‹ L'homme religieuxChapitre 12 sur 31 · S XII · texte numérisé non relu

S XII

De la concorde et de V union des esprits.

Il est une chose à laquelle il faut encore veiller avec soin dans les Communautés , c'est la concorde et l'union

ay rnsiii. 7.

(2) Elias Crèt.

(3) Pallad. in bistor. Laos. cap. 21.

des esprits. Travaillez avec soin , dit saint Paul , à conserver V unité d'un même esprit par le lien de la paix (l). Que le Dieu de patience, dit-il aux Romains , vous fausse la grâce d'être toujours unis de sentimens et d'affection lesunsflvec les autres, selon Vesprit de Jésus-Christ, afin que d'un même cœur et d'une même bouche vous glori^ fiiez Dieu le Père avec Notre Seigneur Jésus-Christ (2).

La nécessité de cette concorde et de cette union nous est démontrée par ces paroles du même Apôtre : Foî*5 n'êtes qu'un corps et qu'un esprit j comme vous avez tous été appelés à une même espérance ; il n'y a qu'un Seigneur, qu'une foi , qu'un baptême; il n'y a qu'un Dieu' Père de tous (3),

Vous composez un corps , dit saint Paul , les membres ne sont point divisés les uns des autres , mais joints et unis ensemble par les nerfs , les muscles et les tendons ; vous devez garder la même liaison entre vous. Dès qu'un* œil regarde d'un côté , l'autre s'y porte aussitôt ; c'est ainsi que la charité doit communiquer à tous les membres d'une communauté les mêmes mou vemens. Vous regarderiez comme un monstre ua corps qui aurait deux têtes et deux cœurs ; le corps que vous formez ensemble n'est pas moins hideux quand il est partagé , qu'il ne s'accorde pas en pensées et en affections : il a alors comme deux têtes et deux cœurs. Apprenez donc par les membres de votre corps à vivre en paix avec tous ceux qui habitent avec vous dans la même maison.

Le corps dont vous êtes les membres , dit saint Paul ,

(1) SoUiciti sepyare unitatem spiritus in vincalo pacis. Ephes, 4. 3.

(2) Idipsuni sapere in alterulrum secundùm Jcsum Chrialum , ut UD^oinies uno ore honorificeiis Dcum Hom, 15. 3.

(3) Unum corpus el unus spiritus , sicul vocali eslis in una spcTocationis vestrx ; unus Doroisus , una fides , unum bapiisma , unus Deu» §1 pater ommum. £^h$i, H^

est animé d*un même esprit , qai tous oblige de vivre entre vous dans une parf^âte intelligence ; car lorsqu'il n'y a qu'un esprit dans un corps , tous les mouvemens s'accordent : puisqu'un sepl esprit doit vivifier les Communautés religieuses , cet esprit unique doit produire en vous cet accord mutueL

Vous avez tous la même espérance y poursuit saint Paul , cette espérance est celle de la béatitude éternelle où tous les esprits et tous les cœurs sont parfaitement unis ; vou& vivrez dans une sainte et intime amitié si vous êtes assez heureux pour y parvenir; pour voij^ y disposer, commencez dès maintenant à mener cette vie ici-bas.

Yovs avez , ajoute le même Apôtre , un même Sei^ Snpar, une même foi , vous croyez les mêmes vérités : g^r un même baptême vous yous êtes dépouillés du vieil hellène pour vous revêtir de Tbomme nouveau > voua êtes devenus Chrétiens y vous êtes unis par tant de liens d'amour, qu'il doit vous être impossible de ne pas vous aimer les uns les autres ^ et de ne pas vivre dans la plus parfaite concorde^

Il est bien certain que cette qualité de Chrétien doit être pour nous une puissante raison pour vivre dans l'u-a nion la plus parfaite ; car si la charité fraternelle est l'ame du Christianisme , le caractère propre des vrais Chrétiens , ce qui les distingue de ceux qui n'en portent pas le nom , ils doivent avoir nécessairement les uns pour les autres un amour mutuel , vivre ensemble dans la plus grande paix et dans une amitié véritable et sincère ; autrement , qu'ils ne se flattent pas d'être Chrétiens , d'en porter le nom , parce qu'ils n'en portent pas la marque essentielle. Quand les Chrétiens, dit saint Chrysostôme , feraient mille miracles , s'ils ne s'aiment pas , s'ils ne s'accordent pas entre eux , s'ils vivent dans la dissension et le trouble , ils paraitront ridicules mêmc^

DE LA VIJS D£ COMMUJ$[A]PT£. 1Q9

aux inficlèles (1). Dans TEglise grecqae , Tëvéque dit à la sainte messe : La paix soit donnée à tous ; dans FEglise latine : La paix vous soit donnée., Ite diacre disait au peuple : Que personne n'ait ri^n contre personne. Après Tenait le baiser de paix dont parle saint Paul , les hommes entre eux et les femmes entre elles. Avant la communion oa se disait : La paix soit avec vous , et ce baiser en était le gage. A h fin de 1^ messe , le d^icro congédiait le peuple par ces pa^^oles : AU^z >^PUs*çp en, paix. .

Nous veQons de dire pour nous exciter |i Funion y qoe le corps de l'Eglise dont nous sommeil les meinbireil , esjt animé d'un même esprit , nous ajoutons que cet esprit est un esprit de paix , de concorde et d'amour. G'^st l'e^ prit de Jésus-Christ qui avait été appelé p^r Isaïe h prince de la paix. David avait dit : La justice se l^veifo. en cesjoun, et V abondance 0t la paix. En effet, qpwd Jésus vint au moude , le teoaple de Janus était fermé y uue paix générale régnait dans tou( l'upivers , et les anges l'annoncèrent avec pompe aux hommçs de honm volonté. Pendant tout le cours de s^ vie notre Seigneur enseignait et recommandait la paiic ; c'est pourquoi 3aint Gyprien l'appelle le Docteur de la paix et le Prédicateuir de la concorde. Lorsqu'il envoie ses disciples prêcher l'ï^r vaiigile, il leur recommande de porter tous les hommes^ à la paix ; c'est pour cela quil est dit ; QuHls sont beaux les pieds de ceux qui annoncent lapai;^ et qui annoncent les biens (2). La première parole qu'ils devaient dire en entrant dans une maison était celle-ci : La paix soit dam cette maison (3)« Il les envoya sans or ni bâton, pour

(1) Bomil. 32. i» 1. ad cor.

(2) Quàm speciosi pedes evadgelizantium pacem. Rom, lu. 15^

(3) Fax Uuic dooMii. Luc^ Id. 5.

leur ôter , dit élégamment saint Ambroise , Tor qui est le sujet des querelles , et le bâton qui est Tinstrument de la vengeance (1)^

Jésus-Christ a voulu que son corps, dans le saint Sa« erement de Tautel , fût caché sous les espèces du pain , qui est fait de plusieurs grains de blé , et son sang sous eelle du vin qui vient de plusieurs grains de raisin , pour nous inspirer la concorde et l'union. Il est mort pour donner la paix à l'univers. Après sa résurrection glorieuse , lorsqu'^ se fit voir à ses Disciples , il leur dit : La paix soit avec vous. Pour héritage et trésor il leur laissa la paix : Je vous laisse la paix, je vous donne ma paix (2). Dans la prière après la Gène, il demanda à son Père cette paix pour tous les fidèles , et cette union d'une charité parfaite : Je vous prie, mon Père, que tou& ils soient un : comme vous mon Père en moi , et moi en vous, qu'ils soient un en nous ( J). Qu'il y ait en eux union de pensées, de paroles, d'affections, d'actions, qu'ils se rendent tous les parfaits imitateurs de notre union et de notre unité.

Nous voyons évidemment que l'esprit de Jésus-Christ, qui anime le corps de l'Eglise , est un esprit de paix , de concorde et d'union; que l'Ëglise ne peut vivre et opérer que dans cet esprit ; c'est pourquoi dans le Cantique elle s'appelle Sulamite, qui signifie pacifique, et Jérusalem qui signifie vision de paix. La robe sans couture de notre Seigneur, dit saint Athanase , ne pouvait être mise en pièce; elle était l'image de l'Eglise. Les soldats , quoique gens de discorde et de guerre, ne purent la

(1) Ut ÎMcenliva lids et instrumenta eriperet ultionb.

(2) Pacem relinquo vobis , pacem meam do vobis. Joan. 20. 19. (î) Kogo ut omnes unum sint, sicut (n Pater in me, et ego in le^

yi\ çt ipsi in nobis unum sint. Joan. 17. 21.

diviser ; Ils forent obligés de la conserver tonte entière et de la jeter an sort. Saint Paul conclut enfin en excitant les Ëphésiens à la concorde , qu'ayant un Dieu qui était père de tous , ils devaient prendre pour modèle la Divinité qui , quoique composée de trois personnes très dif* férentes , i^'a qu*une essence très simple , un même éntên-^ dément , une même pensée , une même volonté , une même affection. Ces trois personnes agissant horsd'elles-^ mêmes , font tous leurs ouvrages , quoique d'une variété comme infinie « dans une union intime et une parfaite unité de desseins et de forcé. £n disant que Dieu est It Père de tous, TÀpôtre insinue, par une conséquence nécessaire, que nous sommes tous frères, et par cette douce qualité nous sommes obligés à une parfaite con* corde et à un vrai et sincère amour de frères.

Ajoutons à toutes ces réflexions de l'Apôtre , que le moyen \^ plus puissant pour conserver est la concorde, comme la discorde est le plus prompt pour détruire. Hus les choses sont unies, plus elles sont assurées ; plus elles se divisent , plus elles sont sujettes à se corrompre. C'est par la division qu'elles périssent toùt-à-fait.

Un historien dit autre fois , en parlant de l'empire romain : Les petites choses croissent et grandissent par la concorde, et les plus grandes décroissent et dépé-^ rissent par la discorde (1). C'est ce qui a paru évidemment dans cet Etat qui s'est rendu prodigieusement puissant et s'est étendu par toute la terre , tant que ses citoyens ont vécu en bonne intelligence ; mais dès que les divisions les ont animés les uns contre les autres , que les guerres civiles ont été amenées entr'eux , il a commencé à décheoir et est tombé dans une telle décadence , qu'il est presque

(1) GoDcordia res parvae crescunt, discordia maximae dilabantar*

202 l'homm£ religieux.

réduit à rien. C'est pour cela qye notre Seigneur disait : Tùul royaume divifi , quelle que soit sa grandeur et sa force, sera détruit. Quand les murailles d'une maison se disj(Hgnent, il faut nécessairement que la maison tombe ea ruines (1). Aussi Aristoté dit au premier livre de ses Politiques , que le plus grand bien des villes et des Cornmonautés est Tamitié et la^ concorde , parce que par ce moyen elles sont moins sujettes aux séditions.

Saint Grégoire traitant ce sujet dans ses éloquens dis* cours sur la paix , dit que tant que le monde se conserve en paix , qu'aucune de ses parties ne s'élève contre les autres y que toutes se tiennent liées par ces chaînes in« divisibles de bienveillance avec lesquelles le Créateur les a serrées , le monde est véritablement monde , et mérite de porter le nom de beauté y mais d'une beauté si grande que rien ne peut lui être comparé ; mais si le trouble s'y introduit, si l'union des parties se rompt, toute cette beauté se perd. liCS peuples , poursuit ce Saint, les villes, les empires, les armées, les familles, les mariages et toutes les assemblées subsistent par la paix et la concorde ; les émeutes, les séditions et les querelles en sapent les fondemens et les détruisent ; les voleurs même , qui ne sont liés entr'eux que par leurs crimes , cultivent la paix et conservent la bonne intelligence ; les homicides et Içs séditieux , ceux qui veulent soulever le peuple , renverser Vétat , usurper la tyrannie , et généralement tons ceux qui ont fait quelques complots, s'accordent s'ils veulent en venir à leurs fins , tant il est vrai que la concorde fait tout et que la discorde détruit tout. Ce fut la pensée du prince Scilurus, lorsqu'il présenta à ses enfans, au nombre de quatre-vingts, un faisceau de javelots que

(1) Omne regoum in seipsam divisum de»plabilqri e( domus ^upra 4om«n cadet. Luc, 11. 17.

pas un d'eux ne put rompre tant qu'ils furent liés ensemble , et que chacun rompit aisément quand ils furent déliés et pris l'un après l'autre : il voulait leur montrer, au lit de la mort , qu'en s'aimant et demeurant bien unis, ils seraient invincibles , mais que si la mauvaise intelli-* gence se glissait parmi eux , s'ils se désunissaient , ils seraient aisément vaincus et deviendraient la proie de leurs ennemis.

Lorsque Dieu veut ruiner un état , il permet que les esprits se soulèvent , que les cœurs se divisent , que tout soit rempli de querelles et de mutineries. C'est ce que décrit le prophète Isaïe , en parlant de la misérable ville de Jérusalem , que Dieu avait résolu de livrer au pouvoir des princes étrangers pour la châtier. Le peuple se précipitera en tumulte, citoyen contre citoyen , parens con^ ire parens, l'enfant contre le vieillard, et lapopulacê contre les grands (1).

Et dans le fond Dieu est paix et charité , comme disent saint Paul et saint Jean ; il prend plaisir , comme le re-» marque saint Grégoire de Nazianze , à porter ces doux et aimables noms. H faut en conclure que celui qui demeure dans la charité demeure en Dieu , et Dieu en lui (2). Delà il est évident que là où se trouve la charité, la paix et la concorde , soit dans un royaume , une ville ou une maison , il n'y a rien à craindre , parce que Dieu y est , que lien ne peut périr où régnent la paix et la charité , parce que Dieu , puissant protecteur , y habite tpujourf .

Saint François étant àNotre*Dame-des-Ânges , vitunf grande multitude de démons qui faisaient tous leurs ef-

(1) Irraet populus , vir ad virum , et uau^qoisqae ad proximum. suam : tamuUuabilur paer contra seoem , et ignobilU contra nobilem* laai, cap, 3. 5.

(2j Qui manet in çharitale , in Beo maneti et Deai in eo»£phes, ^. \i. i, Jwn. 5. 1^. Qrul, 1. de pac9 num. J9.

forts pour entrer dans le monastère , mais en yain , jusqu'à ce qu'un Religieux prit querelle avec un autre , et commençât à lui porter de la haine. Cette division et cette haine donnèrent entrée au démon ; mais le Saint y apporta aussitôt remède en réunissant ces deux esprits (1). « Le démon, dit saint Bernard, craint peu dans les « communautés religieuses ceux qui se livrent à de « grands jeûnes et à de grandes veilles , qui pratiquent « la continence dans sa plus grande perfection , parce « qu'il en a perdu plusieurs de ceux-ci ; mais Ceux qui « vivent dans la plus grande paix dans la maison du Seii gneur , ceux qui sont unis à Dieu et à leurs Frères par « les liens de la charité, sont ceux qu'il craint, qu'il « redoute et qu'il désespère d'attirer à lui (2). »

Sainte Badegonde , fondatrice et simple Beligieuse du monastère de Sainte-Croix de Poitiers , et qui avait été auparavant femme du roi Clotaire , étant morte , deux Beligieuses du même monastère , Chrodielde et Basine , Tune fille du roi Charibert , l'autre du roi Chilpéric , ne voulant pas vivre sous l'obéissance d'une abbesse d'une condition inférieure à la leur , et prétendant par ambi-^ tion à l'Abbaye , jetèrent la division parmi les Religieuses qui jusqu'alors avaient été très unies , troublèrent toute la maison, toute la province, et même toute la France. Elles sortirent du monastère avec quarante Beligieuses qu'elles avaient gagnées , et allèrent à la cour faire de grandes plaintes de leur abbesse , de sa sévérité , du peu de respect avec lequel elle les traitait. Le roi et les mi-

(1) Chron. des Min. liv. 1. chap. 77.

(2) Parum timet diabolus jejunantcs , vigilanles , continentes , quia tam de istis , quhm de illis multos traxit in laqueum ruin» : sed concordes et unanimiter viventes in domo Domini. Conjuncli Deo et sibi per vinculam charitatis , ki dolorem , hi tiroorem , hi lirorem diabolo ingç-% ront. (S, Bem» cit, à S, Bonav* lia, Pharetrm c. 27,

DE LA Vie de gommunaijte. 205

tiistres , voyant en ces deux filles beaucoup plus de pas^ sion que de raison , ne leur donnèrent pas grande satis* faction ; elles furent contraintes de retourner à Poitiers sans avoir rien aTancé. Elles se retirèrent et se fortifié-* rent dans l'église de Saint-Hilaire , écumantes de furie et de rage contre leur monastère et leur abbesse. Par le ministère d'un nombre d'hommes abominables et scélérats , elles remuèrent toute la ville , la remplirent de rapines et de meurtres , pillèrent le monastère de Sainte- Badegonde , en tirèrent leur abbesse , la mirent en prison, la battirent et l'outragèrent. Pour remédier à tous ces désordres , lesévêques de Bordeaux , de Poitiers , et plusieurs autres s'assemblèrent , tinrent beaucoup de conciles , et toujours avec peu fruit. Il fallut retrancher de l'Eglise et excommunier ces deux méchans esprits qui, par leur ambition et leurs discordes , causèrent tant de maux (1).

Saint Martial^ exorcisant un possédé, demanda au démon comment il s'appelait ; il répondit : Je m'appelle maître trompeur , parce que j'ai mille artifices pour tromper le genre humain. — Et comment se nomme votre maître , poursuit le Saint? Il se nomme semeur de querelles et de divisions, parce que c'est son principal exercice parmi les hommes (2).

Yoici maintenant quels sont les biens de la concorde , que David dépeint dans le Psaume 132, qui^ selon saint Basile et saint Augustin , doit s'appliquer principalement aux maisons religieuses , et qui commence ainsi : Qu'il est bon , quHl est doux que les frères habitent ensemble (2) !

(1) Greg. Tur. hist. Franc, lib. 9. cap. 39. elc. Baron, aon. Chrisli 593. Dum. 63. elc.

(2) In vitae S. Martial, apud Sur. 30 Junii.

(3) Ecce quàin bonum et quàm jncundum liabitare (ralres in unum.

206 l'hommb jusligibux.

Les paroles de ce Psaume , dit saint Aligustin , c<miiÂe une douce mélodie , soit dans la lettre , sôit dans lé sens , ont bâti les maisons religieuses ; ce son harmonielix a fait impression sur les Frères qui ont désiré vivre en communauté ; ce verset a été la trompette qui , en se faisant entendre par toute la terre , a assemblé ceux qui étaient épars , et les a unis pour demeurer charitablement et paisiblement ensemble (1). Le prophète poursuit en disant : La paix fraternelle est comme le parfum répandu sur la tète d'Aaron qui descendit sur son visage et se répandit sur le bord de ses vètemens , comme la vù»ée d*Hermon , qui descendit sur la montagne de Sion. Ainsi descendit sur eux la bénédiction du Seigneur de la vie pendant t'^emité (2).

Le Prophète mcmtre deux grandes prérogatives de la vie religieuse , et pour en montrer l'excellence , il s'écrie avec admiration , conmie l'a remarqué saint Basile : qu'il est bon 1 qu'il est doux ! Par le mot (on , il entend les utilités de cette vie, et par celui de doux ses plaisirs. Dans une maison religieuse où régnent la paix et là concorde, tous les Religieux avancent beaucoup plus dans la vertu , pratiquent les bonnes œuvres avec moins de difficultés , observent aisément les régies et les vœux , et Dieu y est bien mieux servi. Pour que tous les membres de notre corps puissent bien remplir leurs fonc-

(i) Isla vcrba psallcrîii iste dulcis sonus , ista suavis melodia tam in caDlico , qukm in intellectu , monasteria peperit : ad hune sonum excitati sunt fratres qui in unum habitare concupieruut. Iste versus fuit tuba ipsorum , sonuit orbem terrarum , et qui divisi erant , congregali 8uat in unum. «5^. Auyust. in iUum PsaU

(2) Sicut uDgueBtum in capite quod de«ceiidit in barbam , barbam Âarron , quod descendit in oram vcstimenti cjus : sicut ros Hermôn , qui descendit in monlem Sion : quoniam illic mandat il Domious benedictioaeon , et vitam asqae io sttculam.

DJE tA VIE DE COMMUNAUTÉ. 207

lions , il faut ^'ils soient en état de santé , que tontes les bnmeors soient pondérées et à leur place, alors il existe dans ee corps une paix naturelle ; il en est de même d'un corps moral 9 tel qu'une maison religieuse , où, pour yiyre en pail , il faut que personne ne soit dérangé dans raccomplissement de ses devoirs. Aussi David dit que Dieu verse ses bénédictions sur cette maison , la fait vivre sans interruption, d'une vraie vie sur cette terre, d'une vie de grâce et de vertu , et dans Tautre de la vie de la gloire ; qu'elle est humectée continuellement de la rosée du ciel, comme les montagnes d'Hermon et de Sion , stériles par elles-mêmes , mais qui sont devenues très fertiles par l'abondance de la rosée.

C'est la concorde et la sincère amitié qui produisent les plaisirs de cette sainte et aimable vie : quel conten-* tement et quel bonheur de vivre dans une société d'où toutes les dissensions et toutes les animosités sont bannies , où dominent la paix , là sincérité et la franchise , où la charité lie ensemMe tous les esprits ! Etre uni de lien et non de cœur , c'est un tounnent , dit Hugues de Saint- Victor ; être uni de cœur et non de lieu , c'est un bonheur ; mais l'être de lieu et de cœur , c'est un paradis (1) Cette couiîorde et cette charité fraternelle soulagent donc tous les maux extérieurs et intérieurs d'une Comnauté, elles adoucissent tontes les rigueurs, elles sont comme une huile qui oint le joug des règles , d^s vœux , des emplois , des tentations et de toutes les autres peines, afin de le rendre plus léger ; c'est alors que s'accomplit cette promesse que Dieu fait par Isaïe : £n ce jour vous serez affranchi de vos misères ; on ôtera de dessus vos épaules le fardeau des règles et des obligations de la vie

(l) Loco unam esse, et animo non esscT, pœiyi est : aoimo non loco, bonitas est : loco et animo , félicitas est.

â08 L*âoitME heliôicux.

religieuse; tous n'en sentirez plus la pesanteui"; yotre sang sera tellement pénétré du baume de la joie que Tunion des esprits causera en tous, que toutes les difficultés se détruiront en tous (1).

DaTid compare cette paix à Thuile sainte dont il est parlé dans TExode , qui étant composée de plusieurs liqueurs précieuses et odoriférantes, et, Tersée sur la tète d'Aaron , découlait jusques sur les bords de ses Tètemens. La concorde, dans une maison religieuse, est une buile de sainteté qui consacre à Dieu les personnes déTOuées à son service ; c'est elle qui adoucit toutes les amertumes, et sa bonne odeur réjouit non seulement ceux qui sont dans la maison , mais encore les séculiers. Cette huile précieuse et diTine de la concorde , doit d'abord parfumer la tête d'Aaron , c'est-à-dire les premiers de la maison qui , comme la tète , sont élcTés au-dessus des autres , et de là couler sur les inférieurs qui sont comme les bords de la robe , et qui par leurs fonctions approchent le plus près de la terre; mais pour aToir cette huile précieuse , pour qu'elle coule des uns sur les autres , il faut la composer de plusieurs liqueurs excellentes, c'est-à-dire , de plusieurs excellentes Tcrtus dont nous parlerons ensuite.

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