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LA PART DU MAITRE A

gie se serait épuisée non plus seulement dans quelques individus, mais dans la race.

Il viendrait donc un temps où 1l n'y aurait plus de maître. « C’est ce que nous voulons, disent les esclaves révoltés. Ni Dieu ni maître. » Frères, je vous ai montré que le maitre est indispensable si nous tenons à persévérer dans la civilisation, si nous ne voulons pas retourner à la Bête. Je vous montre maintenant que lapart du maître est nécessaire pour que le chef existe. C’est à vous de décider : songez que vous portez dans vos reins des maitres futurs. Voulez-vous croître ou décroître ? Si vous voulez croître, cessez de demander la part du maître, afin qu'il y ait toujours un appât pour l'énergie de l’homme et que les hommes deviennent plus énergiques en rivalisant pour l'obtenir. Car la fortune est pour les hommes ce que sont la lumière et l'air pour les arbres dans la forêt; et l'homme est comme l’arbre qui grandit pour avoir plus d’air et de lumière et qui a besoin ensuite de plus d'air et de lumière parce qu’il est plus grand.

Il est pourtant des hommes pour qui le désir de la part du maître n'est point le ressort de l'action. Ils agissent; ils dirigent ; ils élèvent leur énergie et celle d'autrui ; ils augmentent la richesse de leur groupe, et ils dédaignent la plus-value qui leur revient. Ils donnent beaucoup et reçoivent peu. Et comme ils ne gardent point pour eux seuls le profit de leur action, ils ne craignent point qu’on le leur prenne.

C'est ainsi que, n’agissant ni par désir de posséder ni par crainte de perdre, ils échappent à la loi commune des hommes : ils sont comme les dieux qui se déterminent uniquement par eux-mêmes, et c'est pourquoi des peuples les nommaient « héros » ou « demi-dieux ».

Parce que nous sommes aujourd’hui plus loin de l'innocence que ces peuples, nous donnons moins volontiers à ces « Sur-humains » ces litres glorieux ; « Hommes de génie », disonsnous, quelquefois avec dépit; « Ambitieux »,

« Orgucilleux », « Hommes monstres », disent les envieux déçus qui sont parmi nous, car l’homme n’aimepasàreconnaîtrelasupérioritéchezautrui, et la supériorité du héros est telle qu’elle nous fait sentir trop vivement notre infériorité, ce qui nous donne du dépit et de la haine. Mais cela nous empêche de jouir des biens qu'il nous donne. Les anciens avaient tourné habilement la difficulté en nommant « divin » le héros ; on ne souffre pas de la supériorité d’un dieu, et ainsi ils ne se senlaient pas amoindris dans leur orgueil d'hommes en reconnaissant l’éclatante supériorité de l’homme-dieu.

Ils avaient plus raison que nous; et nous avons beau répéter « ambitieux », « orgueilleux ».…, nous savons bien au fond de nous-mêmes que cela ne suffit pas à /es expliquer et qu'ils ne rentrent pas dans nos catégories normales.

Car il y a chez eux un véritable désintéressement, non pas qu’ils agissent sans égoisme (ils agissent au contraire avec un plus grand égoïsme que le nôtre), nrais parce qu'ils dédaignent le profit matériel de leur égoïsme. Je parle ici de tous les hommes de génie : que leur tâche soit d'organiser des empires, de trouver desdirections

pour l’énergie de peuples entiers, de « créer des valeurs», selon l'expression de Nietzsche, d’exciter nos passions, de détruire les fléaux ; qu’il s'agisse d'un Alexandre, d'un Cromwell ou d'un Napoléon, d'un Richelieu, d’un Colbert ou d'un Bismarck, d'un Aristote ou d’un Auguste Comte, d’un Shakespeare ou d’un Gæthe, ou encore d’un Pasteur ; le résultat de leur action est toujours pour nous un profit matériel, un accroissement de vie, si l'on veut, c’est au fond la même chose.

Et c'est là ce qui nous déroute, nous qui ne travaillons pas pour la gloire: ce profit matériel, ce bénéfice de leur action, c’est à peine s'ils en jouissent eux-mêmes, tenant plus à l’accomplissement de leurtäâche, à la réalisation de leurs conceptions, qu’aux jouissances des résultats. [ls vivent pour agir, pour travailler, tandis que nous, nous agissons, nous travaillons pour vivre ; ils jouissent de l’action ; nous Jouissons de la vie, c’est-à-dire des résultats de l’action et du travail. C’est trop évident pour un Auguste Comte ou un Pasteur pour qu'il faille le démontrer. Ce l’est moins pour un Napoléon ou un Bismarck ; mais si l’on veut bien ne pas se laisser éblouir par le décor qui est indispensable

à ces hommes de pouvoir, ce décor que les démagogues disent être le but et qui n’est qu'un moyen, on verra qu’il en est de même pour eux. Car leur existence est essentiellement aussi simple que celle des premiers, et la part de richesses dont ils jouissent personnellement est souvent infiniment plus réduite que celle d’un bourgeois aisé. [ls prennent en outre ce qui est nécessaire à leur action, et le réste, ils l’abandonnent à tous les hommes. Eux, ils sont audessus de leurs richesses : ils sont désintéressés, et c’est ce qui leur permet d’être de grands bienfaiteurs publics. |

Mais ce désintéressement qui nuirait à l’énergie de tout ce qui estau-dessous d’eux, ils en préviennent instinctivement les conséquences démoralisantes ; ils en font un moyen d’exciter notre énergie.Car les richesses qu'ils nous abandonnent, ils ne Îles partagent pas également entre nous tous ; ils agissentcommelanature:ils les livrent à nos convoitises rivales. « Au plus fort», dit l'Empereur, et il distribue sesrichesses aux plus braves de ses guerriers ; « Au plus habile utilisateur », dit également, et malgré lui, le chimiste démocrate Berthelot, laissant

dans le domaine public le bénéfice de ses découvertes et de ses inventions.

Aïnsi ces hommes de génie sont-ils vraiment des dieux qui tiennent des couronnes au-dessus des hommes pour exciter leurs passions et leur faire accomplir de plus grandes actions. Jeu surhumain, terrible pour nous, qui ne sommes point des héros, et qui sommes bien vite abattus lorsque nous le tentons.

Pourquoi donc le héros peut-il agir ainsi ? Et quel est le ressort de son action, puisque ce n’est pas l’amour des richesses ?

«C'est qu'il a trop de richesses, dit le démagogue ; si grands que soient ses appétits, ils sont dépassés par ses richesses. » Argument troublant quand il s’agit d’un Richelieu; mais quand il s’agit d’un Washington ou d'un Colbert, que dis-tu, démagogue ? Pourquoi cet homme créa-t-il tant de richesses, lui qui avait des appétits moindres que les tiens ?

«C’est que cet homme n’est qu'un mécanisme du système capitaliste », dit le démagogue. Cela ne résoud point le problème. Je demande pourquoi ce mécanisme humain est différent des autres mécanismes humains qui absorbent et

ne rendent rien, sinon pour se reproduire et s'assurer contre la maladie et la vieillesse.

« C’est l’amour du pouvoir et de la gloire », dit encore le démagogue. C’est cela même qui est le mystèreet l’anomalie déconcertante. Nous autres, nous aimons le pouvoir pour la plus grande richesse qu’il nous permet d'acquérir. Je demande pourquoi le héros aime le pouvoir qui est pour lui un effort et une douleur, s’il n’en tire pas de satisfaction matérielle ?

Car si c'est un plaisir pour l’homme qui se fait servir par un autre homme, c’est une douleur pour celui qui est conducteur d'hommes ou de nation : il doit non pas jouir du pouvoir, mais l’exercer, c’est-à-dire faire constamment

l'effort d'inventer des directions pour les autres. Mais s’il jouit de cet exercice, il obéit donc à d’autres lois que les hommes, lui qui jouit deson

effort, de sa fatigue ? Et va-t-il falloir que nous reconnaissions et admirions chez lui le désintéressement, cette vertu que nous considérons comme la plus grande parce qu’elle est celle qui nous prolite le plus, etque nous,hommes faibles, nous ne pouvons réaliser ? Faudra-t-il que nous abaissions notre orgueil pour reconnaître la

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supériorité de l’homme héroïque qui s'impose de souffrir pour que nous jouissions et qui agit sans la contrainte ni la crainte d'un autre homme ?

Consolez-vous dans votre orgueil, petits orgueilleux, les savants ont percé le mystère : le héros est un homme déséquilibré. Son héroïsme est une maladie, comme Le vice qui contraintun être à agir sans souci et parfois sciemment à l'encontre de ses propres intérêts.

Il y a chez lui une difformité, une monstruosité physiologique : point d'équilibre entre ses instincts, et l’un d’eux est tellement hors de proportion qu'il peut tyranniser tous les autres et contraindre toutes les facultés de l'être à le servir. Là est le secret de la contrainte que s'impose le héros. Là est le secret de la force qui l’oblige à rechercher ce qui est la douleur pour toute sa sensibilité. Il porte en lui-même son propre fouet.

« Délivrance! s’écrient les consommateurs de plaisir qui flânent sur la place publique. Nous voilà supérieurs à l’homme supérieur, car nous, nous sommes bien équilibrés. Nous voilà libérés de l’admiration qui nous humiliait, libérés, oui,

car nous ne pouvons admirer un malade: c’est contraire au vœu de la nature. Si le héros accroît notre vie, nous ne lui en devons ni reconnaissance ni admiration ; il n'a aucun mérite à être grand, car c’est un malade, un être difforme, un fou. »

Hommes bien équilibrés, vous êtes très rusés, car « vous voulez tout avoir et ne rien donner», mais vous avez décidément la vue très - courte. Non, il n’a aucun mérite à être grand, pas plus que vous à être petits. Et chez nous autres hommes, nul n’a de « mérite » en quoi que ce soit. Car tout « mérile » nous vient de Dieu, ou de la nature, si vous voulez. Aussi bien, n'est-ce point là-dessus que nous juge l’espèce. Pas plus que vous ne Jugez l'effort en soi, elle ne juge l’héroïsme en soi. C’est à leurs résultats qu’elle pèse les actions. Car la nature agit avec nous comme nous agissons avec nos machines : celles qui sont d'un bon rendement, nous les entourons de soins; les autres, nous les jetons au rebut. Ainsi fait-elle des hommes bien équilibrés comme des déséquilibrés : ceux dont l’héroïsme est d’un rendement nul, elle les précipite dans les bas-fonds, et uous les appelons

fous et misérables ; les autres, elle les élève audessus de nous, et nous les appelons hommes de génie et héros. Car le héros est un fou dont la folie nous est profitable. Et nous suivons le vœu de l'espèce en l’acclamant, car nous l’encourageons dans sa bienfaisante folie et nous excitons à naître les folies semblables, et il est nécessaire qu'il s’en produise pour l’accomplissement des tâches dont le rendement est certain, mais lointain,et ne se manifeste parfois qu'après toute une existence d'homme.

Et songez à ceci, hommes : il y a de l’héroïsme en chacun de nous, car nous avons tous une difformité, un instinct disproportionné dont l'exercice est empêché par les autres instincts, qui, réunis, sont plus forts que notre instinct disproportionné, jusqu’au jour où, n'ayant plus besoin d'agir, ils lui cèdent la place, ce qui arrive seulement dans notre vieillesse. Songez que par nos petits héroïsmes peut s’opérer la troisième transformation de la contrainte ; imaginez que nos héroïsmes, nos maladies d’instincts, nos folies particulières se manifestent et soient développés pendant notre enfance et adaptes aux fonctions nécessaires à la civilisa-

tion : nous serions ous des fous les uns pour les autres, mais l'existence de la civilisation serait assurée et nous ne sentirions pas la contrainte. Et peut-être est-ce la vision confuse de cet avenir qui agite les héros d’aujourd'hui, les grands conducteurs et (car il peut aussi y avoir des héros parmi eux) les grands démagogues ?

Ne ménagez donc pas vos applaudissements au héros. Élevez-le, car il vous élève. Demi-dieu ou déséquilibré, il est la plus forte et la plus haute expression individuelle de l’espèce ; car tandis que nous ne pouvons lutter pour notre espèce qu’excités par nos semblables, et-que nous ne sentons notre énergie que par notre rivalité au sein même de notre espèce, le héros lutte, de son propre mouvement, pour l'élévation de l'Homme, ne répondant de son action que devant Dieu. I] est comme une forme humaine du

génie même de l’espèce.

XIV. — À QUOI SERT LA PART DU MAITRE, OU L’ACCROISSEMENT DE LA CIVILISATION PAR LA CAPITALISATION.

« Tout est même flèche ettend au même but. »

Et tout est merveilleusement enchaîné dans la nature, même dans ceite sur-nature qu'est la société humaine, ici pour le plus grand bien de l'espèce.

« Incohérence, anarchie capitaliste », disent nos théocrates modernes, adorateurs de la Justice, pédagogues-démagogues, et tous ceux de la bande rationaliste, ces extraordinaires ambitieux qui ne voudraient être rien moins que les régulateurs de toutes les forces humaines, Car ils ont la vue trop faible pour découvrir toutes les flèches de nos actions et le but que nous assigne l'ordre même de la nature, et ne voyant pas cet ordre, croient qu’il n’existe pas. |

«A quoi sert la part du maître? » demandent-ils en levant les bras: « Elle ne sert qu'à

satisfaire les grossiers instincts du maître, à parer sa femme avec un luxe outrageant, et à perpétuer l'injustice et l’odieux privilège de sa domination par ses enfants. »

Mais songez d’abord à ceci, vous autres, hommes de la nature (car vous vous dites tels, et ne parlez que de voies et philosophies naturelles, et encore d'ordre naturel): l’ordre même d'aujourd'hui est un ordre naturel, car, quoi que nous fassions, nous sommes les choses de la nature. Et vous dites une très grande sottise lorsque vous faites proclamer par vos docteurs laïques que l’homme par la science asservit la nature à ses fins: l’homme n'est point audessus de la nature dont il est le produit, et c’est elle qui l’asservit à ses propres fins.

Et songez maintenant que, dans un ordre qu'elle a établi, il peut bien y avoir une raison qui échappe à voire raison. L'homme n’est pour la nature qu’un moyen (c’est ce que les croyants expriment en disant qu'il est sur ierre pour servir Dieu) : cessez donc de répéter, avec votre vieillard de Kœnigsberg, qu’il est une /in en soi. Et puisque l’homme n’est qu'un moyen, son action peut-elle être une fin ? Allons-nous

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croire que notre organisation naturelle, en créant la part du maître, n’a eu d’autre raison d'être que de « gorger le maître de richesses » ?

Allons-nous croire que le maître peut faire de lui-même une fin pour toutes les forces de la nature qui nous meuvent ?

Esclaves, mes frères, écoutez donc ce que je vous dis: le maître est un homme comme nous, et si nous sommes des moyens pour lui, il est un moyen pour quelque chose qui est au-dessus de lui, car nous sommes tous des votes et non pas des buts. Le maître est aussi une voie pour l’espèce. :

Je vous ai montré que la part du maître est un appât pour l'énergie de l’homme et qu’elle sert à susciter des conducteurs ; je veux maintenant vous montrer ce qu’elle devient entre les mains du maître et comment elle fait de lui l’accumulateur de l'énergie et le moyen de l’accroissement des ressources de l'humanité.

Que fait le maître de sa pari? Il en prend une partie pour lui-même, pour sa vie personnelle de chaque jour, et si cette partie dépasse ce qui est largement nécessaire à l’entretien de sa vie, si elle lui donne du luxe, elle ne

peut néanmoins dépasser sa capacité de jouissance. Et comme sa part comporterait, à être consommée tout entière chaque jour, beaucoup plus de jouissances qu’il n’en peut supporter sans compromettre son équilibre, il se trouve obligé de la capitaliser, c’est-à-dire qu'au lieu d'en jouir en choses qui ne durent qu’un moment, en repas eten fêtes, il en jouit en choses qui peuvent durer autant et plus que lui-même, en meubles, en maisons et, s’il est généreux, en institutions detoutes sortes, écoles, hôpitaux,etc., auxquelles il donne son nom.

Mais ce qui est plus important encore, c'est que, ne pouvant épuiser totalement sa part par cette capitalisation encore personnelle, il se trouve obligé de constituer des réserves dont l'emploi est précisément ce qui fait de lui la meilleure voie de l'accroissement pour la civilisation. Voyez d’abord ce que sont ses ré- serves. [Il a fait produire à ses travailleurs dix mille tonnes d’acier ; lui et ses travailleurs ont employé, en matières premières, et consommé, pour l'entretien de leur existence, les produits qu'ils ont échangés pour la valeur de sept mille tonnes ; les trois mille autres tonnes sont

maintenant dans les Entrepôts du Commerce, et lui, il en a reçu la valeur en argent : voilà ses réserves ; c'est l’économie d'énergie réalisée sur l'énergie qu'il a mise en œuvre. 1l a ainsi des droits sur tous les produits qui sont dans les Entrepôts jusqu’à concurrence dela valeur de ses trois mille tonnes.

Que fait-il de ses réserves d'argent? Il ne les enfouit pas, comme les radjahs de l'Inde, dans les caves de sa maison, car il sait bien que l'argent ne fait point de petits, que l’énergie immobilisée est improductive, et que c’est l'emploi de l'argent qui peut seul augmenter la richesse. Voici donc ce qu'il en fait :

S'il est jeune encore et s’il a encore à dépenser plus de forces qu'il ne luien faut pour ses affaires, il en entreprend de nouvelles; il va par exemple fonder une industrie dans un pays où les travailleurs sont nombreux, mais manquent d'emploi faute de conducteurs ou d'instruments de travail. Il apporté là ses réserves, qu’il va pouvoir employer à acheter des « moyens de production » et à donner des salaires aux travailleurs, pendant la période d'établissement. C’est ainsi qu’il peut mettre en valeur

les énergies humaines dans ce pays où avant lui elles demeuraient mal utilisées ou même inutilisées. C’est ainsi qu’il justifie alors le nom qu'on lui donne de « bienfaiteur du pays ». « Il me donne du travail ; il va augmenter ma vie», dit alors l’homme naturel avec son sens des réalités. Et c’est lui qui a raison contre le démagogue qui lui dit : « Il vient t’exploiter, vivre de ta chair et de ton sang. »

S'il; n'a de forces que ce qu'il lui faut pour ses entreprises et- s’il a encore le désir d’augmenter le produit de sa capitalisation, il confie ses réserves à d’autres, plus jeunes et plus hardis, qui pourront utiliser ainsi leur propre énergie et mettre en valeur soit une nouvelle invention, soit les ressources d’un pays encore inutilisé et les forces de ses habitants. C'est ainsi qu'il est la voie de l’accroissement et de l’extension de la civilisation. |

Si enfin il est déjà entré dans le déclin de sa vie, s’il courbe déjà la tête pour écouter le chant du repos et de la paix, s’il craint de perdre, n'ayant plus de forces pour récupérer ensuite, il ne se soucie que de conserver ; ile cherche le placement qui comporte le moins de

Des

risques, et c’est alors qu’il confie ses réserves à l'État pour les entreprises qui servent à faciliter l’action de ceux qui vont le remplacer dans les tâches actives. C’est ainsi qu’il est le conservateur de la civilisation.

Il est donc, vu d’un peu haut, non pas celui qui se «gorge de richesses », mais celui qui administre les richesses qu'il a obligé les hommes à produire, et qui sans lui n’existeraient point. IL est Le capitalisateur, l’accumulateur de l’énergie d'un groupe, et il est l’administrateur, le distributeur ou le conservateur de cette énergie par lui mise en réserve pour servir plus tard aux nouveaux hommes d'action qui sortiront du groupe. Réservant pour lui, il réserve pour d'autres, pour ceux qui viendront après lui. C’est grâce à Jui que l'effort des races ne se gaspille point et que chaque génération peut employer son énergie avec les moyens d'action économisés par sa devancière et qu’elle peut les augmenter pour celle qui la suivra. C'est grâce à lui que s’accroissent les ressources de l’homme. Accu- mulateur de l'énergie, administrateur des ressources, c'est donc bien ainsi qu’il faut nommer le Capitaliste.

Il est le meilleur administrateur, celui qui est désigné par la nature. Car le signe certain de sa capacité, c’estqu'’il a pu réunir desrichesses, et la mesure de sa capacité, c’est la quantité de richesses qu'il a pu réunir. Il n’administre ainsi que parce qu'il est capable, et ne surveille que ce qu'il est capable de surveiller avec fruit. Son rang dans la hiérarchie des administrateurs naturels est exactement déterminé par sa propre force et ses propres capacités. De même qu'autrefois le domaine d’un seigneur féodal était limité par sa vaillance et sa vertu de commandement, de même aujourd'hui la fortune, la part d'administration du capitaliste est limitée par ses talents d’inventeur de travaux, d'utilisateur d'énergie et d’organisateur d'hommes.

C’est ainsi que le maitre, administrant ce qui lui appartient, administre pour le mieux des intérêts d’un groupe ce qui servira à ce groupe. C'est ainsi qu'il est une vote pour l’espèce, la voie par laquelle l'énergie est économisée, sous la forme de la part du maître, pour l’accroissement de la civilisation.

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