‹ L'Homme selon la science et la foiChapitre 21 sur 31 · I.0IUG1NK D1VINK HE L'HOMME · texte numérisé non relu

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l'autre resplendit sous la flamme d'une passion, ou le rayonnement d'une idée. Certes, voilà qui révèle un agent habile et merveilleux. Où donc est-il? qui nous dira son nom?

Je réponds sans hésiter : Cet ouvrier n'est pas nous. Si nous avions en nous-mêmes notre raison d'être, nous eussions toujours été et nous serions nécessairement toujours : ce qui est faux, puisque nous avons constaté la nouveauté relative de notre avènement sur le globe. Mais, dès qu'on cherche à l'entour et en dehors de l'homme, on ne peut regarder qu'au-dessus ou au-dessous de lui. Au-dessous, les sens le constatent, il y a la matière et ses forces; audessus, la raison le conçoit et le pressent, il y a l'Infini, Dieu et sa toute-puissance. Il suit de là qu'on ne peut chercher l'auteur premier de notre nature que dans la matière ou en Dieu. Qui donc a raison en ce problème? Le matérialisme athée, prenant parti pour la matière, ou bien la raison et la Foi, prenant parti pour Dieu et défendant, du même coup, l'honneur de l'homme et le droit divin?

La question vaut la peine d'être débattue : elle est posée au grand jour de noire âge. Soyez-en sûrs, ce qui est en cause au fond des Ames, sans que parfois on ait l'air de s'en douter, ni au forum ni sur les troues, c'est Dieu. Ce qui palpite dans le cœur de la France si torturée, si brisée, c'est Lui. Les questions politiques n'occupent que le devant de la scène, la question religieuse fait tout le drame. Il s'agit donc de savoir qui a raison : ou cette science faussée qui nous matérialise, ou la religion et la vraie philosophie qui tendent à nous spiritualiser. Il faut voir, enfin, qui vaincra : ou ceux qui nous font regarder en bas, ou ceux qui nous enseignent à regarder en haut, ou ceux qui disent à la matière et aux vers : Voilà mes frères et ma mère! ou ceux qui disent à l'Infini : Nous sommes tes fils!

Non, non, jamais l'athéisme ni le matérialisme ne pourront nous rendre compte de l'homme. Sa raison d'être n'est qu'en Dieu, pétrissant le limon de la terre, et, suivant l'énergique métaphore du récit génésiaque,

soufflant dans ses narines le souffle des vies, et le créant à son image et à sa ressemblance. Hors de là, l'homme devient à lui-même une insoluble contradiction. 11 est son premier mystère, et il demeure sa plus redoutable

énigme.

En effet, soit qu'on considère la matière en elle-même, soit qu'on ait recours aux plus efficaces procédés qu'une science livrée aux inspirations basses du matérialisme ait pu lui prêter, on ne trouvera jamais en elle la raison suffisante de ce phénomène qui est l'homme.

Je vais vous le démontrer, Messieurs, aussi clairement que possible, et, afin d'arriver sûrement à mon but, j'établirai, en premier lieu, l'insuffisance de la matière, prise dans ses forces essentielles, et je prouverai, en second lieu, l'inanité absolue de ses prétendus procédés.

Prenons d'abord la matière en elle-même. On dit : Elle est le principe de l'homme. Pour le juger, il faut savoir auparavant ce qu'elle

est. Or, la matière est cette réalité que les sens perçoivent sous les phénomènes de mouvement mécanique, physique ou chimique; elle est ce qui se nombre, se mesure ou se pèse. Eh bien, peut-elle, ainsi comprise, expliquer l'homme? Je réponds hardiment : non. Nul ne peut donner ce qu'il n'a pas, ni le moins parfait produire le plus parfait. Or l'homme contient évidemment en lui des énergies qui ne sont pas dans la matière, limitée aux forces mécaniques, physiques ou chimiques, puisqu'il présente des phénomènes d'ordre vital, intellectuel, moral et religieux.

Mais vous m'arrêtez et vous me dites : Vous vous donnez beau jeu, en définissant la matière à votre fantaisie. Lorsque nous disons qu'elle produit l'homme, nous la prenons avec toutes ses forces, que vous semblez exclure. — Fort bien; mais quelles forces? ses forces essentielles, sans doute, celles qui s'accusent par les phénomènes que nous expérimentons en elle, et, en particulier, les forces vitales. Comment, Messieurs, vous dites que les forces vi-

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laies sont essentielles à la matière! Pourquoi donc alors ne les a-t-elles pas toujours? Ce qui est essentiel à une chose ne saurait être séparé d'elle, et comme, dans une multitude de | cas, je trouve la nature privée des forces vitales, je suis en droit de conclure que de telles forces ne sont pas sa propriété. — C'est une exception, direz-vous. — Permettez, c'est le contraire qui est vrai : c'est la vie qui est l'exception dans la matière. L'immensité des cieux ne vit pas; l'éther, qu'on regarde comme l'âme de la matière, ce fluide conducteur de la lumière, qui se joue entre les soleils et les atomes, et vient nous parler d'e.ux, à travers des distances incommensurables, l'éther ne vit pas; l'électricité ne vit pas; toutes les actions moléculaires qui font l'objet de la chimie échappent le plus souvent à la vie; tous les globes célestes, enfin, qui se meuvent dans l'espace, peuvent être l'habitacle de la vie; mais ils ne vivent pas. Ne dites donc point, alors, que la vie est essentielle à la matière. La force primaire sans laquelle il est difficile, impossible

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peut-être, de la concevoir, ce n'est point le mouvement vital, mais plutôt le mouvement mécanique. Et encore reste-t-il à savoir si ce mouvement vient de la matière, et même s'il n'a pas fallu la chiquenaude divine, comme on l'a dit spirituellement, pour le lui communiquer. Quant aux forces physiques ou chimiques, je veux bien les regarder comme des propriétés essentielles, mais on peut accepter cette conclusion et attendre, de pied ferme, ceux qui voudront produire avec de la chimie ou de la physique une pensée ou une passion. Ainsi, nous sommes en droit de l'affirmer, prise en elle-même, la matière est insuffisante à expliquer le moindre des vivants, le plus petit infusoire, et, à plus forte raison, l'homme. Comment donc des esprits intelligents ontils pu soutenir de tels paradoxes? Avant de faire profession de science, ne faut-il pas s'incliner devant le sens commun et la raison? Pourquoi donc, devant l'incapacité si bien démontrée de la matière à rendre compte de la vie la plus infime, s'opiniàtrent-ils à la procla-

mer le principe unique et total? Ne voyezvous pas, messieurs, qu'ils y sont contraints? On ne fait ni toujours ni tout ce qu'on veut, en ce monde. On a quelquefois, si vous me permettez cette expression énergique, l'épée dans les reins; on voudrait regimber et reculer : impossible. 11 faut avancer encore. C'est là justement ce qui est arrivé aux aveugles adeptes du matérialisme : ils ont été pris dans l'engrenage de leurs propres erreurs. Tous les matérialistes, quelles que soient les divergences de détail, ont un dogme premier qui les rallie : tous affirment qu'il n'y a d'autre réalité que la matière et sa force. Dès lors, ils sont bien obligés de conclure que tous les phénomènes dont nous sommes les témoins n'ont pas d'autre cause possible que la matière. Pour être conséquents avec leur axiome fondamental, ils se résignent à être absurdes. La contradiction et le non-sens patent : voilà le châtiment que la raison inflige à ceux qui la méconnaissent, le pilori sur lequel elle les cloue, pour venger ce sacrilège attentat.

Sur quoi, d'ailleurs, se fondent-ils lorsqu'ils prétendent que la matière est Tunique réalité? Est-ce là un de ces théorèmes dont l'évidence rend la démonstration superflue? Il s'en faut bien : c'est plutôt un de ces postulats que l'esprit de système réclame afin d'échafauder sur cette base fragile l'édifice plus fragile encore de ses théories. Rien n'existe que la matière, dites-vous? mais voilà justement ce qu'il faudrait établir. Les matérialistes ne le daignent point faire : ils se contentent d'affirmer avec audace, et ils passent outre. Les positivistes,, avec plus de perfidie et d'habileté, répondent par ce semblant de raison : la seule réalité, prétendent-ils, est celle dont l'expérience rend témoignage, et comme l'expérience ne saurait atteindre que les phénomènes de la matière, ils concluent qu'il ne faut rien chercher en dehors d'elle. Que pensez- vous de ce procédélà? On commence par crever à l'homme les deux yeux, ensuite on lui fait ce raisonnement : il n'y a rien de réel que ce qui est constaté par les sens; donc la lumière n'existe pas.

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C'est violent, n'est-ce pas, messieurs? C'est cruel et arbitraire, c'est ridiculement faux. Telle est la manière du positivisme. De quel droit, je vous prie, affirmer que l'homme doit admettre exclusivement ce qui tombe sous l'expérience sensible? L'expérience sensible, est-ce tout l'homme? Et la conscience, qu'en faites-vous? Et la raison qui conçoit l'Infini, le Nécessaire, l'Absolu, le Parfait, où donc la reléguez-vous? Ainsi, messieurs, ou le matérialiste refuse de prouver son principe, et il n'est qu'une hypothèse gratuite et grossière qu'on a le droit de fièrement éconduire; ou bien il l'essaye, et, en même temps qu'il succombe à sa folle tentative, il ne réussit qu'à mutiler la raison humaine en l'outrageant.

Alors pour masquer avec adresse l'insuffisance de leurs théories, les matérialistes se sont rejetés sur les prétendus procédés de la matière, et ont essayé d'en exploiter, à leur profit, la très contestable efficacité. Suivonsles, et prouvons-leur que de tels procédés imaginés par eux, plutôt qu'empruntés fidèle—

Lnwersitas

B1BUOTHECA

ment à l'expérience, sont incapables de nous expliquer la genèse de l'homme.

Le premier se nomme la génération spontanée; le second s'appelle le transformisme. L'un a pour but de nous révéler l'origine de la vie; l'autre prétend nous enseigner l'origine des espèces innombrables autant que variées, dont Ja vie déroule devant nous le panorama plein de grandeur, de suite et de mystère. Si l'un et l'autre, aujourd'hui en vogue parmi les savants, tiennent tout ce qu'ils promettent et peuvent invoquer, en leur faveur, l'expérience et la raison, il est évident qu'ils nous expliqueront l'homme. L'homme n'est-il pas un être vivant, doué d'une forme spécifique qui le distingue de tous les autres? Si donc la science, par la génération spontanée, m'enseigne d'où vient la vie, et, par le transformisme, d'où viennent les espèces, il va de soi qu'elle aura déchiré le dernier voile qui cache nos insondables origines.

Eh bien, voyons-la à l'œuvre, et suivons-la d'abord dans son système de la génération

L'ORIGINE DIVINE DE l/HOMME loi

spontanée. Le vivant, d'après elle, peut naître non seulement d'un vivant qui en est le père ou la mère, mais d'un non-vivant; en d'autres tonnes, la matière organisée peut naître et se former spontanément, en dehors de l'économie, dans la matière inorganique qui la crée ellemême, en des circonstances données et par ses propres forces. Une telle théorie, qu'il s'agisse de la plus infime molécule organique, principe et point de départ de toute la faune végétale, ou bien de la moindre cellule animale, principe et point de départ de toute la série dont l'homme est le faîte, est insoutenable, expérimentalement et scientifiquement. Aucun fait victorieux n'est encore venu la vérifier. Elle a été solennellement débattue; les académies s'en sont mêlées; les personnalités, et jusqu'à l'amour-propre national , y ont apporté leurs passions; les doctrines philosophiques et religieuses ont voulu, à tout prix, y voir, bien à tort, une preuve ou une réprobation de leurs idées. En définitive, les expériences n'ont convaincu personne. Mais, je ne

crains pas de l'affirmer, au nom de la raison et à priori, pour tout esprit sincère, la génération spontanée est impossible et contradictoire, dès lors qu'on ne tient pas compte de Dieu. Elle va à l'encontre d'un des principes élémentaires de la raison humaine, à savoir que rien ne saurait se produire, sans cause suffisante, et que le plus ne saurait sortir du moins. Brassez, tant qu'il vous plaira, la matière et ses forces, combinez toutes ses propriétés motrices et physico-chimiques, vous n'en obtiendrez jamais ce qu'elle ne contient pas; et si la vie vient à se manifester en elle, au lieu de conclure à la génération spontanée, il faudra vous écrier : Le doigt de Dieu est là.

Chose étonnante! Voilà des hommes qui refusent, sous le prétexte qu'ils n'y comprennent rien, d'accorder à un être le pouvoir de communiquer à un autre et de produire ce qu'il possède à un degré illimité; ils dénient à Dieu, le Vivant des vivants, d'être l'auteur de la vie, et ils osent enseigner que la matière, privée de la vie, peut l'engendrer en

•elle par ses propres forces! Quelle contradiction ! Il est vrai qu'au lieu d'appeler cela une création, ils le nomment une génération spontanée. Le mot est nouveau, il séduit les naïfs, et il n'est pas sans prestige pour d'autres qui se croient pleins d'esprit. Mais le sens commun proteste, et il n'a rien à redouter, lui, ni des égorgeurs, ni des bandits.

Quand bien même, au reste, la génération spontanée serait tenue pour vraie, l'origine de l'homme et sa première apparition sur la terre auraient-elles trouvé leur raison d'être? Pas davantage. Un tel mode de production peut, à la rigueur, expliquer la venue d'un être rudimentaire : animalcule ou algue, vibrion ou protozoaire, matière verte de Priestley ou monère imperceptible : mais il n'expliquera jamais l'homme adulte, l'homme armé pour vivre au sein de cette nature marâtre, toujours prête h dévorer et à reprendre ce qu'elle a produit.

Sans doute, répondent-ils, la génération spontanée ne rend pas compte, à elle seule, de l'avènement de l'homme ; mais il en est tout au-

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trement, si on lui joint la loi du transformisme ou de l'évolution progressive. La matière a bien plus que la puissance de s'organiser et de créer la vie; elle a celle de se transformer, en progressant dans la vie. S'évoluer constamment, voilà sa loi. « Passer de l'être informe à l'être qui a une forme propre, de l'inorganique à l'organique, de la force aveugle et fatale à l'intelligence consciente et à la volonté 1 » : tels sont les termes généraux de l'universelle et^incessante progression. Ce principe une fois posé (et il ne semble pas qu'il puisse souffrir la moindre difficulté, puisque tout, sous nos yeux, dans la nature et dans l'homme, en porte le témoignage), on lui donne une interprétation nécessaire au besoin de la cause. On affirme qu'il y a progrès dans le cosmos; on soutient que le développement s'accomplit par évolution; et l'on déclare que les formes les plus parfaites émanent des moins parfaites. En sorte que, pour parler le langage

1. De la place de F homme dans la nature, par Huxley. (Trad. E. Daily.)

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des transformistes, le type le plus élevé, dans la série des êtres, n'est que « le résultat ultime d'une longue série de métamorphoses remontant de degré en degré, et aboutissant, en fin de compte, à la génération spontanée, d'un élément organique primaire et extrêmement simple. »

Si vous trouvez difficile le passage d'une espèce à une autre, d'un protozoaire invisible, la monère, par exemple, à un rhinocéros ou à un éléphant, ne craignez rien, messieurs, on vous aidera. Cinq grandes lois supplémentaires viennent renforcer la loi du progrès. La loi du temps, d'abord : la matière est une travailleuse qui a les siècles pour elle. Nous ne pouvons mesurer notre humble travail que jour par jour, elle suppute le sien par myriades d'années. La sélection naturelle, ensuite : la matière est douée d'un instinct perspicace, à l'aide duquel elle sélecte les plus beaux individus de chaque espèce, les plus belles espèces de chaque genre et les genres les plus accomplis. Ajoutez à cela la lutte pour la vie : tous

les vivants sont en lutte dans le sein tourmenté de la matière ; leur antagonisme est sans relâche et sans merci; et comme, en cette bataille géante, la force non seulement prime le droit, mais encore est le droit lui-même, les plus vaillants et les plus beaux sont toujours les victorieux. Ils vivent de ceux qu'ils ont vaincus et détruits, ils se perpétuent sur leurs débris inertes, et, grâce à la loi de l'hérédité, ils voient leurs caractères se raffermir et se perfectionner d'âge en âge. Il y a plus, servis par la loi des milieux auxquels ils s'adaptent avec souplesse, aiguillonnés par les besoins, ces stimulants énergiques de la vie, ils entrent dans le chemin du progrès, pour y subir leurs fatales métamorphoses.

Le premier, le prototype commun» ainsi qu'on l'appelle, ouvre la marche. Ce vivant infime se transforme à la longue, et, après avoir passé par tous les degrés intermédiaires, en dernier lieu, par le singe, notre bisaïeul, il atteint l'homme : ainsi se forme peu à peu, à travers mille bouleversements, sur le globe

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étonné, la hiérarchie grandissante des êtres.

Convenez-en, messieurs, il faut avoir beaucoup d'esprit, lorsqu'on veut, à force de science, se passer de Dieu. On ne s'embarrasse plus de rien. A-t-on besoin d'hypothèses? on en forge. Faut-il des lois complaisantes? on les édicté, comme si la création était à nos ordres. Le temps nous manque-t-il? on entasse des milliers de siècles; et, parce qu'on aura élevé des pigeons, joué avec la fécondité souple de ces petites bètes, on se plaira à voir dans la matière une grande éleveuse aussi dont les caprices et l'art puissants expliqueront tous les mystères de la faune animale, voire même celui de notre royale nature l.

Soyons sérieux. Puisque le transformisme se donne comme tel, et en appelle à la science, citons-le devant la science, et jugeons-le. Que

1. Ou sait qu'uu des principaux chefs de l'école évolutiouaiste a pratiqué sur les pigeons les plus curieuses expériences, qu'il a produit artificiellement de nombreuses variétés, créé de nouvelles races et fait de ces ingénieuses limentations le point de départ de son système sur la variabilité indéfinie de l'espèce.

veut-il? Expliquer la formation de l'homme à partir de la matière et de l'animalité. A-t-il réussi, même à l'aide de ses fabuleuses hypothèses, car, je concède, pour un moment, que tout, dans la nature, se passe d'après son système préféré? Je réponds fermement : non. L'évolution progressive pourrait, peut-être, rendre saison de l'anthropoïde ou de l'animal à forme humaine; mais de l'homme, jamais! L'intelligence et l'instinct religieux, la liberté et la moralité, la faculté du langage et la puissance d'indéfini progrès, voilà des attributs essentiels à notre nature. La matière ne les contient à aucun titre; par conséquent, elle ne saurait les donner. Remuez-la à votre gré, selon les procédés les plus savants et les plus compliqués, vous ne tirerez jamais d'elle autre chose que de la mécanique, de la géométrie, de la chimie ou de la physique. Alors même qu'on voudrait lui concéder la vie et ses formes innombrables, comme une propriété, on ne pourrait à ce titre, au nom du transformisme, lui reconnaître la puissance d(

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l'élever jusqu'à l'homme. Elle s'arrêterait, comme à un chef-d'œuvre, devant Y anthropomorphe, et l'homme la défierait; car un seul rayon de pensée, un seul élan d'amour, un seul acte libre supposent l'Infini et ne s'expliquent que par Dieu.

Mais il s'en faut de beaucoup que le transformisme soit rigoureusement établi. Le bon sens suffirait, en dehors de la raison scientifique, à signaler en lui les vices radicaux qui le rendront toujours inacceptable. D'abord, il est hypothétique. Prétendre que toutes les choses dérivent les unes des autres par voie d'évolution progressive (ce qui est la donnée fondamentale du transformisme), est une supposition gratuite. Rien n'est moins certain. La création est-elle un arbre dont les mille rameaux se rapportent les uns aux autres et à un tronc commun? Est-elle une pépinière immense que Dieu a ensemencée de germes inégaux et distincts, destinés à se perpétuer eux-mêmes, parallèlement et sans jamais se confondre? Là, messieurs, est la question.

Ne confondons pas, dans la science, l'hypothèse et les faits. Les faits sont indéniables, les hypothèses ne sont jamais que des probabilités. Quant au transformisme, loin d'être classé parmi les conceptions probables, il mérite plutôt de prendre rang au milieu des plus hasardées. Ses idées sur la variabilité indéfinie des espèces animales et végétales sont contredites par l'expérience quotidienne, et il est obligé, pour leur donner un appui, de recourir à des forces inconnues, d'invoquer des lois tout autres que celles dont nous sommes les témoins. Que dis-je? Il est en plein attentat contre le principe premier de la raison. Mais il aura beau faire, il ne la corrompra pas. La raison se refusera toujours à expliquer le plus par le moins, le parfait par l'imparfait, aussi bien qu'à croire à des effets sans cause.

11 y a, d'ailleurs, messieurs, une preuve contre cette transmutation d'espèces en espèces qui n'a point été donnée. Elle me paraît frappante et décisive. Deux grands phénomènes éclatent dans l'ensemble des choses :

un phénomène de progrès, nul n'en peut contester la réalité; un phénomène de décadence, il s'impose à tons les regards, comme un spectacle douloureux. Leur jeu contraire et simultané compose le drame de l'univers. Or, dès là qu'une doctrine heurte l'un eu l'autre de ces deux faits, elle est jugée au nom de la science même. Eh bien, le transformisme qui tient un si grand compte de la perfection et du progrès, n'a pas même l'air de se douter de la loi pesante de la décadence. Elle est visible pourtant. Regardez : quand vous cultivez une plante, si vous la laissez ensuite à elle-même, se perfectionne-elle? Non, elle s'abâtardit. Vous élevez un animal, se perfectionne-t-il, si vous le livrez ensuite à ses instincts? 11 retourne à sa vie sauvage. Je vais plus loin. Aucune espèce, quelle qu'elle soit, si infime ou si élevée qu'on la suppose, ne demande et n'aspire jamais à devenir une espèce supérieure. C'est précisément le contraire qui est la vérité. Tout être veut se conserver soimême. Une force irrésistible le replie sur son

centre et lui donne cette cohésion qui le sépare de tout autre et qui le fait lui. Il se retourne sur son axe, il s'y tient, il tend égoïstement à tout absorber; et, sans des lois plus hautes qui limitent chaque individualité, cet invisible atome finirait par s'étendre indéfiniment, par tout envahir. Ce qu'il veut, c'est lui; ce qu'il cherche, c'est sa perfection propre. Ne croyez pas, messieurs, que la matière brute demande à entrer dans la vie. Elle est tellement peu dans cette tendance que, si la vie vient la prendre, elle résiste; et, si elle a dû la subir, elle la combat. En cette lutte implacable, elle finit même par avoir la victoire, puisque la mort est le triomphe des forces physiques et chimiques sur la force vitale. Telle est la loi. Elle s'applique à tout, à la plus élémentaire forme cristalline comme au plus grand esprit, à la moindre monère comme au premier des mammifères, au dehors de nous comme en nous-mêmes. Voyez : l'animal, en nous, est en insurrection permanente contre la volonté et la raison. La raison lui dit : Assouplis-toi! Non.

L'ORIGINE IHVixt DE L'HOilUE 1i:i

il s'obstine en sa raideur; et le sauvage n'est jamais qu'à demi dompté. La passion, elle, entend la voix de l'âme qui lui dit : Calme donc tes flots amers et orageux! Elle n'écoute rien, elle souffle ses tempêtes, brise ses digues, et passe comme un torrent par-dessus ses rivages trop étroits.

Et, lorsque l'homme lui-même tout entier, raison et liberté, est invité par Dieu à une destinée plus haute, vous croyez peut-être qu'il l'écoute, et qu'il entre volontiers en participation dé la vie divine? Non. L'homme se consulte; l'homme se regarde, et finalement l'homme résiste à Dieu. Comme l'a dit le Christ, beaucoup sont appelés, mais peu sont élus. La loi est universelle. Ce qui est inférieur ne veut pas monter plus haut; il résiste à l'énergie supérieure qui l'appelle; il proteste contre cette énergie qui le soulève malgré lui, jusqu'au jour où il lui échappe. L'histoire entière ne parle-t-elle pas plus éloquemment encore? Ce monde, saisi à un point de sa course par la puissance surnaturelle du Christ,

ébranlé et redressé sur son axe par le Nazaréen, ce monde, après avoir subi le tressaillement divin, n'échappe-t-il pas à la force qui l'avait influencé et qui voulait le sauver? Il oscille à nouveau, il hésite, il ne veut plus du Médiateur, il se dit : « Assez, je m'en vais dans la mort. Dieu me gêne, ma civilisation me suffît, et mon infériorité sera mon repos. »

Savants, vous êtes tenus d'expliquer les faits. En voilà un qui est toujours sous nos yeux, vaste comme le monde, solennel comme l'histoire, intime comme la conscience, inexorable comme tous les faits. Vous dites la nature en évolution constante et nécessaire ; conciliez donc votre loi unique de progrès avec ce phénomène de décadence qui se retrouve partout ! Vous ne le pouvez pas : eh bien ! alors, j'ai raison contre vous. Vous allez le voir, en même temps que vous apercevrez l'abîme qui nous sépare. Vous voulez mettre la cause en bas, tandis que je la place en haut. Or, en bas, qu'y a-t-il? rien; ou, pour parler votre langage, la puissance à tout devenir. Tout de-

vient, en effet, et le progrès est votre unique loi. Mais vous ne rendrez jamais raison de ce progrès même, puisque vous ignorez pourquoi la puissance se traduit en acte, pourquoi ce qui n'était que latent arrive à sa manifestation. Pour nous, qui regardons en haut, nous y plaçons l'activité pleine, l'être absolu, sous l'influence duquel ce qui n'était pas devient. Dès lors, tout ce qui se fait ne se fait que par lui; s'il applique sa force, le néant même obéit. Il nous attire, et voilà pourquoi tout s'élève. — Mais tu viens d'en bas, ô argile ! tu sors de rien, o fange! et voilà pourquoi, malgré la puissance de l'artiste qui t'appelle, ton poids te refoule. A. cause de Dieu qui l'évoque, la vie tend à entrer dans la matière; à cause du néant d'où elle sort, elle tend à lui échapper et à échapper à elle-même. A cause de l'Infini qui l'attire et la provoque, la vie inférieure est en mouvement vers la vie supérieure, et, à cause de son néant, le monde est toujours prêt à échapper à Dieu; et si Dieu ne le retenait, s'il ne voulait pas que le monde soit, il cesse-

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rait à l'instant même; il y aurait un évanouissement absolu. Vous vous chercheriez vousmêmes et vous ne vous trouveriez plus. Et comme mille siècles sont un jour devant lui, ainsi tous les soleils sont une poussière devant sa face; et comme il n'eut qu'à souffler et à dire pour que l'univers fût, il n'aurait qu'à se taire, et l'univers ne serait plus.

Voici pourquoi tout est en lutte ici-bas : tout ce qui est livré à soi-même tend à retomber de son propre poids dans son néant, et n'en peut sortir qu'à l'évocation puissante de Celui qui porte tout dans sa main, qui est le maître du monde, qui forge la foudre dans les secrets de l'immensité, allume et éteint les soleils, a créé la matière et en a fixé les lois, a laissé dans cette poussière le vestige de sa gloire, et, au-dessous de Lui, sur cette pente qui va du rien à l'Infini, s'est plu à appeler, dans la souveraineté de son empire et avec la suavité d'un conseil intime, l'homme dont je vous parle, et dont il est seul l'auteur ineffable et authentique.

Or, messieurs, pour que nous constations bien cette conclusion dernière, permettez-moi de vous la montrer écrite au plus profond de notre être. Lorsqu'on regarde en soi-même, il n'est pas malaisé de reconnaître que si nous sommes, c'est que Dieu est. L'auteur vrai d'uDe œuvre, n'est-ce pas celui qui en contient toute la raison d'être? et quel autre que l'Infini pourrait contenir la raison d'être totale de l'homme? Il y a, en effet, un singulier caractère à signaler en nous : marqués du sceau de l'Infini, comme je vous l'ai dit dans notre première conférence, nous sommes en progrès illimité, dans notre intelligence, dans notre volonté et notre puissance d'action. Nul ne peut le contredire. Oui, l'homme, pris individuellement et collectivement, est illimité. C'est un océan. On ne fixera jamais le grain de sable où il brisera ses flots. Dieu a dit cela à la mer; il ne l'a pas dit à l'homme; il a dit cela au vent qui souffle et à la tempête qui passe, il a marqué des chênes qu'elle ne déracinera pas et des montagnes de granit

qu'elle ne franchira point; mais Dieu n'a point dit cela à la vie humaine. Au contraire, il lui a dit : Croîs et te multiplie ! Jamais un siècle ne s'est levé et ne se lèvera dans l'histoire, disant : Je pose les colonnes d'Hercule de l'humanité. — Les colonnes d'Hercule n'existent pas pour nous. — Alors, l'humanité grandira toujours? — Oui, toujours! — Alors, son industrie n'a pas de limites? — Aucune. Cela doit vous faire plaisir. — Alors, rien ne rassasie les mouvements de son cœur? — Rien! — Et la science ira donc toujours de clartés en clartés? — Oui, toujours! — Comment, elle pénétrera jusqu'au fond des cieux? Elle s'en ira peut-être voyag-er dans les astres? — Pourquoi pas? Prométhée a bien ravi le feu du ciel. Quand on a ravi le feu du ciel, on a tout ravi. Nous sommes ce Prométhée.

Prenez garde, messieurs, si vous me concédez que l'homme est dans un mouvement illimité, j'ai g'ag'né ma cause; et ma thèse est prouvée : l'Infini est forcément en nous, et nous devenons inexplicables sans Lui. Un

mouvement illimité! y pensez-vous? En bonne mathématique et en bonne mécanique, un tel mouvement suppose un terme infini. On ne se meut pas vers le rien; on ne tend pas vers le vide. Or, au delà de l'indéfini il n'existe, il ne peut exister que l'Infini. Le polygone, en tendance continue vers le cercle sans pouvoir l'atteindre, suppose le cercle qui est l'infini du polygone; de même, cette vie humaine avec ses élans que rien ne peut limiter, et sa tendance indéfinie vers Dieu, suppose Dieu qui est l'Infini de la vie humaine. C'est par là que nous sommes authentiquement marqué à l'image de Celui qui nous créa. L'Infini seul pouvant être la cause d'un mouvement illimité, je conclus en toute rigueur : l'Infini seul a pu accomplir une œuvre telle que l'homme.

Ne m'objectez pas que je ne le vois point, et que mes sens ne sauraient ni le palper ni le mesurer. Que m'importent vos sens, que me l'ont vos balances, vos mesures et toute votre prétendue sagesse si positive? Est-ce qu'on va mesurer l'Infini? On le pressent, et on l'adore;

on ne mesure pas Celui qui est la mesure première; on s'agenouille, et on le bénit; on ne le définit pas. On lui demande plutôt de nous parler lui-même de lui. Lorsqu'on dit : « Je voudrais le mesurer, » on blasphème. Lorsqu'impuissant à le définir, puisqu'il est l'Ineffable, on le nie, on commet un acte attentatoire dont il se venge en nous dédaignant. L'homme rentre alors dans l'argile dont il est pétri : il s'enlaidit, il prend le signe de la bête, il est marqué des honteux stigmates de l'anti-Dieu.

Levez plutôt la tête, vous, chrétiens, et saluez ce grand Dieu qui a mis son éclair dans votre regard, et jeté sur votre front un reflet de sa beauté. Connaissez-vous vous-mêmes; démêlez, à travers le tumulte de vos passions, la puissance de vouloir et d'aimer sans mesure ; voyez au-dessus de vos sensations, et malgré leur mirage, la raison avec ses idées rayonnantes; et, vous sachant en possession de l'Universel que rien ne limite, du Nécessaire et de l'Absolu qui s'imposent, de l'Infini qui re-

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luit au fond de tous nos concepts, n'hésitez plus, dressez-vous de toute votre hauteur, donnez un coup d'aile, et adorez, au-dessus de vous, Celui que notre amour et notre raison nous obligent à proclamer.

Vous demanderez peut-être maintenant, messieurs, par quel procédé l'artiste infini modela son ouvrage. Je vous trouve audacieux : devant l'art divin, il convient plutôt, ce me semble, d'adorer et de se taire, que d'interroger et de s'enquérir. Les procédés de l'artiste sont inviolables comme lui; vouloir les pénétrer, c'est prétendre lui dérober son secret. Dieu est au-dessus de nous, et ses méthodes, si l'on peut employer un tel mot, lorsqu'il s'agit d'un tel ouvrier, sont un mystère pour toute créature. Nous ne pourrons savoir que ce qu'il aura bien voulu nous en dire, et encore ne le comprendrons-nous qu'à noire humble manière. I! a daigné nous en livrer, dans la Genèse, un précieux récit. Mon but n'est pas de vous en donner l'interprétation détaillée; ce que je tiens à affirmer et à établir,

c'est que Dieu a employé un procédé propre à lui : la création.

Partout, en effet, où nous rencontrons un être qui n'a pas sa raison suffisante dans les éléments inférieurs où il se produit, nous concluons à Celui qui, possédant toute la plénitude de l'être, peut, à son gré, féconder le néant; et l'acte par lequel il fait surgir ce qui n'est pas, s'appelle précisément l'acte créateur. Or, dans l'homme, nous constatons une puissance dont ni la matière ni aucun être créé ne saurait nous rendre compte, c'est l'âme. Force est à nous de remonter à un acte créateur qui nous l'explique. Aussi le procédé divin de l'éternel artiste se résume en deux actes : l'un qui a transformé la matière, et auquel ont pu être associées mille causes secondes ; l'autre qui a créé notre âme et qui n'appartient qu'à Dieu. Voilà ce que Moïse a exprimé dans la Ge- Dèse, ou plutôt ce qu'il a caché sous des métaphores si vives, dans un langage si plein de mystère, sous un symbolisme si profond. La prétendue science peut se moquer du souffle

de Dieu : se moquer est facile, il l'est moins d'exprimer mieux la production de l'âme humaine. Le souffle sort des profondeurs de celui qui l'émet; il tient, en quelque sorte, de sa nature. Eh bien, ce souffle de Dieu sur les narines de l'Adam primitif, d'après la forte expression biblique, ce souffle était l'âme; non pas que l'âme soit de la substance de Dieu, puisqu'elle n'en est que l'image, mais elle exprime Dieu, et il y a en elle une force que Dieu seul pouvait produire, je veux dire ce mouvement illimité qui suppose nécessairement l'Infini.

Dieu nous apprend encore qu'il a formé l'homme du limon de la terre. Cette parole indique une manifestation nouvelle du pouvoir mystérieux dont nous sommes sortis. Il ne lui a pas plu de nous en enseigner davantage. Nous ne savons ni comment la poudre a obéi à sa voix, ni par quel moyen il l'a tout à coup ou bien peu à peu, de près ou de loin, amenée à la forme humaine. Certains savants ne reculent pas devant l'hypothèse bizarre, pour ne

m DEUXIEME CONFERENCE

rien dire de plus, de l'origine simienne de notre organisme, tout en réservant l'origine divine de l'âme. En ce cas, messieurs, l'homme ne serait qu'un animal sur les narines duquel Dieu aurait soufflé. Notre corps, à ce compte, aurait vraiment pour aïeul quelque anthropoïde fortuné dont Dieu eût fait choix dans quelque Éden inconnu. Ce n'eût été qu'à la longue, assurément, qu'en se perfectionnant sans cesse l'organisme eût dépouillé sa toison fauve, adouci sa brutale mâchoire, élargi et arrondi son crâne puissant, développé un front sublime, réalisé, enfin, la perfection de la forme caucasique, où, à travers l'harmonie des lignes, brillent le rayon de l'intelligence, le feu de la passion et la fierté de l'être libre. Mais, à quoi bon imaginer des hypothèses qui n'échappent point aux difficultés les plus sérieuses, et ne laissent pas que de faire un peu sourire?

Pour nous, sachant que Dieu est notre origine, notre principal auteur par l'acte créateur

de l'âme et par l'acte transformateur de la matière, ne poursuivons pas l'insaisissable : respectons les réserves de Dieu.

Je n'ignore pas les objections que peut susciter la création, soit quand on cherche ù expliquer la coexistence du fini et de l'infini, soit quand on veut scruter le mode inénarrable suivant lequel l'un est sorti de l'autre et en reçoit incessamment l'influx qui l'élève et le maintient au-dessus du néant. Aussi, je me réserve d'aborder plus tard ces questions; il me suffit, pour aujourd'hui, d'avoir constaté Dieu à l'origine de l'être humain, et surpris, pour ainsi dire, en nous la marque du Créateur, comme, en un marbre bien fouillé, on découvre les traces vives du ciseau et du génie de l'artiste.

Ah! mon Dieu, pourquoi donc ne te voyonsnous plus sur la face de ces statues vivantes, modelées par ta main, et si tristement défigurées par la nôtre? Pourquoi donc ne te regarde-t-on plus dans ton chef-d'œuvre?

Pourquoi la France, que tu avais créée si belle,

efface-t-elle de ses traits, comme à plaisir, l'empreinte divine? Pourquoi les savants te blasphèment-ils, quand ils devraient te révéler? Ils ont eu le cynisme de dire : « Dût l'orgueil humain s'en offenser, qu'on le sache, le sol d'où provient le premier homme fut un animal; la première mère de l'homme fut un animal ; le premier aliment que rencontra sa bouche fut le lait d'un animal1. » Oui, messieurs, ceci est dit, écrit et applaudi. — Ce n'est pas notre orgueil qui s'en offense, ô cynique! c'est notre âme qui se soulève. — Laissons à leur fange, à leurs passions, à leurs ruines, ces preneurs d'animalité et de néant. Dieu nous a créés. Nous sommes à son image. Il y a du divin en nous. Souvenons-nous-en, et prions que l'homme animal ne prévale pas sur la terre. Travaillons surtout et luttons avec courage, pour qu'il n'ait pas le dernier mot dans la France. Il la tuerait.

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