DE LA PREMIÈRE PARTIE
Toute société actuellement existante et parvenue au plus haut degré de la civilisation moderne a eu à traverser quatre âges ou phases d’existence :
La vie sauvage ou de chasseurs ;
La vie nomade ou de pasteurs ;
La vie agricole ou de cité ;
Enfin la vie de peuple ou de nation, dans l’acception moderne de ce dernier mot.
Le sauvage ne connaît guère que des besoins physiques et il ne cherche à les satisfaire que pour le moment présent. Protéger son corps contre la chaleur des étés et le froid des hivers ; se cher-
cher ou se préparer un refuge pour la nuit; satisfaire les appétits de la reproduction et soigner par instinct sa progéniture, ce sont là tous ses soins et toutes ses jouissances. 11 ne pense et il n’agit que pour le jour présent et non pour le lendemain. Dans cet état, l’homme est inévitablement chasseur et pécheur, surtout sous des climats où les fruits des arbres et les baies des forêts manquent pendant une grande partie de l’année. Le sauvage n’a point d’autre choix : il doit chasser et pêcher, ou périr. Quand la nécessité le presse, l’homme possède de grandes ressources en luimême; le sauvage trouve partout des matériaux pour ses ustensiles de chasse et de pèche, et la nécessité lui apprend à les préparer et à s’en servir. Les plus anciennes armes de chpsse en pierre de chaque pays sont contemporaines de la première apparition de l’homme sauvage dans ce pays ; il eut immédiatement besoin de la chair des animaux
sauvages pour sa nourriture, de la peau des bêtes fauves pour ses vêtements et d’eau pour sa bois-
son. On trouve déjà chez le sauvage les premiers
rudiments de la religion. Insensiblement l'expé-
rience fait naître la réflexion ; la faim est un hôte
incommode et elle se présente impitoyablement le jour où il n’a pas réussi à abattre une pièce de gibier ; il lui vient alors la pensée prudente d’é-
LES CHASSEURS. 81
pargner le superflu de la journée pour les besoins du lendemain ; il arrive à la pensée encore plus raisonnable d’élever le veau, le faon de renne ou l’agneau dont il a tué la mère dans l’une de ses chasses ; il en conserve d’autres encore et se crée successivement un troupeau : l’on voit paraître alors le pasteur ou le nomade.
C’est dans cette phase de son existence que nous allons suivre et étudier l’humanité.}
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