l'HOBHë n£LlGl£lJXr
rîDstruirai , et elle aussi poarra me parler. C'est pour cela qoe saint Jean Glimaque appelle le silence la mère de l'oraison, et dit que celui qui TobserTe soigneusement, %'approche de Dieu, et est éclairé de ses lumières (1)«. Plus le fer est serré et pressé , dit le bienheureux Laurent Justinien , plus il est fort est ardent : plus Tesprit eêt retiré et recueilli, plus il s'élève avec force vers Dieu et s*unit intimement à lui (2)»
Voilà quels sont les fruits du silence, Toilj^ le véritable moyen pouracquérir la vraie perfectioUr Le silence produit le recueillement; le recueillement, la dévotion; la dévotion, Toraison; l'oraison, Tunion avec Dieu; et Tunion avec Dieu, la pei€ection. Sans le silence point de recueillement ; car comment une personne qui s'amuse à causer avec les uns et les autres , en tout temps et en tout lieu , et de tout ce qui se présente , peut-elle être recueillie et intérieure? Cela est absolument impossible; tout ce qui se répand à l'extérieur est toujours une diminution de force pour l'intérieur. Sans le recueillement il n'y a point de dévotion ; car comment en trouver dans une ame dissipée, errante et vagabonde? Sans dévotion il n'y a point d'oraison : comment une ame indévote potirrait-elle méditer et s'élever à Dieu^ pourrat-elle même trouver la'porte de la prière? Il est bien clair que sans l'oraison il ne peut y avoir d'union avec Dieu, puisque ce sont les actes de vertus qui exercent l'entendement et la volonté dans Toraison, qui produisent l'union divine ; et sans cette union il est encore bien évident qu'il n'y a point de perfection. C'est ainsi que se forme cette première chaîne qui aboutit à la perfection^ mais dont le premier chaînon est le silence.
(1) Gradu 11.
(2) Lib. de discîpl. monast.
DE LA Vlftl DB GOMMUKAUTE. 391
Il est bien certain que les grands parleurs sont peu capables d'oraison et des autres exercices de la vie intérieure; il leur est bien dificilie d*étre touchés par les sentimens d'une vraie dévotion. Si quelquefois ils en ressentent quelques mouvemens , ils les perdent bien facilement. Quiconque est facile à parler ^ dit saint Ambroise, perd facilement Fonction de la piété, et son intérieur s'écoule par sa bouche comme Teau dans un vase percé (1). Saint Isidore de Damiette, écrivant à Gassien, qui s -était fait Religieux, lui dit : J'apprends que vous devez quitter le monde, que vous êtes entré en Religion ; je crains cependant que vous ne vous corrigiez pas du défaut que vous avez de parler beaucoup. Vous avez bâti une forte et solide muraille pour vous défendre contre vos ennemis ; mais vous avez laissé une porte ouverte pat laquelle ils peuvent entrer. Si donc vous désirez que cette muraille vous serve de rempart^ fermez cette porte et faites tous vos efforts pour vous rendre maître' de votre langue : si vous la laissez prendre l'empire ^ elle produira bientôt en vous de granda maux et vous fera faire de lourdes chutes (2).
Quelques Religieux désirant voir saint Antoine, montèrent sur lin vaisseau où ils trouvèrent un vieillard qui faisait le même voyage et qu'ils ne connaissaient pas« Ces Religieux s'étant assis, se mirent à parler de l'Écriture sainte, des instructions des Pères, des omTages qu'ils faisaient de leurs mains; le bon vieillard les écoutait sans dire oiot. Quand ils furent arrivés^ saint Antoine dit aux ^Religieux : Vots êtes bien heitretix, mes Frères, d'avoir eu ce bon Père pour compagnon
(1) Quicumque cal facilis ib vcrbis, velul priraus rimai'um hac atqao illac effluens, iâleriora évacuât sua. In Psal. 116.
(2) Lib. 1. episl. 309.
392 l'homme fiELIOISUX.
dans Yos voyages, et vous, mon Père, d'avoir rencontré ces bons Frères. •— Il est vrai, mott révérend Père, répond le vieillard , ils sont bons , mais il n'y ja point de porte en leur maison : ainsi peat entrer qai veut dans rétable et emmener les bètes qui y sont. Il parlait ainsi , parce que ces Religieux avaient beaucoup parlé et avaient dit tout ce qui leur était passé par l'esprit (l).