‹ L'homme qui vint, romanChapitre 19 sur 50 · VINT · texte numérisé non relu

VINT

une autre. Sous n'importe quelle latitude, l'homme reste toujours un homme, c'est-à-dire un être à la merci de ses tentations et de ses appétits.

La superstition du nègre, la foi simpliste de l'Indien, se rencontraient plus ou moins développées dans l'âme de cette foule, qui assemblée dans une cathédrale, priait Dieu du bout des lèvres ayant au fond du cœur toutes les violences, tous les désirs de la race humaine.

La Messe terminée, le cardinal s'avança entouré des prêtres au pied de l'autel et d'une voix cassée, il entonna le chant que Grégoire le Grand composa pour invoquer le saint Esprit : Veni creator spirifus...

C'était un acte d'amour qui montait aux nues implorant le secours divin pour amoindrir la misère des hommes.

Accende lumen sens i bus.

Infunde amorem cordibus...

Enfin, solennel et grave, le Te Deum se développa.

Le cardinal-archevêque et les prêtres, les chantres, et la maîtrise, les enfants de chœur, les hommes et les femmes louèrent Dieu k pleine voix. Enivrés par le chant, l'odeur des cires, les parfums de l'encens, dans une sorte d'exaltation extatique, la foule clamait son impuissance et demandait la direction de Dieu.

Sanctus^ Sanctus, Sanctus...

Dominas deus Sabaoth.,,

C'était au Dieu de force, au Dieu redoutable, au Dieu des Armées qu'elle s'adressait dans sa faiblesse... oubliant la mission de fraternité que Christ avait prêchée sur la terre et pour laquelle, il avait soulfert l'agonie et la mort.

Son troupeau, oubliant ses destinées premières, revenait aux croyances ancestrales de brutalité et dans son inconscience en l'invoquant il insultait le doux Berger qui voulait la paix de toutes ses brebis.

Benedicamus Patrem et fiUum cum Sanctu Spiritu^ fît l'oÛîciant.

Et le peuple répondit d'une seule voix :

Laudemus et super exaltemus eum secula...

Page 1