol, qui y avait reconnu à cette époque la coexistence de l'homme et des grands mammifères éteints, et celles de Pontil et de la Roque iHérault), la première explorée par M. Paul Gervais, la seconde par M. Boutin.

Nous arrivons aux cavernes du département de l'Ariège, dont quelques-unes présentent un sérieux intérêt. Ce sont celles de Massât de Lherm et de Bouichéta.

Deux grottes, très remarquables à raison de leur étendue, onl été explorées par Fonlan, dans la vallée de Massât, qui en renferme beaucoup d'autres moins importantes. L'une est située au pied d'une montagne calcaire, à environ 20 mètres au-dessus du fond de la vallée ; l'autre s'ouvre beaucoup plus haut; cette dernière seulement appartient à l'époque du grand ours.

D'après les résultats des fouilles, Fontan pensait que le sol a été remanié par une violente inondation, qui a mélangé les débris de diverses époques géologiques. Cet observateur recueillit dans la grotte de Massât des ossements de l'ours, de l'hyène et du grand tigre des cavernes, du renard, du blaireau, du sanglier, du chevreuil, etc., deux dents humaines et une tête de flèche en os. Il y remarqua, de plus, deux lits de cendres et de charbon, à des profondeurs diverses

Les cavernes de Lherm et de Bouichéta ont été visitées par MM.GarrigouetFilhol, qui y ont trouvé des ossements de la plupart des grands mammifères appartenant aux races éteintes, et en particulier du grand ours, dont plusieurs sont fracturés et ont conservé la trace des instruments qui ont été mis en œuvre pour en détacher les chairs. Quelques-uns ont été rongés par les hyènes, comme le prouvent les sillons profonds dont ils sont marcjués. Dos dcmi-mûchoires inférieures du grand ours et du grand ligreont élé trouvées façonnées en manière d'armes offensives, d'apr('s MM. Garrigou et Filhol.

La caverne de Lherm renfermait des ossements humains, savoir : Irois dénis, un fragment d'omoplate, un cubitus et un radius brisés et une phalange ungnéale du gros orteil, débris qui. d'après MM. Garrigou et Filliol, étaient tout à fait dans les mêmes conditions qui ceux de VUrsus }<pclœtis^ et qui, par conséquent, se rapportent à la inOme époque.

Dans la caverne de Llierm les ossements du grand ours existaient par milliers. Cette grotte devait donc servir de repaire à ces animaux qui allaient mourir dans ses profondeurs. D'après M. Trutat, de Toulouse, qui a fait exécuter dans la grotte de Llierm <les fouilles considérables, cette grotte n'aurait pas été habiiéo par rhonime du temps du grand ours. Cène serait cju'après l'extinction de ces animaux, à Tépcxpie de la pierre polie, que riiomme se serait établi dans cette retraite. M. Trutat ne croit pas que les altérations remarquées sur les os de grands ours soient le fait de riiomme, mais seulement d'animaux carnassiers.

Il ne parlage pas non plus Topinion de MM. Garrigou et Filhol sur Tapproprialion des milclioircs inférieures du grand ours à l'usage d'arme olTensive. Nous exposons ici les deux opinions, ne pouvant décider enlre elles.

Dans les deux départements de TAude et de la Corrèze, on a trouvé plus récemment des grottes qui appartiennent à Tépoque du grand ours et du mammouth; mais aucune particularité remarquable ne nous oblige à les mentionner plus longuement.

Nous avons dit que de nombreuses cavernes ont été explorées en Angleterre, en Belgique et dans bien d'autres pays. Nous n'entreprendrons pas de donner sur chacune des détails qui ne seraient que la reproduction de ceux qui précédent. Nous nous bornerons à citer les plus célèbres de ces cavernes appartenant A l'époque du grand ours et du mammouth.

Ce sont, en Angleterre, les cavernes de Kent et de Brixham, près de Torquay (Devonshire), dont la dernière n'a pas moins de plusieurs centaines de mètres; — les cavernes de la presqu'île deGower, dans le Glamorganshire (Galles du Sud), étudiées soigneusement dans ces dernières années par MM. Falconer et Wood, et où l'on a recueilli des instruments en silex associés à des ossements de VElephas antiquuf^ et du Rhinocéros heinitcchus, espèces plus anciennes que le mammouth et le rhinocéros à narines rloisonnées; — celles de Kirkdale (comté d'York), fouillées par le géologue Buckland; — celles de Wells (Somersetshire), — de Wokey-Hole, de Minchin-Hole, etc.

Signalons dans le nord de ritalic les grottes du Chiampo et de Uglio, sur les bords du lac de Côme, dans Icscjuclles on a découvert, comme à Vergisson dans le Mûconnais, des fragments de poterie grossière, dénotant une industrie déjà en progrès; celles des environs de Païenne, et en parliculicr de San-Ciro et de Macai^none.

Dans cette dernière grotte, au sein d'une brèche osseuse qui s'élevait juscpi'au toit, Falconer recueillit des instruments de silex, des éclats d'os, des morceaux d'argile cuite cl de charbon de bois, mélangés à de grandes coquilles terrestres (I Félix vermiculata) parfaitement conservées, à des dents de chevaux et à des excréments d'hyènes, le tout cimenté par un dépôt de carbonate de chaux. Dans une couche inférieure se trouvaient des

ossements de diverses espèces d'hippopotame, de VElephas aniiquus et d'autres grands mammifères.

Enfin l'Espagne, TAlgérie et la Syrie ont également fourni des cavernes de l'dge de la pierre.

Nous avons omis à dessein de nommer jusqu'ici les cavernes de la Belgique. Elles ont fourni, en effet, de trop remarquables débris du temps passé pour que nous nous bornions, en ce qui les concerne, à une simple mention. Celles des environs de Liège, explorées en 1833 par Schmerling, méritent un examen détaillé.

Schmerling visita plus de quarante cavernes, dans les vallées de la Meuse et de ses affluents. Quelques-unes étaient d'un accès si difficile, qu'il lui fallait, pour y arriver, descendre le long d'une corde, ramper ensuite à plat ventre dans d'étroites galeries pour pénétrer dans les grandes chambres, et rester là des heures, des jours entiers, les pieds dans la vase, la tête sous l'eau qui tombait des parois, surveillant les ouvriers qui brisaient à coups de pioche la couche de stalagmites, afin de mettre à jour la tei^e à ossemenls, où se trouvaient inscrits les témoignages palpables de la haute ancienneté de l'homme, Schmerling dut surtout accomplir cette périlleuse odyssée dans la caverne d'Engis, devenue célèbre par les deux crânes humains qu'il y découvrit.

La plupart des cavernes de la province de Liège^ recelaient des ossements épars du grand ours et de l'hyène des cavernes, du mammouth, du rhinocéros, mélangés à d'autres provenant d'espèces encore vivantes, telles que le loup, le sanglier, le chevreuil, le castor, le hérisson, etc. Plusieurs contenaient des ossements humains, également fort éparpillés et roulés, dans toutes les positions et à toutes les hauteurs, tantôt au-dessus, tantôt audessous des précédents; d'où Ton peut conclure que ces cavernes ont été remplies par des courants d'eau qui charriaient toutes sortes de débris. Aucune ne renfermait d'ailleurs d'os rongés ni d'excréments d'animaux d'espèces fossiles, ce qui détruit l'hypothèse qu'elles auraient pu servir de repaires aux bêles fauves. On trouve çà et là des os appartenant au môme squelette, parfaitement conservés et dans leur Juxtaposition naturelle : probablement ils avaient été amenés dans cette caverne par des eaux tranquilles, encore recouverts de leur chair, et aucun mouvement du sol ne les avait séparés depuis. Mais on ne parvint à découvrir aucun squelette complet, même parmi les petites

espèces de mammifères, dont la disjonction est généralement moins entière.

Dans presque toutes les cavernes, Schmerling rencontra des inslrumenls de silex, tailles en forme de haches ou de couteaux, el il fait remarquer « qu'aucun d'eux n'a pu être introduit à une époque postérieure, puisqu'ils se trouvaient dans la môme position que les restes des animaux qui les accompagnaient». Dans la grotte de Clokier, à 4 kilomètres de Liège, il ramassa un os poli, en forme d'aiguille et percé d'un trou à la base; dans celle d'Engis, un autre os taillé, avec des silex travaillés.

M. Edouard Dupont, aujourd'hui directeur du Musée royal (l'histoire naturelle de Bruxelles, s'est rendu célèbre, de nos jours, par ses découvertes dans les grottes des bords de la Meuse el de la Lesse. Nous aurons à parler plus loin des cavernes explorées par M. Edouard Dupont, qui appartiennent à l'âge de la pierre. Nous parlerons ici des cavernes de l'âge du grand ours et du mammouth.

La vallée de la Molignée (affluent de la Meuse) renferme trente cavernes ayant donné asile à l'homme de l'âge du mammouth el du grand ours. Les environs de Montaigle, sur la Molignée, renferment les plus intéressantes de ces cavernes.

« Un escarpement faisant partie du bois de Fry, près de Montaigle, est, dit M. Éd. Dupont, comme perforé de souterrains plus ou moins étendus. L'un se trouve à soixante mètres au-dessus de la Molignée et a été nommé trou de VEraUe. Trois autres, les trous du Sureau, du Cliéne et du Lièvre, sont de trente à trente-cinq mètres au-dessus du môme étiage. Enfin, le trou Philij/pe est seulement à une dizaine de mètres supérieur à la rivière, a A Fâge du mammouth, une peuplade sauvage établit, pendant un temps prolongé, son séjour dans le trou du Sureau.

t Cette caverne est située à trente-trois mètres au-dessus du cours d'eau. Pendant qu'elle éta't lo siège de cette habitation, les eaux de la rivière vinrent l'inonder plusieurs fois, chassant ses habitants et déposant sur les débris de leur ménage le limon stratifié (jui nous permet de nous orienter si exacU^nent dans ces périodes reculées.

f Les dépots fluviaux do la caverne renfermaient trois niveaux ossifères superposés; ils témoignaient d'un nombre correspondant d'anciens sols habités.

« Elle a une superficie de près d'un arc. Presque aussi longue que large, elle a une tlouble ouverture qui réclairo dans toute son étendue, mais qui donne lieu à un fort courant d'air. Elle fut à toutes les é[)oques exceptionnellement sèche, témoin l'absence prescjuo com[)lète de stalagmites et de stilaclites dans son sol et sur ses parois.

« Toute caverne large, à grande ouverture et qui n'était pas très humide.

78 AGE DE La pierre.

fut toujours, dans notre région, longtemps habitée par nos anciens indigènes.

« Celle-ci ne présentait qu'un inconvénient réel, celui du courant d'air: mais il n'existait probablement pas durant une partie de cette époque. Certains faits portent à croire que rentrée dirigée vers le trou du Chêne est due à un éboulement plus récent.

« Les anciens sols d'habitation, recouverts de limon fluvial, offrent ici, comme dans toutes les autres cavernes, le môme aspect. Quantité d'ossements d'animaux brisés et brûlés, des débris d'industrie, étaient répandus çà et là sans ordre sur la superficie. Des traces d'un foyer consistant eu terre brûlée, mélangée à des cendres et à du charbon, se montraient vers le milieu de la caverne*, les ossements et les instruments étaient plus abon- •dant&dans son voisinage que dans le reste du souterrain. Telle était à cette date lointaine, dans notre pays, Thabitation des sauvages, nom que méritaient nos indigènes, car les mœurs dont nous allons faire l'étude sont bien les mœurs de populations plongées dans une barbarie qui dénote l'état social le plus inférieur.

a Les ossements d'animaux se rapportent principalement à l'éléphant, au rhinocéros, k l'ours, à l'hyène, au cheval, au renne, au bœuf.

tt Tous ces animaux servirent à nourrir les habitants de la caverne ; les ossements en portent la marque irrécusable.

a On est d'abord étonné de voir que ces os appartiennent tous à la tète ou aux membres. On peut dire tous, car, en présence d'un nombre de débris du crâne ou des os des pattes se rapportant à plus de cinquante animaux de la taille de l'ours, du rhinocéros ou du cheval, on peut ne pas tenir compte de quelques fragments de côtes, d'os du bassin, de l'épaule et de quelques vertèbres. Encore les vertèbres appartiennent-elles presque toutes à la partie de l'échiné la plus rapprochée du crâne.

tt Qu'est-ce à dire, sinon que ces chasseurs, lorsqu'ils parvenaient à tuer un de ces animaux, ne prenaient pas la peine de le transporter purement •et simplement dans leur demeure? Ils dépeçaient l'animal sur place et n'apportaient avec eux, outre les chairs, que la tète et les os des membres, parce qu'ils trouvaient dans ces os la cervelle et la moelle, dont, à la manière des Esquimaux, ils étaient très friands. Les autres parties du squelette ne leur offraient rien dont ils pussent tirer parti, et ils les abandonnaient sur les lieux du trépas.

« En rapportant la tête et les pattes, c'était bien leur but d'en extraire la moelle et la cervelle : tous les crânes ont été mis en pièces et ne sont représentés que par des menus fragments; les os des pattes sont brisésde telle manière que les tètes de l'os (épipliyses) sont séparées du corps (diaphyse). La diaphyse a elle-même été cassée en long, et ses débris portent la marque d'instruments tranchants et contondants.

Ces os ont donc été brisés avec intention et témoignent de l'évidence de leur transport dan5 le souterrain par la main de l'homme.

a Quant aux instruments, ils sont presque au-dessous de ce que l'imagination peut nous indiquer comme industrie rudimentaire. Il faut même avoir l'attention portée sur ces objets pour y reconnaître les ustensiles d'une peuplade.

« Ce sont de simples morceaux de silex (pierre à fusil), dont Tune des faces est plane et l'autre est taillée à facettes irrégulières, dans le but d'ob-

lenirune arête plus ou m^ins tranclianto. Us ont une forim gro.ssiôreuidnt trianjçulaire.

c Leurs bords émoussés montrent qu'ils ont entimô des corps durs. I Le choix de cette substance pour lei outils prouve déjà da progrès et de l'observation chez ces sauvages ...

c Le silex, Tun des corps les plus durs de la nature, donne, îi ca'.is.) de sa structure compacte, dos éclats b. arôtcs assez affilées poir entamer presque toutes les substances. S'il était plus tenace, nous nous en sirvirions sans doute encore nous-mêmes comma instrument tranchant.

« La connaissance de ces propriétés n'a pu être acquis.) tout d'un coup. L'emploi exclusif du silex fut sans douto précédé d'une bien longue phase de tâtonnements pondant laquelle bon nombr3 de tentatives durent être faites sur d'autres matières; d'autant plus que le silex en usige n'est pas celui du pays : il provient des régions crayeuses, et on n'en rencontre qu'en Champagne, dans le Hainaut oudans la province de Liège, parmi les régions qui nous entourent.

« Notre silex, appelé dans le pays clavlas et dans la science phtanite, ne se prête pas à la taille, par suite de m )di[ications apportées dans sa structure et sa composition par diverses actions naturelles fort anciennes. On peut cependant voir, dans les collections provenant de nos cavernes, les essais tentés par ces peuplades pour l'utiliser, essais infructueux qui los forçaient à recourir aux silex crétacés, dont l'éloignement devait leur rendre la possession bien difûcile. Ainsi qu'il seramjntré plus loin, le silex qu'elles employaient était le silex de la Champagne, et nous essayerons do pénétrer comment elles se le procuraient.

« Les bois de renne servaient aussi à faire des pointes de dards. La ca- Tcrne de Montaigle en a produit un beau spécimen. Il a la forme d'un losange allongé. L*une des extrémités est la pointe; l'autre est taillée en douille pour recevoir le bout d'un manche coupé en bec do flûte.

c On y a trouvé un siflTet fait avec une phalange do renne. Cet os est creux chez ces animaux. Un petit trou circulaire a été percé près de la facette articulaire postérieure, et en appliquant les lèvres sur cette facette, on en tire un son très aigu.

« C'était le savoir industriel de nos indigènes et ses produits : un os appoint!, un éclat de silex triangalaire destiné ou non à être emmanché et serrant tout à la fois d'ustensile de ménag.î, d'arme offensive et défensive. « Ce n'était évidemment pas avec dj semblables instruments, quelle que fût leur adresse à les manier, que ces hommes pouvaient se rendre maîtres de colosses comme le mammouth et le rhinocéros, ou de bêtes aussi féroces que l'ours, l'hyène et le lion. Que pourrait faire une pointe d'os ou de silex contre des êtres aussi puissants?

t Nous sommes ainsi conduits^ admettre que la ruse et les pièges étaient leurs recours, mais on conçoit qu'il n'est pas facile de reconnaître ceux qu'ils employaient.

« Un procédé, fort employé contre les carnassiersadultes, tels que l'ours, l'hyène et le lion, qui se réfugient dans les cavernes, est d'obstruer l'entrée de l'antre et d'enfumer tous les êtres qui s'y trouvent. Nos indigènes connaissaient le feu, puisqu'on retrouve dans leurs demeures des cendres, des os carbonisés, etc. Ils pouvaient donc bien se servir du procédé des sau- Tages actuels.

« Nous savons aussi que les Hottentots s'emparent sans danger de Téléphant, en creusant sur son passage une fosse où ils placent, obliquement, un pieu et qu'ils recouvrent de branches et de terre. Le monstre, venant à rencontrer le piège, s^y enfonce ; le pieu lui pénètre dans la poitrine, et tous les efforts de Tanimal pour se tirer de ce mauvais pas n'ont pour effet que de le blesser plus dangereusement.

a Le relevé suivant des principales espèces qui ont apparu aux festins des habitants de la caverne de Montaigle, montrera à quels animaux ils osaient s'attaquer. Rien ne peut mieux nous donner une idée de leur savoir-faire que cette liste, où nous voyons figurer souvent plusieurs des ôtres les plus puissants, les plus féroces ou les plus agiles de la création :

Mammouth^ quelques débris d^un individu de grande taille ; Rhinoeéro8y quatre individus; C/ieva/, sept individus; Cerf commun, deva. individus; Bœufurus, deux individus; Aurochs, deux individus; Renne^ dix individus; Chamois, deux individus; Ours des cavernes, quarante-cinq individus; Ours gris (Ursus ferox), un individu; Renard, dix individus au moins ; Loup, un individu ; Lion des cavernes, un individu ; Hyène^ huit individus, dont plusieurs jeunes.

« Espèces représentées presque exclusivement, comme nous l'avons vu» par les restes des cran es et des os des membres, c'est-à-dire par des parties du squelette qui renfermaient des substances bonnes à manger. Que la cervelle et la moelle de ces bètes fussent leur régal, peut-on en douter quand nous voyons que sur un nombre d'animaux qui ne peut être estimé à moins de soixante-dix , ni un cràno ni un os des membres n'est entier, et que leurs débris portent souvent la marque de coups et d'entailles ^ T >

Dans le Nouveau Monde, des cavernes à ossements ont été exploitées. Citons surtout le Brésil, où Lund n'a pas fouillé moins de huit cents cavernes de difîérenLes époques, et dont il a exhumé un grand nombre d'espèces animales inconnues. Dans une de ces grottes, située près du lac de Sumidouro, Lund trouva des ossements humains provenant d'une trentaine d'individus d'dges divers, et« dans le même état de décomposition et dans les mêmes circonstances que les ossements des animaux de dilTércntes espèces éteintes ».

1, L'Homme pendant le^ âges de la pierre dans les environs de Dinant-sur- Meuse^ par É. Dupont, in-S". Bruxelles, 1872, pages 71-82.

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