XXVI INTRODUCTION
quelque chose de changé; la solidité de cet édifice moral est accrue. Notre père, l’homme qui a été, agissait par tradition ; et sa foi, son acceptation de la loi du travail, son respect de l'autorité, pouvaient être entamés et même détruits par des sophismes; notre enfant, l'homme qui vient, agira de même, mais sans craindre aucune attaque de la demi-raison, car il aura détruit, avec sa raison, tous les obstacles que la demi-raison avait dressés devant notre foi ; conscient, il ne pourra être détourné, par aucune tentative de la fausse science, de la voie de son salut.
Travailler et prier: toute la dignité de l’homme est là,et toute sa grandeur. Et tout devoir humain, toute nécessité humaine, se résume essentiellement en ces deux mots.
Travailler pour vivre et pour croître, pour élever l’homme, et prier pour conserver la force de travailler et la volonté d'’élévation. — Le reste, ainsi parlait l’immortel Anglais — /e reste est silence.
Octobre 1906.
L'HOMME AU FOUET, OU LE PREMIER NOBLE, OU LE PREMIER CAPITALISTE, OÙ L'INITIATEUR DE LA CIVILISATION.
Après la chute, au temps où nos pères vivaient dans l’état de nature, c'est-à dire au temps où rien ne les distinguait des autres animaux, quand ils menaient une existence précaire, au Jour le jour, cueillant des fruits, tuant des bêtes, se. cachant la nuit dans les trous où la griffe de l’ours ou du tigre venait déchirer leurs songes, il y a eu un homme qui s'est dit :
— Cela n’est pas une existence d'Aomme ! Cela n'est pas vivre! Moi, je veux.
Les autres grognaient déjà depuis longtemps des choses semblables ; des nuits, ils se levaient et criaient vers le ciel :
— Qu'avons-nous fait aux bêtes pour qu’elles nous tuent ? Dis-leur donc qu’elles nous laissent en paix.
Et quand ils crevaient de faim à cause de la sécheresse :
— Tu n'es pas juste! Tu nous gorges une année, et tu nous laisses mourir l’autre.
Lur, il connut des pensées confuses dans sa tête et des sentiments amers dans son cœur. Il éveilla ses frères à coups de poing :
— Écoutez :
Il ne faut pas attendre que le tigre vienne nous attaquer ; il faut aller le tuer dans la forêt ;
Quand il y a trop de fruits, il faut en garder pour le temps où il n’y en aura pas assez.
Un vieil homme lui répondit :
— Le tigre, nous ne savons où il est; les fruits, ils pourriront. C’est bien : tu n’as rien à dire. Îl viendra le temps de justice où toutes les bêles mauvaises seront mortes, où il y aura toujours des fruits, où le froid ne fendra plus notre peau.
Les autres le regardaient d’un air soupçonneux.
Il dit alors :