‹ L'honnête fermier [microforme]Chapitre 26 sur 52 · PE A PONS TL · texte numérisé non relu

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d vois, Thibaut, que nous aurons le temps de causer ensemble. Mais, d’abord, je voudrais voir toute ta famille. T'es enfans, où sont ils ?

THIBAUT

Chacun à sa besogne. Mes fils dans les champs, et mes filles au jardin. Monseigneur voudrait-il visiter ses blés ?

M. DE VERVILLE

Non pas à présent; ce soir,

quand la chaleur sera passée.

Ils sont beaux, au moins. Il y en aura pour cent pistoles comme pour un écu.

M. DE VERVILLE

Tant mieux, tant mieux. (1 tourne la vue de tous côtés dans l'intérieur de la chambre.) Mais qu'est-ce donc? cest comme si tu avais ici un encan ? Pourquoi tous ces meubles et toutes ces hardes en tas ?

THIBAUT

Parce que nous savions que vous deviez venir.

M. DE VERVILLE

Eh bien ?

THIBAUT

Je vous ai dit ce matin que nous n’étions pas en état de vous payer notre fermage.

C’est pourquoi il est de notre devoir de vous abandonner tout ce que nous possédons, et que vous voyez ici rassemblé.

Avec l'argent de nos meubles, de nos habits et de notre grain, nous voulons vous payer aussi loin que cela pourra s'étendre.

Ce qui s’en faudra, nous tâcherons de le gagner à force de travail, pour vous satisfaire jusqu’au dernier sou. J'espère que monseigneur voudra bien se contenter aujourd’hui de cet à-compte, et attendre le reste avec patience.

MARGUERITE

Vous nous avez montré Jusqu’ici tant de bonté ! Et puis, ce n’est pas notre faute si nous sommes tombés dans la misère.

THIBAUT

Vous le savez comme moi, monseioneur, J'avais desséché ces marais là-bas pour en faire des prairies. Elles réussissaient à

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gent de reste l’année dernière, nous l’avions mis en bestiaux pour les élever, les engraisser et les vendre. Vinot têtes de gros bétail nous faisaient une petite fortune, qui pouvait nous mettre en état de vous payer au terme, Il ne fallait qu’en mener une partie au marché. La sécheresse est venue. Nos prés n'avaient guëre plus d’herbe que mu main. J’ainourrimes bêtes de la paille de mon lit, du chaume qui couvre Ma Cabane, et quelquefois de mon pain.

Quand jai voulu m'en défaire, je n’ai trouvé personne qui les -voulût acheter, faute d’avoir de quoi les faire vivre. La mortalité s’est mise dans mon étable ; tout a péri, Îl ne m'est resté que mes dettes ; mais je ne dois qu’à vous, monseigneur, Allez visiter nos champs ; vous ÿ verrez si j'ai négligé leur culture. Vous verrez si mon travail, celui de ma femme et de mes enfans, ne peuvent pas me mettre un Jour en état de m’acquitter, Je ne puis cependant vous en donner d'autre gage que ma parole ; mais si j’ai toujours été Jusqu'ici exact à vous satisfaire, Jose crr'"e que vous Y comptez un peu.

M. DE VERVILLE

Oui, mes amis, Je vous connais. Comment ne me Contenterais-je pas de la DrOmesse d'aussi braves gens que vous Pêtes ?

THIBAUT

Je vous remercie, monseigneur. Ces douces paroles me réjouissent encore plus que votre bonté. Il est si rare qu’un créancier dise à celui qui le fait perdre qu’il est un honnête homme !

M. DE VERVILLE

Il est rare aussi, mon cher Thibaut, qu’un créancier, trouvant son débiteur dans Pimpuissance de le satisfaire, puisse rendre un juste témoignage à sa probité !

nana

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