‹ L'Homme selon la science et la foiChapitre 25 sur 31 · Exode, c. xxxm, v. !S et seq · texte numérisé non relu

Exode, c. xxxm, v. !S et seq

i. S. Thomas, Sitiuma theol. , 1" pars, quSGSt. 12, art. i.

Savez-vous la raison de l'incapacité radicale de la philosophie, lorsque, moins religieuse que Platon, elle reste fermée en elle-même et sourde à Dieu? C'est qu'elle ne tient compte que d'une partie des données du problème. La destinée de l'homme et de tout être étant la fin vers laquelle il aspire, tout ce qui aura le droit de marquer, de spécifier cette fin, devra être tenu en compte, comme un des premiers éléments de la question. Qui donc, je vous le demande, a le droit absolu, indéniable, de déterminer le but de notre activité et de notre mouvement? Je ne connais que deux choses, l'une et l'autre respectables et saintes : notre nature et Dieu. Notre nature : car, la destinée étant le complément harmonique des êtres, or. peut, toujours, rigoureusement conclure de la nature à la destinée. Dieu : car la destinée d'un être dépend surtout de son auteur et de l'emploi que sa volonté maîtresse en a voulu faire. Voyez le Parthénon; sans doute, à ne considérer que son architecture, l'harmonie de ses lignes et le caractère de l'ensemble, vous de-

vinez déjà la demeure d'un Dieu, et vous dites : « C'est un temple » ; mais, quand vous l'étudieriez jusqu'en ses moindres détails, vous n'apprendriez jamais de lui le nom propre du dieu qu'on lui destine. Sera-ce Jupiter ou Jéhovah? le dieu inconnu ou le dieu incarné? Si vous le voulez savoir, il faut l'apprendre du maître du Parthénon : interrogez le peuple grec. Nous sommes un temple : la constitution religieuse de noire nature le révèle; mais, ce qu'elle ne saurait nous dire, c'est l'usage auquel le maître souverain nous a prédestinés. Vous plaîtil de le connaître — et comment résisteriezvous à celte curiosité sublime? — interrogez Dieu.

Ainsi, toute doctrine qui récuse l'une ou l'autre des données du problème de la destinée se condamne elle-même: et, à priori, nous avons le droit de la rejeter comme incomplète. A ce titre, je répudie d'avance toute solution présentée au nom de la raison, systématiquement exclusive de tout élément révélé. La grandeur des conceptions, l'attrait des perspec-

tives ne combleront jamais l'insuffisance de ces doctrines qui ne sauront m'apprendre ce que Dieu veut de l'homme. Quoi qu'elles m'enseignent, il me restera un desideratum immense. Elles seront impuissantes à le satisfaire; car la volonté de l'Être qui nous a créées demeure impénétrable à quiconque n'en a pas reçu de lui-même, par un intermédiaire fidèle, le secret divin.

Jamais, messieurs, ni la philosophie purement humaine, ni la science n'ont pu parvenir à fonder une doctrine certaine sur ce point capital. Elles ont excellé l'une et l'autre à ruiner les croyances, à jeter les esprits dans l'incertitude, à les abîmer dans la négation; elles n'ont pas pu les instruire, encore moins les édifier. Alors, quel parti prendre? Je renouvelle mon dilemme : ou laisser le problème insoluble, ou écouter la révélation divine, qui vous enseignera ce que cherche votre âme, des dogmes et des espérances dont vous ne pouvez vous passer.

Voilà comment on est forcément amené à

interroger la parole de Dieu. La nécessité d'une telle enquête surgit, pour ainsi dire, des entrailles de notre nature. .Nous voulons, à tout prix, savoir où nous allons; nous ne le pouvons qu'à la condition de l'apprendre de plus haut que nous. Hélas! la révélation, à notre époque, n'a pas de grands partisans. Les doctrines qui ont cours n'invitent guère les esprits à prêter l'oreille aux voix qui retentissent audessus de la terre, et dont l'écho domine mal les vains bruits de ce monde. On s'inquiète peu de savoir si Dieu a parlé; et, s'il a parlé, on n'a nul souci de connaître ce qu'il a dit. Pourtant, si nous ne nous désintéressons pas de nous-mêmes, si nous avons le culte de notre nature et la mâle préoccupation de son éternel avenir, il est impossible que nous ne nous arrêtions pas un instant pour apprendre de Dieu même ce qu'il a voulu de nous. Cette révélation sera l'objet d'une prochaine conférence. Je vous montrerai combien la solution catholique du problème de la destinée est supérieure aux timides perfidies du positivisme,

et aux doctrines désolantes qui nous prêchent la matière et le néant; combien elle dépasse les théories vagues et insuffisantes qui, au lieu de nous réunir à notre Principe, nous laissent en route; combien elle domine, en les complétant, les plus profonds enseignements de la raison humaine.

En ce moment, le ciel est voilé sur notre terre. Il fait nuit, l'orage gronde sur la France. Dieu se tait; la science impie blasphème, et la fausse philosophie déraisonne. Qui regarde vers l'outre-tombe? Qui s'enquiert d'autre chose que du présent et de nos lendemains terrestres? On ferme l'oreille à Dieu; on croit aveuglément à une science frappée de cécité ou à une philosophie sans inspiration. Prenez garde! il est des vérités qu'on n'oublie pas impunément. Ne voyez-vous pas, de vos yeux, ce qu'il en coûte de renier le Dieu qui seul sauve les peuples, parce que seul il les éclaire et les corrige en les châtiant? Ne savez-vous pas que, si l'on veut, à tout prix, se retirer de Dieu, Dieu même à la fin s'en va, nous laissant

à notre nuit funèbre et à notre néant? Tout pays, quand on s'appellerait la France; toute race et toute civilisation, quand on serait la race élue, la civilisation avancée du dix-neuvième siècle, ne sont jamais, dès que Dieu n'est plus là pour les conduire, que des chevaux emportés, courant aux abîmes par des sentiers perdus et sanglants. A voir la fière bête, tout enivrée de ce qu'elle a désarçonné Dieu, crinière au vent, rênes flottantes, hors du chemin tracé, on la croirait libre, enfin, et pour jamais émancipée. Point du tout; ce peuple affranchi, — il le pense du moins, — au détour du chemin, à son insu, brusquement, brutalement, se sentira pris à la bride. Un cavalier botté, armé, le montera malgré lui. Il ploiera sa croupe servile; et lui, qui se vantait d'avoir secoué Dieu, subira un servage d'homme.

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