LE RENOUVELLEMENT
les scribes d’ambassade, les sergents raccommodeurs de souliers, les orateurs de cabaret, les. politiques de carrefour et les journalistes qui tenaient leur plume comme une épée, et ceux même qui n'avaient pas encore eu la révélation d'eux-mêmes : les boulangers, les serruriers et les valets d'écurie.
Chacun s’avance, avec sa bande de partisans, comme un baron du moyen âge avec ses vassaux. Ils ne sont pas la négation de la noblesse, ils sont la nouvelle noblesse. Pillards, voleurs, tripoteurs des fonds publics, maîtres chanteurs parfois. C’est possible. Ils n’ont point le temps d'établir leur fortune honnêtement, par les nouvelles forces d'industrie et de commerce, et on ne les reconnaîtra définitivement que lorsqu'ils auront réuni autour d'eux les signes de leur force ; il faut bien que l’on puisse mesurer, à la grandeur de leurs appétits, ce qu'ils sont capables d’administrer dans la nation. Ils prennent l'argent, les valeurs, pour s'assurer l'exercice de leurs facultés, comme autrefois les barons prenaient les terres. — La fortune publique à qui peut s’en servir pour le plus grand bien du pays. « Malhonnêtes gens », disent les « légi-
times » aristocrates. Comment avons-nous nommé vos pères, aristocrates, les fondateurs de vos légitimités, ceux qui ont pris nos terres ? — Nous les avons nommés Conquérants.
Et maintenant qui prendra la direction suprême? Il faut, pour le savoir, qu'ils se battent entre eux, comme autrefois les premiers conquérants, pour établir une vraie hiérarchie, et pour que le plus fort se révèle incontestablement, comme Charlemagne. Et quand il se montre, ils se liguent tous contre lui, comme jadis les barons contre le roi, — mais c’est pour le faire grandir et pour l’éprouver. Quand il les a tous vaincus, ils ne doutent plus, ils savent qu'il est assez fort pour les conduire à la victoire : sois donc loué alors, toi, seul et vrai maitre, vrai conducteur, vrai roi, Ô toi Napoléon!