VI PREFACE
les premières vérités de la raison les railleries ust'es d'un vieux scepticisme : la défroque de Voltaire trouve encore des exploiteurs. Il est moins aisé de répondre aux exigences impérieuses de la nature humaine. Ah! si les esprits légers qui, au nom d'une science dérisoire, se permettent de blasphémer nos immortelles espérances, avaient été plus souvent en face de l'âme qui souffre, de l'âme qui aime, de l'âme qui prie; si, moins emportés par le tourbillon de cette vie malsaine dont le tumulte nous assourdit et dont la poussière nous dérobe le ciel, ils avaient seulement fait silence un quart d'heure et écouté la voix de leur conscience, peut-être auraient-ils respecté au moins ce qu'ils ont cru plus facile de dédaigner. — C'est trop tard, disent-ils, le divorce est fait : la science ne veut plus de la religion; et la société moderne a rompu avec l'Église. — Fort bien. Mais si la science sans la religion nous matérialise et s'égare, si la société moderne, en divorce avec l'Église, est vouée à d'ignobles servitudes ou à des révolutions fa-
PRÉFACE Vil
taies, nous résignerons-nous ù tant de douleurs et d'avilissement? La religion, du moins, consciente de sa destinée divine, ne se résignera pas. Or, si elle veut rallier la science et reconquérir la société moderne, qui l'en empêchera? Est-ce le scepticisme des joyeux viveurs de ce monde? Qu'a-t-il jamais fait, sinon des ruines et de la corruption? Pense-t-il, en vérité, lui, le génie de la décrépitude, qu'il fera reculer l'Esprit du Christ, cette force invincible et toujours jeune qui n'a jamais capitulé et qui a tout vaincu? Est-ce la science? Elle ne s'occupe aujourd'hui que de la matière. Non, non, les hommes qui veulent diviser ou détruire, perpétuer les antagonismes et les ruines, ne l'emporteront pas sur les hommes qui cherchent à réunir et à construire, à pacifier et à réparer. La matière sera domptée par l'Esprit; les convictions feront taire les êtres sans foi; la haine reculera devant l'amour; l'homme s'abaissera devant Dieu.
Au reste, à quoi bon discuter? L'avenir seul nous donnera raison. L'heure n'est pas aux