‹ L'homme qui vint, romanChapitre 37 sur 50 · CHAPITRE XIII Le droit de la lorce · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIII Le droit de la lorce

Un grand vent s'éleva qui balaya les feuilles et mit la terre nue. Les châtaigniers tendaient vers le ciel leurs bras dépouillés. Le bois mort tombait avec un craquement. Les derniers fruits s'égrenaient luisants dans leur gangue entr'ouverte.

Il fallut bientôt faire une longue route pour trouver le manger quotidien. L'herbe était rare autour du troupeau. Aussi chacun s'ingéniait-il à trouver sa pitance pour ne pas être à clinri^-o à la communauté.

Milou s'était spécialisé dans la cueillette dos champignons. Manger des châtaignes, un jour, deux jours, trois jours, passe, mais tous les jours non, c'était de l'exagération.

— Si qu'on continue, déclarait-il à Minouzou, on engraissera si tellement qu'on sera comme les porcs bons à saigner. Puis les marrons, zut ! ça bourre trop.

Et pour varier le menu, il courait les bois avec sa petite amie. C'est ainsi que ses recherches s'étaient portées sur les champignons, que Sixte

lui avait appris à choisir judicieusement. Il faisait profiter Minouzou de ces leçons.

11 lui apprenait à discerner le russule charbonnier d'un violet sombre, du russule de Quelet d'un violet clair : l'un arrondit son chapeau, l'autre l'incurve, l'un est bon, l'autre mauvais. Le russule palomet qui est vert émeraude, du russule émétique couleur orange. L'amanite oronge qui se tache de petites pustules, le psalliote qui a un anneau au sommet du pied et qu'il ne faut pas confondre avec son chapeau blanc avec l'amanite bulbeuse.

Il lui disait de se méfier des hypholomes qui poussent en grappe sur les vieux troncs d'arbres coupés. Les bolets semblaient des clous, les girolles des liserons, les coprins avaient un chapeau pointu, les morilles étaient comme une vieille éponge.

Minouzou se perdait dans toute cette énumération, aussi se contentait-elle de la recherche minutieuse des minuscules mousserons dont le parfum embaumait l'herbe.

Ce matin-L^, ils couraient depuis l'aurore, musant et jouant, prenant des baies aux buissons tout en ne négligeant pas leur cueillette qui s'annonçait fructueuse.

Sous bois, les bolets tête de nègre et le cèpe vulgaire étaient particulièrement abondants. De plus, Milou avait fait une ample moisson de glands.

Aussi, les deux enfants revenaient-ils joyeux vers la clairière où campaient leurs compagnons.

Une bande d'étourneaux passa au-dessus de leur tête. Milou voulut montrer son adresse à sa petite amie, il lança son boumerang au juger dans le tas.

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Il eut la satisfaction de voir tomber sa première victime. Sa joie ne connut plus de borne; l'arme passée à la ceinture comme les grands chasseurs, il tenait l'oiseau par une aile et fier de son exploit, il marchait en avant en chantant à tue-tête un refrain barbare où revenaient, ces mots :

£t pan, pan, pan,

Tu tu, pan, pan....

Minouzou suivait admirative. Soudain, comme ils venaient de sauter une haie et suivaient un chemin creux, Milou crut s'apercevoir qu'ils étaient suivis.

En elfet, on entendait comme des pas étouiïés. Il y avait un frôlement dans les fourrés, les branches craquaient, des cailloux heurtés roulaient.

Minouzou se serra contre son compa§;non. Peureuse, elle lui prit la main.

Le petit bonhomme courageux donna une étreinte à la menotte on disant :

— N'aie pas peur, je vais voir...

— Si c'était une méchante bête?

Ils étaient arrivés à un endroH où les buissons finissaient pour reprendre vingt mètres plus loin.

Les deux gosses s'arrêtèrent, les pas aussi. Une angoisse pesait. Il y eut un court silence troublé seulement par le pic-pic d'un pivert frappant de son bec l'écorce d'un arbre.

Comme rien ne se montrait, Miluu tiuucjui résolument vers le buisson dont les branches paraissaient s'écarter.

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— Prends garde, Milou, répéta la petite, c'est mie bête.

11 la rassura aussitôt :

— Non, c'est un homme.

Se voyant découvert, l'homme se montra et marcha hardiment vers les enfants qui ne reculèrent pas d'une semelle.

Alors, Milou reconnut Négrier.

— Que voulez-vous? demanda-t-il.

Le Rufian répondit brutalement :

— Donne.

Et de sa main, il voulut saisir l'oiseau mort et le mouchoir dans lequel se trouvait la cueillette.

— Bah I les pattes, fit Milou.

Et comme l'homme avançait la main, il lui appliqua un coup de son boumerang sur les doigts.

Furieux, Négrier se précipita ; d'un coup de poing, la brute assomma le gosse qui tomba serrant contre sa poitrine la proie qu'il avait abattue. .

L'homme s'en empara, rafla les champignons et les glands et disparut, en courant, vers la vallée.

Minouzou n'avait pas poussé un cri ; ses yeux roulaient de grosses larmes qu'elle ravalait d'un coup de langue.

Son ami gisait inanimé. Un mince filet de sang coulait de sa tête.

Elle pensa : « Mon Dieu, il est mort ! »

Alors, elle le prit dans ses bras maternels en l'appelant : « Mon petit, mon chéri, mon amour ». Gomme il ne répondait pas, elle poussa un cri aigu qui fit s'effaroucher le . oiseaux dans les arbres.

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