Scène III CONRAD. LÉNORE
Conrad veut également sortir.
LÉNORE. — Il me semble que nous avons à causer ensemble, Conrad.
Conrad. — Nous! Hein? Non.
LÉNORE. — Et tu ne désires pas que je m'explique !
Conrad. — Tu n'as pas l'air satisfaite que je vole un peu de mes propres ailes. Parce que tu as quatre ans de plus que moi et que tu m'as jadis appris à marcher, tu voudrais toujours me tenir en lisière. Mais, vois-tu, je peux aller tout seul, maintenant; il y a môme des femmes qui prétendent que je vais trop loin. le t'en prie donc, laisse-moi vivre, à ma façon.
LÉNORE. — le ne t'ai jamais fait aucun reproche. Joue au viveur, tant que tu voudras, mais aie le courage de le reconnaître.
Conrad. — Merci, il pourrait m'en cuire.
LÉNORE. — Tu fais le fils soumis pour te moquer de tes parents derrière leur dos. Oois-moi, Conrad, tu t'avilis.
Conrad, amusé. - Bah !
LÉNORE. — Et je te le demande en grAce, Conrad : respecte notre maison et tout ce qui en dépend.
Conrad. — Ah ! Nous y voici enfin.
LÉNORE. — Sais-tu ce qu'on chuchote dans les cours, dans les ateliers? Que tu poursuis la sœur de Hobert Heinecke de tes assiduités, que tu la...
Conrad, haussant les épaules. - Ah ! si tu t'amuses à colporter les racontars de l'office!
LÉNORE. —Conrad, ne le prends pas sur ce ton-là. Je t'ai ménagé tout à l'heure devant nos parents. La prochaine fois, je n'en ferai plus autant. Et avant tout, une chose : Robert est de retour. S'il trouvait sa sœur coupable... Tais-toi, je ne le crains pas... je n'o.serais pas le craindre. Mais enfin, telle jeune fille est vaniteuse et
légère... Si elle était coupable, et par ta faute, Conrad, prends garde... il t'écraserait 1
Conrad. — Qui? Mon commis? Avec sa boite d'échantillons ?
LÉNORE. — Oh ! Et tu ne songes pas que tu t'abaisses à le voler, ce commis?
Conrad. — Qu'est-ce que c'est que ces expressions? Le voler? Lui voler quoi?
LÉNORE. — Sa situation dans le monde, l'honneur de son nom.
Conrad. — Le nom de Heinecke ? BAh !
WUh«lm antre avac deux cartes de visite qu'il présente & Lénore.
LÉNORE. — Des visites pour toi.
. Conrad. — Qui donc ?
LÉNORE. — Lis toi-même.
Conrad. — Lothaire Brandi. Hugo Stengel... Ahl faites entrer.
Il Jette les cartes sur la petite table i droite. Le domestique sort. Lénore se jette sur le rocking-chair.
Conrad. — O prodige, o miracle î Tu ne te sauves pas aujourd'hui ?