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Conduite à tenir envers ceux qui sont bien coupables , mais qui ne sont pas ineorrigibleê.
Si les personnes religienses ne sont pas incorrigibles, et lenrs maladies incmrables, qu'il j ait encore quelque espérance de les guérir, le ièle et là justice ne veulent ^ qu'on se serve d'un remède aussi rigoureux que de les chasser de la Gotnmunauté; il faut se servir de re- ÉrtèMLj^us doux, mais cependant amers à la nature, à cause de k douleur. Le zèle et la justice^ eu les retenant dans la Communauté , ne peuvent avoir pour but que de leur faire quitter leur vie déréglée : ce qulls ne pourraient atteindre sans les pénitences régulières; autrement le but serait manqué, parce que la nature étant par elle-même portée au mal, ces pécheurs continueraient à tomber ^ deviendraient incorrigibles.
La source d'où découlent tous les maux des Communautés religieuses, et Ton pourrait dire de tous les
imintar, tune releTalur corpus: si ctmali , quando cxeunt, tune Eccleaia relevatur, et dicil qoando eos evonit atquo projicit corpus , ex me «néraot immores isti , sed oonerant ex me. Quid est , non eranl ex me ? non de came mea pnecisi suot , sed pectusmibi premebant cùm inessent. Ex nobis exierunt , sed nolite tristes esst , non erant ex nobis. Tn illum locumep* Joan,
(2) TrilicniB son rapit venlus , nec arborera solida radice fundalam f rocella subvertit » inanes paie» tempestate jactanlur, invalidée arbores Urbiais incursione everluntur. Lib. 1. epist. 8. et êe unit. Ecoles,
DE Ui Vl£ DE COMMUNAUTE. M)3
royaumes et de toutes les républiques, est renfermée en ces deux mots : on y pèche impunémmt (1); on laisse les crimes sans ch&timent. L'homme est ainsi fait; si la raiàon n'a point de pouvoir sur lui pour lui faire remplir son devoir, U faut se servir d'un autre moyen, et l'y porter par les sens et la douleur. C'est pourquoi dans tous les Ordres bien réglés , il y^ toujours eu des diâtimens établis pour la punition des fautes.
Chaque Ordre a les siens particuliers ppur les fautes légères et pour les fautes graves.
Saint Benoit ordonne , dans sa règle (2) , pour fin nition des grandes fautes , ce que nous avons rapporté ci-dessus : H faut, i^ que les coupables soient avertis charitablement en secret; 2^ sévèrement repris et diapitrés publiquement; 3^ excommuniés; s'ils sont insensibles à cette peine, il faut les punir par des disciplines et des jeûnes; 4^ tous les Frères assembWs.se mettent en prières pour eux ; 5^ qu'ils soient privé» de . leurs emplois et dégradés de leur dignité; enfin ^ s'ils ne se corrigent pas , il faut qu'ils soient séparés des autnes par la prison ou l'expulsion perpétudle du monastère. ...
\^ Cassien rapporte plusieurs espèces de chàtimens dont on usait dans les monastères d'Egypte,. pour châtier les fautes. Si quelqu'un a cassé par mégarde le vase de terre dont il se sert pour boire, il en demandii»'a pardon à la Gommnnauté lorsqu'elle sera assicmblée pour la prière; il se prosternera en terre et deineiireria en cet état tant que la prière durera, et jusqu'à.ce que l'Abbé lui permette de se lever. Il fera la même péiitence s'il arrive un peu trop tard à l'endroit où il doit
(1) Impunè peocaiijir.
(2) Capitib.2», 28et63.
aller, si en psalmodiant il hésite tant soit peu , s'il dit quelques paroles oiseuses, s*il répond un peu trop sèchement, ou trop brusquement, ou trop hardiment; s'il fait avec quelque négUgence ou quelque murmure ce qu'on lui a commandé ; si , pour continuer sa lecture, fl diffère d'aller où TappeUe l'obéissance ; si après l'office il ne se iftire pas promptement dans sa cellule, et s'arrête avec quelqu'un pour si peu de temps que ce «oit ; s'il prend la main d'un autre ; s'il rompt le silence , même pour une seule parole ; s'il a parlé sans la présence d'un ancien à quelqu'un de ses parens ou amis séculiers ; s'U a reçu ou écrit quelque lettre sans la permission de son Abbé. Pour les fautes plus grayes, comme pour les injures manifestes, les mépris déclarés, les querelles fâcheuses, les rancunes, les haines, les résistances orgueilleuses , etc., elles ne se punissent pas par un ch&timent aussi doux; elles ne se font pas sentir seulement à l'ame, elles se font aussi sentir au corps : on fouette rudement le délinquant ou on le chasse du monastère (1).
Saint Pacôme étant assis avec quelques autres Pères , vit un Frère mettre à la porte de sa cellule, qui était vis-à-yis du lieu où les bons Pères s'entretenaient, deux nattes qu'il avait faites ce jour-là, afin qu'ils les vissent et louassent sa diligence de ce qu'il avait fait deux nattes en un jour, tandis qu'il n*était obligé a en faire qu'une. Saint Pacôme, pâiétrant sa pensée, et voyant le fruit de son ame, jeta un soupir et dit à ces Pères : Voyez ce Frère , U s'est donné beaucoup de peine tout le jour , et il a donné toute sa journée au démon sans s'en rien réserver, parce qu'il a plus recherché dans
(1) Non ilU increpalione , quam dizimas , spiritali , sed Tel plagis emeodantur , vel czpulstonc piirgantur. Lib. 4 de lustii, rênunt., c, 16.
DE LA VIE DE COMMLNAlÇTE. 305
son ouvrage Testime des hommes que celle de Dieu. En faisant travailler son corps plus qu'il ne devait, il a encore privé son ame du fruit de son travail. Il le fit appeler, le reprit sévèrement, et lui commanda de se tenir derrière les Frères avec ses deux nattes , quand ils seraient à la prière , et de dire : Je vous supplie, mes Frères, de prier Dieu qu'il aitvpitié de ma pauvre ame, qui a fait plus de cas de ces deux nattes que du royaume éternel. Il lui ordonna, de plus, que pendant qu'ils seraient au réfectoire , il se tint debout avec ses deux nattes, jusqu'à ce qu'on se levât de table^ il voulut encore qu'il fût renfermé dans sa cellule, que pendant cinq mois il fit tous les jouçs deux nattes , qu'il n'eût pour sa nourriture que du pain et da sel, qu'on le laissât seul et que personne ne lui parlât (1).
Sainte Cunégonde , femme du saint empereur Henri P»", et qui avait conservé sa virginité, se fit Beligieuse au bout de l'année de son veuvage, dans un monastère qu'elle avait fait bâtir sous la règle de Saint-Benoit. Du consentement, et même à la prière de toutes les Beligieuses , elle établit pour première Abbesse une de sos nièces, nommée Jutta, qu'elle avait élevée, et qui était très-digne de cet emploi par sa vertu et sa régularité. Pendant quelque temps la jeune Âbbesse s'acquitta dignement de sa charge; mais comme il se trouve souvent des personnes qui ont assez de vertu pour mener une vie privée, mais qui n'en ont pas assez pour gouverner et porter le poids de Fautorité, elle commença à se relâcher peu à peu et à se servir de son pouvoir pou]^ se procurer ses aises. Sa tante, extrêmement affligée de voir sa nièce ainsi changée, essaya, mais en vain, par ses remontrances et ses prières, de la ramener
(1) fn ejas vlia apud Sut. 14. mm', cap. 86.
306 L*IIOMME IIKLIGIELX.
à SOU devoir. Un jour de dimanche, Jutta manquant au service, sainte Cunégonde alla la ,chercher, et la trouva déjeunant avec quelques jeunes religieuses qui étaient ses confidentes ; elle la reprit vertement et lui appliqua sur la joue droite un si grand soufflet, qu'elle en conserva les traces toute sa vie (1).
Serge, père de saint Bomuald, et issu des ducs de Ravenne, avait abandonné les vanités et les délices du monde , qu'il avait éperduement aimées , et était entré en Religion. Au milieu de ses exercices de vertu, il éprouva la tentation de rentrer dans le monde. Saint Bomuald en étant averti, vint aussitôt pieds nus , un bâton à la main, du fond de la France, où il était, au monastère de Saint-Sévère, près de Bavenne. Trouvant son père chancelant et près de tomber, il le retint dans le monastère en lui mettant des ceps aux pieds, et traitant fort rudement son corps jusqu'à ce que la tentation fût passée. Serge vécut ensuite et mourut saintement dans rétat religieux (2).
Voilà quelles sont les pénitences imposées à des personnes très chères , à un père , une nièce , et dont il faut nécessairement se servir pour le bien commun , et même pour le bien particulier de ceax qu'on corrige. Je chanterai la clémence de la justice , dit David , ce sera vous , Seigneur y que je célébrerai (3), J'en userai envers les pécheurs comme vous en usez : j'emploirai d'abord la miséricorde et la douceur ; mais quand ces moyens n'auront pas asse;2 de force pour corriger , et comme il ne faut pas laisser périr le pécheur, j'appliquerai le remède puissant de la justice, quoiqu'il ne soit pas aussi agréable,
(1) Tbid. 3 mart. n. 12.
(2) In vita S. Romuald. cap. 14 et 15.
(3) Misericordiam et jadicram canlabo tibi , Domine. /'«a/. 100. 1.
ainsi que cola se pratique pour les maladies du corps. Il faut pourtant que ces punitions soient modérées ; il faut pour cela : l*' ne pas les imposer par un mouvement naturel , ni dans l'ardeur de la colère , mais par un mouvement de vertu , avec un esprit chrétien , avec zèle pour le bien commun, une vraie charité -envers le coupable , et un désir sincère de son bien, sans en vouloir jamais à la personne , mais seulement à la faute pour la corriger, et au vice pour le détruire. Il faut s'unir intérieurement à Dieu , entrer dans les desseins qu'il a quand il châtie un pécheur. Hildebrand , qui fut ensuite pape sous le nom de Grégoire VII, étant légat en France, vint visiter le bienheureux Hugues , abbé de Cluny. Assistant au chapitre ou le saint reprenait , corrigeait et punissait les fautes des Frères , il vit notre Seigneur présent qui lui suggérait ce qu'il devait dire et faire , et quelle pénitence il fallait imposer à chacun (1). Celui qui corrige les autres doit prier notre Seigneur de lui faire la même grâce. Il faut toujours , dans les châtimens , même les plus rigou* reux , imposés pour les plus grands crimes , avoir quelque bonté pour le criminel , et compassion delafai-* blesse de sa nature ; il faut toujours mêler Thuile de la miséricorde avec le vin de la justice , pour guérir les plaies du pauvre Samaritain ; il faut avoir du zèle contre la hvLie , et de la compassion pour le coupable.
Un B^Iigieux^ ayant commis quelque faut€ dans un monastère, avait été repris assez aigrement; il alla trouver saint Antoine. Les autres le suivirent, et lui reprochèrent sa tante en présence du Saint. Saint Paphnuce , surnommé Géphale, s*élant trouvé là, leur dit à tous cette parole : J'ai vu sur le bord du fleuve un homme qui était dans la boue jusqu'aux genoux ; ceux qui ve-
. (1) la vita 6. Hug. apud Sur. 29. apr. n. 4.
naient lui donner la main pour le retirer s'y enfoncèrent jusqu'au cou. Saint Antoine, regardant alors le bienheureux Paphnuce , dit : Voilà un homme qui juge les choses selon la vérité , et qui est capable de sauver le&ames (I). Un autre Religieux (2) du monastère de l'abbé Elie , en ayant été chassé pour une faute à laquelle la force de la tentation l'avait entraîné , eut aussi recours à saint Antoine, qui, l'ayant gardé quelque temps auprès de lui , le renvoya à son monastère ; mais les Religieux ne voulu-^ rent pas le recevoir , et le chassèrent pour la seconde fois« Il revint à saint Antoine et lui dit : Mon Père, il» n*ont pas voulu de moi. Le Saint envoya dire à ces Religieux ces simples paroles : Un vaisseau j après avoir fait naufrage et perdu toutes les marchandises dont il était chargé , est enfin arrivé au port avec grande peine , voulez-vous encore l'y faire périr? Ils comprirent le sens desparoles du Saint , et reçurent le Religieux.
2^ Pour que les châtimens soient dana une juste proportion , il ne faut pas les considérer en eux-mêmes , mais par rapport à la faute commise; quoiqu'ils paraissent quelquefois fort rigoureux , ils ne laissent pas cependant d'être modérés et de ne point passer les bornes. La dose des médicamens que l'on donne pour une médecine se me^re sur la force de la maladie ; elle est toujours juste quand elle est proportionnée au mal : on l'augmente quand il est grand, on la diminue s'il est petit. Quoique les supplices da l'enfer soient épouvantables , et par leur grandeur , et par leur durée , les théologiens enseignent que, quelque grands qu'ils soient, ils sont encore moindres qu'ils ne devraient l'être , et que Dieu fait toujours grâce aux damnés quand on fait attention à
(1) Àpuil Roswe^d. lib. 3. n. 138.
(2) Ibid. Ub. 5. libelL 9. n. i.
ce qu'ils méritent. Il ne faut pas juger d'une pénitence par le mal qu'elle fait , mais par la faute qu'elle punit. Nous avons vu que saint Pacôme , homme très doux , et d'autres , peu portés à agir avec "cruauté envers des personnes qui leur étaient très chères , en ont donné de fort rudes.
Saint François , qui aimait cordialement ses Beligieox, et qui avait une extrême compassion de leurs fautes , écrivit une lettre au bienheureux Pierre Catanée, qu'il avait établi Général de son Ordre , et deux à Frère Elle , sou vicaire-général après la mort du bienheureux Catanée ; il leur recommande , en termes les plus forts , de recevoir avec une extrême bonté ceux qui commettraient quelques fautes. Il dit au dernier : Je connaîtrai si vous êtes serviteur de Dieu principalement à cette marque , si vous ramenez par la miséricorde le Frère qui est toinbé , et si vous ne laissez pas de l'aimer quoiqu'il ait commis de grandes fautes (1). Saint Bonaventure dît cependant de lui que , malgré toute sa douceur et toute sa compas-* sion , il ne savait pas flatter les fautes , mais qu'il les traitait rudement , ni fomenter les vices des pécheurs , mais les reprendre âprement (2).
3*^ Pour que la correction ait toute la modération coû-^ venable , il faut* saisir l'occasion et choisir le temps. Plusieurs manquent à cela ou par négligence , ou par défaut de courage , ou par une fausse charité , ou par une vaine espérance d'amendement; ils diffèrent de reprendre et de punir les fautes q[aaud elles sont encore légères et
(1) In hoc solum cogaoscam si os servus Dei , si errantcm Fraircm misericordia reducas ad Dcum , et si graviter erraniem amarc non de« Bines. Epist, 6. *
(2) Nescicbal culpas palparo , sed pungcre , nec viiia favere peccaflliuro ; sed aspcra incrcpalione ferire. In ejtts êit, cap, 12.
316 l'U0MM£ lŒUGIËUX.
({u*il y aurait du remède , et attendent que Thabitude ait jeté de profondes racines et que les plaies soient deve* nues incurables. Au commencement , un remède doux eût suffi ; mais il faut après recourir au fer , au feu , et encore tout cela est souvent inutile : on est contraint de porter la chose à l'extrémité et de chasser la personne de la communauté. Depuis deux ans ce Beligienx commence à se relâcher et à se démentir ; si au commencement , lorsqu'il avait encore la délicatesse de conscience et la crainte de se perdre , on Feùt averti charitablement , si on Teût repris à propos, si on lui eût imposé une pénitence proportionnée à sa faute et à sa disposition ^ il n'en serait pas venu là , on Teût sauvé ; il s'est perdu , parce qu'on a attendu trop tard ; il n'était plus temps, il était endurci et incapable , par une longue suite de péchés , de recevoir Tinfluence de la grâce ; elle ne fait plus rien sur lui* Etant ainsi abandonné , il est presque impossible qu'il se sauve.
n y a longtemps qu*on l'a dit , qu'un des grands secrets de la médecine est de prendre la maladie dès le commencement , de peur qu'en la laissant se fortifier , elle ne devienne plus forte que les remèdes et très difficile à guérir (1),
Maintenant , que doivent faire ceux qui reçoivent des pénitences pour leurs fautes ? Ils doivent les recevoir avec patience , humilité , soumission et respect , et les regarder comme une preuve de la miséricorde de Dieu. C'est ainsi que les malades reçoivent les médecines sans se plaindre ni murmurer , parce qu'ils désirent leur guéridon , et que tout cela tend à leur faire recouvrer la santé.
(1) Principiis obsla , sera medicina paralur; Cùm niala pcr longas iovalucrc moras.
Yous me direz peut-être : On m*a imposé une péni* tence pour une faute que je n'ai pas faite. Je yous réponds d*abord que je vous en félicite : il vaut mieux que vous soyez innocent que coupable. Vous dites que Ton vous punit d'une faute que vous n'avez pas commise ; cela peut être vrai , mais Dieu vous châtie par ce moyen d'une autre faute que vous avez réellement commise, .
Saint Ephrem , et deux autres avec lui, furent accusés et mis en prison pour des crimes dont ils étaient inno* cens ; mais la justice de Dieu les poursuivait et les punisn sait pour d'autres dont ils étaient effectivement coupables (1).
Combien avez- vous fait de péchés inconnus aux hom* mes , dont vous n'avez jamais été repris ni puni? c'est pour quelques-unes de ces fautes que Dieu vous punit avec une grande miséricorde dans ce monde, afin de n'être pas contraint de vous châtier rigoureusement dan» le purgatoire , où vous souffririez des maux effroyables, sans obtenir aucune remise de sa justice , ni mériter aa-^ cune récompense ; car ce n'est pas le lieu où l'on gagne , mais le lieu où Ton paie. En faisant un bon usage de 1» pénitence qu'on vous impose, vous satisferez à une grande partie de la peine que vous méritez pour vos pé^ chés , et vous acquerrez d'immenses trésors de grâces , de richesses et de gloire.
Imitez pour cela les âmes qui sont dans ce lieu de supplice : elles souffrent des douleurs inexplicables, sans d'autre avantage que celui d'acquitter leurs dettes à la rigueur ; cependant elles ne laissent pas échapper un mot d'impatience ou de murmure contre Dieu ; au contraire , elles le louent et le bénissent , et souffrent avec tant de patience, tant de soumission , avec un si grand et sipro-
(1) TouK 2. ()j)cr. S. Kphrcm. pag. 162, el loin. 3, p. 599.
313 L*HOMM£ RMilGIEUX.
fond respect pour la justice dmne, qae si la porte du purgatoire leur était ouverte, si la liberté leur était donnée pour en sortir et aller au ciel, elles ne voudraient pas en user jusqu'à ce qu'elles fussent entièrement purifiées.
Enfin , au milieu de la peine que vous éprouvez en subissant une pénitence que vous n*avez pas méritée, unis • sez-vous à notre Seigneur : vous savez tout ce qu'il a souffert 9 quoiqu'il fût l'innoeenee même ; vo jez-le au moment de ses souffrances, pressez- vous contre son eœur , unissez- vous à lui par la foi , l'amour et un vrai désir de l'aimer ; il Vous a donné l'exemple et mérité la grâce de supporter la pénitence pour des fautes que vous n'avez pas commises.
Un Religieux de Saint-François, qui avait été fort riche dans le ftièck, ayant été vivement repris par son supérieur, et ayant reçu une rude pénitence, aUaè TËglise , tout triste et tout abattu ^ se plaindre à notre Seigneur crucifié de ce qu'on lui faisait ; il entendit une voix qui lui dit : Tu devrais aussi considérer les injures, les affronts , les douleurs et la mort que moi , qui suis innoc^t , ai supportés pour toi , qui es pécheur. Le Religieux , couvert de confusion , reconnut le tort qu'il avait de se plaindre , et devint ensuite plus humble et plus patient.