‹ L'homme religieuxChapitre 2 sur 31 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

DIFFICULTÉS DE LA VIE DE GOMMUIf AUTE 9 ET QUELS SONT LES ESPRITS QUI T SOIYT PROPRES.

Quoique la vie de communauté soit , comme nous l'avons montré , plus facile et plus douce que la vie solitaire , elle ne laisse pas cependant d'avoir ses peines et ses difficultés ; elles fie sont pas légères. .Ce n'est pas upe petite chose de mener une vie vertueuse et parfaite

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en communauté, Sous certains rap|K>^s la vie solitmre n'est point aussi pénible que la vie Qoni^iune. Tout homme s'aime naturellen^ent beaucoup , il supporte avec facilité ses imperfections ; il arrive inème souvent qu'il ne les voit pas et qu'il ne les sent pas ; s'il les voit , il les voit beaucoup moindres qu'ellcfs ne le sont ; quelquefois mèmç U croit que ce sont des perfections. ISais on n'e^t pas {iinsi trompé quand il est question des défauts du pro-« diain que Vm B'^imç pas à be^pcoup près autant quç soi ; ilsr sont l>ien plus visibles et plus sensibles , il est llien plus difficile de les supp(»rter , et $tre obiigé de le faire tous les jours n'est pas une chose aisée.

Que tousi ceux qui soot appd^ à le^ yie de communauté prennent donc le plus graiMl soin de s'exco^cer hls^ pratique des vertus qui soQt néoeasair^ dans cette situation, imitons l'exemple de Samuel , de qui il est dit dana. Vîîcriture : Le jeune Samuel se fortiftait et croi$mt $ (kimé de Dieu et àes hommee^iX^ \ de Zacharie.etd'£lisa- ]^th , à qui saint Luc rend ce témoignage x Ils étaient totAS deux justes devant Dieu , marchant dans tous les. eommandemens du Seigneur sans donner à personne le PMiindre sujet de se plaindre d'eux(^) ; de!Notre-Seigneur : ^ésus croissait en sagesse , et en âge et en grâce devant Dieu et devant les hommes (3). Saint Paul , le grand imitateur et le vrai disciple de Jésus-Ghrist , dit à Félix , gouverneur de la Judée , en lui rendant compte de sa vie et de sa conduite : Je m'efforce d'avoir toujours ma conscience sans repr^he devant Dieu et devant ies

(ï) Poex Samneli^ofiçiebat atquecrescebat , et j^laçeU^t taoi Domino, qalm homiaibus. 1. R^g. 2. 26*

ï2) Erant ambo jusli ante Deam , incedentes in omnibus mandalis f t jostificationibus Domini sine querela. Lt^p, 1. 6.

(9) Ptsoficiébai saptéoiiA, et^Utei etsratia apud Deuni; et honoi-

hommes y de manière à ne jamais offenser personne (l). Leiaéme Apôtre donne cet avis aux Corinthiens : Yivesi sans reproche parmi les Juifs , les genHls et les fidèles ; vous voyez que je m'efforce de plaire à tous en tout (2) ; et comme l'explique saint Jérôme : Je cherche à plaire à tous pour leur salut ; si quelqu' nu éprouve qpelque chosç contre moi c'est sans raison , je n'en suis pas la cause(3). . aint Paul dit encore aui^ Romains : Ayez som de faire le bien y non-seulément devant Dieu , mais aussi devant les hommes, c'est^dire y cherchez non-seulement l'apprêt bation de Dieu , mais celle dçs bùinmes , pour leur idi" fication (4). Il écrit aux Philippiens : Faites tout sans murmurer et sans contestations , afin que vous soyez sans reproches (5). Yoili^ ce qu'il feut apprendre pouç vivre en communauté y nous allons entrer dans plus de détaU.

L'expérience nous montre que dans toutes les commun nautés d'hommes ou de femmes , il est des esprits dif-i férens : il en est qui vivent toujours contens , tranquilles et en piaix , soit avec eux-mêmes , soit avec les autres ; il en est au contraire , qui sont toujours mécontens ^ inquiets , chagrins , qui supportent avec peine la con-* versation des autres , et trouvent toujours quelque chose à reprendre.

(l)^Sludeo sine offendiculo conscieDtiam habere ad Deum et ad kor qaines sempev. Act. 24. 16.

(2) Sine offensione estote Jadasis , çt Genlibus, et Ecclcsiae Dei , sieut et ego per omnià omnibas piaceo.l. Cor. 10. 32.

(3) Ego me nt eihibeb oit omnibas placeam ad profectom : si quis Qie sine causai, odiséie Toliieriti ego pon sam ia çulpi^. In Comm* illi adscripto ihi,

(4) Providentes bona non tanlùm coràm Deo, sed étiam corara omçibus hominibus. Bom» A% i?.

(3)'0niiàia facile sine' monmirationibas et hflBsriationtbas «it sitii s^oç. querelji. PhiU 2, 14.

Jacob était un homme pacifique , plein de douceur , ^'accommodant avec tous. Esaû était d'un caractère dur et difficile ; son père Isaac lui avait même prédit qu'il ferait la guerre toute sa vie , qu'il serait toujours en querelle (1), cependant ils étaient jumeaux et vivaient dans la même maison. Ismaël nous montre encore mieux l'exemple de ces caractères peu sociables. L'ange dit à sa mère lorsqu'elle était enceinte : il sera farouche ; sa main sera contre tom, et la main de tous contre lui ; il plantera ses tentes vis-à-vis de tous ses frères ; il s'opposera toujours à eux , il ne pourra s^accorder avec per-^ sonne (2). . .

Quoique l'état religieux sôit un paradis terrestre , comme on lui en a doqné le iiom , ces esprits que nous venons de peindre ne l'éprouvent pas , on dirait vraiment que c'est pour eux tout le contraire. Ce sont des âmes agitées par les vents , battues par la tempête , non pas au milieu de l'Océan , mais dans le port. Ces Religieux ont l'épée à la main , non sur le champ de bataille , mais daiis le repos de la paix. Elevés à la plus haute région de Fair , ils ressentent encore les orages qu'ils ont sous leurs pieds. Quelle est la cause de ces malheurs? c'est que ces personnes ne sont pas propres à vivre en communauté , soit qvi'il y ait dans leur nature quelque chose qui y soit opposé , soit qu'elles manquent de vertu , et ne veulent pas s'imposer la moindre contrainte.

Si maintenant on veut connaître quels sont les esprits les plus propres à vivre en communauté , je dirai qu*il en est qui sont si bien disposés , qu'on dirait qu'ils sont

(1) Vives in gladio. Gên. 47. 40.

(2) Hic erit feras homo ; roanus ejtis contra omnes , et manus om.nium contra eum , et è regione universoram. fratram saoram figet labçrnacula. Gen» 16. 12.

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faits pour les communautés , et les communautés pour eux , comme on le dit de saint Bonaventure et du pape saint Célestin ; les esprits les plus propres à cette vie , sont : 1^ les esprits naturellement portés à la régularité ; 2^ les esprits doux , paisibles , gracieux et aimans ; 3^ les esprits respectueux , pleins de déférence , civils et honnêtes ; 4^ les esprits remplis de condescendance , qui ne s'offensent de rien , qui ne se plaignent pas aisément , qui coulent facilement sur les petites faiblesses qui se trouvent dans tous les hommes , et qui savent les dissimuler prudemment ; 5^ les esprits charitables et officieux , qui aiment à faire plaisir.

Le père Antoine Quadrius , de la Compagnie de Jésus , bomme d'une haute capacité et d'une grande vertu , qui avait gouverné les Indes orientales pendant treize ans , en qualité de provincial, et avait rendu de grands services , avait coutume de dire qu'il y avait une grande différence entre un homme de bien et un bon Religieux ; on peut être homme de bien , disait-il , quand on a la crainte de Dieu Ja vertu suffit pour rendre unh«tome vertueux ; mai&ilfaut ajouter quelque chose de plus pour faire un bon Religieux, il faut ajouter à tout le reste un esprit disciplinable , régulier et réglé , qui pratique la vertu selon son institut , qui se laisse conduire sans résistance par ses supérieurs , qui se plie avec bonté , simplicité et patience, aux caractères et à l'humeur de ceux avec lesquels il vit (l).

Si les personnes douées de ces qualités sont propres à cette vie de communauté , il en est d'autres qui n'ont aucune de ces dispositions , qui seront toujours malheureuses , et rendront les autres malheureux : ce sont ces esprits particuliers qui se tiennent à l'écart , délicats ,

(1) 3. P. Uislor. Societ. lib. 8, n. 281.

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qui se formalisent de tout, audacieux, mépnsans, rudes, hargneux^ picpians, cpii ne peuvent supporter les autres, qui trouvent à redire à tout ; quelle peste pour une communauté !

Quatre bumeurs composent notre organisation corporelle ; taais une prédomine toujours les autres , de sorte que nous soinines isanguins, ou pblegmaf iques> ou bilieux, Ou mélancoliques , selon que ^^es différentes bumeurs régnent àveé plus de force , la vie de communauté devieât plus âifflcilCi

Les èspHts sanguins sont aimans , traitables , courageux , officieui , généreux , voilà le bien ; mais voici le mal : ils sont boUillans , railleurs , affectionnés aux plàasirà et aux créatures. Les phlegmatiques sont doux , bods , paisibles , fiadles à conduire , ne faisant aucun bruit 4aiis la maison ; Aiais ils sont làcbes , inconstans , paresseux, sans vigueur et sans énergie. Les bilieux sont bâMis, entreprenans , ont du cœur ; mais iis sont y'ûsi précipités, impatiens, colères, rudes , querelleurs, idtiers et orgueilleux. Les mélancoliques sont retenus et ccmstans ; mais ils sont chagrins, difficiles, soupçonneux , ombrageux , opiniâtres et attachés à leur propre jugement. Tous ces différens caractères sont sans doute propre à la vie religieuse , pourvu que l'on prenne ce qu'il y a de bon, et qu'on corrige ce qui est défectueux ; fA OH ne se corrige pas, les caractères les plus pénibles à supporter sont les caractères mélancoliques et bilieux à l'excès.

n f aut cependant que personne ne se décourage , il faut vouloir et aimer le caractère que Biéu nous donne , puisqu'il nous Ta donné pour le servir , l'honorer , faire notre sialtit et arriver à la perfection ; ce qui est non seulement possible , mais se fera infailliblement , si nous y mettons notre travail et nos soins ; parce que Dieu nous

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a préparé la grâce pour cela , et qu'il veut nous donner les forces nécessaires pour atteindre le but qu'il s'est proposé ; mais malheureusement il est peu de personnes qui veulent se faire violence , réformer leur caractère ; et l'on voit souvent dans les maisons religieuses des personnes ayant de bonnes qualités , pleines de talens ^ qui pourraient faire de grands progrès dans le service de j>ieu , être utiles à la communauté ^ au pro^ chain , et d'abord à elles-mème», ne vouloir pas se donner la plus petite peine pour corrigea une imper-^ fection^ veiller un peu plus sur elles , se retenir davaintage; alors les talens deviennent inutiles, et ce qu'il y ajde bon perd toute. sa force. La plus petite pièce gâtée dans une montre en arrête tous les mouvemens; lin seul défaut dont on ne se corrige pa^ , une passion que l'on ne cherche pas à dompter , un mouvement de mauvaise humeur que l'on ne réprime pas , toutes ces choses suffisent pour paralyser tout ce qu'il y a de bon en nous. La nature ne produit pas les choses de manière à ce qu'elles puissent sie mettre en œuvre tout de suite , nous le voyons dans lé bois , l'argent , \lùT j etc. f il faut le secours de l'art, que le travail achève ce qui n'était qu'ébauché ; il faut travailler de même sur notre caractère, tel que Dieu nous l'a donné, le façonner et le polir, èter ce qui est rude et mauvais , p^ectioHQber ce qui est bon , autrement nous né pourrcms nous en servir; mais si nous travaillons, nous pourrons en fàirte un très bon usage.

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