‹ L'homme qui vint, romanChapitre 26 sur 50 · T'îTnM\fP OT-T \T\T · texte numérisé non relu

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Leur espoir ne fut pas rté«;ii. un coup de tonnerre effroyable (ébranla Tnir. Les enfants sursautèrent.

Milou exprima son admiration par cette exclamation populaire :

— Mazette î

Un silence suivi que troubla au bout d'un instant Minouzou qui criait :

— Regarde, Milou, regarde, là, là...

^ Quoi ?

— Vois cette tache blanche comme une boule. Milou examina le phénomène, puis s*étant rendu

compte, il jura :

— Ah ! bon de Dieu, de bon Dieu !

Et plantant Minouzou à l'arrière, il courut sur le pont, arriva au trou du capot dans lequel il se glissa comme une couleuvre et dégringola les marches de l'échelle, en gueulant :

— Eh î 1:>. eh ! \k, vous autres, le soleil, le soleil, le soleil !

Cet appel galvanisa les misérables. Ce fut une ruée vers la lumière. On se bousculait, on se pressait, on se battait presque pour voir cettQ chose que Ton croyait à jamais disparu.

Le pon' d^ l.i •'•alinro présentait un spectacle étrange

Ils étaient tous là. Jusqu alors ils s'étaient crus irrémédiablement perdus, maintenant ils se croyaient sauvés.

Ce soleil rendait la vie à ces d.sesprres.

Et pourtant, ce nVtait pas le chaud soleil aux rayons de flamme qui épousait la terre aux grands jours de Messidor, c'éUit dans )- -■-' — *--^^

laiteuse qui, avec peine, trouait le brouillard d'une vague luminosité.

Les rescapés riaient, pleuraient, s'embrassaient, d'autres étaient tombés à genoux et priaient.

On se félicitait d'avoir échappé au supplice de l'ombre. Tous imploraient la vie, le cœur gonflé d'espérance.

Echevelés, dépoitraillés, déchirés, en lambeaux, les passagers de l'arche cherchaient leur destin dans la page du ciel.

M™® de la Maille souriait à Céline Touré qui déraillait. La hautaine marquise se penchait vers l'humble ouvrière. L'abbé Groscoulas, dont la soutane en loques, laissait voir la poitrine velue, faisait de grands signes de croix en marmottant des prières d'actions de grâce, Catherine Bouliche cachait ses seins nus sous un pan de son manteau, seul vestige de sa royauté éphémère.

Mélie Chasse, les cheveux au vent, riait d'un large rire. Armandine Petitfendu, au dernier rang, passait son museau de fouine. Sigismond de la Roche Mareuil, Schwartzheim, Gaspard Lafolette, le colonel Antinéor interrogeaient Achille Saparès, qui, n'ayant pas d'opinion précise, hochait la tête gravement.

Seuls, Sixte Ferment et Capitaine ne disaient rien. Myouk, l'esquimau, habitué aux nuits polaires, s'approcha d'eux et leur montrant la tache lumineuse, il émit :

— Le jour va manger la nuit.

Et le vent se leva.

Balayant les nuées, chassant à coups de fouet le troupeau des nuages, le vent souffla avec furie. 11

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creva le brouillard opaque qu'il déchira. Des lambeaux traînèrent un moment au ras du ciel, il les effilocha et les fondit.

Il roula les cumulus comme une vieille toile et soudain, comme dans une apothéose, la page du ciel apparut, nette, claire, limpide, légèrement azurée. Alors le soleil déploya le double éventail de ses ravons.

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