‹ L'Homme selon la science et la foiChapitre 20 sur 31 · Genèse, ch. i · texte numérisé non relu

Genèse, ch. i

jamais été et ne sera jamais révélé sur la nature humaine. On pourra attendre tous les siècles de civilisation; les savants pourront faire encore des découvertes sans nombre, des catalogues, des dictionnaires et de volumineuses encyclopédies, ils n'arriveront jamais à la hauteur de cet enseignement divin. Quand ils fouilleraient les entrailles du globe, plus loin qu'ils ne les ont fouillées; quand ils pénétreraient jusqu'en ces profondeurs de l'immensité qui semblent fuir toujours; quand ils devineraient la cause inconnue de la vie, ils devraient apprendre de nous que, pour avoir le dernier mot de l'homme, il ne faut regarder ni autour, ni au-dessous, ni même au dedans de lui, mais au-dessus et jusque dans le Principe où il puise la raison de son être, de sa forme et de son mouvement.

Ainsi, messieurs, il y a trois notions de l'homme : la notion matérialiste; elle est outrageante pour l'âme qu'elle méconnaît ; la notion du spiritualisme outré; elle dé-

LA VRAIE ItKFIMTlOX DE L'HOMME

daigne trop les phénomènes de la matière, et elle est trop peu soucieuse de l'unité de l'être humain; la notion philosophique, consacrée par la Foi et par le bon sens : celle-ci, du moins, sait allier les deux éléments de notre nature dans la véritable unité de substance, et définir l'homme, en toute vérité, un être essentiellement composé de corps et d'âme à l'image et à la ressemblance de l'Infini.

Vous avez à choisir; mais, laissez-moi vous le dire, quand les doctrines d'un faux spiritualisme prévalent, elles ne tardent pas à être suivies par un retour offensif des négations matérialistes. Lorsqu'on dit, dans un siècle : « L'homme est un ange, » le siècle ne finit pas sans que quelqu'un ne se présente et ne dise brutalement : « L'homme est un singe plus ou moins perfectionné. » Lorsque les doctrines matérialistes triomphent, et avec elles, les mœurs égoïstes et dépravées, — laissez-moi conclure dans l'actualité frémissante, — on ne tarde point à entendre le pas précipité des barbares. Vous dites : « L'homme n'est qu'un être

destiné à jouir, festoyons, la table est dressée, couronnons-nous de fleurs, hâtons-nous! le temps presse. » Prenez garde : vous n'aurez pas vidé vos coupes, que vous serez surpris, et que, brusquement, un être glacé, lugubre, impitoyable, viendra vous demander les comptes de Dieu, à la dernière gorgée de plaisir.

Sachez, au contraire, qu'au jour où Moïse a dit : « L'homme est à l'image de Dieu », il a fondé avec ses Hébreux esclaves qui cuisaient la brique, sous ies Pharaons, un peuple indestructible. Et lorsque Jésus-Christ a dit, mieux que Moïse : « Vous êtes les fils du même Père qui est aux cieux » , Jésus-Christ a tiré de la putréfaction, où le monde agonisait sans remède, la race dont nous sommes les descendants et qui proclame encore, après de longs siècles, son nom béni et l'efficacité de sa vertu.

Répudiez donc, messieurs, cette science malsaine : elle déshonore et elle tue. Dédaignez cette philosophie incomplète : elle ne sait aller ni jusqu'au bout d'elle-même, ni jusqu'au terme de nos aspirations. Soyez avec

LA VRAIE DKIIMTION DE 1/UOM.UL Bl

Moïse qui a su sauver sou peuple, et avec Jésus-Christ qui a su sauver l'humanité. Les temps sont les mêmes. L'homme qui vous fera regarder la terre, vous y fera mourir; celui qui vous tiendra un genou sur la poitrine, en vous disant : Fils de la terre, voilà ta place! celui-là vous y asservira. La terre est toujours mure pour l'esclavage et la corruption; mais nous, nous sommes nés pour l'affranchissement et la liberté : c'est le viril apanage des fils de Dieu.

deuxi i:me ci in i-érexce

Formavit Dominus Deus homineni fie Iimo terne, et inspiravit in faciem ejus spiraculum vitaî, et factus est homo in animam viventcin.

Genèse, ch. it, v. 7.

Monseigneur, Messieurs,

Après avoir étudié la constitution intime de l'homme, nous allons rechercher ses origines. Nous savons ce qu'il est, il faut voir d'où il vient. Si l'homme eût existé toujours, peutêtre pourrait- on se dispenser de s'enquérir de son principe; mais il n'en est rien. L'homme est un nouveau venu sur la planète : la science le constate, d'accord en ce point avec les traditions religieuses universelles. Elle peut indiquer de loin quelle heure il était à l'horloge des mondes, au moment où la vie s'éveilla sur le globe pour y dérouler les phases grandioses qui se terminent royalement à nous. Elle peut

dire comment, à la voix de Dieu, après l'âge chaotique, la planète ténébreuse et confuse, en proie d'abord à la brutalité des forces mécaniques et minérales, se condensa peu à peu, s'organisa, vit ses volcans s'éteindre, son atmosphère s'épurer, et, sous l'influence de lois non moins souveraines, mais plus douces, devint la verdoyante demeure de cet être que toutes les formes animales et inférieures avaient à peine ébauché et vaguement prophétisé. D'ailleurs, la force des choses ne nous poserait pas le problème de nos origines, ne surgirait-il point spontanément et malgré nous, du fond inquiet de notre nature, cette nature curieuse de tout, mais principalement d'ellemême? En chacun de nous palpite un secret instinct qui nous rappelle religieusement vers ce point initial où fut notre berceau, comme si nous y devions trouver, plus fraîches et plus vives, les traces de l'Être créateur de qui nous tenons la vie.

Or, messieurs, si, en présence du Moïse de Michel-Ange, on vous disait : « Ce chef-d'œuvre,

LUUHilM; DIVINE DE L'HOMME

d'où vient-il et quelle en est l'origine? « Vous répondriez sans hésiter : « II vient du marbre dont il a été fait, de l'artiste qui le conçut, de l'art puissant qui le modela. »

Trois choses, en effet, concourent nécessairement à la production d'une œuvre et peuvent expliquer sa genèse : une matière, un agent, un procédé. Toute œuvre sort d'une matière, comme la statue est tirée de son marbre; elle est évoquée, si j'ose ainsi dire, par un agent qui la conçoit; elle est modelée dans sa forme, suivant le procédé que nécessite le génie de l'ouvrier aussi bien que la perfection de l'ouvrage. C'est pourquoi, voulant sonder le problème de nos origines, nous trouvons devant nous trois questions inévitables, à savoir : De quelle manière l'homme a-t-il été produit? Quel ouvrier l'a façonné? Et quel fut le procédé de ce grand œuvre?

La doctrine catholique répond à ces questions par quelques mots dont la simplicité, non moins que la profondeur, étonnent. Ces mots vulgarisés et souvent mal compris, nous

KS DEUXIÈME CONTE ItENCE

les lisons à la première page de la Bible : Formatât Dominus Dcus hominem de limo terras, cl inspiravit in faciem cjus spiraculum vitœ, et factus est homo in anima.ni vivenlem. Laissez-moi vous les traduire dans toute l'énergie de la lettre hébraïque : « Jéhovah Éloïm forma l'homme poussière de terre, et il souffla dans ses narines le souffle des vies, et l'homme fut fait âme vivante. »

Ainsi, d'après la révélation faite aux patriarches et consignée par Moïse, la matière du chef-d'œuvre humain, c'est le limon terrestre, de limo terrœ ; l'ouvrier, c'est le Seigneur Dieu, Dominus Deus; le procédé, c'est tout à la fois un acte transformateur de la matière, formami, et l'acte créateur qui introduit en nous le souffle des vies et nous fait âme vivante, spiraculum vitœ, animam vivenfem.

Je prétends, messieurs, que toute autre solution du problème de nos origines est vaine. Elle ne soutient ni le contrôle de l'expérience ni celui de la philosophie; elle va contre la science vraie; et, en blessant la raison, elle

compromet notre dignité. J'espère vous en convaincre, et vous montrer une fois de plus que nous ne sommes pas, nous, croyants, quoi qu'on en ait dit, des simples qui s'en font accroire, des ignorants qui acceptent tout, même l'absurde.

Et d'abord, de quelle matière avons-nous •été tirés? l'humanité est unanime dans la réponse. Nous nous savons tous fils de la terre. Les aberrations si fréquentes de l'esprit de système n'ont jamais prévalu contre le fait brutal de notre humble origine. Tous, bien qu'avec un accent différent, matérialistes et spirilualistes, réalistes et mystiques, dissidents et orthodoxes, païens et chrétiens, tous ont dit à l'homme : Mémento quia pulvis es! Non seulement nous sommes sortis de la poussière, mais nous l'avons gardée avec nous. Nous n'en sommes pas seulement tirés, nous en demeurons imprégnés et pétris. Elle n'est pas un accessoire de notre nature, elle en est un élément profond; elle est pour nous bien plus qu'une

demeure d'argile dans laquelle nous serion emprisonnés, elle est une portion substantielle de nous-mêmes. Eh! nous sentons, plus que nous ne pouvons dire, nos terrestres affinités : la terre est pour nous un aimant; ses énergies , nous domptent, et ses attraits nous passionnent. Nous sommes tellement ses fils, que notre âme en subit, par moments, même dans ce qu'elle a de divin, les perfides fascinations. Elle est le nuage au sein duquel nous avons pris naissance et où grondent toujours des tempêtes cachées. La foudre nous menace dès la première heure, elle nous frappe tôt ou tard, et nous en gardons jusqu'à la tombe, à travers les glaces même de la vieillesse, les brûlantes cicatrices.

-Pourquoi insister? J'ai hâte de m'élever plus haut, et de rechercher avec vous quel ouvrier a pétri si savamment ce limon devenu la forme humaine. Il y a loin, en effet, de l'un à l'autre : l'un est inerte, l'autre est vivante; l'un est insensible, l'autre est animée; l'un étincelle sous un rayon de soleil ou un courant électrique,

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