IV. — LA VRAIE LÉGITIMITÉ
Un temps vient où les aristocrates, qui ont perdu le souvenir des nécessités de premier établissement, n’ont plus la force et les capacités de se maintenir dans leur situation, en abandonnent les charges et veulent en conserver les avantages. « Nous sommes, disent-ils alors, légitimes », car ils veulent remplacer l'énergie qui leur manque par une fiction qui engendrera l’inertie chez les esclaves. C’est vouloir tromper Dieu. Certes, vous êtes des maitres légitimes, quand vous êtes de vrais conducteurs d'hommes. L’aristocratie est légilime parce qu'elle est la condition nécessaire de la civilisation ; mais les aristocrates peuvent cesser de l'être, sils manquent à leur tâche. Mais cela paraît inévitable que les aristocrates ne soient plus un jour à la hauteur de leur tâche, non seulement parce que, à la longue, le plaisir l'emporte chez eux sur l’effort, que la foi et la crainte s’affaiblissent, mais aussi parce que le monde
change et qu'il faut des qualités nouvelles pour le diriger, et ces qualités, ce ne sont point celles que leur tradition a cultivées.
Et les esclaves disent : « Nos maîtres ne valent rien, ils empêchent le progrès ; il faut les jeter hors de nous. » Car les esclaves sont le réservoir de l'énergie, et il est né parmi eux des envieux, des ambitieux, des hommes forts, des esprits ardents, des inventeurs de tâche, des combinateurs, et c’est leur voix que l’on entend. Mais c’est aussi la voix de ceux qui ne sont rien que des esclaves, car ils auraient honte maintenant de retourner à la Bête et ils acclament les nouveaux hommes qui vont les entraîner vers les nouvelles hauteurs. |
Quand donc les aristocrates sont épuisés et qu'ils sont des mensonges de conducteurs, les esclaves se révoltent irrésistiblement, non parce que les aristocrates ne sont plus assez forts pour les maintenir, mais parce qu'ils sont incapables de les conduire et les laissent redevenir des bêtes qui vivent dans des tanières et mangent des racines, tandis qu'eux, confiants dans leur « légitimité », gaspillent les efforts de leurs pères dans les plaisirs. Alors les esclaves