LA PART DU MAITRE
courte. Pour une petite satisfaction dans le présent, vous sacrifieriez tout l'avenir. « Donneznous la part du maître », criez-vous. Mais si l’on supprime la part du maître, qui donc voudra être maître, qui donc voudra assumer le tourment, la responsabilité, l'effort que comporte la tâche de direction ?
Qui done consentirait à se priver de plaisirs pour chercher des combinaisons avantageuses pendant que vous regarderiez se coucher le soleil ? Qui donc entreprendrait de vous exciter à la besogne, et de surveiller votre travail, et de s’exposer ainsi à attirer sur lui le mécontentement que vous causerait la fatigue ? Qui voudrait porter tout ce fardeau s’il ne devait tirer de son action nul profit supérieur au vôtre ? Mais même s’ilsetrouvait parmi vous un homme qui le voulût prendre, simplement pour la gloire, pour attirer les regards sur lui, quel intérêt au-
rait-1l à toujours chercher à mieux faire, c’està-dire à croître lui-mêmeet à vous faire croître? Le maître, dans notre régime, est poussé par vous ; Car il sait que vous enviez sa part, et il craint que l’un de vous devienne aussi fort que
lui et lui prenne sa place; et cela l’excite à mieux
faire, à tirer de soi toutes ses ressources, à devenir plus fort afin de demeurer celui qui est le meilleur conducteur, qui donne à l’action commune les plus larges profits. Qu'arrivera-t-il s’il n'a plus de prolit ? Il ne se sentira plus jalousé par vous, ni menacé dans une situation qui n'aura pas plus d'avantages que la vôtre, et Jaissera s’affaiblir son énergie. Ainsi ne croissant plus, décroîtra-t-il, et vous avec lui.
Il faut craindre encore plus l’homme qui serait tout à fait désintéressé, qui trouverait dans l’action toute la récompense de son effort et vous en laisserait à tous également tous les profits matériels. Car le plus grand profit vous viendrait avec le moindre effort, et vous vous en remettriez complètement à lui. Quelle raison auriez-vous de faire le plus petit effort, puisque sans effort tous vos désirs seraient satisfaits par. lui ?
Ainsi deviendriez-vous des hommes veules, et la source même de l'énergie se tarirait en vous. Et ce serait encore votre propre avenir qui serait compromis: lorsque l’homme désintéressé mourrait, vous ne pourriez plus tirer de vous celui qui pourrait le remplacer, car votre éner-