‹ L'homme religieuxChapitre 29 sur 31 · DE LÀ VIE DES AINGIENS RELIGIEUX · texte numérisé non relu

DE LÀ VIE DES AINGIENS RELIGIEUX

Nous allons finir ce Traité des qualités nécessaires à un Religieux pour bien vivre en Communauté ; mais nous le finirons par quelques traits de la vie des anciens Bdigieux. Nous rapporterons quelques-unes de leurs sublimes actions, poi^r nous servir d'instruction sur ce que nous avons à faire, et qu'elles nous donnent 4e )a confusion de ce que nous faisons ; qu'elles soient pour nous une exhortation puissante de mieux faire à l'avenir, et d'embrasser avec plus d'ardeur notre vocation.

. Lorsqu'au commencement du 4^ siècle, sous le règne du grand Constantin, sa^it Antoine rétablit la discipline monastique que saint Aïarc TÉvangéliste avait fondée, mais que les guerres de l'empire et les persécutions de l'Église ^vai^nt comme renversée, il jeta les premiers fondemens de la vie commune , par ses exemples , par lia force de ses paroles, et surtout par l'odeur de sa sainteté, qui attira auprès de lui une si grande multitude , qu'en peu de temps les déserts de la Thébaïde et dç rÉgypte furent habités et remplis d'hommes et de femmes.

Il y avait sur ces montagnes , dit saint Athanase dan» la Vie d,e saint Antoine y des monastères qui étaient comme des temples remplis de chœurs d'auges ; on ^ employait les jours à chanter les louanges de Dieu , à lire la sainte Ecriture , à prier. Les puissantes exhortations

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du Saint Icar ayaieiit inspiré à tous une extrême ferveur pour les jeûnes et les veilles ; il leur avait appris à mettre leur consolation dans l'espérance des biens futurs , à travailler de leurs mains , afin de pouvoir faire l'aumône , et à vivre tous en commun dans une charité parfaite et une union intime. Ainsi Ton voyait de grandes contrées habitées par des gens de l'autre monde , qui n'avaient aucune conversation avec celui-ci , et qui portaient tous leurs soins à exercer la piété et à pratiquer la vertu. Quel est Thomme qui, en voyant tous ces mo* nastères et ce grand nombre de Religieux vivant dans one inviolable concorde , sans aucune parole de médisance ou de murmure et se rendant tous mutuellement les devoirs d'une sincère et cordiale amitié, ne doit 8*écrier : Que tes pavillons sont beaux /ô Jacob! que tes tentes sont belles , 6 Israël ! Elles sont conune des bocages touffus 9 de fraîches vallées , des jardins arrosés de ruisseaux, des tabernacles dressés de la main du Seigueur,' et comme des cèdres plantés près du courant des eaux.

Saint Ghrysostôme dit , en parlant de ces mêmes monastères : Si quelqu'un maintenant vient visiter les solitudes d'Egypte , il les trouvera plus belles que le Paradis terrestre , ce jardin de délices ; il y verra des chœurs innombrables d'anges briller et servir Dieu dans des corps mortels ; les cieux ne jettent pas plus d'éclat que ces déserts remplis de troupes innocentes d'hommes et de vierges (1). ?

Saint Epiphane disait dans le même temps : Ils travaillent dans ces monastères pour acquérir la verta , comme une abeille laborieuse : ils font avec leurs mains la cire , et portent dans leurs bouches les gouttes de miel des louanges de Dieu (2).

(1) Homil. 8. ia Matth.

(2) Lib. 8. Iixres. 80; contra Massai.

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' Théodoret, parlant des Religieux de son temps, dit (l) : De même que le prince des ténèbres , ce mortel ennemi des hommes a malicieusement inventé plusieurs espèces de vices et différens moyens pour les précipiter dans les enfers , ainsi les enfans de lumière , ceux qui se nourrissent de la vraie piété , se sont appliqués à chercher des moyens différens de servir Dieu et divers exercices de vertus , qui leur servent comme d'autant d'échelles pour monter au ciel : les uns combattent ensemble et en grand nombre , et remportent des victoires signalées et des palmes immortelle^ ; d'autres embrassent la vie solitaire , renoncent à toutes les consolatioas humaines , pour ne s'entretenir qu'avec Dieu , et s'élèvent ainsi au dessus de leur nature; quelques-uns demeurent dans des cabanes et des cellules, y passent toute leur vie à célébrer les grandeurs de Dieu , et à chanter ses louanges; il en est qui n'ont d'autre abri que les cavernes et les lieux souterrains pour s'appliquer aux mêmes exercices ; enfin il en est d'autres qui n'ont ni cellules, ni cabanes, ni cavernes, qui n'ont pas d'autre couverture que le ciel ; ils supportent ainsi la diversité des saisons , les intempéries de l'air , quelquefois transis par le froid , d'autres fois brûlés par l'ardeur du soleil, n y a encore des manières différentes de vivre parmi ces derniers : les uns se tiennent toujours debout, les autres ne passent qu une partie du jour assis ; il y^ en a qui se renferment, afin d'éviter Tabord de ceux qui viennent les visiter ; d'autres s'exposent à la vue de tout le monde.

Saint Jean Damascèae raconte que le saint homme Barlaam parla des Bdi^eux au prince Josaphat en ces

(1) In Philolh. cap. 27.

terme»; {\) : Ces hûmmes , remplis de vertus » mraAient UB(9 vie tranquille ; les uns demeuriûmt eu rase cain«pagne et étaient perpâudlemeol exposés à toutes les rigueurs des saisons et à toutes les injures de l'air ; les autres se mettaient à l'abri sous les ruines de quelques masures ou dans les cavernes de la terre ; ainsi sis re^ jMmçaient à tous les i^inrs des sens et à toutes les dé^ liées de cette vie , se contentant poiur leur nourriture de légumes, de racines, de pain sec, dont môme ils n*asaient que fort sobrement et après de longues absti-^ nenees ; non seulement ils s'abstenairat de tout ce qui pouvttt sentir la délicatesse , mais ils ne prenaient de leur nourriture fade et insipide , qu'autant qu'il en fallait pour ne pas mourir de faim. Quelques-uns jeûnent des semaines enti^^es et ne mangent que les dimanehes ; d'auti^s ne mangent que deux ou trois fois dans la a^aaine, d'autres de deux jours l'un , vers le soir , et enoore ne font-ils qu'effleurer leur chétive nourriture, parce qa'ik sont continuellement occupés à la prière et aux sûntes veilles, que rien de terrestre ne peut les distraire ; ils semblent mener la vie des anges et oublier qu'ils sont bommes.

On ne voit régner parmi eux ni Venvie, ni la vaine gloire ; ceux qui sont le moins avancés , ne sont point jaloux de l'autorité et de la vertu do ceux qui les surpassent, et ces derniers ne s'élèvent point par l'estime d'eux-mêmes au-dessus des autres , n'ayant tous qu'un même dessein , celui de donner à Dieu toute la gloire de leurs actions, /et à se réserver seulement la pratique de l'humilité. Le Beligieux qui , à cause de sa faiblesse , était moins austère que ses compagnons , en prenait oct casion de s'humilier davantage : il se réputait malheu-

(1) In vila S. Barlaam et S. Josaphal , cap. 12.

rettx éb ne pom^ir faire ce qae faisaieni les autres^ et aUrilmait ce manquemi^t d'iiiistérité plutM à mil défaut de coarage et une eartaine làcheté^» qu'aune kifinnité véritable.

Quelques-uns d'entre eux :8e sont retirés dam le fond des déserts, afin qu'en s'éioignaut de la eonversation des hommes , ils fussent mieux disposés pour converser avec Dira. D'autres ont des cellules éeartées les ones des autre» , et ne s'assemMent que le dsoianche pour aller à r^ise , j participer aux saints mystères et receveur le eorps et le sang de notre Seigneur Jésitô-Gbrist ; ils a'exliortent assuite mutuellement à bien faire le mid. de la vertu dans la ruche de son eœur , et produire des actions dignes du sacrement qu'ils viennent de recevoir , et de la tàAe sainte à laquelle ils ont été adnûs.

Quelques-uns vivent en communauté sous la conduite d'un supérieur qu'ils reconnaissent comme leur père et honorent comme leur prélat. Ils f<mt le sacrifice de Jeur propre volonté avec le glaive de l'obéissance, se regardant comme des esclaves par l'abandon de leur liberté^ ne vivant plus à eux-m^es ,mais k celui à qui ils^e^ou^mettent pour l'amour de Dieu , ou plutôt à Jésus-Gbi^t, qu'ils suivent, par le ren^icement qu'ils ont fait de toutes les choses delà terre, et qui vit en eux. Ces hommes éxcellens vivent ici-bas comme des anges , toujours occupés , par leurs concerts mutuels , à louer Dieu et à chanter de& psaumes ; ils imitent déjà les vertus des célestes if^Uigeocea, par leurs jeûnes , leurs prières , leurs veflles , leur sflence , l&m diast^é , leur humilité , hesar concorde et leur amour pifffoH de Dieu «t des hommes ; c'est ainai qulLi passent cette vie n^rldle ou {dut6t oéleste ; c'est pourqiMNl Dieu les a honorés du dco des miracles , et a répandu par toute la terre la bonne odeur de leur sainte vie.

Saint Barlaàm ajoute ailleurs , en parlant toujours em jeune prince : Notre nourriture est prise ordinairement dans ce que la terre produit ^ comme quelques fruits et quelques légumes que la solitude , arrosée des eaax du ciel et par Tordre delà Proyidence, nous fournit, sans que personne , par avarice on par envie , nous en dispute l'usage. Notre vêtement est un âpre cilice et quelques peaux de brebis déjà usées et préparées pour dompter notre chair ; nos babits sont faits de plusieurs pièces; nous n'en avons point pour changer : été et hiver nous • portons les mêmes ; il ne nous est pas permis , dès qu'une fois nous les avons revêtus, de les quitter ni le jour ni la nuit , à moins qu'ils ne tombent en lambeaux de Tétusté* En souffrant ainsi le froid et le chaud, nous nous efforçons de mériter la robe de la bienheureuse inunortalité.

Ecoutons saint Ghrysostôme parlant de ces Religieux , et rendant compte de leurs exercices (1) : Ils se lèvent avec le soleil , et même le devancent de beaucoup. Après avoir un peu reposé , ils n'ont pas grande peine à se lever , parce que les pesanteurs de tête , la quantité d'humeurs , la bonne chère , les soins , les tristesses , les ennuis et aucune autre chose ne les obligent à dormir beaucoup.

Ils sortent donc du lit proraptcment et gaîment ; ils vont au chœur , où tous , avec une conscience pure , psalmodient , bénissent Dieu par des hymnes et lui rendent grâce pour ses bienfaits généreux et particuliers ; ils prient avec une grande dévotion et le plus profond respect , à genoux , les mains levées vers le dcl , comme autant d'anges. Dans leurs monastères on n'entend point de bruit , point de trouble ; tout y est en paix , en

(1) Hom, 69 e! 70 in Malili.; el liom. 14. in 1. ad Timolb.

repos et y sent Toraison , le recueillement et le baume de la dévotion.

Après Toraison , ils s'appliquent à la lecture et à F^tude des saintes Ecritures : Tan s'entretient avec Isaïe , un autre communique avec les Apôtres, un autre lit quelque ouvrage des Pères , un autre occupe son esprit à considérer les créatures que Dieu a produites, comme autant de degrés pour monter vers lui; d'autres considèrent la brièveté et la misère de cette vie, pour en concevoir du dégoût et la mépriser , et la béatitude à venir pour la désirer.

L'oraison et la lecture achevées , les uns se mettent à copier quelques livres de la sainte Ecriture , les autres s'appliquent à l'emploi qui leur a été assigné; mais tout se fait sans agitation et en silence , et Ton ne perd pais le temps à des choses inutiles. ' ^

Leur conversation est douce et aimable , pleine d'une charité sincère et de la plus grande convenance; toutes les paroles méséàntes, piquantes, aigres et moqueuses en sont bannies. Tls ne font pas comme nous, ils ne disent pas : Un tel est bien dans Fesprit de l'empereur et en faveur , tel autre est disgracié ; un tel est mort , iin tel a recueilli sa succession , choses qui nous importât fort peu. Comme ils habitent un autre monde, et qu'ils font leur demeuré dans le ciel , ils s'entretiennent continuellement des choses célestes , de la vision de Dieu ^ de notre Seigneur Jésus-Christ, des couronnes des Saints; de la béatitude des vertus , des bonnes œuvres et de tous les moyens qui peuvent nous faire parvenir à la jouié^ sauce de Dieu. Pour ce qui tient aux choses de ce mônde^ ils n'en disent pas un mot. De même que nous ne parlons pas de ce que font4es fourmis sous la terre , ni de leurs occupations; de même ils ne s'occupent m de près ni d^

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loin de ce que nou» faisons , et ne yenlent pas seulemenl

y penser.

Ils ont très peu de soin de leor nonrritare et de tout ce Cfoi peut donner qaelqne plaisir à leurs sens. Liear table n'a ni Inxe ni snperfluité; elle est toute coa* Terte de sobriété et de tempérance ; toute leur délicatesse se réduit au pain et à Teau ; quelques-uns j i^iMrtentdn sd, et d'autres un peu d'huile; s'ils Tenient faire grande chère, c'est ayeo quelques fruits et qodques noisettes. Ils sortent de table ayec plus de plaisir que les rois, et bien plus de santé; car comme ils n'ont point de yiande, de sauces , de ragoûts , ils n'ont point de pesanteur de tète ni de douleurs d'estomac. Us s'asseyent sur rterbe pour manger, comme notre Seigneur fit asseoir dans le désert les cinq mille hommes qui le suiyaient. Quelques-uns n'ont d'autre toit que le ciel , et d'autre lumière pendant la nuit que celle de la lune. Leurs habits se ressentent de la fermeté de leur esprit et de l'austérité de leur yie ; ils sont habillés de peaux de hôte , pour la plupart usées de yieillesse.

Après avoir pris quelque peu de chose le soir, ils i^ remettent à prier IMeu et à publier ses louanges; ensuite ils vont se reposer. Ils donnent tout vêtus; leur sonuneil est fort court, parce que leur tête n'est pas appesantie ; ils veillent beaucoup la nuit comme de vrais enfans de lumière ; on ne les entend pas ronfler, ils ne dorment pas la bouche ouverte , parce qu'ils n'ont pas le nez bouché et le cerveau pris par les fumées de l'estomac ; ils ne se découvrent pas, en se tournant dans lour couche^ pour y trouver leur aise; ils reposent avec plus de bienséance dans leur maintien que la plupart de ceax qui veillant. La crainte qu'ils ont de Dieu , le respect parfait qu'ils lui pœrtent , ne leur permettent pas de dormir profondément ni de se plonger dans le sommeil.

mais seulement de le toucher. Leurs soiige& se resseuteut de la sobriété de leur vie et de Thonnèteté de leurs actions; ils ne sont pas pénibles ni agités par des lanièmes.

Après avoir vécu ainsi, ils meurent : car ils ne sont pas immortels ; mais leur mort est bien différente de celle du commun des hommes , parée qu'ils ne la regardent pas comme une affliction , mais comme un bienfait inestimable de Dieu ; ils ne la regardent pas «omme la fin de la vie, mais comme le commencement de la vraie vie et de la félicité» Quand on leur annonce la mort de quelqu'un d'entre eux , ils en témoignent une grande joie ; une allégresse générale se répand dans toute la maison; on n'oserait pas dire : Il est mort, mais. Il est consommé. Après ces premiers sentimens de joie, ou se répand en actions de grâces devant Dieu pour le bonheur qu'il vient d'accorder au défunt; chacun iait des retours sur soi-même, et demande à Diem la grâce de mourir d'une semblable mort, et ils l'accompagnent au tombeau avec des hymnes et des cantiques de joie.

Dans leurs maladies, vous n'entendez ni plaintes ni murmures, vous ne voyez ni impatience ni tristesse ; les médecins n'y paraissent que rarement : ce qui les guérit, est la grande confiance qu'ils ont en Dieu. Si les médecins viennent, on voit briller, en ces vertueux et excellens malades, la force ^ la patience et la sagesse ; leurs maladies ne viennent point des excès du bc»re et du manger , mais parce qu'ils ont trop jeûné ou trop veillé^ qu'ils ont trop pris sur eux : de sorte que les causes de leurs maladies , bien loin d'être blâmables, sont dignes de louanges.

Saint Cbrysostôme, après avoir admiré cette belle vie, appdle ces Religieux des Saints et des Anges, des* hom* mes crucifiés, dont les yeux , les oreilles , les mains , le

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corps et Tame sont attachés à la croix de Jésos-Ghrist; il les appelle les omemens de la terre, les flambeaux du monde , des hommes plus nobles et pins illustres que les rois, dont la yie, quelque pénible et fâcheuse qu^elle paraisse , est cependant plus douée et plus délicieuse que celle des hommes du monde, qui cherchent leurs plaisirs ; car si ceux-ci passent leur temps à jouer, à faire bonne chère , ils ont néanmoins Famé traversée de mille épines : il y a autant de différence entre leur vie et celle des Religieux qu'entre une mer battue et agitée par les orages ^ et un port tranquille et assuré. En quittant les villes et le bruit des peuples pour se retirer sur les montagnes , éloignés du commerce des hommes , ils peuvent se livrer en repos à Dieu et à eux-mêmes ; car qu'est-ce qui pourrait les troubler , puisqu'ils n'ont ni ambition , ni envie , ni désirs mauvais , et par suite point de tristesse , de chagrins ou de dangers?

Leur maison est sans bruit, leur ame sans passion et sans inquiétude; ils sont si contens de leur condition, que , bien qu'ils soient retirés dans de petites cellules et fort pauvrement vêtus , ils ne changeraient pas leurs cellules pour les palais , ni leurs habits pour la pourpre des rois ou des empereurs, pas plus qu'un roi ne chan* gérait sa pourpre contre les vieux haillons d'un mendiant : c'est parce qu'ils connaissent combien leur ccmdition est plus sublime, plus douce, plus sûre, pkis avantageuse que celle des rois, pour obtenir la béatitude éternelle ; c'est pour cela qu'ils aiment et estiment leur condition, qu'ils méprisent celle des rois, et ne font pas plus de cas de la pourpre que des toiles d'araignée»

Saiut Ghrysostôme conclut ainsi : Quels hommes ! et nous, que faisons-nous? Pourquoi ne quittons-nous pas cette misérable servitude où nous sommes? Pourquoi ue rompons-nous pas les liens qui nous tiennent captifs.

pour voler vers cette douce vie et cette heureuse vocation ? Pourquoi ne nous rangeons-nous point avec ces anges? Mais , hélas ! nous aimons mieux demeurer dans notre misère : semblables à ces mendians couverts d'ulcères, qui se chauffent au soleil sur les places publiques, et vont ensuite de porte en porte mendier un morceau de pain pour soutenir leur misérable vie. Nous, nous sommes encore plus malheureux avec notre ambition et nos désirs des choses de la terre : nous mendions des créatures un maigre et chétif plaisir.

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