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PREFACE XV

Mais, nous le répétons, cette fausse science n'aura qu'un temps; et l'avenir n'est ni à la |j erté sans frein, avec ses révolutions sans trêve, ni au césarisme brutal, avec son humiliante et mensongère sécurité. L'avenir est aux croyants, s'ils le veulent, aux hommes de l'Évangile, assez intelligents de leur temps pour en épouser les tendances élevées, sans craindre d'en flétrir les vices; assez partisans de la liberté pour la défendre contre la tyrannie et le désordre; assez épris de la science pour lui donner, dans la philosophie chrétienne et dans la théologie, sa plus haute lumière et sa sanction suprême.

Fr. H. DIDON.

Paris, 1 -'' octobre 1875.

Trois choses tiennent aujourd'hui en éveil •et remuent l'opinion publique : la religion, la science, la politique. Elles préoccupent et passionnent la plupart des esprits; elles les groupent dans les rangs serrés d'une même phalange, ou les séparent en divers camps acharnés, irréconciliables. Elles soulèvent partout de formidables problèmes.

La politique, avec ses questions sociales et dynastiques, va-t-elle éterniser en France et en Europe la division, les guerres et la haine?

La science, avec tous ses progrès, n'aboutira-t-elle qu'à murer le ciel sur nos têtes, et, en illuminant le monde, réussira-t-elle toujours à en projeter l'ombre noire sur Dieu? La religion est-elle à la veille de reprendre une plus baute direction des intelligences? Ou bien, dédaignée par une génération dont elle ne maîtriserait ni la pensée, ni l'activité, ni les instincts, sera-t-elle réduite à voir les temples désertés par le peuple, la jeunesse et les lettrés, la hiérarchie impuissante, les dogmes captifs sous la formule, les rites frappés de stérilité?

Quelles alternatives et quels problèmes! Les dissimuler serait naïf; car ils se posent au grand jour. Vouloir les esquiver serait puéril; car ils sont inévitables et nous pressent comme un étau.

Ce siècle s'aclièvera-t-il donc dans cette angoisse? Comme celui auquel il succède, est-il condamné à l'agitation des recherches et ne connaîtra-t-il jamais le calme des solutions?

L'ESPRIT i:t la mktuode

Verrons-nous donc toujours prévaloir les faiseurs de ruines, incapables de rien édifier; les ouvriers de ténèbres et jamais les ouvriers de jour? D'un côté, les faux conservateurs de diverses sortes., enchaînés à une tradition que, souvent, ils ne savent ni comprendre ni môme conserver, puisqu'elle se meurt dans leurs mains, s'immobilisent. D'un autre côté, les destructeurs radicaux, blasphémant le passé, courent follement vers l'avenir, incapables de le concevoir, parce que la passion et l'ignorance les aveuglent; impuissants à le produire, parce que trop de vertus leur manquent. Entre ces deux groupes, au-dessus d'eux, ne verrat-on pas surgir, enfin, ceux qui respectent Ja tradition , sans subir la routine , préparent l'avenir, sans renier le passé, et ne font, ni à la liberté de l'homme, ni à la grâce et à la toutepuissance de Dieu, l'injure de croire que nous touchons au dernier terme du développement des sociétés humaines et de l'Église, des progrès de la science et des ressources infinies de l'Évangile?

Il le faudra bien.

Je ne sais ce que d'autres en peuvent penser; mais, pour nous, pleins d'une foi indomptable en notre patrie et en notre race, dans la science et surtout dans la religion chrétienne, nous le croyons et nous attendons.

Ce n'est pas nous qui, découragés par les malheurs et les fautes de la France, ni troublés par les insultes jetées à la race latine, trahirons les aspirations généreuses de l'une, le vaillant et lumineux génie de l'autre. Ce n'est pas nous qui, effrayés des progrès merveilleux de la science, déconcertés par ses attaques contre Dieu et ses tendances antichrétiennes, douterons de son retour à la foi et des services qu'elle peut et doit lui rendre. Ce n'est pas nous, enfin, qui, épouvantés par la crise religieuse actuelle, méconnaîtrons, un instant, l'impérissable jeunesse et l'efficacité du catholicisme. Que d'autres s'efforcent d'opposer, en un mortel antagonisme, la patrie et la science moderne, à la religion; que certains, dans un

zèle plus ardent qu'éclairé, prétendent faire épouser, par l'Église, leurs défiances, leurs terreurs et leurs idées trop étroites, au point de laisser croire au fatal divorce entre la société et la religion, nous ne les imiterons pas.

Étrangers, en tant que prêtres, à tous les partis, et, comme catholiques, supérieurs à toutes les sectes, nous ne nous refuserons jamais au moindre des progrès de la science et de la société, et toujours nous chercherons à les unir à cette religion divine qui les permet, que dis-je? les stimule au fond, et les consacre. L'Église ne saurait s'inféoder à aucun régime, ni la société se commettre impunément avec l'irréligion : l'Église, qu'on s'en souvienne, ne relève que du Christ; et une société chréiienne est perdue sans retour, dès lors qu'elle se prostitue à l'antidieu.

Aussi, malgré la réaction aveugle des obstinés, les défaillances des pusillanimes, et les écarts des impatients, nous croyons que, forti-

fiée par l'Évangile, la société grandira peu à peu, sous l'œil de Dieu, dans la justice et la liberté, que les peuples, parvenus à l'âge viril, ne se mutineront pas toujours, mais prendront en main plus sagement la gestion de leurs affaires. Nous sommes persuadés que la science humaine, en certains esprits, trop morcelée par l'analyse et misérablement asservie à l'impiété ou à des instincts bas qu'elle déprave encore, s'affranchira et retrouvera, dans la science sac;ée, la synthèse supérieure de ses découvertes. Communiquée à un plus grand nombre, sa lumière assainie, nous en avons l'espérance, renouvellera l'imagination du peuple, combattra l'ignorance et pourra mettre à la porte plus d'une superstition.

Toutefois, nous le proclamons hautement, le christianisme seul accomplira ces grandes œuvres. Seul, il recèle la force pour vaincre les difficultés qui nous pressent ou briser les obstacles qui nous entravent. Seul, il possède la doctrine totale pour répondre pratiquement aux questions pendantes. Seul, il a, par sa science

L'ESl'RIT ET LA METHODE

de l'ordre divin, le secret de ce que demandent les Principes éternels, et mieux que toute aulre institution, il saura se plier aux exigences de l'opportunité. 11 fut, pendant dix- huit siècles, la clef de voûte de l'art européen. Il a été le point de départ et le créateur d'une ère nouvelle. Aujourd'hui même, il est encore le seul organisme religieux intact. (Si les nations dépérissent, c'est pour l'avoir abandonné.) "Ses œuvres révèlent sa vitalité. Et ce qu'il a fait déjà garantit assez ce qu'il fera encore. Que peut-on lui opposer? Le mahométisme? Il est épuisé et n'a engendré que despotisme et corruption. Le schisme grec? Il est resté avili, stérile, et son indépendance est trop menacée par le voisinage de la plus formidable autocratie. Le protestantisme d'Allemagne ou celui d'Angleterre? Le premier n'est soutenu que par le bras ou le glaive des empereurs auxquels il est asservi; le second, déjà ébranlé, n'a guère pour appui que le nationalisme hautain des insulaires, toujours rebelles à ce qui vient du continent. Serait-ce la révolution

enfin? Elle s'agite, impuissante au milieu des ruines, entre ses conventionnels d'hier et son césar de demain. Au lieu d'être une honnête protestation contre les abus et les misères sociales ou la revendication pacifique du droit des peuples affranchis, elle révolte les âmes religieuses par ses adultères avec une science sans Dieu, et épouvante les conservateurs, en lâchant la bride aux plus mauvais instincts.

Nous ne saurions donc l'affirmer trop haut : de notre attache au catholicisme dépendent le salut de la France, la prospérité de la race, le progrès de la civilisation. L'irréligion serait notre ruine; l'apostasie, notre irrémédiable décadence.

Mais quoi? dira-t-on. Est-ce aux morts de rendre la vie à ceux qui meurent, aux vieillards de rajeunir ce qui est sénile, aux défaillants de fortifier ce qui chancelle? Est-ce à la réaction, enfin, de préparer l'avenir et de pousser en avant les découragés qui s'arrêtent

ou les fuyards qui battent en retraite? Or, malgré son apparente et réelle unité, le catholicisme ne semble-t-il pas aujourd'hui pris de défaillance? Sa force d'expansion en Europe n'est-elle point paralysée? Si Pierre est toutpuissant, et si le sentiment religieux s'épanouit et déborde sous l'autorité centrale dont le pape est dépositaire, où donc est Jean avec sa lumière rayonnante? Où donc est Paul avec sa militante énergie? Le docteur ne semblet-il pas dans les ténèbres? Le conquérant apôtre n'a-t-il pas l'air endormi, vieilli ou enchaîné.

L'Église catbolique ne représente plus, aux yeux de ses ennemis, que trois choses : la réaction à outrance, une religion de formule et de sentiment, l'immobilité et la borne de l'esprit. Ils ne voient en elle qu'un dogme et une foi qui se glorifient d'être inaccessibles à la raison, et dont les partisans se déclarent superbement hostiles à la science ou dédaigneux de ses enseignements. Ils la considèrent comme un culte suranné, ne ralliant plus à

ses pratiques que les enfants, les femmes et les prêtres. EnGn, ils se figurent la hiérarchie fatalement inféodée à de certaines formes politiques, ne rêvant que ses établissements terrestres, toujours prête à lancer l'anathème au monde moderne affamé, lui, de science, de liberté et de progrès.

Qu'ils se détrompent, rien n'est plus faux. La vieille et rugueuse écorce doit-elle faire méconnaître le cœur et la sève de l'arbre dont les siècles respectent la jeunesse? Et quand bien même des faits, des hommes ou des peuples auraient pu fournir à d'outrageants préjugés un prétexte plus ou moins plausible, pourquoi toujours confondre une institution avec ceux qui pourraient la déformer? L'institution est divine; les hommes ne le sont pas. Ce n'est pas le tort d'un principe, si la passion en tire de fausses conséquences, ou d'une idée, si des aveugles la comprennent et l'exposent mal. Le drapeau doit-il répondre de tous les abus qui se commettent à l'ombre de ses plis? Le temple était-il coupable de

la simonie des vendeurs? Ils le déshonoraient; Jésus- Christ les a flagellés! Est-ce la faute de Muïse, si les scribes, qui pourtant se disaient ses disciples, n'ont vu que la lettre de son immortel Sépher? Et l'Évangile, hélas! n'est-il pas la première victime de ceux qui, de bonne foi, se donnent sans mandat pour les gardiens de sa doctrine, et dont le zèle encourrait le reproche sévère de Jésus à ses disciples : Vous ne savez guère, en vérité, de quel esprit vous êtes l?

Non! loin de se défier de la vérité scientifique ou de la proscrire, Je catholicisme l'appelle, au contraire, pour la compléter, la ramener à l'unité et la transfigurer en l'associant à ses enseignements divins. 11 faut vraiment vivre dans un temps comme le nôtre, où les plus grandes choses sont souvent rapetissées, et où Jésus-Christ même perd, jusque dans l'esprit de beaucoup de ses adorateurs, sa mâle beauté, pour ne pas savoir et n'entendre

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