‹ L'homme religieuxChapitre 6 sur 31 · TROISIÈME PRINCIPE. L*ESPRIT SOCIABLE · texte numérisé non relu

TROISIÈME PRINCIPE. L*ESPRIT SOCIABLE

Saint Bernard nous dit que pour bien irivre en communauté , outre un esprit d'ordre , il faut encore avoir un esprit sociable : « Il faut vous appliquer à aimer vos

• frères et à mériter leur amour ; il faut vous montrer

• doux et affable , supporter, je ne dis pas avec pa- « tience , mais de bon cœur, les défauts de l'esprit et du « corps (1). » Toutes les conditions dont parle saint Bernard sont sans doute nécessaire^ à Fesprit sociable, mais nous en ajouterons quelques autres.

D'abord , pour bien vivre en communauté , il faut savoir accommoder son humeur à celle des autres , et pour cela céder quelque chose. Revenons à la comparaison de saint Paul : Comme il y a plusieurs membres dans un seul corps , et que les membres n'ont pas les mêmes fonctions; ainsi nous sommes un même corps en Jésus-Christ, et nous sommes tous les membres les uns des autres (2). Or, si les membres voulaient tous être de la même force et de la même grosseur, il leur serait difficile de s'ajuster ensemble , de s'aider et de soutenir le corps : il faut que

(1) Sociabiiiter...* Ut sludeas amari et amarc , blandum te et alFabilem exhibere , sopportare non solum patienleri sed et libenter infirmitates fralruœ tuorum , tam morum quàm corporum. Serm. 1. cit, in fetto SS. Afost, Pétri et Pauli.

(2) Sicut in uno corpore multa membra habemus ; omnia autem membra non eamdem actum habent : ita multi onom corpus soraos io Christo ; sin^oli aatem aller alteriat membra. Rom, 12. 4.

DE LA. VIE DF COHMUl^AUTE. 59

les uns soient plus grands , les autres plus petits ; les uns droits, les autres obliques : par cette admirable eondescendanoe qu'ils ont les uns pour les autres , les uns plient, et les autres se tiennent fermes ; les uns s'abaissent , les autres se relèvent ; tes uns s'avancent , les autres se retirent : par ce moyen le corps fait toutes les fonctions qui sont nécessaires à la vie.

Dans une communauté nous sommes: les membres les uns des autres : sans cet esprit de condescendance mutuelle , si nous ne savcms pas céder quelque partie de notre droit , retrancher quelque chose de nos commodi«^ tés, nous accommoder à l'humeur des autres, à leurs manières , nous cessons alors d'être membres. La raison en est bien simple : dans une communauté les esprits sont fort différens ; les caractères divers ; il y a de plus une grande variété d'emplois; si au milieu de cette grande diversité, chacun veut tenir ferme , ne se relâcher en rien , tout avoir sans rien donner, tout obtenir sans rien accorder, il est certain qu'il ne peut y avoir d'union,, et qu'on ne peut rien faire. Si les caractères sanguins, billieux , mélancoliques , phlegmatiques , ayant à agir ensemble, ne veulent suivre que leur inclination naturelle, sans rien céder, il n'y aura jamais accord. Quand les rois veulent conclure un traité de paix , il faut toujours qu'ils cèdent quelque chose dans leurs prétentions.

Le Saint-Esprit veut que dans les choses bonnes on n'agisse pas à la rigueur : Ne soyez pas trop juste, dit le Sage ( I ). Il en est des esprits comme des habits ; il ne faut pas qu'ils soient trop serrés pour être commodes ; un gant n'en est pas meilleur parce qu'on n'y peut mettre la main, il vaut mieux qu'il soit un peu large. Si les esprits sont si justes qu'ils ne donnent rien à l'infirmité

(1) |7oli etM juBloft mollùm. £ccl 7. 17.

J50 L*UOMME RELIGIEUX.

humaine , s'ils ne se prêtent pas un peu , ils ne sont pas propres à \ivre avec les hommes. « Si tous "voyez un « homme sévère et rigoureux pour les fautes de ses frè* « res, qui ne yeuille pas pardonner une parole qui « ^happe j une certaine pesanteur de caractère , soyez « sûr y dit saint Jérôme , que cet homme est plus juste « qu*il ne doit (1). » Oh ! combien de choses il ne faut pas Yoir, disait au cinquième siècle Ferrand , diacre de Garthage ! combien que Toa doit supporter ! combien qpi'il ne faut toucher que légèrement ! Il en est beaucoup qu*il faut accorder aux intercessions des prêtres , c'est ce que fen^ celui qui aura compris le sens de c«s paroles : Ne soyez pas trop just^. Quand il s agit de punir celui qui a péché , que la piété fasse retentir ces paroles aux oreilles intérieures du Juge ; Ne soye& pas trop juste , ne passez pas les bornes d'une douce justice qui a pitié des infirmités humaines ; soyez jusXes pour corriger ces esprits brouillons qui inquiètent les autres ; ne le soyez pas trop pour consoler les âmes timides , soyez patiens envers tous (2). Ainsi il ne faut pas être trop juste pour demander les choses bonnes qui nous sont dues ; il ne faut pas une trop grande sévérité ; mais il faut que tout $oit tempâ*é par la sagesse et la charité ; il faut avoir de

(1 ) Si quom rigidum et (ruç^in ad oinuia fratrum peccata conspoxe- 1^8 , ut Dec in sermone peccanti , neque propter naluraiem ioterdum pigritiam inoranli det Teniam , liunc scilo plus justum esse | quàm justui^ est. In ilïum locum Ecclesiasêm*

(2) 0 quanta dissimulanda sunl, quanta toleranda, quanta leviter altingenda , quanta Sacerdotum intercetsionibus conçedenda ab illo qui aapienter audiet , Non esse multùm justus ; dum reo supplicia inferuntpr, interioribus auribus pietas dicat^ noli esse multùm justus^ esto^ juslus ut eorripîas inquietos ; noli esse multùm justus , ut consoleris pusillanimes, et paliens sis ad omnes. Tom. 5. Bihlioth, Pairum Retf^ 6. paran, ad Rey, ComU,

la patience envers tous , et un esprit doux et accommodant.

Saint Paul connaissait admirablement ce secret ; puisqu'il écrivait aux Corinthiens : Je me suis fait tout à tous y j'ai pris toutes les formes , pour les gagner tous à Jèsus^Christ et les sauver {\). Il leur dit ensuite : Pre^ nez-garde d* offenser les Juifs , ou les Gentils , ou les Fi-dèles ; quant à moi je cherche à plaire à tous^ je ne cherche point mes intérêts , mais les leurs , afin de pouvoir les aider dans leur salut (2). Il avait dit auparavant : Si manger de la chai** scandalise mon frère , je n'en mangérai jamais , pour ne pas le scandaliser, pour condescendre à sa faiblesse et ne pas fatiguer son esprit (3).

Notre Seigneur a bien plus fait encore : pendant les trois dernières années de sa vie , il a toujours montré la plus excessive bonté envers ses Apôtres y hommes rudes et grossiers , qui n'avaient pas encore reçu la grâce du Saint-Esprit ; il en agissait de même avec ceux avec lesquels il conversait > ou , pour tout dire en un mot , sa vie entière n'a été qu'un grand acte de condescendance et de compassion pour nos faiblesses. C'est pour cela que les Saints Pères appellent le mystère de llncamation condescendance , parce que , dans toutes ses actions , dans toutes ses paroles , dans tout ce qu'il a fait et enduré pour nous , notre Seigneur a toujours montré la plus grande condescendance pour nos faiblesses et nos misères. « Le Seigneur de l'univers , dit saint Atbanase ,

(1) Omnibus omnia faclas sum ut omnes facerem salvos. 1. Cor, 9. 22.

(2) Sine olfcnsione cslote Judxîs et Gcnlibus et Ecclesis DeiiSicot et ego per oronia omnibus placeo , non quaerens quod mihi utile esl , sed quod mnltis , ut salvi fiant. Cap, 10. 32.

(3) Si esca scandalizal fratrem meum , non manducabo carnem in selernum, ne fralrem meum scandalizem. 1. Cor, 8. 13.

62 L^HOMMS EELIGIEUX.

« est venu sur la terre , a yéca parmi les hommes en « s'abaissant et s'accommodant à leurs infirmités , jas- « qu'à les preiidre lui-même pour les en délivrer (1). « Pour faire mourir la mcNrt, dit saint Augustin, Jésus- « Christ a pris la mort et s'en est revêtu ; car la mort « ne pouvait mourir que par la vie ; comme Tamertune « ne peut être détruite que par la douceur , le froid par « la chaleur, de même la mort ne pouvait être vaincue « que par la vie (2). » Nous devons comprendre par là « que la mauvaise humeur ne peut céder qu'à l'humeur « douce et condescendante.

Il faut bien alors céder quelque chose de son droit , comme tout homme de bien Je fait volontiers , et comme notre Seigneur nous l'a appris dans tous les mystères de sa vie et de sa mort , où il a tant fait pour notre salut. Imitons son exemple par amour pour lui ; cédons , puisqu'il a cédé par amour pour nous dans des choses bien plus importantes. C'est une erreur bien grossière de ne vouloir pas le faire et d'exiger tout ce qui nous est dû. avec une stricte rigueur.

Malgré cela , il est dans les communautés des esprits tellement faits qu'ils ont grande difficulté à s'accommoder avec ceux avec lesquels ils vivent ; il semblent n'être pas faits comme les autres : ils condamnent ce que les autres approuvent, et approuvent ce que les autres condamnent ; jamais ils ne peuvent avoir le même sentiment que leurs frères. Ce sont des esprits dominans et absolus qui , sans avoir aucune autorité , veulent tout emporter, que tout leur cède , que rien ne les contrarie ,

(1) Âlhanas. lib. de Inc.

(2) Ut occidei^ït mortcm Tcstitus est morte : non potuit mors mort nisi io vila. Non moritur amaritado oisi in dulcedine, non morilur frt- $U8 nisi in calorC; non cstmortuamors oisi io viia. ^^ug. homil, 23. ^jr 59.

)>£ LA Vl£ D£ GOMMUKAUT£. 63

qui s'établissent les juges et les arbitres de tout ce que Ton propose , qui Teuîetit faire pass^ leur opinion pour un arrêt sans appel, qui trouvent à redire atout. Ce sont des esprits qui suiyent en tout l'impétuosité de leur na-* ture , la pente de leur inclination ^ qui font tout par bumeur et n'agissent presque jamais avec calme et raison.

Ces personnes sont dans cette malheureuse position ^ ou par leur caractère naturel » qu'elles n'ont pas corrigé de bonne heure , dont elles sont devenues esclaves , sans presque pouvoir secouer le joug , ou d'un esprit d'inté* rèt ; et quelquefois des deux choses ensemble. Quand l'esprit d'intérêt se joint à la mauvaise humeur, une communauté a bien à souffrir, il y jettera souvent le trouble, et y causera de terribles ravages. Ces personnes sont bien peu propres à la vie sociale , où tout doit se faire de concert et avec la plus parfaite intelligence entre tous les membres. Quoique dans la musique tous les tons soient différens , ils ne laissent pas de causer une douce mélodie quand ils sont d'accord ; de même dans une communauté, quoique les caractères soient différens, que ce serait trop exiger de vouloir une uniformité parfaite , ils doivent cependant , malgré la diversité , former une agréable harmonie. C'est dans ce sens qu'Ëuriphame le Pj^thagoricien disait dans Stobée que la vie des hommes devait être semblable à une harpe (1).

II faut donc que celui qui veut vivre en communauté s'accommode aux différens caractères , qu'il soit plein de condescendance , qu'il sache plier suivant les circonstances , non seulement en quelque chose , mais en tout. Suivant Téxemple et les paroles de saint Paul : Je cherché à plaire en tout à tiras (2) ; mais il faut bien comprendre

(1) Lib. de TÎta.

(2) Ego per omnia omnibus placeo. 1. Cor. 10. 32.

en tout où il n y a pas péché , et quand il est seulement question de faire plaisir à son frère en lui accordant ce qu'il demande ; alors c'est sagesse , prudence et Tcrtu de le faire , et un esprit bien né , fait pour yivre ayec les hommes, doit en agir ainsi.

Mais quand il est question de péché , de l'offense de Dieu , il n*y a point de ménagemens à (> aider , toutes les condescendances sont mauvaises et défendues , toutes les complaisances vicieuses. €'est dans ce sens que saint Paul qui prenait tant de soin de plaire aux hommes , quand il s'agissait des intérêts de J ésus-Ghrist , disait , quand il voyait ses intérêts blessés : Si je plaisais a\AX hommes y je ne serais pas serviteur de Jésus -Christ (!)• Je ne puis avoir aucune complaisance , lorsque Dieu est offensé ; pour tout le reste je m'oublie et fais ce que les autres désirent de moi.

Il e«t dans les communautés des esprits qui se rendent trop facilement aux volontés des autres , qui se laissent entraîner par une lâche complaisance , qui ne sauraient résister quand on leur demande une chose qui n'est pas bonne , qu'il est question de transgresser une règle , de donner quelque atteinte à un vœu. Ces personnes entrent par faiblesse dans les intrigues , les partis , ne sauraient soutenir l'innocence injustement blâmée, écoutent les plaintes et les murmures contre les supérieurs , prennent les sentimens de ceux qu'elles aiment qui viennent faire des confidences. Il faut savoir plaire aux hommes sans déplaire à Dieu. C'est ainsi qu'en agissait le bienheureux Jordain, second général de l'ordre de St-Dominique, qui disait : Si j'avais étudié une science autant que j'ai étudié ces paroles de saint Paul : Je me suis fait tout à tous (2) ,

(1) Si liominibus placcrem , Chrisli servus non csscm. Gaîot, 1. 10.

(2) Omnibus omnia faclus sum.

DE LA VIE DE CX)MMUNAtTÉ. 65

je iseraîs un docteur consommé. J'ai cherché pendant toute ma \ie à m'accommoder avec tous : je suis soldat avec le soldat , noble avec le noble , simple avec le simple , pour les gagner tous à Dieu , yeillant cependant avec soin à ne pas me perdre moi-même.

SI

Pe la vk commune.

Le mot de saint Bernard : Esprit sociable (1) , a encore une autre signification. Il faut la vie commune, c'est à dire , que lorsqu'on est en communauté , pour y être comme il convient , il faut faire comme les autres , être traité , logé , vêtu , nourri comme les autres , n'avoir rien de particulier et qui ressente la singularité ; car les singularités sont diamétralement opposées à la vie de communauté, comme le mot même l'exprime. Aller seul n'est pas aller avec les autres. Entrons dans quelques détails sur une matière si importante pour les conmiunautés.

Le Beligieux doit apporter tous ses soins et faire tous ses efforts pour se plier en tout à la manière de vivre des autres et suivre la communauté ; il ne faut aucune partilarité. Saint Bernard , parlant des trois veilles que gardaient les bergers lorsque l'ange leur apparut pour leur annoncer la naissance du Sauveur, dit : « H faut que nous « passions la nuit de cette vie à garder continuellement « le troupeau de nos pensées et de nos actions , afin que « si le Seigneur vient à la première , à la seconde , ou à « la troisième veille , il nous trouve vigilans , et condui-

(1) Sociabiliter.

66 * L*HOMM£ REIIGIBUX.

« sânt ayec prudence notre troupeau. Or, la première

• de ces veilles c'est la droiture de vos œuvres , la fidâitë « à la règle que vous avez solennellement embrassée ; « agissez de manière à ne pas passer les bornes cfoe tt vos pères ont posées , ne vous détournez pas de vos

* exercices , n'allez ni à droite ni à gauche , suivez tou- « jours le chemin battu par les autres (1). »

Cette manière de vivre en communauté est la seule bonne et parfaite. « La perfection la plus assurée du a Religieux , dit saint Bonaventure > est de faire parfai- « tement les choses communes et ordinaires de la mai- « son (2) ; » parce que le Religieux vit en communauté •i pour vivre en commun , faire comme les autres , et nonr pour se singulariser. « Toute partie qui ne s'ajuste pas au tout , dit saint Augustin , est difforme (3) ; » elle cesse alors d'être partie; il faut donc nécessairement qu'dle s'unisse aux autres parties pour contribuer toutes en» semble au bien du tout.

D'ailleurs ces singularités causent de grands dommages à la communauté. Le Religieux qui ne s'assujettit pas aux observances de la maison lui fait grand tort (4) ; parce qu'il lui ôte ce qui la soutient ; elle ne peut alors que tomber. Je sais bien que les vœux sont la partie principale de l'édifice ; mais si par vos singularités vous tires une pierre , demain une autre , les parties principales ,

(1) Est reclitado operis , ul ad haDc , qaam jurasli , regulam ; omnem ▼itam exxquare coneris , ncc (ransgrediaris terminos , qaos posuerunt paires lui in omnibus vias el TiUeliujas exerciiiis , non declinans neque ad dexlram neque ad sinistram. Serm, 3 in vigil. Nat.

(2) Optima Religiosi perfeciioest perfcclè communia qusque con^entualia servare. In Specuîo l. p. c, 2.

(3) Turpis omnis pars est suc uoivcrso non congruens. Lib» 2. Coh' fess. cap. 8.

(4) Ilic religioocm offcndit qui religionis violai insiilula.

les vœux tomberont bientôt en ruine. Saint Bernard dit en parlant de la procession qni se fait le jour de la Chandeleur, où l'on Ta deux à deux : « C'est pour nous ap- « prendre à estimer et à aimer la charité fraternelle et la « vie sociale qpie Notre Seigneur envoya ses disciples « deux à deux. Celui qui , Vans une procession , veut « aller seul , la trouble et y porte le désordre ; ceux qui , « dans une communauté , font bande à part , s'écartent « des autres, tiennent plutôt de l'animal sauvage que « de l'esprit de Dieu (1). » C'est dans le même sens que « saint l^ernard entend ces paroles de David dxt psaume septante*neuvième où il parle de la vigne du Seigneur : Le sanglier y est entré , une bête sauvage , que sa féro* cité faisait aller seule, l'a ravagée (2).

Buffin raconte que les Pérès du désert prenant «i* semble leur réfection un jour de grande fête , un d'eux dit au frère qui servait : Je vous prie , mom frère , de m'apporter un peu de sel , parce que je ne mange rien de cuit. Ce frère dit tout haut : Apportez un peu de sel , parce que voici un frère qui ne mange rien de cuit ; le bienheureux Théodore prit la parole et dit à ce frère : Mon frère : il aurait mieux valu manger de la chair dans votre cellule que d'avoir dit ces paroles devant les frères, à qui elles peuveut nuire , et plus encore à vous , à cause de votre singularité (3).

Et en effet , il est certain que ces particularités sont

(i) Sic ob conm^ndationem frateraœ cbariiaib eUocialis TÎtd» nûiMs k Salvalora diaeîpulos Evangelia sacra testaalar : lariiat processioneai si qais solilariaa iocedere carat , nec sibî soli ooeet , sed eliam cateris est molesUis : hi suât qai segregant seaMtipsoSi aaionlet, spirimni noo habantes. Serm, 3. in fiitto Purif.

(2) Siiigvlans ferua depasias est eam extermioaTit ea|^ aper de

syWa. CoiM. m Ev<tng. 7. panum.

(3) Apad Rotweyd. lib. 3. n. 54,

68 L'HOMMB EELIGIEUl.

très préjadiciables à celui qui s'y liTre. C'est ce qui a ihii dire à saint Bonaventure ces paroles remarquables :

« Que ceux qui font profession de la yie religieuse em-

« brassent de tout leur cœur la yie commune , comme

« très sainte et même angélique, qu'ils s'y attachent avec

« dévotion et f erreur ; ^à;*ils ne s'éloignent qu'avec

« grande peiné et comme par force de la communauté *

« pour de qiri regarde l'office divin , la nourriture , etc.

«t Dieu donne tant de forces aux choses qui se font en

« commun , que ce qui est bon devient meilleur , que

« celui qui est mauvais obtient son pardon ; beaucoup

« de grâces sont accordées à Ceux qui sont présens ,

« dont sont privés les absens^ Saiil devint prophète dans

« l'assemblée des prophètes , il perdit ce don en s'en

« séparant. Saint Thomas ne se trouvant pas avec les

« disciples , quoique probablement pour une cause lé-

« gitime , ne jouit pas du bonheur de voir Jésus-Christ

« ressuscité ; cette grâce ne lui fut accordée que quand

« il se trouva ensuite avec eux. C'est sur les apôtres

« rassemblés que se répandit le Saint-Esprit le jour de la

« Pentecôte. Dieu habite avec ceux qui sont réunis eu

« son nom , c'est sur eux qu'il verse l'abondance de ses

« bénédictions (l.)k »

(1) CoDvctitualem vitam ut sanclissimam , im6 angelîcani , toto affecCu animi amplexaotes , ci tam conlinua , quàm devoia proscculione adbsr«aot : quantum ad officium , mensam , et alia , vix nisi coacli à convcD> tus congregatione recedaul. Tantam Deus coavcntui efficaciam conlulit boDiîtalis , ut ibi augmentum suscipiat boni bonus , at veniam malî malus : mulla in convenlu bona prasentibus conferuntur, absenlibus «ubtrahontur. Saûl ad conventum psallenlium prophelarum accedens propheta efficitur, extra conTentofro factus perrertitur. Thomas discipulorum absens convenlui visionis Dominicae consolations fraudatur, quam ad collegiuni reversus assequilur. Discipuli pariler congregat Spiritum sanclum accipiunt. In conventu Dominus habitat et quiescit. In Specul, P. 3. c. 3.

Le démon cherche Toccasion pour nous tenter et nous perdre : et c'est , dit saint Ghrysostome , quand il nous voit seuls (1). G*est ainsi quCH fit tomber £ve ; il ne l'attaqua pas quand elle était ayec Adam son époux, mais quand il la vit seule ; c'est alors qu'il l'aborda et tendit ses pièges.

3aint François , arrivant dans l'un de ses monastères, trouva un Religieux pour lequel tous avaient la plus haute estime , mais qui du reste était très singulier dans sa manière de vivre. Il priait incessamment , gardait un profond silence , car il ne parlait que par signe , et ne voulait pas même se confesser autrement. Toutes les per-r sonnes de la maison louaient hautement la vertu de ce Religieux devant saint François, et le canonisaient presque ; ce saint homme , plus éclaijré.qu'eux ^ leur dit: Mes frères , n'allez pas si vite, ne louez pas ce qu'il faut blâmer ; je vous avertis que la conduite de ce frère que, vous louez tant n'est qu'une illusion et ime tromperie du démon , comme vous le pouvez voir , puisque dans le sacrement de pénitence la confession de bouche est nécessaire. Les Religieux , infatué3 de l'opinion qu'ils avaient de ce &ère , accueillirent mal ce que saint François leur disait; ils lui témoignèrent même leur mécon^ tentement. Et bien! prenez patience, leur dit le saint, et vous verrez. En effet , peu de temps après, ce Religieux quitta rhabit et apostosia , retourna dans le monde où il vécut et mourut très mal ; montrant par là que sa conduite n'avait été qu'hypocrisie et orgueil (2). C'est ce qui arrive ordinairement à ces gens singuliers ; ils veulent dire avec le Pharisien superbe : Je ne suis pas comme

(1) Uomil. 13. in Malih.

(2) Ut. 1 desChron. des Mid. cl. 113 el (om. 3. opusc. S. Fcaiic.,^ Propkol. IJ.

70 l'homme BELI6IEUX.

les autres hommes (t). Tout excès en trop ou en trop pen y dit Aristote , est Faction d'an homme glorieux , qai cherche à acquérir de la réputation. Alexandre-le-Grand dit qu'il y ayait plus de faste dans le pauvre tonneau de Diogène que dans la pourpre d'Antipater. C'est dans oe sens qu'Elian dit que les habits déchirés des LacMémoniens montraient leur esprit hautain et gI(Mieux.

Fuyez donc toute singularité , vives comme les autres, faites les actions communes à tous ; mais faites^Ies d'une manière parfaite., Je vous prie et vous eonjure, mes frères ^ disait saint Bernard à ses Beh'gieux , fuyez le viee si pernicieux de la singularité (2) y même lorsque vous devriei^ souffrir quelque chose y que votre vie devrait être plus courte, parce qu'une vie courte, mais r^« lièfe y vaut mieux qu'une vie loi^ue y mais déréglée. Un homme sage préférera deux ans de liberté à dix ans de tyrannie. L'histoire de la Gompagme 4^ jéstis rapporte quolePère Evérard ^ quatrième gâterai ^ avait soin qu'on formât particuli^ement les novices à aimer uniquement h, vie commune , et à préférer pour eela une vie plus eourte à une vie plus longue ; parce que c'est sur les choses coB^munes que se répandent les bénédictions de Dieu y et qu'il vaut bien mieux alors s'appliquer à le& bien faire , qu'à en faire plusieurs autres qui ne sont pas dans l'ordre (3)..

Suivez donc la communauté , quoi qu'il puisse vous en QOjftter , quel que soiX le pouvoir que vous ayez dana

(4) Luc. ta. il.

(2) Rogo et obsecro tos , Fratres mei , £ugile Dequiasimam vitian tiDgalarilalU. Conc. du in Evang. % panum,

(d) Âd banc formam tjroDcs insliluebat , ut communia unicè amarenl , -vcl breTioren TÎlam sic actam ajitcr acls loogiori prœslare s commua Bia esse quibos Deus beoedixisset ; quare studeodum peliùs ut commu- «iarcclè; qfàm ui multa praçier ordinem fierem. ffûtor, Soc.pA* ^. 8.^

DE I44 VIE DE COMMUNAUTE. 7t

la maison, lors même que tous seriez supérieur. Suivant ces paroles du Saint-£sprit : Etes^vous êtevé en charge ^ ne vous enorgueillissez pas , vivez comme les autres , ne recherchez pas vos aises et vos commodités {\). Saint François prêchant à Pérouse, un de ses auditeurs , vivement touché de ses paroles, prit la résolution de quitter le monde , mais il ne suivait j^^dans quel ordre entrer. Notre Seigneur lui apparut et lui dit : Si vous voulez ac-«^ eomplir votre dessein et vous sauver , suivez Tordre de François d*Assise : Mais lorsque j'y serai , reprit cet homme , que f audra-t-il faire pour vous plaire davantage ? Notre Seigneur lui répondit : Suivez la vie com-^ mune , ne faites de liaisons intimes et particulières avec personne , n'examinez pas et ne jugez pas les défauts des autres. Après avoir reçu ces avis , il se présenta à saint François , qui le reçut et qui lui donna le nom de Frère humble , à cause de sa profonde humilité. H fit bientôt de grands progrès dans la vertu (2).

Ce que notre Seigneur enseigna à cet homme sur la vi& commune , il nous renseigne à tous par le Roi-Prophète, lorsqu'il nous dit : Ayez à cœur la discipline régulière , observez exactement Tordre établi dans la maison , de pèttr qu>e le Seigneur ne s*irrite contre vous , et que vous ne sortiez de la bonne voie (3).

Saint Bernard avait souvent dans la bouche ces paroles contre les singularités : Celui qui fait quelque chose que personne ne fait y est admiré de tous (4). Cette pensée ,

(i) Reclorem te posnerunl? noli exlolti ; esto in illis quasi unûB ex ipsis. Eccli, 32.

(2) Wading. in Aon. Minor. aoD. 1211. d. 6,

(3) Apprebendite discipliDanh-, nequando irascatar Dominua , cl pc* peaiis de via jqsla. Psalm, 2. 12.

(4) Qui hoc facitqaod.nemo I mirautur omnes». Gofirid» lib, a. viim

72 l'homme RELIGietJX.

dit l'un des historiens de sa yie , le portait à avoir one plQS grande estime et une plus grande affection pour la \ie commune , et il ne voulait pas qu'il y eût dans sa conduite la moindre singularité (1). U quitta pour cette raison un ciliée qu'il poartait depuis plusieurs années , quand il apprit qu'on le savait. Toutefois, dans, les choses communes , il apportait une pureté d'intention toute particulière et une dévotion toute extraordinaire (2). Un des Pères de la Compagnie de Jésus , venant d'Espagne , de la maison où demeurait le Père Louis du Pont y si célèbre par sa vertu et les livres de piéfé qu'il a composés , me dit deux choses de lui fort renuuv quables. II était presque toujours malade , et contraint de demeurer à l'infirmerie ; néanmoins, malgré son peu de forces, il ne demeurait jamais oisif; il était continuellement occupé à prier , ou à lire , ou à composer ; c'est alors qu'il a fait ces méditations si belles , si pieuses et si utiles , et ses autres ouvrages. Ensuite il se trouvait y autant qu'il lui était possible, aux exercices communs. Il allait a,u réfectoire , quoique ses infirmités l'en dispensassent très justement ; mais pour arriver à temps il était obligé de partir un demi quart-d'beure avant que la cloche sonnât ; il se traînait comme il pouvait , appuyant ses deux mains contre le mur , et les remuant l'une après l'autre y il avançait ainsi peu à peu.

Tout ce que nous avons dit des singularités dans les maisons religieuses ne doit s'entendre que de celles auxquelles on se livre sans nécessité et sans aucune raison. J} est 4es dispe^ses qu'il faut demander , que l'on doit

(1) Qtto niiniitim înloita Tkam r<^ujamqae commanem ampllùs aemiilabalur, nil in suis aclibus prxferens observanlis singularis.

(2) In ipsis tamen commanibus erat illi sÎBgulaicis puritas : eidevalio, non communis.

DE LA VIE DE COM]l|UnAUT£. 73

donner , et que Von ne peut refuser sans blesser la charité et la justice qui nous oblige de donner à chacun selon ses forces.

Lorsque dans une communauté il est quelqu'un qui ue suit pas en tout les autres , qui sort de la voie commune , il ne faut pas s'en formaliser et en juger mal. Que celui qui mange, dit saint Paul, ne méprise point celui qui ne mange pas ; que celui qui ne mange pas ne juge pas celui qui mange {{); parce que Tun et Tàutre pensent faire ce qu'ils font avec raison et vertu. C'est au supérieur à examiner les raisons ; s'il les trouve légitimes , il est obligé d'accorder les dispen^es^, souvent même de prévenir les demandes. H est évident que la disposition d'un esprit triste, mélancolique, peiné, les infirmités du corps , la délicatesse de la complexion, l'éducation première , et encore d'autres causes exigent pour quelques-uns des soulagemens dont les autres n'ont pas besoin.

Nous lisons dans la vie des Pères (2) qu'un grand seigneur de Bome , qui avait beaucoup de crédit auprès de l'empereur , quitta la cour et la ville , et vint à Scéth^ pour embrasser la vie solitaire. Il choisit sa demeure près de l'église , et ne conserva avec 1^ qu'un seul serviteur pour pourvoir à ses petits besoins. Le prêtre qui avait la chaîne de l'église , connaissant la faiblesse de sa complexion , et la manière dont il avait été dans le monde, lui envoyait ce que Dieu lui donnait» ou ce qu'on offrait à l'église. Il passa vingt-cinq ans dans cette retraite et cette manière de vivre ; il avança tellement dans la vie spirituelle et la contemplation , qu'il acquit

(1) 18 qai manducal non iDaDdacanlem dod spernal ; et qui non ipau-; ducat , manducanlem non jadicet. JRom, 14. 3.

(2) Apud Rosirejd. lib. 8. UbelL 10. n. 70.

une grande réputation parmi les solitaires. Un des Beli^ gieax des plas renommés dans la soUtade d'Egypte vint le \isiter , espérant apprendre de lui quelque nouvelle austérité corporelle, plus grande que les siennes. Après, ravoir s^ué , ils se mirent tous deux en oraison , et s assirent. Le solitaire d'Egypte voyant ce solitaire si célèbre , vêtu d'une étoffe assez fine , ayant un assez boa matelas , mx petit oreiller sous sa tète, les pieds propres et des sandales , se scandalisa en lui-même , parce que ce notait pas la coutume des solitaires (('avoir toutes ces douceurs ; ils vivaient au contraire très austèrement. L& solitaire romain , qui avait reçu de Dieu le don de voir ee qui se passait dans l'intérieur des esprits , vit ce qui se passait dans le cœur de son hôte, et dit à son serviteur : Traitez-nous bien aujourd'hui , à cause de ce bon Père qui est venu nous visiter. Il le régala aveç^ des herbes cuites et un peu de vin dont il usait k cause de ses infirmités. Le soir ils chantèrent douze psaumes , prirent un peu de repos , et chantèrent encore peiulantla nuit douze psaumes. Le solitaire Egyptien se leva de grand matin , prit congé, se recommanda aux prières , et partit assez mal édifié. Il n'était pas encore bien loin que , voulant guérir son esprit , le Bomain envoie son serviteur pour le prier de revenir ; il le reçut, de nouveau avec joie , et lui dit : Mon Père, je vous prie de me dire de quel pays vous êtes? Je suis d'Egypte. Et de quelle ville, s'il vous plait, qu'elle était votre occupation avant d'entrer en religion? Je ne suis d'aucune ville , et je n'en ai jamais habité ; je suis d'un village , et j'étais employé à garder les champs. Et où couchiez- vous? Dans les champs , je couchais sur la terre nue ,. car il n'y a pas là de lits. Gomment étiez-vous nourri ? Ma nourriture ordinaire était du pain sec et de l'eau , quelquefois des salures , quand j'en pouvais trouver* Voilà une rude manière dci

DE LA Vl£ DE GOMM UKAUTE. 75

\i\re. Aviez-yous quelque bain pour vous laver? Mon baiu était la rivière*

Après avoir tiré de sa bouche toutes ces circonstanees,. il lui dit pour sou iustruction , et pour Fempècher de se scandaliser de ce qu'il pouvait voir dans fe prochain : Vous serez peut-être bien aise, mon Père^ de savoir maintenant qui je suis. Tout misérable que vous me vojez j la ville de Rome , la première ville du sionde ^ est le lieu de ma naissance; j'avais un ft^ grand pouvoir sur l'empereur , et j'étais très avant dans sa eonfiance^ (Ces paroles rendirent l'Egyptien plus attentif.) J^'ai quitté de superbes palais et d'immense& richesses pour m'enfermer dans cette petite cellule ; j'avais des lits cou** verts d'or et de broderies , Dieu m'a donné en échange ce matelas et cette peau. Mes habits n'avaient pas d» prix ; et voici ceux dont je me sers. Ma table €taH somp-t tueuse , et je mange maintenant un peu d'herbes ^ et boift un peu de vin. J'avais beaucoup de serviteurs , et il ne me reste que celui-ci à qui Dieu a inspiré le dessein dé me rendre les petits services qui me sont nécessaires^, J'usais de bains parfumés , maintenant je me lave les. pieds avec un peu d'eau , et je suis chaussé comme voua voyez. Au lieu de la musique qui charmait mes festins y je chante douze psaumes le jour et autant la nuit. Malgré cela mes péchés surpassent infiniment tout ce que je puis faire pour Dieu. Je vous prie , mon Fëre , d^ ne |>as vous scandaliser de ce que vous avez vu €» moi , et de ce à quoi m'obligent, mes infirmités.

Ce discours frappa vivement le solitaire et Itii ouvrit les yeux. Qudk confusion ne dois-je pas avoir , mon Père 9 lui ^t-il> ^ <x)mbien il est raisonnable que je m'hnmâie, moi, d'une condition vUe, pauvre et misé* rable , qui , en sortant du monde pour entrer en religion^ ^'y «i trouvé ^ bonhenr et xepov , qm suis mieux que

76 l'homme IIEMGIEUX.

je n'étais auparavant , et que je n'eusse jamais été de ma \ie dans ma condition. Vous avez quitté de plein gré toutes les délices du siècle pour mener une vie pauvre et laborieuse , vous avez renoncé à toutes les richesses et à tous les honneurs pour embrasser la pauvreté et l'hu-? milité. Aprèîi avoir éprouvé un grand courage par cet entretien , ^ s'en retourna édifié .

Lors donc que vous verrez quelqu'un ne pas suivre en tout la vie commune , n'en jugez pas mal , ne condamnez pas -, il y a peut-être quelque juste raison; si vous la connaissiez , vous seriez le premier à tout approuver. Quelquefois , sans doute , l'imagination est pour beaucoup dans les infirmités du corps ; mais une imagination bletôée est déjà un grand mal , qui mérite autant de soulagement qu'un corps réellement malade. Ne croyez pas qu'un Beligieux soit bienheureux, parce qu'on lui pérr met quelques petites douceurs à cause de ses infirmités. Au contraire , celui-là est véritablement heureux à qui Dieu fait la gràcç , et donne la force de supporter la vie commune et de suivre le train ordinaire. Quand vous verrez quelque petite distinction , dites en vous-mêmes : Bienheureux ceux qui n'en ont pas besoin.

Voilà la conduite que doivent tenir ceux qui voient dans les autres des singularités. Maintenant voyons quelle doit être la conduite de ceux qui sont obligés de ne pas suivre en tout les exercices de la communauté. Ils doivent d'abord s'humilier de ce qu'ils ne vivent pas comme les autres , et qu'appartenant à une compagnie , ils sont contraints de s'en séparer et dé faire bande à part. On est bienheureux dans une communauté^ quand on peut vivre comme toutes les personnes de la e^mmu^ nauté , à cause de la bénédiction particulière que Dieu répand sur les actions qui sont faites en commun , et dont est privé celui c^ui ne les lait pas ; Djeu sans doute

bË LA VIE M COMMUNAUTE. 77

ne le trouve pas digne de lui faire cette grâce. L'auteur de la vie de saint Fulgence raconte que ce saint, avec une admirable sagesse et un charitable discernement des forces et des infirmités de ses Religieux , donnait à chacun ce qui était nécessaire ; mais il avertissait ceux à qui il donnait quelque chose de particulier, qu'ils étaient obligés à une plus grande humilité que les autres; car, disait-il, celui qui prend au bien commun plus que les autres , devient débiteur de ceux à qui ce bien appartient , et il n y a que l'humilité qui puisse payer cette dette (1).

Il faut ensuite que ceux qui ont besoin de dispense cherchent à établir une certaine compensation par d'autres bonnes œuvres , utiles à la communauté , comme la. prière , la pratique de la patience , de Vobéissance ou d autres vertus , auxquelles ils doivent s'appliquer avec plus de soin pour empêcher le mal que peuvent faire , par l'exemple , toutes ces dispenses , et réparer le dommage qu en éprouve la communauté ; car il est évident qu'il est plus profitable pour elle qu'il y ait vingt personnes qui jeûnent , que s'il n y en avait que dix. Saint Bernard se portait avec un zële très ardent à tout ce qui tenait à la vie commune , rapporte son historien (2) ; mais le peu d'usage qu'il avait pour certains travaux , son incapacité , ne lui permettaient pas de travailler à des ouvrages manuels avec ses Religieux : il en demandait à Dieu la grâce et il obtint de pouvoir quelquefois scier le blé ; quand Dieu ne jugeait pas à propos qu'il pût en venir à bout , il se livrait à d'autres exercices corporels aussi pénibles , comme de bêcher, de couper

(1) Apud Sur. 1. Jan. cap. 27.

(2) Commanis irite ferventissimas aïmalator. ^bbas à S» Theod. lib, 1. cap, 4.

, da bois , de le porter sur ses épaoles ; et quand il n*en avait pas la force , il avait recours aux actions les plus basses , pour remplacer par son humilité ce qu'il ne pouvait faire par son travail ( 1 ).

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