‹ L'homme qui vint, romanChapitre 21 sur 50 · HOMME C^UI VINT · texte numérisé non relu

HOMME C^UI VINT

à l'aide de quelques ampoules électriques peinturlurées en rouge.

Dans le fond, une hutte, faite de branchages assemblés, avait la prétention de représenter à elle seule une cité lacustre à l'âge de pierre.

Un char magnifique suivait évoquant la civilisation égyptienne que les élèves de l'Ecole des Beaux- Arts avaient réalisée par la repr^'^jcnf Afinn (]\}u temple.

Un temple était la manifestation désignée pour interpréter cette civilisation douce, polie, peu belliqueuse malgré ses conquêtes passagères. Une avenue bordée de sphinx accroupis conduisait à l'enceinte sacrée. La porte était ilanquée de deux énormes pylônes en forme de pyramides tronquées.

En avant, se dressaient deux obélisques couverts d'inscriptions hiéroglyphiques. De chaque côté de la porte, il y avait deux colosses assis, Anubis, le dieu à tête de cheval et Thot, le dieu à tête d'ibis.

Sur la face des pylônes, des artistes avaient peint en noir et en ocre des scènes de la vie égyptienne. Des boulangers à leur four, des vignerons h leur vendange, des 'serruriers à leur étau, des paysans à leur charrue, des potiers à leur tour, des tisserands à leur métier.

Les deux côtés du char étaient formés par le mur d'enceinte du temple. Le mur était orné des images des dieux Osiris, Isis et leur fils Horus à tête d'épervier ; Secket à tête de chat : les fêtes d'Apis y étaient aussi célébrées.

A l'arrière du char, se tenaient des guerrier» égyptiens qui portaient le casque et le bouclier. Ils étaient armés de l'arc et de la lance.

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Devant le temple, Gléopâtre et sa cour. C'étaient des jeunes gens vêtus d'étoffes soyeuses, des princesses couvertes de riches bijoux, des esclaves nubiens aux torses de bronze.

Au milieu, immobile, belle comme un symbole, Gléopâtre était nue, seul, un léger pagne de perles lui ceignait les reins. Elle portait au front l'auréus sacré, signe de la Toute-Puissance.

Venaient ensuite les Assyriens, peuple guerrier, aux mœurs rudes, brutales et féroces ; ils étaient représentés attaquant une forteresse :

C'était, ù l'avant du char, une sorte de tour roulante qui fonçait avec un levier contre de hautes murailles.

Les soldats étaient rangés en bataille ; avec un bouclier rond, ils faisaient le simulacre de lancer, à l'aide d'un arc très recourbé, des flèches courtes.

Des taureaux ailés à face humaine flanquaient les murs qui portaient une frise de monstres armés.

A l'arrière, un démon grimaçait. Un êtî-e fantastique portant quatre ailes éployées ; il avait une tête de mort surmontée de cornes de chèvres, un corps de chien, des bras d'homme terminés* par des gritîes de lion et des serres d'aigle en guise de pieds.

C'était le déuion du vent du sud*est, symbole du vent qui brûle et ([ui saccage. A l'abri des remparts, un temple chaldéen s'étâgeait. 11 était formé de sept hâutéé tours poséén l'une sur l'autre, chacune en retrait sur la prëcédeûte.

Selon la coutume, chaque tour était consacrée à un des sept astres et peinte à sa couleur qui était

en partant par le bas, blanche, noire, pourpre, bleue, rouge, argent, dorée.

Un escalier en échelle placé en dehors conduisait d'une tour à l'autre. Devant la cinquième tour, Nabuchodonosor, fils de Nabopolasar, triomphait au milieu d'une orgie où pêle-mêle se trouvaient des guerriers, des courtisanes, des captives, des entants.

Le vainqueur des Egyptiens, le destructeur du royaume des Juifs, vêtu d'étoiîes splendides, étincelait de lourds bijoux ; la barbe frisée, le regard hautain, il dominait la foule de tout son orgueil de brute satisfaite.

Puis, c'étaient les Hébreux, les prophètes et les patriarches, Isaïe, Jérémie, Ezéchiel, Daniel, Abraham, Isaac, Jacob et Moïse ; les Juges et les Rois.

Des jeunes gens en longues robes blanches portaient l'Arche d'alliance : un grand colfre en bois de cèdre orné de lames d or soutenu par deux taureaux ailés, gigantesques, plaqués d'or.

Devant l'arche sainte, le roi David dansait en s'accompagnant de la lyre.

A la civilisation grecque, trois chars étaient consacrés.

Le premier évoquait les jardins d'Academos où sous les lauriers-roses et les figuiers sauvages dissertaient les sages.

11 y avait là des philosophes et des poètes, des sculpteurs /et des peinlres, des orateurs et des grainiuaiiMen'^, ^^^^^' "■'"^'vv'Iv^k -i ^h^^ m;»thématici.ns.

Tous ceux qui firent la Grèce immortelle, mais

qui ne purent l'empêcher de tomber sous le rude cboc des conquérants.

Ils avaient tous surgi à l'appel de l'évocation : les Sophistes, Solon, Bias, Cléobule, Myson, Chilon assemblés sous le Portique auprès des politiciens, Miltiade, Thémistocle, Cimon, le démocrate Périclès, et l'élégant Alcibiade... Debout, à part, se tenait Aristide, qu'on avait surnommé le juste, ce qui était la cause de son isolement.

Plus loin, Platon et ses disciples.

Aristote et ses traités ; trois masques tragiques : Eschyle, Sophocle, Euripide, un masque comique, Aristophane ; Hérodote, Thucydide, et Xénophon, l'histoire; Phocion, la vertu; Démosthène, 1 éloquence ; Scopas de Paros, Praxitèle d'Athènes, Ljsippe de Sicyone, le ciseau à la main, dégrossissaient un marbre, tandis que Xeuxis d'Héraclée, Parrhasios et Apelles d'Ephèse ornaient de fresques le mur du Keramique.

Au milieu de ses disciples, on voyait aussi Socrate à la face camuse, ventru comme Silène et chauve comme un vautour ; à ses pieds enchaînés ses trois accusateurs Anytos, le tanneur, Mélitos, le rimeur. et Lycon, le rhéteur.

Dans un coin, un tonneau et dans ce tonneau, un homme : Diogène qui chauffait sa paresse au soleil ; parfois, il quittait son abri, prenait une lanterne et cherchait, dans la foule, un homme.

Le deuxième char avait comme décor l'Erechtheion qui donnait provisoirement asile à l'Olympe. Là, étaient assemblés les dieux et les héros.

Les dieux issus de l'imagination grecque qui diminuait les distances et façonnait la divinité à

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l'image humaine as,.. : . los vices elles

passions des hommes.

Zens brandissait la foudre et Poséidon son trident. Ares fourbissait un glaive, Kronos aiguisait une faux, Héphaïstos avait un marteau à la main, tandis qu'Athénée, casquée d'or, tenait dans sa main gauche une victoire ailée ; sa main droite s'appuyait sur un bouclier qui montrait en son milieu la face de (lorgone. Lu, Hermès chaussait ses sandales aux ailes obliques etPhoïbos, le dieu porteur de lyre, tendait son arc d'argent ; autour de lui, lesMuses, (îlles de Zeus, dansaient des rondes. Artemi^, vierge et farouche, une peau de cerf sur Tépaule, portait à son front une lune naissante tandis qu'Aphrodite apparaissait, blonde et nue, couronnée de myrtes et de rosps, nccompaicnée des Cdiarites, divinités de joie

Hadès, le nivelcur, « celui (pu (.«minv: n-ui •', iv rasseml)leur des peuples, attend serein et patient l'heure marquée par le Destin.

Kt voici Démcter aux bras lourds Av gi n-v-- jinn.-sonnées. Au milieu des cris et de l'excitation des chansons et des rires, la farandole des Ménades et des Satyres se déroule en 1'^^ -"p >'"• -i. !>;->. l>•^.^^dieu des pampres et du vin

Dionysos est beau, il est jeunt;, il est ivre, aa chevelure blonde est pareille i\ celle d'une femme, il est vêtu d'une robe flottante À la façon des Asiatiques.

Un vieillard obèse et chauve, Silène, venu a ..^.v:, est monté sur un âne que des faunes aux pieds fourchus tarabustent.

Hér.arlès. norfonr (h^ lu ncnu lUMiii'iMiru''. a n.'»<;«'^

sa massue cloutée, il est assis aux pieds d'Omphale à qui il offre les pommes du jardin des Hespérides. Bellérophon et la chimère, OEdipe et le Sphinx, Persée combattant la Gorgone, la douce Antigone, la fidèle Ariane et la belle Andromède, le monstrueux Pol5'phème et la sage Pénélope, tous ceux à qui l'imagination grecque avait dressé des autels, étaient représentés là pour la grande joie de la populace irrespectueuse et ignare.

Un char spécial était réservé à la grâce et à l'amour.

Les Hiérodules, hiératiques et sacrées, les joueuses de flûtes souples, les danseuses aux jambes nerveuses, la socratique Aspasie de Milet et Sapho. fille de Cleis que Lesbos a vu naître, Thargélie qui épousa un roi, Phrjnéc qui enchanta les nuits de Praxitèle et les y^x de T Aéropage, Laïs qui fut nue pour Apelles. Timandra qui se donna à Alcibiade, Hipparchie, qui s'offrit au philosophe Cratès sur le Poecile, en plein public. Elles formaient un chœur splendide qui, tour à tour, portait des parfums ou des roses à un Eros vivant dressé sur un autel.

Elles étaient vêtues de riches tuniques avec des broderies lamées d'or ou de chitons de lin ; chacune était coiffée à la mode de son pays, les unes portaient le cécryphJfle ou le corymbe ; à d'autres une sphendoné entourait la tête. Celles qui venaient d'Asie portaient un caluthos, sorte de mitre circulaire décoré de perles de couleurs, beaucoup avait des cigales d'or attachées par des anneaux dans la chevelure.

L une d'elles montrait sous la tunique fendue des jarretières de perles qu'on appelait periskelides.

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Elles étaient la rcpresenlaiion même de l amour librement accepté et librement offert, consenti sans hypocrisie et sans mauvaises pensées.

Les écoles de courtisanes grandissaient alors à l'ombre de la divinité et le sage Solon avait prescrit que le 4^ jour de chaque mois, il y aurait fête en l'honneur d'Aphrodité-Pandémos dans le temple qu'il avait fait construire avec l'argent gagné par les filles.

Depuis la courtisane sacrée jusqu'à la dernière des pallaques qui raccrochait sur le vieux port au Pirée, il y avait dans l'acte d'amour Taccomplissement d'un sacerdoce.

Au sommet de sa gloire, Thémistocle, qui était fils de courtisane, attela un jour à son char quatre pallaques nues et passa sur l'Ax-nm conduisant ce singulier attelage...

Sous le soleil de juillet, ces couples de femmes étaient divins, les étoffes avaient des reflets chatoyants tandis que les bijoux, bracelets, dracons cellobes, torques ou murènes étincelaient de mille feux.

Et les corps selon qu'ils appartenaient à des brunes, des blondes ou des rousses étaient~^mats, pâles ou laiteux.

C'était un poème de chair à la gloire du Baiser.

Les Romains venaient ensuite et c'était l'exaltation de la brutalité. Cette loi du plus fort que Rome avait imposée pendant des siècles aux peuples asservis. Espagnols, Gaulois, Africains, Bretons, lllyriens. Grecs, Asiatiques, la Ville les courba sous son joug orgueilleux

Cette civilisation commencée par un assassinat

devait sombrer logiquement dans la déliquescence du Bas-Empire.

Que pouvait-on représenter si ce n'est un Triomphe. ? En avant, marchaient des cavaliers sonnant dans des buccines ou des trompettes, puis venaient les légionnaires et les vélites, les magistrats et les sénateurs, puis les chars chargés de butin, les armes, les bagages des vaincus, l'argent, les meubles, le bétail, les captifs enchaînés, des femmes, des enfants.

Quatre mules blanches, ferrées d'argent, traînaient le char du Triomphateur représenté par un jeune homme à la face consulaire, peinte en rouge, ainsi que le voulait la tradition, il était assis sur un trône d'ivoire et portait une toge pourpre brodée d'or.

Il avait aux bras des bracelets, son front était ceint d'une couronne de lauriers.

Derrière le char, le chef vaincu : un Barbare, celui, qui le soir, devait être étranglé, au moment même où le Triomphateur déposerait sa couronne sur les genoux de Jupiter Capitolien.

Autour du prisonnier, une multitude de soldats porteurs d'aigles et d'enseignes.

Le Triomphe du glaive, c'était le nom qu'on aurait pu donner* à ce défilé qui célébrait la gloire romaine, gloire établie sur l'unique force des armes.

Au cours des siècles qui virent passer ces conquérants comme une horde en furie, ils ne vécurent que pour un idéal : la guerre.

P^ncinq cents ans ^ le temple de Janus ne fut fermé qu'une fois.

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Le défilé se terminait par un char représentant un temple gardé par des prétoriens. Dans des niches, on avait placé le buste des empereurs.

Néron, au front bas, sournois et soupçonneux ; la splendide tête de Vespasien ; la gueule de portefaix ivre de Caracalla ; Vitellius, bouffi et glouton : le sénile Galba ; Othon qui fut imperator quatre-vingtdix-huit jours ; Domitien que Juvénal appelait le Néron chauve, le dernier des douze; Commode qui combattait dans le cirque plus cruel que Domitien, plus impur que Néron ; p]lagabal, le Syrien équivoque, qui apporta les mœurs d'Asie à la débauche romaine; l'hercule Maximin, l'assassin de Sévère et d'autres ; et d'autres encore qui ne virent dans le pouvoir que la réalisation de leur instinct de meurtre, de leurs appétits et la satisfaction de leurs basses passions.

Les Romains s'abattirent sur le monde comme un vol de sauterelles : lorsqu'ils furent passés, il ne resta que des ruines. Leur civilisation était un masque qu'ils avaient volé au cours du pillage, au hasard des butins...

La France avait ses Rois et les trois Répu- ])liques.

C'était uu vjiste dôlilé, xuw succession de chars où Ton voyait les Gaulois farouches et respectueux attendre le gui sacré, qu'un Druide barbu coupait avec une faucille d'or.

Puis, c'était, à cheval, Gharlemagne, empereur à la barbe fleurie, entouré de ses preux. Traînés par des bœufs jîaisibles, les rois fainéants somnolaient : un hilarant Dagobert et un bon Saint-Eloi.

Saint-Louis et ses croisés aux armures polies. Un

Louis XI montait un bidet que tenait par la bride Tristan et Olivier le Daim.

François I®*" était entouré par ses favorites, ses peintres et ses poètes. Un Rabelais gouailleur promenait Pantagruel et Panurge pour une nouvelle visite à Paris.

Henri III et ses mignons, pommadés, fardés, faisaient des effets de cuisses dans des maillots trop collants.

Un Heuri IV débonnaire cbevauchait un robuste percberon à la queue enrubannée tandis qu'autour de lui marchaient douze petits pages portant chacun un pot où gîtait une poule.

Louis XIII et Richelieu marchaient de compagnie, flanqués de mousquetaires gris et rouges la rapière au poing, le manteau recouvrant la croupe large des chevaux.

r3ans un char représentant Versailles, le Roi Soleil trônait éblouissant, divin, avec lui une cour innombrable de courtisans, de soldats, d'ambassadeurs, les lettres et les arts lui rendaieïit hommage.

Trianon représentait le règne de Louis XVI. Dans ce cadre léger, les artistes avaient représenté le jeu chez la Reine. On ne pouvait mieux choisir pour évoquer cette époque galante toute de frivolité et d'inconscience.

Autour de Marie- Antoinette, il y avait la princesse de Lamballe, la princesse de Guémenée, la duchesse de Polignac, les ducs de Lauzun et de Chartres, le comte d'Artois et d'autres encore jouaient au pharaon sous l'œil débonnaire de Louis XVI, épais et lourdaud, vêtu de gris comme un petit bourgeois.

Voilà ce que l'on voyait de la civiiisation française sous les Rois.

Ce que l'on ne voyait pas, c'étaient les origines de ces royautés où en moins de cent- cinquante ans de 581 à 630, quarante rois ou fils de rois périrent de morts violentes, tués, assassinés, empoisonnés. C'était la longue suite des guerres déchaînées, ruinant le pays, c'était la famine effroyable du peuple taillable et corvéable à merci, suant sou par sou les millions nécessaires au luxe inouï de ses Princes.

La Première République venait ensuite, c'était une robuste fille, casquée d'un bonnet rouge, vêtue d'une tunique souple qui laissait voir les seins fermes et durs et qui brandissait un glaive, entraînant à la frontière les volontaires de 92 qui chantaient la Marspillaise.

La République de 48 était une bourgeoise, assise sur une chaise curule, à laquelle Ledru-Rollin présentait l'urne du suffrage universel.

La Troisième République était d'une jeunesse radieuse drapée dans les plis du drapeau tricolore, n y avait des théories d'enfants qui tendaient des branches d'olivier. Des ouvriers, des paysans, des vignerons en costume de travail, porteurs de leurs outils allaient vers elle comme vers la lumière.

Des Anammites, des Tonkinois, des Soudanais, des Malgaches, des Marocains l'environnaient louant en elle la civilisation dont elle les avaient dotés.

Sur le fronton d'un temple, on ii.sait .sa devise : liberté, égalité, fraternité.

Idéal des penseurs et des philosophes, intégrité, légalité, justice, égalité pour tous, mort des privi-

léges, unité du peuple, souveraineté absolue de la nation, secours aux faibles, aux opprimés, à tous ceux qui souffrent, deshérités, pensée libre dans un monde libre, indépendance complète, absolue, des esprits.

Thème de beaux discours d'un peuple discoureur 1

Mais la réalité î

La Politique et ses combinaisons malpropres, ses cuisines électorales tripatouillées, le népotisme « donnez-moi Tarsenic, je vous donne les nègres», la république des camarades et ce chancre mou : le bureaucrate, rongeant inlassablement ses innombrables paperasses et grignotant un budget formidable !

Les contribuables qui voyaient passer les chars n'y regardaient pas de si près. Ils ne pensaient seulement pas « c'est nous qui solderons les frais de la fête », demain les derniers lampions éteints, la dernière fumée disparue, c'est nous les éternels tondus qui paieront.

Enfin, venait l'apothéose, la Reine de la Civilisation :

Paris, la Ville unique, la Cité orgueilleuse, la Capitale incontestée 1

Sur une vaste mappemonde, la Reine, Catherine Bouliche, debout, triomphait de toute sa chair de vingt ans.

A ses pieds, les nations reconnaissaient sa supériorité et sa suprématie : Anglais, Espagnols, Russes, Germains, Indiens, Saxons. Italiens, Japonais, Chinois, venaient baiser ses pieds de souveraine.

Le char disparaissait sous les fleurs, c'était une

158 I ' lfn^îMK. ( »i I >v I \ 1

mois.soii inouïe de roses, lo.ses j)iauciJos. vosqh roug-es, roses roses. C'était une adoration qui montait comme un encens vers cette déité.

Enivrée par le parfum, grisée par les acclamations, Catherine Bouliche, fille du peuple, riait d'un rire sain qui découvrait ses dents de jeune louve capable de dévorer tous ces millions et toutes ces vies qui s'olYraient.

Cette représentation d'une Idée par une fille pétrie du limon de la Ville était une revanche.

I^ civilisation, Elle ! la lille du peuple qui, la veille, n'avait pas mangé parce que le père était une brute alcoolique et civiliséo. Ouoll'» '^.'lîcio,^ quelle plaisanterie !

Sous les oripeaux de parade, ses galon» île faux, argent, son velours cramoisi, sous sa couronne en toc, la robuste fille était un symbole de joie, un acte de foi et d'amour en la Vie Immortelle !

Elle était saine, forte, vive, susceptible déporter dans ses flancs des générations non abâtardies. Elle était prèle à se donner et effectivement, elle s'offrait, splendidc, à ce peuple qui reconnaissait en elle sa chair ; et tous ces désirs épars dans la foule mouvante arrivait à ne plus faire qu*un seul désir qu'elle communiait dans une cxt^ise hallucinée.

Sur la place du Parvis Notre-Dame, le char s'arrêtait un moment. La Reine de la Civilisation s'inclinait souriante et ravie ; en clTet, la Civilisation était là présente, immuable : l'Eglise, l'HôpitAl, la Préfecture de police !

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