VI. — CÉSAR, OU CELUI QUI FAIT DU DÉSORDRE AVEC DE L'ORDRE
Bien que César soit des plus grands parmi les maîtres, bien que l'on puisse le nommer « vrai roi », parce qu'il est, au moment où il établit son pouvoir, l'auteur d’une œuvre vraiment royale, qui est la paix, l’ordre imposé à tous, il n’est qu'un faux roi, un roi de l'heure, sans liens royaux avec le passé et l'avenir, alors qu’un roi authentique est un roi de la durée, fils et père de roi, anneau de la chaîne royale qui maintient unies, dans le temps et l'espace, toutes les parties de la nation.
« Usurpateur », disent les fidèles serviteurs du souverain dépossédé et les cousins royaux. Et ta colère, à César, et ton mépris, etta rude volonté de vivre roi, et notre admiration, et notre amour pour toi, ne peuvent faire taire ces voix ni celle qui répond en loi et en nous : « Vérité. »
Et pourtant César est là, assis sur un trône,
la couronne sur la tête, et tenant le sceptre à la main. Pourquoi donc n'est-il point roi ?
Pouvons-nous appeler « père » celui qui entre dans notre maison lorsque nous sommes en révolte contre l'autorité paternelle, nous aide à tuer notre père, rétablit ensuite l'ordre dans la maison et dit : « Je suis le chef de la famille et le maître des biens » ?
Pas plus que nous ne pouvons nommer «père » cet homme, nous ne pouvons acclamer « roi » César. Car un roi n’est pas roi seulement par ses vertus individuelles, par la force personnelle avec laquelle il peut imposer son pouvoir : mais il est roi comme membre d’une famille. Et pourquoi n'est-il point roi par sa seule vertu ? C’est parce qu'un royaume, une grande nation, ne peut pas être l’œuvre d’un seul individu ; c'est parce que cette œuvre exige des siècles qu’elle ne peut être que l’œuvre d’une famille, et uneseule famille peut accomplir celte tâche, parce que, seule, une même famille, suivant toujours une même tradition, peut imposer aux hommes une même paix, une même direction, un même effort de progrès, une même âme, afin qu'ils soient attachés à la nation non